Histoire d’une succession

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Je commence juste à découvrir le potentiel des actes de successions. Les AD79 ont mis en ligne les tables du contrôle des actes notariés et de l’enregistrement. Y figurent, parmi d’autres tables, celles des successions (classées par bureau), lesquelles m’ont permis de trouver les références de toutes les successions de mes sosas au XIXe siècle.
En essayant de comprendre l’histoire de la maison des 2 arrières-grands-parents de ma lignée agnatique, je me suis intéressée à la succession de Victor Morisset et Hortense Pipet, mes sosas 18 et 19.

Pour cet article, j’ai obtenu les informations grâce aux registres et actes suivants :
Tables des successions, bureau de Coulonges-sur-l’Autize (accessibles en ligne)

À partir du nom du défunt et de sa date de décès, la table donne dans mon cas la date de la curatelle (17/10/1877), celle de la succession (30/10/1877 N° 216-246) et celle de l’inventaire  (24/10/1877), en précisant les héritiers et les biens composant l’héritage.
Registre (sur écran en salle de lecture)

Il contient la succession du 30/10/1877 N° 216-246 qui détaille les biens et mentionne l’acte notarié du 19/5/1877 en précisant le nom du notaire, maître Sage, ainsi que l’inventaire des biens, toujours chez maître Sage le 24/10/1877.
– Actes notariés (à demander en salle de lecture)
Les AD79 disposent des actes du notaire Sage. Dans mon cas, j’y trouve les 2 actes mentionnés dans le registre ainsi que l’acte d’achat de la maison de Faurs, commune de Saint-Laurs, à M Alfred Monnet, député des Deux-Sèvres, et son épouse.
Cadastre napoléonien (accessibles en ligne) et états de sections (à demander en salle de lecture)
La comparaison du cadastre et des états de sections m’a permis de retrouver la maison dans laquelle à lieu l’inventaire (merci Élise !😃 )
– Acte de justice (à demander en salle de lecture)
Hélas, concernant le procès verbal de la délibération du conseil de famille du 16/10/1877, nommant Louis Dieumegard tuteur des enfants mineurs de Victor Morisset et Hortense Pipet, les AD79 ne disposent pas des actes pour cette année.

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Carte de l’état major (1820-1866) ©Géoportail

Victor et Hortense ont vécu dans le village de Faurs, à cheval sur les communes de St-Maixent-de-Beugné et St-Laurs dans les Deux-Sèvres. Victor, né à St-Maixent-de-Beugné, et Hortense, née à St-Laurs, se marient en 1870 à St-Laurs, il a 28 ans et est tisserand, elle a 25 ans. Le couple s’installe à Faurs, dans la partie rattachée à la commune de St-Maixent-de–Beugné, et l’année suivante, ils accueillent une fille, Fleurentine (mon arrière-grand-mère), puis 2 garçons voient le jour : Victor et Auguste.

Mais, en 1876, la santé du père se dégrade. Alors, comme aucun contrat de mariage n’a été établi lors de leur mariage, le couple fait appel à maître Aimé Émile Sage, notaire à Coulonges-sur-l’Autize, pour assurer l’avenir d’Hortense et des enfants. Le 19 mai 1877, le notaire vient chez eux et établit un acte en présence de 2 témoins et voisins, Jean-Baptiste Mitard et Jean-Baptiste Pointre. Par cet acte, Victor fait une « donation entre vifs » à sa femme Hortense ; ainsi, il transfère de son vivant ses biens à Hortense. L’époux et les 2 témoins signent cet accord. Victor est déjà bien malade et moins de 3 semaines après, le 7 juin 1877, il meurt. Il n’a que 36 ans, Hortense en a 33 et reste seule avec leurs 3 enfants de 6, 4 et 2 ans. Au lendemain de l’enterrement, Hortense et les enfants déménagent dans la maison qu’ils avaient achetée quand Victor était en pleine santé. Ils restent à Faurs, mais du côté de St-Laurs.

Le 17 octobre, un conseil de famille se réunit et, après délibération, confie la tutelle des 3 enfants mineurs du couple à Louis Dieumegard, cousin germain du défunt, lequel vit dans le même hameau de Faurs. Grâce aux actes, puis au cadastre napoléonien et aux états de sections (merci Élise), j’ai pu retrouver l’emplacement de leur maison.

cadastre_napoleonien_faurs_st_laurs

Enfin, le 24 octobre 1877, a lieu l’inventaire des biens de la succession dans cette maison. Je me propose de vous raconter cette journée lors du prochain #RDVAncestral.

 

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#genealogie30, ma compil

Faute de challengeAZ en juin, nous avons été nombreux à nous consoler sur Twitter avec #genealogie30. Le principe : réagir chaque jour avec une image et quelques mots à une accroche proposée par Sophie Boudarel. C’était agréable à faire et à lire. Merci Sophie ! La compilation de ma participation est ci-dessous !

Jour 1 / Ma généalogie


Jour 2 / Signature


Jour 3 / Ma saison préférée


Jour 4 / Mon espace de travail


Jour 5 / Tout petit


Jour 6 / Une lettre


Jour 7 / Cigale ou fourmi ?


Jour 8 / Dessine-moi un arbre


Jour 9 / La ménagerie


Jour 10 / Archives favorites


Jour 11 / Arc-en-ciel


Jour 12 / Tic-tac


Jour 13 / Au commencement


Jour 14 / Le paléographe


Jour 15 / Des ruches


Jour 16 / Très grand


Jour 17 / L’album


Jour 18 / Cousinage(s)


Jour 19 / Mon outil favori


Jour 20 / Insolite


Jour 21 / Un document


Jour 22 / Un nom, un métier


Jour 23 / Auto-portrait


Jour 24 / Temps libre


Jour 25 / Y’a d’la joie


Jour 26 / Mes gribouillis


Jour 27 / Un objet


Jour 28 / Une envie folle


Jour 29 / Vendredi lecture


Jour 30 / Pourquoi la généalogie ?

La Photo (et le Livre)

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Je n’ai pas beaucoup de photos de famille. Mal conservées ou manipulées, dispersées, il faudrait que je m’organise pour bien les retrouver, les classer et les expliquer. Il y en a quand même une qui échappe à ce brouillard. Pour encore mieux la mettre en valeur, je la partage avec vous. C’était la photo de famille préférée de mon père.

jour 17

Les Touches en 1904

Cette photo évoque un paradis perdu, la ferme des Touches en 1904, là où mon père va naître en 1922, là où il va grandir et passer sa jeunesse. On y voit 13 personnes représentant 3 générations au dessus lui : son père enfant, ses grands-parents et son arrière-grand-père paternel. Je vous les présente, de la gauche vers la droite (en espérant ne pas me tromper). Je donne leur âge au moment de la prise de vue et le lien familial qui les unit au petit garçon au centre de l’image, le père de mon père, mon grand-père Hubert :
– Marie DEBORDE (1889-1980), 15 ans, sa sœur
– Lucien DEBORDE (1862-1939), 42 ans, son père
– 2 domestiques
– Radegonde DEBORDE (1892-1960), 12 ans, sa sœur
Hubert DEBORDE (1896-1938), 8 ans, le plus jeune de la fratrie
– Denise DEBORDE (1891-1953), 13 ans, une autre sœur
– Marie CHESSERON (1865-1945), 39 ans, sa mère
– 2 autres domestiques
– Lucie DEBORDE (1886-1942), 18 ans, sa sœur, l’aînée de la fratrie
– Joseph DEBORDE, dit le pépé José (1825-1907), 79 ans, son grand-père, le seul membre de la famille sur la photo que mon père n’a pas connu
– Alcide DEBORDE (1887-1964), 17 ans, son grand frère.

Une photo personnelle, familiale, chargée d’affect pour moi… mais aussi une photo universelle. Papa aimait montrer toute la fierté de sa famille dans la pose. On y est propre, sans être endimanché, sauf peut-être les plus petits. Chacun tient à la main un objet ou un outil, pour montrer la prospérité et le travail : on voit donc des outils agricoles : des râteaux, des faucilles, des « dails » (ce sont les faux, en poitevin) et surtout la charrue trônant devant Lucien, le père de famille. Alcide tient l’aiguillon pour « toucher » les 2 bœufs attelés derrière lui. La mère, Marie, porte un seau pour porter à manger aux « gorets ». Les domestiques sont là aussi, associés à la réussite. Lequel est Léon Guédon ? Il y a sans doute aussi Cyrille Blanchard. Et qui sont les 2 autres ?

Mais il n’y a pas que le labeur dans la vie ! Les 3 plus jeunes ne sont pas en tenue pour aller vaquer aux champs. Le statut de l’enfant a évolué jusque dans les campagnes. Il y a le livre que tient une des filles. Symbolise-t-il la religion ou l’éducation ? Les 2 hypothèses sont plausibles, mais la tradition familiale veut qu’il s’agisse d’un livre de messe. Il y a aussi, tenu par le petit Hubert, un jeune chien qui, en nous tournant le dos, est le seul à contrevenir à la pose. Un rayon de soleil perce le feuillage et, comme par magie, illumine la scène.

365 jours

Je ne sais pas si cette photo exprime une certaine vision de la vie agricole à son apogée, mais ça y ressemble un peu. On y voit l’aisance enfin acquise dans une famille rurale, génération après génération. Elle peut même se mettre en scène. Mais, bientôt, avec la guerre 14-18, la mécanisation, l’exode rural… le monde ne va pas tarder à changer dans les campagnes.
Papa était très fier de ce cliché, tout autant que ceux que l’on voit se tenir droit face à l’objectif. Il a eu le bonheur de voir cette photo choisie par sa belle-fille (et mon épouse) Sylvie pour être publiée en 2009 dans son livre 365 jours en Deux-Sèvres chez Geste éditions. Dans cet ouvrage sous forme d’éphéméride, où à chaque jour est associée une image, la photo familiale se retrouve à la date du 24 avril. Et je crois bien que, moi aussi, j’en suis très fier !

365 jours bis

La plus belle page du plus beau livre

Charivari !?

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Pour mon 3ème #RDVancestral, je prends le risque de malmener l’histoire en sortant de mon rôle de témoin. J’espère que vous me pardonnerez.

charivariLe charivari, autrefois, c’était un vacarme organisé dans le but de rire aux dépens de mariés jugés mal assortis. Le plus souvent, c’était à cause de la différence d’âge. On faisait alors grand tapage autour de la noce. À certaines époques et dans certaines régions, la moquerie allait très loin ou durait très longtemps, jusqu’à paiement d’une « rançon ». Il est vrai aussi que ces mariages pouvaient choquer : ce pouvait être un vieillard qui épousait de force une jeune servante ou, à l’inverse, une jeunette qui convolait pour obtenir rapidement un héritage !

En ce début d’année 1762, Philippe Roy, le frère de mon aïeul Pierre Roy, est tout juste veuf. Son épouse Marie-Jeanne est morte au mois de septembre dernier. Ils n’ont pas eu d’enfants. Il se retrouve seul pour s’occuper de son cabaret de La Chapelle-Saint-Laurent. Il n’est plus tout jeune, Philippe, il a 71 ans.  Et pourtant, il n’a pas l’air malheureux ! Il se fait aider depuis peu par une jeune servante de 20 ans, Catherine Richard qui vient de Saint-Porchaire. Et voilà qu’aujourd’hui il annonce à tous ses clients qu’il a décidé de l’épouser. Dans la salle, tout le monde le félicite, on trinque, on boit ! Il en a de la chance, le cabaretier, de remplacer si vite sa défunte par une si jeune fille. Mais, de fait, les jeunes du village sont plutôt jaloux. Ce vieillard tout racorni va épouser la jolie Catherine !!! Certains décident discrètement de lui préparer un charivari. Ils imaginent déjà couvrir les chants religieux à venir par un énorme tintamarre fait de bruits de crécelles, tambours et autres casseroles !

15 juin 2018 au matin, je suis à la maison et je fais tranquillement mes recherches généalogiques. Je viens de trouver le décès de Marie-Jeanne et je vois que Philippe Roy et Catherine Richard ont peu après déposé leur bans de mariage à La Chapelle-Saint-Laurent et à Saint-Porchaire. J’ai appris à connaître aussi la jeunesse du terroir de l’époque, je sais qu’elle sera prompte à moquer le mariage d’un vieillard fraîchement veuf avec une drôlesse et, immanquablement, il y aura un charivari. Ce n’est pas que j’approuve cette union mais j’aime encore moins ce qui ressemble à des bizutages ou à de la justice faite par soi-même. Il faut absolument que j’empêche cela.
Je me rends dans ma chambre, ouvre la penderie et enfile une mauvaise chemise, une culotte de toile, des bas gris en laine tricotée à côtes, une veste large, un chapeau moitié usé et des sabots (j’ai une garde-robe assez rustique). Je file ensuite au garage et m’installe dans ma DeLorean DMC12 (j’ai une voiture plutôt moderne). Je la règle sur janvier 1762 et je me retrouve propulsé sur la place de l’église de La Chapelle-Saint-Laurent à la date choisie.

delorean

Ma DeLorean (source site MechanicsinMotion)

20 janvier 1762, il fait très froid et la place de l’église, à La Chapelle, est déserte. Je vais dans la taverne située juste en face, celle de Philippe Roy. Il n’y a personne d’attablé ce matin-là. Philippe somnole sur une chaise près de la cheminée dans la pénombre tandis que Catherine s’active à nettoyer la salle. J’aborde Philippe en me faisant passer pour mon ancêtre Alexis Deborde, le syndic* de la paroisse toute proche de Pugny (c’est un petit notable bien connu aux alentours mais je lui ressemble beaucoup comme c’est mon aïeul et Philippe qui n’est plus tout jeune n’y voit que du feu).
Philippe, O l’é acértain que les jhenes do canton, i vont se fout’ de toé ! (je parle un peu le poitevin).
– O m’fé pas pllési’ Alexis !  Coument faire pour échivae ça ?
– Vins avéc moe vere le prâetre ! J’ai une idàie.*
Dans son presbytère, le curé Chedevergne semble nous attendre au coin du feu. J’explique à nouveau ce qui risque d’arriver dans les jours qui suivent. Le prêtre lui aussi n’est pas du tout content. Certes, il n’approuve pas cette union précipitée avec un tel écart d’âge, mais il aime encore moins le désordre et qu’on se moque du sacrement du mariage. Je lui expose mon idée (en bon français, parce que ça va un moment).
– Et si on faisait discrètement la cérémonie dans ma paroisse de Pugny. Guillon, le desservant, sera sûrement d’accord. Je le connais bien, c’est un brave homme, il ne s’y opposera pas, tout au contraire.
La solution est approuvée par tous, il n’y a plus qu’à arroser cela avec une bonne bouteille de vin de messe sortie de la cave.

15 juin 2018 le soir, la DeLorean me redépose à la maison. Je suis un peu fatigué par cet aller-retour temporel, je me précipite sur mon ordinateur et je cherche sur le site des AD79 s’il y a un mariage bien précis qui m’intéresse à Pugny en 1762…

15 février 1762, église de Pugny. La cérémonie de mariage commence. Il y a peu de monde à assister à l’union de Philippe Roy et de Catherine Richard mais c’est sans doute mieux ainsi : on a évité, comme l’écrit le curé, « le tumulte du charivari dont la canaille de ce canton les menace ». Pour la mariée, il y a son curateur et son frère. Pour le marié, sont présents un neveu et un ami. Il y a aussi mon aïeul, Alexis Deborde, celui que j’avais remplacé en janvier et qui est venu en voisin. Et il ne comprend vraiment pas pourquoi Philippe lui fait tous ces signes d’amitié !

charivari pugny.PNG

AD79, BMS Pugny, vue 128/131

Moins d’un an plus tard, Philippe et Catherine seront les parents d’un petit garçon prénommé Philippe lui aussi. Le vieux père mourra 2 mois après cette naissance. La jeune femme se remariera très vite avec un potier de son âge. Quant à Alexis Deborde, il s’est  demandé toute sa vie sans trouver de réponse pourquoi Philippe Roy l’avait tant remercié de lui avoir évité les ennuis d’un charivari ! Pour ma part, j’espère ne pas avoir mis trop de bazar en modifiant légèrement le cours d’un événement.
Merci à Doc et Marty McFly sans qui rien n’aurait été possible !

  • syndic* = équivalent du maire avant la Révolution
  • Traduction du dialogue* (« Dicciounaere poetevin-françaes » de Lexilogos)
    – Philippe, c’est sûr que les jeunes du canton, ils vont se moquer de toi.
    – Ça ne me fait pas plaisir, Alexis ! Comment faire pour éviter cela ?
    – Viens avec moi voir le prêtre. J’ai une idée.

 

François Blanchin, mon sosa 54

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zola_fortune-rougon_A34142.inddFrançois Blanchin (prononcez Blanchaiiin) est l’ancêtre que le GénérateurSosa a désigné pour le généathème de ce mois proposé par Sophie Boudarel. En m’intéressant à François Blanchin (1799-1861) qui a passé toute sa vie à Terves, je me sens un peu comme Zola (le talent en moins) écrivant sur Adélaïde Fouque à Plassans. Je me retrouve moi aussi avec le représentant d’une famille qui a réussi et qui a acquis du bien, attachée à un terroir, avant que tout ne change. Et je suis obligé d’évoquer comme Zola l’hérédité, la maladie, les « tares » familiales.

Le patronyme de Blanchin, c’est celui d’une longue dynastie de maréchaux installée à Terves depuis la fin du XVIIe siècle. 150 ans et 5 générations plus tard, c’est sur François Blanchin seul que repose l’avenir du nom de cette famille qui a souffert comme beaucoup pendant les guerres de Vendée, mais a réussi à préserver son patrimoine. Né en 1799, il est le seul garçon du couple René Blanchin et Marie Thibaudeau à atteindre l’âge adulte. Quand son père meurt en 1818, il se retrouve à la tête de la forge familiale, mais aussi de plusieurs maisons et dépendances et d’un grand nombre de terres. Ce décès lui permet l’année suivante d’être exempté de service militaire en tant que « fils unique de veuve ». Deux de ses sœurs font des beaux mariages avec d’autres notables du bourg. Marie-Jeanne épouse en 1817 René-Joseph Frouin (dit « Lantourla »), Marie-Anne choisit en 1823 Pierre-François Nicolas, un foulonnier qui sera bientôt maire. En 1829, c’est à son tour : à 30 ans, il épouse Rose Frouin, âgée de 21 ans. Le mariage est bien « assorti » : le père de la mariée, décédé, était à la fois cultivateur, propriétaire et marchand de bestiaux. Il y a donc du « bien » pour ce couple, à l’échelle d’une commune rurale. Fortune héritée : il possède 80 parcelles, soit 30 ha, et 3 maisons et elle apporte 9 parcelles soit 3 ha et une maison dans le bourg. Fortune agrandie : par héritage (17 parcelles pour 4 ha et 3 maisons) ou par acquêts (35 parcelles achetées, soit 10 ha, et 1 maison).

possessions blanchin.PNG

Une partie des propriétés du couple

Tout irait donc pour le mieux dans le meilleur des mondes pour François et son épouse. De l’argent, des terres, des fermages, du travail, de nombreux enfants qui arrivent l’un après l’autre (7 filles et 2 garçons qui naissent sur 20 ans, entre 1831 et 1851). Mais tout n’est pas si rose. D’abord, il y a les 2 fillettes qui meurent le même jour, le 6 décembre 1834, une âgée de 8 jours et l’autre de 20 mois ! Et puis, il y a l’aînée Geneviève qui est épileptique, et enfin il y a son frère Eugène qui souffre depuis l’enfance « d’agitation nerveuse ». Cela fait beaucoup de soucis tous les jours. Bien sûr, il y a les 4 autres filles les « Blanchines » (prononcez Blanchaiiines), Flavie, Clarisse, Eugénie et Mélanie (mon ancêtre) qui semblent si fières et que les autres villageois jalousent un peu, et il y a surtout Théophile, l’aîné des 2 garçons, né en 1836, celui qui doit succéder à son père !

Les années passent. Mais voilà, le 9 septembre 1861, Théophile meurt à l’âge de 25 ans. Est-ce de chagrin, ses 2 parents décèdent l’un après l’autre dans les 2 mois qui suivent : le père, François Blanchin, mon sosa 54, le 16 octobre 1861, et la mère, Rose Frouin, le 16 novembre 1861. Il avait 62 ans et elle, 53 ans. Cette fin d’année est une période terrible pour la famille Blanchin à Terves, même si les enfants peuvent s’appuyer sur des oncles présents et aisés financièrement : René-Joseph Frouin et Pierre-François Nicolas, les maris de leurs tantes paternelles.

Le décès de mon sosa 54 en 1861, c’est aussi la fin d’une dynastie à Terves. Geneviève, sa fille aînée, 30 ans, qui souffre du « haut mal » reste célibataire. L’état de santé du dernier fils, Eugène, 22 ans, ne s’améliore pas. Vers 1870, il faut l’interner à l’hôpital de Niort où il meurt en 1879. Les 4 autres filles, âgées de 10 à 20 ans à la mort de leurs parents, se marient chacune leur tour dans les années qui suivent. Flavie et Mélanie épousent les frères Nueil, propriétaires et hongreurs, Clarisse se marie avec Xavier Falourd, lui aussi propriétaire et Eugénie s’unit avec Auguste Chollet, un charpentier. Après la mort de François Blanchin et de son épouse, l’héritage laissé par les parents aux enfants et géré par les oncles est en conséquence bien utile. Il sert à entretenir et loger l’aînée, Geneviève, à payer l’hospice pour Eugène. Il sert enfin à fournir de belles dots aux 4 sœurs cadettes, les « Blanchines », les dernières à porter le nom de cette famille dans la commune de Terves.

  • Explications de l’extrait du plan cadastral napoléonien de Terves :
    – Noir : une partie des propriétés de François Blanchin
    – Jaune : une partie des acquêts en commun du couple
    – Rond : terres (prés, champs, jardins…)
    – Carré : maisons

Le témoin oublié

Il est des branches que l’on néglige un peu dans nos recherches (en tout cas c’est mon cas), c’est pourquoi j’ai décidé de m’intéresser à nouveau aux bouts de branches auxquelles j’avais consacré peu de temps.

bureau_carnetC’est le cas pour ma sosa 365 Marie-Élisabeth Savin, qui a vécu dans la paroisse du Busseau. Je me suis replongée dans les actes sur lesquels je n’étais pas revenue depuis plusieurs années. J’ai posé un regard nouveau sur mes documents ; cela, ajouté à quelques années supplémentaires de pratique généalogique et à une attention accrue aux détails, m’a permis de faire des découvertes intéressantes.

Je ne dispose pas de son acte de mariage avec mon ancêtre Pierre Dahay, uniquement celui de ses secondes noces avec Louis Mercier. Par contre, j’ai son acte de décès que j’ai étudié à nouveau. J’avais déjà noté la présence d’un neveu, René Soulet, sans avoir pu trouver plus d’informations. J’ai repris cette piste qui s’est avéré aussi complexe que lors de ma première recherche, car ni chez les Savin, ni chez les Dahay, je n’ai trouvé d’épouse Soulet. J’ai pensé qu’il pouvait être un neveu du second époux, Louis Mercier, mais rien non plus de ce côté. Puisque cette piste s’avérait infructueuse, je me suis alors tournée vers le prénom de l’épouse : Marie-Élisabeth est un prénom composé assez rare. J’ai repéré dans la paroisse voisine de La Chapelle-Thireuil  un couple, Jacques Savin et Marie Robin, dont une des filles s’appelait ainsi. J’ai alors commencé à construire en parallèle l’arbre du couple en espérant le relier à mes ancêtres. Les actes les concernant sont nombreux et j’ai pu retrouver leur mariage (qui mentionne leurs parents) et leurs enfants. Jacques Savin et Marie Robin ont eu 7 enfants, 2 ont une descendance connue : Pierre Savin et Marie Savin. Hélas, à aucun moment il n’est fait mention d’un gendre nommé Pierre Dahay. C’est finalement Marie Savin qui va m’apporter quelques réponses, mais là encore après de nombreuses recherches. Elle épouse Jean Beaubeau dont elle a 7 enfants. Son mari meurt en 1738, à l’âge de 40 ans et l’année suivante elle se remarie avec Jean Fevre/Saivre (le nom varie selon les actes). De cette nouvelle union naissent 4 enfants parmi lesquels une fille, Marie Fevre, laquelle épouse quelques années plus tard un certain… René Soulet. Par son mariage René Soulet devient donc le gendre de Marie Savin. Marie-Élisabeth Savin, tante de René Soulet, est la sœur de Marie Savin. Jacques Savin et Marie Robin leurs parents sont bien mes ancêtres !

arbre_savin_robin

Depuis, j’ai poursuivi l’observation des données en ma possession et j’ai confirmé cette filiation grâce à un autre témoin caché dans l’acte du second mariage de Marie-Élisabeth Savin. Et voilà comment, j’ai pu ajouter non pas 2, mais 6 sosas à mon arbre, puisque l’acte de mariage de Jacques Savin et Marie Robin mentionne leurs parents ! La généalogie demande attention, patiente et persévérance, des qualités qui un jour ou l’autre sont payantes et nous aident à débloquer des épines généalogiques.

La fête des (vieilles) filles

Dans le cadre du #généathème sur la famille et en cette veille de fête des mères, je n’en fais qu’à ma tête !

la-vieille-fille-Elles ont vécu aux XVIIIe et XIXe siècles, bien avant que ne soit instituée la fête des mères. De toute façon, elles n’auraient eu droit ni à un poème, ni à un collier de nouilles car elles ne se sont pas mariées et n’ont pas eu d’enfants ! Ce sont les vieilles filles. L’expression n’est pas très jolie. On imagine bien souvent une femme aigrie, frustrée ou bigote, c’est ainsi que la dépeint Balzac dans son roman « La vieille fille » :

Mademoiselle Cormon avait beau prier Dieu de lui faire la grâce de lui envoyer un mari afin qu’elle pût être chrétiennement heureuse, il était sans doute écrit qu’elle mourrait vierge et martyre, car il ne se présentait aucun homme qui eût tournure de mari.

la vielle fille 2

Illustration du livre de Balzac (source Gallica)

On peut préférer les mots que l’on trouve bien souvent sur leur acte de décès, « célibataire » ou mieux encore « fille », ce qui leur donne un air d’éternelle jeunesse. Comme elles n’ont pas de descendance, elles sont souvent négligées par les généalogistes. Ce sont ces oubliées que je vais fêter aujourd’hui. J’ai limité ma recherche à 26 femmes de mon arbre qui, de façon sûre, ont vécu plus de 40 ans sans fonder de famille.

Pour 2 d’entre elles, je sais que la raison du célibat est liée à la foi. Rosalie Frouin (1830-1904) devient religieuse et finit sa vie au Carmel de Poitiers à 73 ans. Marie-Geneviève Baudouin (1807-1848) est novice aux Filles de la Sagesse en Vendée en 1829, elle fait sa profession de foi l’année suivante et devient sœur Marie-Brigitte. Elle décède en 1848 à La Rochelle. J’ai sans doute dans mon arbre d’autres femmes qui sont entrées dans les ordres. Elles ne sont malheureusement pas faciles à retrouver : peu d’actes les citent et elles vivent souvent cloîtrées, parfois bien loin de leur lieu de naissance et je ne me suis pas encore frotté aux archives religieuses. Sans qu’elles deviennent moniales, la prière a peut-être consolé de la solitude certaines femmes. Même si l’église catholique encourageait le mariage et la procréation, une pratique religieuse intensive devait sans doute compenser en cas de célibat. Quand Catherine Clochard décède, « fille » en 1731, le curé précise « avec beaucoup de piété ». Si Jeanne Joly est choisie comme marraine au baptême de nombreux enfants de sa paroisse de Pugny, c’est sans doute aussi parce qu’elle est une bonne chrétienne. Il en est sans doute de même pour Julienne Violeau à Terves ou Marianne Roy à Chanteloup.

Pour Geneviève Blanchin (1831-1895), je sais que l’explication du célibat est en grande partie médicale. Au recensement de 1876, il est renseigné qu’elle souffre du « mal caduc » et à celui de 1886, il est écrit qu’elle est « tombée du haut mal » : Geneviève est donc épileptique. Elle habite le bourg de Terves, sans doute prise en charge par ses sœurs et ses beaux-frères, elle décède à l’âge de 64 ans. Elle n’est sans doute pas la seule à être contrainte par la maladie ou le handicap. J’ai sûrement dans mon arbre des boiteuses, des bossues, voire des « imbéciles » (pas trop j’espère) qui avaient forcément un peu plus de mal à convoler en justes noces, mais ces renseignements sont rarement trouvables.

Il est donc difficile de savoir exactement pour chacune ce qui les a conduit au célibat. Il est toutefois possible de l’appréhender par une approche statistique. J’ai essayé de savoir quelle était leur situation familiale à 20 ans, à l’âge où la plupart songent au mariage. Le jour de cet anniversaire, elles appartiennent à des fratries assez nombreuses composées de 3 à 10 individus ayant survécu à la mortalité infantile. Il n’y a aucune fille unique. Sans tirer de conclusions individuelles, il me semble que plus la famille est nombreuse, plus le mariage des filles est difficile. Fournir de nombreuses dots pouvait être un frein ! Je m’en rends d’autant plus compte que, parfois, plusieurs sœurs d’une même famille sont concernées.
– Marie-Anne (1757-1802), Julie (1768-1817) et Françoise (1772-1838), filles du charron François BURGET restent célibataires. Elles demeurent auprès de leur sœur Thérèse, mon SOSA 89, qui est la seule des filles à trouver un époux.
– Véronique (1750-1815) et Marie-Charlotte (1753-1836) MARILLAUD sont les filles d’un marchand. Seule leur sœur cadette Prudence, mon SOSA 97, se marie.
– Le marchand Jacques SABRON a eu 11 filles. 4 sont décédées jeunes et seules 2 se sont mariées. Parmi les 5 autres, Marie (1678-1719), Jacquette (1686-1745) et Françoise (1694-1775) ont vécu bien longtemps, sans jamais connaître le bonheur conjugal.

J’ai enfin regardé la place qu’elles occupaient dans la sororie. 9 sont les aînées, 8 sont les benjamines et les 9 autres sont entre ces deux places. Apparemment, ce n’est pas déterminant. Pourtant, il est possible que la place d’aînée ait condamné Jeanne Frogier (1771-1840) et Marie-Charlotte La Pierrière (1735-1802) a s’occuper de leurs plus jeunes frères et sœurs au décès de leur mère.

la vielle fille 3

Illustration du livre de Balzac (source Gallica)

Pourquoi ne se marie-t-on pas ? Aujourd’hui comme hier, les réponses sont à la fois individuelles et sociétales. Le poids de la religion, les affres de la maladie ou du handicap, l’importance de l’héritage, la place d’aînée au décès d’une mère, tout cela peut peser lourd surtout quand ça se surajoute. Mais il y a aussi toutes ces histoires personnelles que je ne ne pourrai jamais découvrir : les amours déçues, les injonctions parentales ou familiales, les difficultés à exprimer ses sentiments… et aussi, rêvons un peu, les choix assumés de femmes qui préfèrent être libres. Quoi qu’il en soit, aujourd’hui sur ce blog, c’est la fête des (vieilles) filles et je ne les oublie pas (liste à lire sur l’air de Céline de Hugues Aufray) !

Julienne VIOLLEAU (1651 Terves – 1719 Terves)
Catherine CLOCHARD (1684 La Chapelle-St-Lt – 1731 La Chapelle-St-Lt)
Jacquette SABRON (1686 La Chapelle-St-Lt – 1745 La Chapelle-St-Lt)
Françoise SABRON (1694 La Chapelle-St-Lt – 1775 La Chapelle-St-Lt)
Charlotte SABRON (1700 La Chapelle-St-Lt – 1759 La Chapelle-St-Lt)
Perrine BONNEAU (1704 Loge-Fougereuse – 1750 La Tardière)
Marguerite DELAHAYS (1705 St-Pierre-du-Ch. – 1753 St-Pierre-du-Ch.)
Françoise BODIN (1712 Terves – 1753 Terves)
Jeanne JOLY (1721 Pugny – 1775 Pugny)
Marianne ROY (1727 Chanteloup – 1802 La Chapelle-St-Lt)
Françoise METAIS (1734 Terves – 1795 Terves)
Marie-Charlotte LA PIERRIERE (1735 Courlay – 1802 Courlay)
Véronique MARILLAUD (1750 Largeasse – 1815 Largeasse)
Marie-Charlotte MARILLAUD (1753 Largeasse – 1836 Largeasse)
Véronique AUGER (1753 Largeasse -1824 Pugny)
Marie-Anne BURGET (1757 Nueil/Les Aubiers – 1802 Nueil/Les Aubiers)
Julie BURGET (1768 Nueil/Les Aubiers – 1817 Nueil/Les Aubiers)
Françoise BAUDOUIN (1771 Courlay – 1859 Terves)
Jeanne FROGIER (1771 Terves – 1840 Terves)
Louise BODIN (1772 Terves -1820 Terves)
Jeanne BILLY (1772 Breuil-Chaussée) – 1846 St-Porchaire)
Marie-Françoise BURGET (1772 Nueil/Les Aubiers – 1838 Nueil/Les Aubiers)
Marie-Geneviève BAUDOUIN (1807 Terves – 1848 La Rochelle)
Julie BAUDU (1825 Boismé – 1870 Boismé)
Rosalie FROUIN (1830 Chanteloup – 1904 Poitiers)
Geneviève BLANCHIN (1831 Terves – 1895 Terves)

Deux hommes de bien

2_hommes_de_bien_perez_reverteAvec Deux hommes de bien, Arturo Pérez-Reverte nous emmène dans un voyage entre l’Espagne et la France à la veille de le Révolution française.
Arturo Pérez-Reverte, est un romancier espagnol à qui l’on doit Le tableau du maître flamand mais aussi plusieurs romans adaptés au cinéma, La 9e porte avec Johnny Depp ou Capitaine Alatriste avec Viggo Mortensen.
Deux hommes de bien, débute à Madrid alors que les membres de l’Académie espagnole décident, avec l’accord du roi Charles III, d’envoyer 2 de leurs collègues en France pour ramener une première édition de l’Encyclopédie de Diderot et d’Alembert. Le choix de l’Académie se porte sur 2 sexagénaires, le bibliothécaire et un amiral. Ensemble, ils partent sur les routes d’Espagne puis de France, jusqu’à Paris, pour essayer de trouver cette 1ère édition et la ramener en Espagne.
Pourtant, le livre n’est pas un simple roman, en effet l’histoire est vraie : l’Académie a effectivement envoyé 2 de ses membres à Paris : un certain nombre de lettres ou de rapports l’atteste. Bien sûr, si les grandes lignes appartiennent à l’Histoire, le récit que nous lisons doit beaucoup à l’imagination de son auteur. Mais pas uniquement ! Car tout l’intérêt des généalogistes amateurs que nous sommes réside dans l’approche de Pérez-Reverte. Le roman alterne les chapitres du voyage avec des digressions sur les recherches de l’auteur, lequel se met en scène et nous invite à le suivre dans ses investigations. Comment retrouver l’itinéraire emprunté par les 2 académiciens pour aller de Madrid à Paris ? De quelle manière recréer l’ambiance d’une auberge, de l’un de ces relais sur la route, ou encore l’atmosphère d’un café parisien ou d’un salon mondain ? Quelle était la topographie de Paris, et de Madrid, à cette époque, le nom des rues, les bâtiments existants… Autant de questions que se pose Arturo Perez-Reverte. Nous partageons ses recherches et ses découvertes d’ouvrages ou des cartes*. Nous écoutons avec lui les spécialistes qu’il interroge sur un sujet ou une époque… Et nous le suivons dans ses déplacements sur les lieux des événements pour s’imprégner de l’atmosphère ambiante.
C’est toute cette partie qui au final m’a le plus intéressé. La démarche du romancier ne peut qu’inspirer le généalogiste qui souhaite écrire sur son histoire familiale même s’ il s’agit d’un simple article de blog ou de journal.

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* La carte du réseau routier au milieu du XVIIIe qu’utilise l’auteur pour retracer l’itinéraire de ses voyageurs.

Les chemises rouges

Suite de « L’équipée sauvage dans le Bocage ». Résumé : dans le nord des Deux-Sèvres, au début du XIXe siècle, des jeunes veulent échapper à la conscription et certains sont devenus hors-la-loi et meurtriers. Dans le même temps, des curés refusent le Concordat de 1801 signé entre Napoléon et l’Église et complotent… Il ne faudrait pas que s’installe une nouvelle guerre de Vendée.

Après le siège par la gendarmerie d’une maison à Scillé le 12 mars 1808, plusieurs personnes sont arrêtées pour les crimes commis dans le Bocage. Elles sont incarcérées à Niort pour être jugées rapidement. Un précédent procès avait déjà eu lieu il y a un an en réponse au meurtre des gendarmes de Courlay en 1806. Le verdict : 3 hommes condamnés à mort et 5 autres à huit ans de fers. Mais toute la bande n’avait pas été arrêtée et, autour de quelques fuyards, un nouveau groupe composé de conscrits réfractaires s’était reformé, volant des armes et des biens, allant même jusqu’au meurtre. Après leur arrestation, ils sont donc 9 à comparaître 3 mois plus tard, les 17 et 18 juin 1808, devant le tribunal de Niort.

Qui sont les accusés ?

entête police

Papier à en-tête de la police du XIXe

René Marot, marchand de fuseaux à Courlay, 23 ans. C’est l’homme le plus recherché. On lui reproche surtout sa participation au guet-apens meurtrier contre les gendarmes, mais aussi l’homicide de Pierre Rotureau, ainsi que d’avoir blessé un maréchal des logis. Ce réfractaire est le fils de Joseph Marot et de Marie Falourd. Sa famille fut particulièrement surveillée car suspectée de participer très activement à la sédition qui sévit dans la commune de Courlay. Ses parents et sa sœur Jeanne ont même été arrêtés préventivement. Transférés à la prison de Poitiers, son père, Joseph Marot, y décède le 18 février 1807 et sa mère Marie Falourd y meurt à son tour le 20 novembre 1807.
Jean-Baptiste Marot, domestique à Courlay, 22 ans. Frère du précédent, il l’a rejoint dans sa révolte et a participé dans une moindre mesure à son errance criminelle.
Pierre Galland, domestique au Pin, 24 ans. Il est l’aîné d’une famille de 3 enfants. Ses parents, Jean Galland et Marie Baudry, sont décédés, victimes de la Révolution en la commune de Courlay au village appelé Beauvais, dans les 1ers jours de 1794. Il risque beaucoup lui aussi car il était présent au meurtre des 2 gendarmes.
Pierre Boissonot, tisserand à Courlay, 23 ans. Né au Breuil-Bernard, c’est  le fils d’Hilaire Boissonot et de Jeanne Gastard. Son père a disparu lui aussi durant les guerres de Vendée. Il est accusé d’être un membre de la bande à Marot.
Pierre Guichet, laboureur à Vernoux-en-Gâtine, 22 ans. C’est l’aîné des fils de Jean Guichet et de Marie-Anne Chartier et il est également un conscrit réfractaire. Il lui est reproché d’avoir résisté à la gendarmerie lors de l’assaut de la maison de Scillé.
Jean Gelot, laboureur à Scillé, 20 ans. Il est né dans le département voisin de la Vendée, à Saint-Hilaire-de-Voust, fils de René Gelot et de Marie-Jeanne Decou. Je ne sais pas si ses parents sont vivants lors de son procès et je ne lui ai pas trouvé de fratrie. Il aurait dû lui aussi rejoindre l’armée mais il ne l’a pas fait. Il se retrouve accusé de différents vols et de résistance aux forces armées.
Jean Baudu, laboureur à Chanteloup, 20 ans. Le plus jeune fils de Pierre Baudu et de Louise Maulévrier a refusé le service militaire et pris le « maquis ». Il n’avait que 3 ans quand sa mère est morte et j’ignore si son père et sa fratrie sont encore en vie. Il est accusé de plusieurs cambriolages.
– Jean Noirault, bordier à la Fouquetière de Scillé, 36 ans. C’est l’aîné des inculpés. C’est chez lui qu’une partie de la bande a été arrêtée et il lui est reproché de les avoir aidés et hébergés.
François-Jacques Deborde, domestique à Moncoutant, 23 ans. C’est lui aussi un conscrit réfractaire. Je le connais bien puisque c’est le neveu de mon ancêtre André Deborde. Le fils de Jacques Deborde et de défunte Marie Baudouin est soupçonné d’appartenir à la bande. C’est sa présence au procès qui m’a donné envie de mener cette recherche.

Le procès et le verdict

Il se déroule sur 2 jours. Les témoins convoqués sont plutôt à charge qu’à décharge. Il n’empêche que la cour rend un jugement à la fois différencié et circonstancié :

guillotine tardi

Dessin extrait de « Adèle et la bête » de Tardi

Pierre Galland et René Marot sont condamnés à la peine de mort. Leur participation au meurtre des 2 gendarmes ne fait pas de doute. Les dits Pierre Galland et René Marot seront conduits sur la place publique et des exécutions de cette ville pour avoir la tête tranchée…
Jean-Baptiste Marot, Pierre Boissonot, Pierre Guichet, Jean Baudu et Jean Gelot sont condamnés à 8 années de bagne. Auparavant, ils seront « conduits sur la place publique et des exécutions de cette ville attachés à un poteau placé sur un échafaud pour rester exposés aux regards du peuple pendant 6 heures, qu’au dessus de leur têtes sur une écriture soient inscrits en gros caractères leurs noms, prénoms, profession , domicile, la cause de leur condamnation et jugement rendu contre eux… »
Jean Noirault et François-Jacques Deborde sont acquittés des différentes accusations. Ils  demeurent toutefois en état d’arrestation, le premier pour recel de réfractaires et le second comme réfractaire.

Que sont-ils devenus ?

Il ne reste a plus beaucoup de jours à vivre pour les 2 condamnés à mort. « Tout condamné à mort aura la tête tranchée, quiconque a été condamné à mort pour crime d’assassinat d’incendie ou de poison sera conduit au lieu de l’exécution revêtu d’une chemise rouge« . Le 5 juillet 1808, Pierre Galand et René Marot quittent leur cellule de la prison de Niort. Vêtus de la chemise rouge d’infamie, ils se dirigent vers l’échafaud où les attend la guillotine. À 11 heures, la lame tombe sur le cou de René Marot, puis sur celui de Pierre Galland.

Après l’humiliation sur la place publique de Niort, les 5 condamnés aux fers sont envoyés au bagne de Rochefort où ils sont inscrits sur le registre. Jean Baudu y décède 2 ans plus tard, le 10 mai 1810 âgé de 22 ans, à l’hôpital de la Marine.
Quant à Jean Gelot, Jean-Baptiste Marot, Pierre Guichet et Pierre Boissonot, ils sont graciés par le roi Louis XVIII le 13 janvier 1815. Renvoyés chez eux, Gelot et Guichet se rendent à Vernoux-en-Gâtine et Marot et Boissonot vont à Courlay où ils sont surveillés, conformément à la loi.
– Jean-Baptiste Marot décède le 6 septembre 1834 à Saint-Porchaire âgé de 45 ans. Il était pensionné de l’État avait épousé l’année précédente Marie-Louise Brémaud.
– Le destin de Jean Guichet est sans doute le plus étonnant. Le bagne lui a sans doute permis de rencontrer la femme qu’il épouse à Vernoux-en-Gâtine, le 16 avril 1815, 3 mois à peine après sa libération. Celle qu’il a choisi s’appelle Jeanne Girard, elle est née à Rochefort et est la fille d’un charpentier de la ville. C’est certainement pendant sa détention qu’ils se sont connus. Jeanne décède en 1844. Jean Guichet se remarie avec Françoise Robin en 1847 et décède le 14 mai 1856 à L’Absie, âgé de 70 ans.
– Jean Gelot épouse le 19 avril 1820 Marie-Jeanne Fortin à Scillé, ils ont 3 enfants entre 1822 et 1826. Il a le temps de méditer sur ses mésaventures puisqu’il meurt très âgé, le 4 avril 1874 au Busseau, à l’âge de 89 ans.
– Quant à Pierre Boissonnot, je perds sa trace après son retour à Courlay.

Des 2 acquittés, je ne connais que le sort de François-Jacques Deborde. Je n’ai trouvé aucun renseignement sur Jean Noirault. Le neveu de mon ancêtre, pour sa part, est sans doute incorporé dans l’armée napoléonienne juste après le procès. Dans quelles conditions, pour quels combats, je l’ignore. Il revient vivant en tout cas, puisqu’il épouse avant 1817 Marie Auger qui lui donne une petite fille cette année-là. Je me demande même s’il n’a pas essayé d’obtenir une pension royale, comme les anciens soldats royalistes des guerres de Vendée. Il vit et travaille à la ferme de la Coulaisière de Pugny où il décède le 22 septembre 1827 âgé de 40 ans.

Pour conclure

entête gendarmerie.PNG

Papier à en-tête de la gendarmerie au XIXe

Ces actes de banditisme ont été l’occasion pour le préfet des Deux-Sèvres, Dupin, de remettre de l’ordre dans une région toujours prête à se soulever. Durant cette période, jusqu’à 400 soldats ont été mobilisés, 170 personnes ont été arrêtées préventivement ou déplacées car considérées comme fanatiques, perfides, rebelles aux lois divines et humaines… C’est aussi l’occasion de rechercher et de tenter de soumettre les prêtres et ceux qui refusent le Concordat, les dissidents de la Petite Église. Les fers et le bagne, les chemises rouges et la guillotine sont la punition des crimes mais ils sont également un avertissement politique à tous ceux qui refusent d’obéir à l’ordre en place. La réponse aurait pourtant aussi être sociale car ces jeunes criminels ont été auparavant les enfants victimes des guerres de Vendée. Dans un courrier adressé à la police générale de l’Empire, le préfet écrit : « La plupart des mutins sont orphelins. La guerre de la Vendée a laissé beaucoup d’enfants dans cet abandon et cette jeunesse sans frein donnera de l’embarras pendant quelques années. » Il fallut de fait beaucoup de temps pour retrouver une paix complète dans le Bocage.

Sources principales

Archives départementales des Deux-Sèvres : 4M209, 4M212, 3U3
Ernest de Hauterive : La police secrète du Premier Empire
Auguste Billaud : La Petite Église dans la Vendée et les Deux-Sèvres
Laurent Delenne : Une rébellion contre la conscription (Revue Napoléon n°26)

Mes très jeunes mariées

Quand nous essayons d’établir une règle concernant les mariages de nos ancêtres, nous imaginons souvent les couples sur un même modèle : l’homme plus âgé que sa femme, elle à peine 20 ans et lui plus près de 25. Pourtant cette image est fausse : au XVIIe et XVIIIe siècle, on se mariait généralement assez tard. À la fin de l’Ancien Régime, les épouses avaient en moyenne 25 à 26 ans au moment de leurs noces et les maris étaient âgés de 27 à 28 ans. Bien sûr, on trouve régulièrement des exceptions à cette règle : un grand écart d’âge entre les conjoints, une femme bien plus vieille que son mari ou encore une toute jeune fille conduite à l’autel. C’est à ces jeunes filles que je m’intéresse aujourd’hui.

symbolique-iconographies-cadeaux-mariageDans mon arbre, j’en trouve 13 qui se sont mariées avant 17ans : 5 ont 16 ans, 7 ont 15 ans et 1 a 12 ans. La moitié s’unit XVIIe siècle, l’autre dans la première moitié du XVIIIe et une seule convole au XIXe siècle. Celles mariées entre le XVIIe et le XVIIIe siècle me semblent les plus intéressantes. À regarder leur parcours, je peux les classer dans 3 catégories : les jeunes filles de la noblesse, celles des familles de protestants et enfin les paysannes.

Les jeunes filles issues de familles nobles ou de notables.

Madeleine Nicolas
Le 5 juillet 1649, à 16 ans, Madeleine, fille de Jean Nicolas, seigneur de la Taupelière, épouse dans sa paroisse de Saint-Laurent de Parthenay Jacques Augron, docteur en médecine, âgé de 24 ans. Madeleine est l’aînée des 11 enfants de mes sosas Jean Nicolas (3952) et Madeleine Mocquet (3953). On a sans doute prévu de longue date la dot de la mariée. Le couple va passer toute sa vie dans cette paroisse de Saint-Laurent. Madeleine met au monde son premier bébé l’année suivante, elle vient d’avoir 18 ans. Le couple aura 4 enfants et Madeleine meurt à 49 ans.

Renée Jallay
9 ans après Madeleine, en octobre 1658, Pierre Nicolas, son frère, épouse Renée Jallay. Le marié a 25 ans, sa future épouse en a 16 ! Lui est avocat au bailliage de Gâtine, elle est fille de marchand, tous 2 vivent dans la paroisse de Saint-Laurent. Aucun enfant ne semble être né de cette union. Pierre Nicolas décède en 1691, il a 57 ans, Renée se remarie, elle meurt en 1702 a l’âge de 60 ans.

Madeleine Baraton
Le 16 janvier 1667, Madeleine Baraton 15 ans (sosa 557), épouse à Fenioux Philippe de la Touche, seigneur de Grandmaison, 25 ans (sosa 556). En décembre de la même année, Madeleine met au monde une petite fille, Marie. 3 autres enfants voient le jour dans les années qui suivent, mais Madeleine décède fin 1679, elle n’a que 27 ans.

Ces 3 jeunes filles appartiennent à des familles de la petite noblesse ou de notables de province. Nous sommes là dans l’un des cas d’exceptions aux mariages plus tardifs. Dans ces familles, il fallait d’une part éviter de disperser le patrimoine et d’autre part permettre des rapprochements avec des lignées de même niveau social. Ces unions « entre-soi » laissaient moins de choix pour les épouses et les pères n’hésitaient pas alors à marier de très jeunes filles. Les 2 Madeleine ainsi que Renée ont sans doute été sacrifiées aux alliances familiales.

Les jeunes filles issues de familles de protestants.

Marguerite Roulleau
Le 26 mai 1664, Marguerite Roulleau, fille de mes sosas Mathurin Roulleau et Jacquette Granier, épouse à Saint-Pompain Mathurin Richer. Elle a 16 ans et je ne connais pas l’âge du marié. À 18 ans, elle donne le jour à un fils, puis je perds sa trace. Je suis presque sûre qu’elle est issue d’une famille de protestants.

Marie Boussereau
En avril 1700, cette fille de protestants se marie à Surin avec Louis Saboureau, laboureur lui aussi fils de protestants : elle a 15 ans, lui en a 26 ans. Ils sont mes sosas 696 et 697. 8 enfants naissent de cette union : le premier vers 1702, Marie a alors 17 ans, la dernière vers 1721, elle a 37 ans. Marie meurt quelques années plus tard, à 42 ans. Louis ne se remarie pas, il a une longue vie puisqu’il meurt à 77 ans.

Comme les nobles, les protestants, même après avoir abjuré, continuent à se marier entre eux. Là encore, l’appartenance à un groupe religieux minoritaire ou stigmatisé est l’une des exceptions aux mariages tardifs. Il y a peu de choix pour se marier et l’âge des jeunes filles importe sans doute moins que dans d’autres milieux.

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L’accordée de village. jean-Baptiste Greuze © Photo RMN-Grand Palais (Musée du Louvre) / Franck Raux

Les jeunes filles issues de familles de paysans.

Pour ces jeunes filles, chaque cas est différent et il est difficile de dégager une tendance.

Catherine et Jeanne Arnaud
Les 2 sœurs, filles de Pierre Arnaud et Catherine Durandeau se marient à 15 ans avec 2 frères, fils de Pierre Pouvreau et Françoise Courtin. En novembre 1679 à Villiers-en-Plaine, Catherine s’unit à Jacques Pouvreau, 27 ans. 2 ans après, naît leur premier enfant. Jacques meurt 1 mois après la naissance de sa dernière fille, Catherine se remarie l’année suivante, elle a 29 ans.
Le 26 janvier 1684, c’est au tour de sa sœur Jeanne, mon ancêtre (sosa 901) d’épouser à 15 ans Pierre Pouvreau (sosa 900), 32 ans. Leur premier fils naît 3 ans après. Jeanne décède en 1696 à l’âge de 44 ans. Les filles se mariaient peut-être jeunes dans cette famille, en tout cas je n’ai pas trouvé d’explication pour elles.

Anne Boeuf
En 1707, Anne Bœuf épouse Pierre Savin. Le même jour, Nicolas Bœuf le père d’Anne, lui-même veuf, épouse Françoise Thibaudeau, veuve, la mère de Pierre Savin. 3 ans plus tard, Françoise Bœuf 15 ans, fille de Nicolas, se marie avec Jean Savin, 32 ans, fils de Françoise. On peut supposer que les 2 familles vivant sous le même toit, les rapprochements entre les enfants étaient prévisibles. Cela peut expliquer l’âge de la mariée. Dès l’année suivante, Françoise qui a alors 16 ans, accouche d’un premier fils. 7 autres enfants suivent. En 1733, son mari Jean Savin meurt, mais elle a vécu au-delà de 64 ans.

Marie-Madeleine Bonneau
Le 24 février 1716, Marie-Madeleine, 12 ans, épouse Louis Bourdeau 22 ans à Faye-sur-Ardin. C’est ma plus jeune mariée et je dois dire que ses 12 ans me choquent un peu. Ils appartiennent tous les 2 à des familles de paysans. Marie-Madeleine est la dernière des 9 enfants de Jean Bonneau (sosa 924) et Perrine Canteau (sosa 925). On peut imaginer que la dot est bien maigre et ce n’est pas sa constitution qui retarde les noces ! Je n’ai que peu d’informations sur elle, je sais juste qu’elle meurt avant 1724 (elle n’a pas 20 ans !) puisqu’à cette date Louis se remarie. A-t-elle eu des enfants ? A-t-elle choisi son époux ? A-t-elle été heureuse pendant sa courte vie ? Autant de questions sans réponses. Tout ce que je peux dire, c’est qu’elle était bien jeune (trop jeune !) pour se marier et bien trop jeune pour mourir.

Marie Madeleine Sauzeau
Marie Madeleine Sauzeau (sosa 317), épouse a 15 ans, Jacques Bonnin (sosa 316). Ils se marient dans la paroisse d’Ardin. Par contre, ce n’est qu’en 1740 à l’âge de 22 ans que Marie Madeleine devient mère. Elle n’a guère le temps d’élever ses 4 enfants puisqu’elle meurt à 38 ans suivie dans la tombe par son mari 2 ans après.

Jeanne Bertaud
Jeanne, 16 ans, fille d’un laboureur de Faye-sur-Ardin, épouse Louis Godillon, lui aussi laboureur, âgé de 34 ans dans l’église de La Chapelle-Thireuil. Jeanne devient mère en 1743, à l’âge de 18 ans. Elle meurt à 23 ans après avoir mis au monde 4 enfants. Par contre, Louis Godillon ne se remarie pas de suite, il épouse une veuve 9 ans plus tard et n’aura pas d’autres enfants. Ici, pas d’explication évidente pour l’âge de l’épouse, peut-être est-ce tout simplement un mariage d’amour, le fait que l’époux ne se remarie pas de suite conforte cette hypothèse.

Marie Chouc
Marie Chouc a 15 ans quand elle épouse en octobre 1746 Jean Ayraud à Saint-Maixent-de-Beugné. Marie est la 5e enfant de René Chouc. En juillet de cette même année, sa mère est morte, laissant son père avec au moins 6 enfants. Est-ce pour fuir la charge de ses frères et sœurs que Marie quitte sa famille et se marie ? C’est une possibilité. Tout ce que je sais, c’est que 4 ans après elle met au monde un petit garçon.

Pas toujours facile d’analyser ces unions, cependant un mariage précoce peut aussi s’expliquer par une grossesse avant mariage. Il faut alors célébrer rapidement les noces pour que l’enfant ne naisse pas hors mariage. Cela ne semble pas être le cas chez toutes ces jeunes filles, même si je ne peux l’affirmer complétement puisque je n’ai pas forcement retrouvé toutes les naissances, sans parler des fausses-couches possibles.

On prête plus de liberté pour les mariages chez les paysans, malgré tout ces jeunes filles avaient besoin de l’accord de leur père pour se marier et, vu leur âge, on peut supposer que c’est lui qui choisissait le conjoint. Leur liberté était donc toute relative. De plus, les alliances entre familles ne sont pas uniquement l’apanage de la noblesse, certaines familles de paysans cherchaient aussi à tisser des liens grâce à des unions, et l’âge de la mariée n’entrait sans doute pas beaucoup en ligne de compte. Enfin, si le marié avait lui aussi la liberté de faire sa demande auprès des parents, cela n’était jamais le cas des filles, et ce sont toujours elles qui sont mariées jeunes. Heureusement, aucune n’a été mariée avec un vieillard. Malgré tout, ces exemples restent marginaux quand je les compare aux quelques 6 000 unions de mon arbre.

Sources :
Célibat et âge au mariage aux XVIIIe et XIXe siècles en France
Le mariage précoce des femmes à Bordeaux au XVIIIe siècle