La fête des (vieilles) filles

Dans le cadre du #généathème sur la famille et en cette veille de fête des mères, je n’en fais qu’à ma tête !

la-vieille-fille-Elles ont vécu aux XVIIIe et XIXe siècles, bien avant que ne soit instituée la fête des mères. De toute façon, elles n’auraient eu droit ni à un poème, ni à un collier de nouilles car elles ne se sont pas mariées et n’ont pas eu d’enfants ! Ce sont les vieilles filles. L’expression n’est pas très jolie. On imagine bien souvent une femme aigrie, frustrée ou bigote, c’est ainsi que la dépeint Balzac dans son roman « La vieille fille » :

Mademoiselle Cormon avait beau prier Dieu de lui faire la grâce de lui envoyer un mari afin qu’elle pût être chrétiennement heureuse, il était sans doute écrit qu’elle mourrait vierge et martyre, car il ne se présentait aucun homme qui eût tournure de mari.

la vielle fille 2

Illustration du livre de Balzac (source Gallica)

On peut préférer les mots que l’on trouve bien souvent sur leur acte de décès, « célibataire » ou mieux encore « fille », ce qui leur donne un air d’éternelle jeunesse. Comme elles n’ont pas de descendance, elles sont souvent négligées par les généalogistes. Ce sont ces oubliées que je vais fêter aujourd’hui. J’ai limité ma recherche à 26 femmes de mon arbre qui, de façon sûre, ont vécu plus de 40 ans sans fonder de famille.

Pour 2 d’entre elles, je sais que la raison du célibat est liée à la foi. Rosalie Frouin (1830-1904) devient religieuse et finit sa vie au Carmel de Poitiers à 73 ans. Marie-Geneviève Baudouin (1807-1848) est novice aux Filles de la Sagesse en Vendée en 1829, elle fait sa profession de foi l’année suivante et devient sœur Marie-Brigitte. Elle décède en 1848 à La Rochelle. J’ai sans doute dans mon arbre d’autres femmes qui sont entrées dans les ordres. Elles ne sont malheureusement pas faciles à retrouver : peu d’actes les citent et elles vivent souvent cloîtrées, parfois bien loin de leur lieu de naissance et je ne me suis pas encore frotté aux archives religieuses. Sans qu’elles deviennent moniales, la prière a peut-être consolé de la solitude certaines femmes. Même si l’église catholique encourageait le mariage et la procréation, une pratique religieuse intensive devait sans doute compenser en cas de célibat. Quand Catherine Clochard décède, « fille » en 1731, le curé précise « avec beaucoup de piété ». Si Jeanne Joly est choisie comme marraine au baptême de nombreux enfants de sa paroisse de Pugny, c’est sans doute aussi parce qu’elle est une bonne chrétienne. Il en est sans doute de même pour Julienne Violeau à Terves ou Marianne Roy à Chanteloup.

Pour Geneviève Blanchin (1831-1895), je sais que l’explication du célibat est en grande partie médicale. Au recensement de 1876, il est renseigné qu’elle souffre du « mal caduc » et à celui de 1886, il est écrit qu’elle est « tombée du haut mal » : Geneviève est donc épileptique. Elle habite le bourg de Terves, sans doute prise en charge par ses sœurs et ses beaux-frères, elle décède à l’âge de 64 ans. Elle n’est sans doute pas la seule à être contrainte par la maladie ou le handicap. J’ai sûrement dans mon arbre des boiteuses, des bossues, voire des « imbéciles » (pas trop j’espère) qui avaient forcément un peu plus de mal à convoler en justes noces, mais ces renseignements sont rarement trouvables.

Il est donc difficile de savoir exactement pour chacune ce qui les a conduit au célibat. Il est toutefois possible de l’appréhender par une approche statistique. J’ai essayé de savoir quelle était leur situation familiale à 20 ans, à l’âge où la plupart songent au mariage. Le jour de cet anniversaire, elles appartiennent à des fratries assez nombreuses composées de 3 à 10 individus ayant survécu à la mortalité infantile. Il n’y a aucune fille unique. Sans tirer de conclusions individuelles, il me semble que plus la famille est nombreuse, plus le mariage des filles est difficile. Fournir de nombreuses dots pouvait être un frein ! Je m’en rends d’autant plus compte que, parfois, plusieurs sœurs d’une même famille sont concernées.
– Marie-Anne (1757-1802), Julie (1768-1817) et Françoise (1772-1838), filles du charron François BURGET restent célibataires. Elles demeurent auprès de leur sœur Thérèse, mon SOSA 89, qui est la seule des filles à trouver un époux.
– Véronique (1750-1815) et Marie-Charlotte (1753-1836) MARILLAUD sont les filles d’un marchand. Seule leur sœur cadette Prudence, mon SOSA 97, se marie.
– Le marchand Jacques SABRON a eu 11 filles. 4 sont décédées jeunes et seules 2 se sont mariées. Parmi les 5 autres, Marie (1678-1719), Jacquette (1686-1745) et Françoise (1694-1775) ont vécu bien longtemps, sans jamais connaître le bonheur conjugal.

J’ai enfin regardé la place qu’elles occupaient dans la sororie. 9 sont les aînées, 8 sont les benjamines et les 9 autres sont entre ces deux places. Apparemment, ce n’est pas déterminant. Pourtant, il est possible que la place d’aînée ait condamné Jeanne Frogier (1771-1840) et Marie-Charlotte La Pierrière (1735-1802) a s’occuper de leurs plus jeunes frères et sœurs au décès de leur mère.

la vielle fille 3

Illustration du livre de Balzac (source Gallica)

Pourquoi ne se marie-t-on pas ? Aujourd’hui comme hier, les réponses sont à la fois individuelles et sociétales. Le poids de la religion, les affres de la maladie ou du handicap, l’importance de l’héritage, la place d’aînée au décès d’une mère, tout cela peut peser lourd surtout quand ça se surajoute. Mais il y a aussi toutes ces histoires personnelles que je ne ne pourrai jamais découvrir : les amours déçues, les injonctions parentales ou familiales, les difficultés à exprimer ses sentiments… et aussi, rêvons un peu, les choix assumés de femmes qui préfèrent être libres. Quoi qu’il en soit, aujourd’hui sur ce blog, c’est la fête des (vieilles) filles et je ne les oublie pas (liste à lire sur l’air de Céline de Hugues Aufray) !

Julienne VIOLLEAU (1651 Terves – 1719 Terves)
Catherine CLOCHARD (1684 La Chapelle-St-Lt – 1731 La Chapelle-St-Lt)
Jacquette SABRON (1686 La Chapelle-St-Lt – 1745 La Chapelle-St-Lt)
Françoise SABRON (1694 La Chapelle-St-Lt – 1775 La Chapelle-St-Lt)
Charlotte SABRON (1700 La Chapelle-St-Lt – 1759 La Chapelle-St-Lt)
Perrine BONNEAU (1704 Loge-Fougereuse – 1750 La Tardière)
Marguerite DELAHAYS (1705 St-Pierre-du-Ch. – 1753 St-Pierre-du-Ch.)
Françoise BODIN (1712 Terves – 1753 Terves)
Jeanne JOLY (1721 Pugny – 1775 Pugny)
Marianne ROY (1727 Chanteloup – 1802 La Chapelle-St-Lt)
Françoise METAIS (1734 Terves – 1795 Terves)
Marie-Charlotte LA PIERRIERE (1735 Courlay – 1802 Courlay)
Véronique MARILLAUD (1750 Largeasse – 1815 Largeasse)
Marie-Charlotte MARILLAUD (1753 Largeasse – 1836 Largeasse)
Véronique AUGER (1753 Largeasse -1824 Pugny)
Marie-Anne BURGET (1757 Nueil/Les Aubiers – 1802 Nueil/Les Aubiers)
Julie BURGET (1768 Nueil/Les Aubiers – 1817 Nueil/Les Aubiers)
Françoise BAUDOUIN (1771 Courlay – 1859 Terves)
Jeanne FROGIER (1771 Terves – 1840 Terves)
Louise BODIN (1772 Terves -1820 Terves)
Jeanne BILLY (1772 Breuil-Chaussée) – 1846 St-Porchaire)
Marie-Françoise BURGET (1772 Nueil/Les Aubiers – 1838 Nueil/Les Aubiers)
Marie-Geneviève BAUDOUIN (1807 Terves – 1848 La Rochelle)
Julie BAUDU (1825 Boismé – 1870 Boismé)
Rosalie FROUIN (1830 Chanteloup – 1904 Poitiers)
Geneviève BLANCHIN (1831 Terves – 1895 Terves)

Publicités

Deux hommes de bien

2_hommes_de_bien_perez_reverteAvec Deux hommes de bien, Arturo Pérez-Reverte nous emmène dans un voyage entre l’Espagne et la France à la veille de le Révolution française.
Arturo Pérez-Reverte, est un romancier espagnol à qui l’on doit Le tableau du maître flamand mais aussi plusieurs romans adaptés au cinéma, La 9e porte avec Johnny Depp ou Capitaine Alatriste avec Viggo Mortensen.
Deux hommes de bien, débute à Madrid alors que les membres de l’Académie espagnole décident, avec l’accord du roi Charles III, d’envoyer 2 de leurs collègues en France pour ramener une première édition de l’Encyclopédie de Diderot et d’Alembert. Le choix de l’Académie se porte sur 2 sexagénaires, le bibliothécaire et un amiral. Ensemble, ils partent sur les routes d’Espagne puis de France, jusqu’à Paris, pour essayer de trouver cette 1ère édition et la ramener en Espagne.
Pourtant, le livre n’est pas un simple roman, en effet l’histoire est vraie : l’Académie a effectivement envoyé 2 de ses membres à Paris : un certain nombre de lettres ou de rapports l’atteste. Bien sûr, si les grandes lignes appartiennent à l’Histoire, le récit que nous lisons doit beaucoup à l’imagination de son auteur. Mais pas uniquement ! Car tout l’intérêt des généalogistes amateurs que nous sommes réside dans l’approche de Pérez-Reverte. Le roman alterne les chapitres du voyage avec des digressions sur les recherches de l’auteur, lequel se met en scène et nous invite à le suivre dans ses investigations. Comment retrouver l’itinéraire emprunté par les 2 académiciens pour aller de Madrid à Paris ? De quelle manière recréer l’ambiance d’une auberge, de l’un de ces relais sur la route, ou encore l’atmosphère d’un café parisien ou d’un salon mondain ? Quelle était la topographie de Paris, et de Madrid, à cette époque, le nom des rues, les bâtiments existants… Autant de questions que se pose Arturo Perez-Reverte. Nous partageons ses recherches et ses découvertes d’ouvrages ou des cartes*. Nous écoutons avec lui les spécialistes qu’il interroge sur un sujet ou une époque… Et nous le suivons dans ses déplacements sur les lieux des événements pour s’imprégner de l’atmosphère ambiante.
C’est toute cette partie qui au final m’a le plus intéressé. La démarche du romancier ne peut qu’inspirer le généalogiste qui souhaite écrire sur son histoire familiale même s’ il s’agit d’un simple article de blog ou de journal.

carte_routes_18e

* La carte du réseau routier au milieu du XVIIIe qu’utilise l’auteur pour retracer l’itinéraire de ses voyageurs.

Les chemises rouges

Suite de « L’équipée sauvage dans le Bocage ». Résumé : dans le nord des Deux-Sèvres, au début du XIXe siècle, des jeunes veulent échapper à la conscription et certains sont devenus hors-la-loi et meurtriers. Dans le même temps, des curés refusent le Concordat de 1801 signé entre Napoléon et l’Église et complotent… Il ne faudrait pas que s’installe une nouvelle guerre de Vendée.

Après le siège par la gendarmerie d’une maison à Scillé le 12 mars 1808, plusieurs personnes sont arrêtées pour les crimes commis dans le Bocage. Elles sont incarcérées à Niort pour être jugées rapidement. Un précédent procès avait déjà eu lieu il y a un an en réponse au meurtre des gendarmes de Courlay en 1806. Le verdict : 3 hommes condamnés à mort et 5 autres à huit ans de fers. Mais toute la bande n’avait pas été arrêtée et, autour de quelques fuyards, un nouveau groupe composé de conscrits réfractaires s’était reformé, volant des armes et des biens, allant même jusqu’au meurtre. Après leur arrestation, ils sont donc 9 à comparaître 3 mois plus tard, les 17 et 18 juin 1808, devant le tribunal de Niort.

Qui sont les accusés ?

entête police

Papier à en-tête de la police du XIXe

René Marot, marchand de fuseaux à Courlay, 23 ans. C’est l’homme le plus recherché. On lui reproche surtout sa participation au guet-apens meurtrier contre les gendarmes, mais aussi l’homicide de Pierre Rotureau, ainsi que d’avoir blessé un maréchal des logis. Ce réfractaire est le fils de Joseph Marot et de Marie Falourd. Sa famille fut particulièrement surveillée car suspectée de participer très activement à la sédition qui sévit dans la commune de Courlay. Ses parents et sa sœur Jeanne ont même été arrêtés préventivement. Transférés à la prison de Poitiers, son père, Joseph Marot, y décède le 18 février 1807 et sa mère Marie Falourd y meurt à son tour le 20 novembre 1807.
Jean-Baptiste Marot, domestique à Courlay, 22 ans. Frère du précédent, il l’a rejoint dans sa révolte et a participé dans une moindre mesure à son errance criminelle.
Pierre Galland, domestique au Pin, 24 ans. Il est l’aîné d’une famille de 3 enfants. Ses parents, Jean Galland et Marie Baudry, sont décédés, victimes de la Révolution en la commune de Courlay au village appelé Beauvais, dans les 1ers jours de 1794. Il risque beaucoup lui aussi car il était présent au meurtre des 2 gendarmes.
Pierre Boissonot, tisserand à Courlay, 23 ans. Né au Breuil-Bernard, c’est  le fils d’Hilaire Boissonot et de Jeanne Gastard. Son père a disparu lui aussi durant les guerres de Vendée. Il est accusé d’être un membre de la bande à Marot.
Pierre Guichet, laboureur à Vernoux-en-Gâtine, 22 ans. C’est l’aîné des fils de Jean Guichet et de Marie-Anne Chartier et il est également un conscrit réfractaire. Il lui est reproché d’avoir résisté à la gendarmerie lors de l’assaut de la maison de Scillé.
Jean Gelot, laboureur à Scillé, 20 ans. Il est né dans le département voisin de la Vendée, à Saint-Hilaire-de-Voust, fils de René Gelot et de Marie-Jeanne Decou. Je ne sais pas si ses parents sont vivants lors de son procès et je ne lui ai pas trouvé de fratrie. Il aurait dû lui aussi rejoindre l’armée mais il ne l’a pas fait. Il se retrouve accusé de différents vols et de résistance aux forces armées.
Jean Baudu, laboureur à Chanteloup, 20 ans. Le plus jeune fils de Pierre Baudu et de Louise Maulévrier a refusé le service militaire et pris le « maquis ». Il n’avait que 3 ans quand sa mère est morte et j’ignore si son père et sa fratrie sont encore en vie. Il est accusé de plusieurs cambriolages.
– Jean Noirault, bordier à la Fouquetière de Scillé, 36 ans. C’est l’aîné des inculpés. C’est chez lui qu’une partie de la bande a été arrêtée et il lui est reproché de les avoir aidés et hébergés.
François-Jacques Deborde, domestique à Moncoutant, 23 ans. C’est lui aussi un conscrit réfractaire. Je le connais bien puisque c’est le neveu de mon ancêtre André Deborde. Le fils de Jacques Deborde et de défunte Marie Baudouin est soupçonné d’appartenir à la bande. C’est sa présence au procès qui m’a donné envie de mener cette recherche.

Le procès et le verdict

Il se déroule sur 2 jours. Les témoins convoqués sont plutôt à charge qu’à décharge. Il n’empêche que la cour rend un jugement à la fois différencié et circonstancié :

guillotine tardi

Dessin extrait de « Adèle et la bête » de Tardi

Pierre Galland et René Marot sont condamnés à la peine de mort. Leur participation au meurtre des 2 gendarmes ne fait pas de doute. Les dits Pierre Galland et René Marot seront conduits sur la place publique et des exécutions de cette ville pour avoir la tête tranchée…
Jean-Baptiste Marot, Pierre Boissonot, Pierre Guichet, Jean Baudu et Jean Gelot sont condamnés à 8 années de bagne. Auparavant, ils seront « conduits sur la place publique et des exécutions de cette ville attachés à un poteau placé sur un échafaud pour rester exposés aux regards du peuple pendant 6 heures, qu’au dessus de leur têtes sur une écriture soient inscrits en gros caractères leurs noms, prénoms, profession , domicile, la cause de leur condamnation et jugement rendu contre eux… »
Jean Noirault et François-Jacques Deborde sont acquittés des différentes accusations. Ils  demeurent toutefois en état d’arrestation, le premier pour recel de réfractaires et le second comme réfractaire.

Que sont-ils devenus ?

Il ne reste a plus beaucoup de jours à vivre pour les 2 condamnés à mort. « Tout condamné à mort aura la tête tranchée, quiconque a été condamné à mort pour crime d’assassinat d’incendie ou de poison sera conduit au lieu de l’exécution revêtu d’une chemise rouge« . Le 5 juillet 1808, Pierre Galand et René Marot quittent leur cellule de la prison de Niort. Vêtus de la chemise rouge d’infamie, ils se dirigent vers l’échafaud où les attend la guillotine. À 11 heures, la lame tombe sur le cou de René Marot, puis sur celui de Pierre Galland.

Après l’humiliation sur la place publique de Niort, les 5 condamnés aux fers sont envoyés au bagne de Rochefort où ils sont inscrits sur le registre. Jean Baudu y décède 2 ans plus tard, le 10 mai 1810 âgé de 22 ans, à l’hôpital de la Marine.
Quant à Jean Gelot, Jean-Baptiste Marot, Pierre Guichet et Pierre Boissonot, ils sont graciés par le roi Louis XVIII le 13 janvier 1815. Renvoyés chez eux, Gelot et Guichet se rendent à Vernoux-en-Gâtine et Marot et Boissonot vont à Courlay où ils sont surveillés, conformément à la loi.
– Jean-Baptiste Marot décède le 6 septembre 1834 à Saint-Porchaire âgé de 45 ans. Il était pensionné de l’État avait épousé l’année précédente Marie-Louise Brémaud.
– Le destin de Jean Guichet est sans doute le plus étonnant. Le bagne lui a sans doute permis de rencontrer la femme qu’il épouse à Vernoux-en-Gâtine, le 16 avril 1815, 3 mois à peine après sa libération. Celle qu’il a choisi s’appelle Jeanne Girard, elle est née à Rochefort et est la fille d’un charpentier de la ville. C’est certainement pendant sa détention qu’ils se sont connus. Jeanne décède en 1844. Jean Guichet se remarie avec Françoise Robin en 1847 et décède le 14 mai 1856 à L’Absie, âgé de 70 ans.
– Jean Gelot épouse le 19 avril 1820 Marie-Jeanne Fortin à Scillé, ils ont 3 enfants entre 1822 et 1826. Il a le temps de méditer sur ses mésaventures puisqu’il meurt très âgé, le 4 avril 1874 au Busseau, à l’âge de 89 ans.
– Quant à Pierre Boissonnot, je perds sa trace après son retour à Courlay.

Des 2 acquittés, je ne connais que le sort de François-Jacques Deborde. Je n’ai trouvé aucun renseignement sur Jean Noirault. Le neveu de mon ancêtre, pour sa part, est sans doute incorporé dans l’armée napoléonienne juste après le procès. Dans quelles conditions, pour quels combats, je l’ignore. Il revient vivant en tout cas, puisqu’il épouse avant 1817 Marie Auger qui lui donne une petite fille cette année-là. Je me demande même s’il n’a pas essayé d’obtenir une pension royale, comme les anciens soldats royalistes des guerres de Vendée. Il vit et travaille à la ferme de la Coulaisière de Pugny où il décède le 22 septembre 1827 âgé de 40 ans.

Pour conclure

entête gendarmerie.PNG

Papier à en-tête de la gendarmerie au XIXe

Ces actes de banditisme ont été l’occasion pour le préfet des Deux-Sèvres, Dupin, de remettre de l’ordre dans une région toujours prête à se soulever. Durant cette période, jusqu’à 400 soldats ont été mobilisés, 170 personnes ont été arrêtées préventivement ou déplacées car considérées comme fanatiques, perfides, rebelles aux lois divines et humaines… C’est aussi l’occasion de rechercher et de tenter de soumettre les prêtres et ceux qui refusent le Concordat, les dissidents de la Petite Église. Les fers et le bagne, les chemises rouges et la guillotine sont la punition des crimes mais ils sont également un avertissement politique à tous ceux qui refusent d’obéir à l’ordre en place. La réponse aurait pourtant aussi être sociale car ces jeunes criminels ont été auparavant les enfants victimes des guerres de Vendée. Dans un courrier adressé à la police générale de l’Empire, le préfet écrit : « La plupart des mutins sont orphelins. La guerre de la Vendée a laissé beaucoup d’enfants dans cet abandon et cette jeunesse sans frein donnera de l’embarras pendant quelques années. » Il fallut de fait beaucoup de temps pour retrouver une paix complète dans le Bocage.

Sources principales

Archives départementales des Deux-Sèvres : 4M209, 4M212, 3U3
Ernest de Hauterive : La police secrète du Premier Empire
Auguste Billaud : La Petite Église dans la Vendée et les Deux-Sèvres
Laurent Delenne : Une rébellion contre la conscription (Revue Napoléon n°26)

Mes très jeunes mariées

Quand nous essayons d’établir une règle concernant les mariages de nos ancêtres, nous imaginons souvent les couples sur un même modèle : l’homme plus âgé que sa femme, elle à peine 20 ans et lui plus près de 25. Pourtant cette image est fausse : au XVIIe et XVIIIe siècle, on se mariait généralement assez tard. À la fin de l’Ancien Régime, les épouses avaient en moyenne 25 à 26 ans au moment de leurs noces et les maris étaient âgés de 27 à 28 ans. Bien sûr, on trouve régulièrement des exceptions à cette règle : un grand écart d’âge entre les conjoints, une femme bien plus vieille que son mari ou encore une toute jeune fille conduite à l’autel. C’est à ces jeunes filles que je m’intéresse aujourd’hui.

symbolique-iconographies-cadeaux-mariageDans mon arbre, j’en trouve 13 qui se sont mariées avant 17ans : 5 ont 16 ans, 7 ont 15 ans et 1 a 12 ans. La moitié s’unit XVIIe siècle, l’autre dans la première moitié du XVIIIe et une seule convole au XIXe siècle. Celles mariées entre le XVIIe et le XVIIIe siècle me semblent les plus intéressantes. À regarder leur parcours, je peux les classer dans 3 catégories : les jeunes filles de la noblesse, celles des familles de protestants et enfin les paysannes.

Les jeunes filles issues de familles nobles ou de notables.

Madeleine Nicolas
Le 5 juillet 1649, à 16 ans, Madeleine, fille de Jean Nicolas, seigneur de la Taupelière, épouse dans sa paroisse de Saint-Laurent de Parthenay Jacques Augron, docteur en médecine, âgé de 24 ans. Madeleine est l’aînée des 11 enfants de mes sosas Jean Nicolas (3952) et Madeleine Mocquet (3953). On a sans doute prévu de longue date la dot de la mariée. Le couple va passer toute sa vie dans cette paroisse de Saint-Laurent. Madeleine met au monde son premier bébé l’année suivante, elle vient d’avoir 18 ans. Le couple aura 4 enfants et Madeleine meurt à 49 ans.

Renée Jallay
9 ans après Madeleine, en octobre 1658, Pierre Nicolas, son frère, épouse Renée Jallay. Le marié a 25 ans, sa future épouse en a 16 ! Lui est avocat au bailliage de Gâtine, elle est fille de marchand, tous 2 vivent dans la paroisse de Saint-Laurent. Aucun enfant ne semble être né de cette union. Pierre Nicolas décède en 1691, il a 57 ans, Renée se remarie, elle meurt en 1702 a l’âge de 60 ans.

Madeleine Baraton
Le 16 janvier 1667, Madeleine Baraton 15 ans (sosa 557), épouse à Fenioux Philippe de la Touche, seigneur de Grandmaison, 25 ans (sosa 556). En décembre de la même année, Madeleine met au monde une petite fille, Marie. 3 autres enfants voient le jour dans les années qui suivent, mais Madeleine décède fin 1679, elle n’a que 27 ans.

Ces 3 jeunes filles appartiennent à des familles de la petite noblesse ou de notables de province. Nous sommes là dans l’un des cas d’exceptions aux mariages plus tardifs. Dans ces familles, il fallait d’une part éviter de disperser le patrimoine et d’autre part permettre des rapprochements avec des lignées de même niveau social. Ces unions « entre-soi » laissaient moins de choix pour les épouses et les pères n’hésitaient pas alors à marier de très jeunes filles. Les 2 Madeleine ainsi que Renée ont sans doute été sacrifiées aux alliances familiales.

Les jeunes filles issues de familles de protestants.

Marguerite Roulleau
Le 26 mai 1664, Marguerite Roulleau, fille de mes sosas Mathurin Roulleau et Jacquette Granier, épouse à Saint-Pompain Mathurin Richer. Elle a 16 ans et je ne connais pas l’âge du marié. À 18 ans, elle donne le jour à un fils, puis je perds sa trace. Je suis presque sûre qu’elle est issue d’une famille de protestants.

Marie Boussereau
En avril 1700, cette fille de protestants se marie à Surin avec Louis Saboureau, laboureur lui aussi fils de protestants : elle a 15 ans, lui en a 26 ans. Ils sont mes sosas 696 et 697. 8 enfants naissent de cette union : le premier vers 1702, Marie a alors 17 ans, la dernière vers 1721, elle a 37 ans. Marie meurt quelques années plus tard, à 42 ans. Louis ne se remarie pas, il a une longue vie puisqu’il meurt à 77 ans.

Comme les nobles, les protestants, même après avoir abjuré, continuent à se marier entre eux. Là encore, l’appartenance à un groupe religieux minoritaire ou stigmatisé est l’une des exceptions aux mariages tardifs. Il y a peu de choix pour se marier et l’âge des jeunes filles importe sans doute moins que dans d’autres milieux.

l'accordée de village_Jean-Baptiste-Greuze

L’accordée de village. jean-Baptiste Greuze © Photo RMN-Grand Palais (Musée du Louvre) / Franck Raux

Les jeunes filles issues de familles de paysans.

Pour ces jeunes filles, chaque cas est différent et il est difficile de dégager une tendance.

Catherine et Jeanne Arnaud
Les 2 sœurs, filles de Pierre Arnaud et Catherine Durandeau se marient à 15 ans avec 2 frères, fils de Pierre Pouvreau et Françoise Courtin. En novembre 1679 à Villiers-en-Plaine, Catherine s’unit à Jacques Pouvreau, 27 ans. 2 ans après, naît leur premier enfant. Jacques meurt 1 mois après la naissance de sa dernière fille, Catherine se remarie l’année suivante, elle a 29 ans.
Le 26 janvier 1684, c’est au tour de sa sœur Jeanne, mon ancêtre (sosa 901) d’épouser à 15 ans Pierre Pouvreau (sosa 900), 32 ans. Leur premier fils naît 3 ans après. Jeanne décède en 1696 à l’âge de 44 ans. Les filles se mariaient peut-être jeunes dans cette famille, en tout cas je n’ai pas trouvé d’explication pour elles.

Anne Boeuf
En 1707, Anne Bœuf épouse Pierre Savin. Le même jour, Nicolas Bœuf le père d’Anne, lui-même veuf, épouse Françoise Thibaudeau, veuve, la mère de Pierre Savin. 3 ans plus tard, Françoise Bœuf 15 ans, fille de Nicolas, se marie avec Jean Savin, 32 ans, fils de Françoise. On peut supposer que les 2 familles vivant sous le même toit, les rapprochements entre les enfants étaient prévisibles. Cela peut expliquer l’âge de la mariée. Dès l’année suivante, Françoise qui a alors 16 ans, accouche d’un premier fils. 7 autres enfants suivent. En 1733, son mari Jean Savin meurt, mais elle a vécu au-delà de 64 ans.

Marie-Madeleine Bonneau
Le 24 février 1716, Marie-Madeleine, 12 ans, épouse Louis Bourdeau 22 ans à Faye-sur-Ardin. C’est ma plus jeune mariée et je dois dire que ses 12 ans me choquent un peu. Ils appartiennent tous les 2 à des familles de paysans. Marie-Madeleine est la dernière des 9 enfants de Jean Bonneau (sosa 924) et Perrine Canteau (sosa 925). On peut imaginer que la dot est bien maigre et ce n’est pas sa constitution qui retarde les noces ! Je n’ai que peu d’informations sur elle, je sais juste qu’elle meurt avant 1724 (elle n’a pas 20 ans !) puisqu’à cette date Louis se remarie. A-t-elle eu des enfants ? A-t-elle choisi son époux ? A-t-elle été heureuse pendant sa courte vie ? Autant de questions sans réponses. Tout ce que je peux dire, c’est qu’elle était bien jeune (trop jeune !) pour se marier et bien trop jeune pour mourir.

Marie Madeleine Sauzeau
Marie Madeleine Sauzeau (sosa 317), épouse a 15 ans, Jacques Bonnin (sosa 316). Ils se marient dans la paroisse d’Ardin. Par contre, ce n’est qu’en 1740 à l’âge de 22 ans que Marie Madeleine devient mère. Elle n’a guère le temps d’élever ses 4 enfants puisqu’elle meurt à 38 ans suivie dans la tombe par son mari 2 ans après.

Jeanne Bertaud
Jeanne, 16 ans, fille d’un laboureur de Faye-sur-Ardin, épouse Louis Godillon, lui aussi laboureur, âgé de 34 ans dans l’église de La Chapelle-Thireuil. Jeanne devient mère en 1743, à l’âge de 18 ans. Elle meurt à 23 ans après avoir mis au monde 4 enfants. Par contre, Louis Godillon ne se remarie pas de suite, il épouse une veuve 9 ans plus tard et n’aura pas d’autres enfants. Ici, pas d’explication évidente pour l’âge de l’épouse, peut-être est-ce tout simplement un mariage d’amour, le fait que l’époux ne se remarie pas de suite conforte cette hypothèse.

Marie Chouc
Marie Chouc a 15 ans quand elle épouse en octobre 1746 Jean Ayraud à Saint-Maixent-de-Beugné. Marie est la 5e enfant de René Chouc. En juillet de cette même année, sa mère est morte, laissant son père avec au moins 6 enfants. Est-ce pour fuir la charge de ses frères et sœurs que Marie quitte sa famille et se marie ? C’est une possibilité. Tout ce que je sais, c’est que 4 ans après elle met au monde un petit garçon.

Pas toujours facile d’analyser ces unions, cependant un mariage précoce peut aussi s’expliquer par une grossesse avant mariage. Il faut alors célébrer rapidement les noces pour que l’enfant ne naisse pas hors mariage. Cela ne semble pas être le cas chez toutes ces jeunes filles, même si je ne peux l’affirmer complétement puisque je n’ai pas forcement retrouvé toutes les naissances, sans parler des fausses-couches possibles.

On prête plus de liberté pour les mariages chez les paysans, malgré tout ces jeunes filles avaient besoin de l’accord de leur père pour se marier et, vu leur âge, on peut supposer que c’est lui qui choisissait le conjoint. Leur liberté était donc toute relative. De plus, les alliances entre familles ne sont pas uniquement l’apanage de la noblesse, certaines familles de paysans cherchaient aussi à tisser des liens grâce à des unions, et l’âge de la mariée n’entrait sans doute pas beaucoup en ligne de compte. Enfin, si le marié avait lui aussi la liberté de faire sa demande auprès des parents, cela n’était jamais le cas des filles, et ce sont toujours elles qui sont mariées jeunes. Heureusement, aucune n’a été mariée avec un vieillard. Malgré tout, ces exemples restent marginaux quand je les compare aux quelques 6 000 unions de mon arbre.

Sources :
Célibat et âge au mariage aux XVIIIe et XIXe siècles en France
Le mariage précoce des femmes à Bordeaux au XVIIIe siècle

« Barberine des genêts » et « Les endiablés »

Au-Cri-Du-Chouan-1-Barberine-Des-Genets-2-Les-Endiables-Livre-846605639_LComme Sophie Boudarel nous invite à faire découvrir 1 livre dans le cadre des généathèmes du mois d’avril, Je vais désobéir et vous donner 2 ouvrages à parcourir : Barberine des genets et sa suite Les endiablés (on peut aussi trouver les deux romans réunis sous le titre Au cri du chouan). J’ai 3 bonnes raisons pour en parler.

L’auteur.

perochon.jpgC’est Ernest Pérochon. C’est un écrivain du terroir, de mon terroir des Deux-Sèvres mais ses histoires sont universelles. Il est né en 1885, fils de paysan, de parents protestants sans doute peu religieux, dans une région très marquée par le catholicisme, le bocage bressuirais. Devenu instituteur, il écrit et obtient en 1919 le prix Goncourt avec Nêne, ce qui lui permet ensuite de se consacrer pleinement à sa carrière d’écrivain. Son écriture peut sembler datée mais n’est pas surannée. Elle respecte le langage des paysans d’autrefois, en restant élégante et précise. C’est un peu moins le cas dans le présent ouvrage car l’auteur a essayé de restituer le langage de la fin du XVIIIe siècle. C’est enfin et surtout le peintre délicat des sentiments. Il arrive à nous faire comprendre et partager les affres liées à des amours paysannes impossibles, dont les femmes, comme Barberine, sont bien souvent les premières victimes.

Les Deux-Sèvres.

deux sèvres 18Pérochon connaît son département, du nord au sud, ainsi que ses paysages, ses traditions et ses habitants. Il aurait pu renier ce milieu paysan replié sur lui-même, plutôt rétrograde ; mais non. Il aime ce terroir dont il est issu et où il a grandi, il aime les hommes qui y habitent et il porte sur eux un regard juste, circonstancié et tolérant, mais lucide. Dans Nêne, il raconte à travers les yeux du personnage éponyme la vie des paysans bocains : il nous restitue les mentalités, les conditions de travail, le poids de la religion à la fin du XIXe. Avec Les Gardiennes (librement adapté au cinéma par Xavier Beauvois), il évoque quelques destins de femmes fortes, leur travail dans les fermes du marais poitevin durant la guerre 14-18, il devine les changements sociaux à venir. En écrivant en 1933 Barberine des genets puis Les endiablés, Pérochon retourne dans le nord des Deux-Sèvres à la fin du XVIIIe siècle, juste après la Révolution dans le hameau imaginaire de la Millauderie qu’il situe près de sa commune natale de Courlay.

L’Histoire

GuerreVendée_1Pérochon veut donc raconter les guerres de Vendée à travers Barberine des Genets et Les endiablés. Le prétexte : encore une histoire d’amour impossible : celle de Gilles le catholique dans un milieu royaliste et de Barberine la protestante dans un milieu républicain. 1793, ce n’est pas la bonne période pour vivre une belle histoire d’amour, surtout quand s’y ajoute la malédiction d’une sorcière.
Ce diptyque me parle beaucoup, car au delà de la romance, Pérochon raconte la guerre de Vendée dans son intégralité. Il part des premières révoltes autour de Moncoutant en août 1792, il nous fait suivre les victoires et les défaites des paysans et de leurs chefs jusqu’à la funeste virée de Galerne. Il n’oublie pas de montrer le passage des colonnes infernales en 1794. L’auteur ne cherche pas les bons ou les méchants, ils sont dans chaque camp, et parfois dans un même personnage. Il veut avant tout dénoncer la guerre, ses horreurs et son absurdité.
Tous mes ancêtres contemporains de la Révolution française vivaient dans le terroir que décrit Pérochon. Ils ont donc tous subi les guerres de Vendée. Certains y ont participé et, quand c’était le cas, le plus souvent dans le camp royaliste. Au fur et à mesure des nombreux combats racontés par Ernest Pérochon, je peux donc imaginer mes aïeux et leurs collatéraux au milieu du tumulte.
août 1792, bataille du moulin de Cornet. « … ce fut un massacre près des moulins et dans tous les chemins des alentours. Les patriotes galopaient derrière les fuyards désarmés qui ne pouvaient plus se retourner contre eux. Il se commit de grandes méchancetés. Ce sont des choses qui font peine à dire. » Beaucoup de mes ancêtres habitaient à Terves, tout près de ce moulin, et certains ont sans doute participé au combat. La bataille fit 500 morts chez les paysans.
mai-juin 1793, Barberine fuit la région et se réfugie à Coulonges. « À l’auberge, on ne voulut pas la recevoir parce qu’elle arrivait du pays des brigands. Elle coucha dans une grange, sur de la paille, avec des réfugiés très démunis. » À la même époque, mon ancêtre Jacques Giret et ses frères  fuient les combats et se réfugient à Poitiers avec femmes et enfants. C’est comme réfugiée que décède mon aïeule Marie-Jeanne Bodin dans cette ville.
5 juin 1793, bataille de Thouars. « Les Bleus étaient protégés par une rivière le Thouet. On tira le canon et on se fusilla jusqu’à cinq heures de relevée. Les cavaliers de l’armée brigandine trouvèrent un gué où ils passèrent l’eau. » C’est dans cette ville et ce jour-là que meurent Louis Fradin, frère d’une ancêtre, et Louis Pilet, le 2ème époux de mon ancêtre Marie-Thérèse Cornuault.
5 juillet 1793, bataille de Châtillon. « Aux armes ! Aux armes ! La bataille commença comme cela. Les gars accouraient en poussant leurs cris. Ils sortaient de partout ; ils couvraient les champs ; ils se glissaient comme des renards derrière les buissons dans les seigles et les blés. » C’est sans doute ce jour là qu’est mort Jacques Chesseron, frère d’un ancêtre, âgé de 40 ans.
18 octobre, virée de Galerne qui passe le 8 décembre 1793 à La Flèche. « Pour entrer dans la Flèche, mossieu Henri dut mener à l’attaque ses plus francs gars. Et, le lundi, les Bleus revinrent encore faire leurs menace autour de la ville. » C’est dans cette ville qu’est vu pour la dernière fois Jean-Baptiste Burget, 32 ans, frère de mon aïeule Thérèse Burget.
23 décembre, fin de la virée de Galerne à Savenay. « Parmi les fuyards, un sur quatre avait encore une arme. Les autres étaient comme des aumailles devant le tueur. » C’est peut-être là qu’est mort mon SOSA 252, André Bonnin, sabotier âgé de 30 ans.
janvier à mai 1794, les colonnes infernales. « Les Bleus vinrent à la porte de l’église et ils commencèrent à tirer sur ceux qui étaient réfugiés là. Aux premiers coups, le curé truton accourut le crucifix au poing. Il cachait les autres avec son corps et il criait aux tueurs : Ce sont vos frères ! Baissez les armes ! » Durant cette période, de nombreuses personnes de mon arbre (Pierre Guibert, Augustin Berthelot, Marie-Jeanne Violleau, Marie-Jeanne Badet, Jean Fouillet et son épouse Louise Goron, Pierre-Jacques Giret et son épouse Marie-Jeanne Pasquet et d’autres sans doute) décèdent de mort violente.

Je ne veux pas vous raconter la fin du roman car ça ne se fait pas. J’ai récemment écrit dans un précédent article que les histoires d’amour finissent mal en général. Les textes de Pérochon obéissent bien souvent à cette règle. Cependant, comme l’histoire se termine avec le retour à la paix, l’auteur conclut Les endiablés avec une petite note d’espoir. Cela ne fait pas de mal, après avoir traversé tant de drames et tant de batailles.

P.S. Merci à Jean-Philippe qui a parlé de ces 2 livres à Sylvie (et merci à Sylvie qui me les a trouvés) !

Un instituteur de campagne

Mots-clés

, ,

Pierre Sicot naît à Ardin en 1798. Son, père Jean Sicot, est tour à tour bordier ou tisserand ; quant à sa mère, Françoise Savariau, elle est la sœur de mon ancêtre François Savariau (sosa 122, 7e génération). Pierre Sicot passe sa jeunesse à Ardin. En 1824, à l’âge de 26 ans il épouse Madeleine Bernaudeau, une jeune fille de La Chapelle-Thireuil, une commune voisine. Sur son acte de mariage, est noté qu’il exerce le métier d’instituteur à Ardin. Une belle promotion pour ce fils de bordier ! Après son mariage, le jeune couple part s’installer à Saint-Laurs où Pierre devient le 1er instituteur du village en 1825. Très vite, 5 enfants naissent, Pierre continue d’exercer son métier d’instituteur et le couple s’établit définitivement à La Rénière, un hameau de Saint-Laurs. Malheureusement, en février 1839, Madeleine décède, elle a 35 ans. Pierre est un veuf avec 4 enfants en bas âge et, dès juin 1839, il se remarie avec Félicité Potier une jeune femme de St-Maixent-de-Beugné, un village tout proche. Il ne semble pas y avoir eu d’enfant de ces secondes noces. Pierre exerce le métier d’instituteur à Saint-Laurs de 1825 à 1843, soit près de 20 ans. Ensuite, selon les actes, il est tout à tour bordier ou propriétaire jusqu’à son décès le 25 mai 1877 à l’âge de 79 ans.

Le tableau est joli, un fils de bordier qui devient instituteur cela laisse imaginer une force de caractère et des compétences pour arriver à se hisser à ce poste. Mais, la réalité est bien plus complexe…
Dans son dernier article, Raymond évoque un rapport sur l’école dans la commune de Terves. Lors d’un passage aux AD79, nous avons consulté des monographies sur l’histoire de l’enseignement dans les communes des Deux-Sèvres. Pour ma part, je me suis intéressée à celle sur Saint-Laurs, un court texte de 4 pages. Monsieur Gelin, le rédacteur est l’enseignant en poste en 1902. Il a un regard bien condescendant sur le village. Il parle de « l’apathie naturelle de ses habitants habitués à vivre de peu au milieu de leurs champs de genêts et d’ajoncs… privés de communications avec les localités voisines et absolument indifférents à tout ce qui se passait autour d’eux ». Mais surtout il évoque l’école du siècle précédent et Pierre Sicot son premier « régent » (c’est ainsi que l’on nommait l’instituteur à l’époque) : « il tenait classe l’hiver dans un petit taudis  enseignant aux deux sexes à lire, à écrire et à compter… l’appartement éclairé par une mauvaise lucarne était entouré de quelques bancs et orné des gaules et des martinets. Pour servir de table aux élèves qui écrivaient, un fort madrier supporté par deux pieux fichés en terre. Quant aux annexes, aux cabinets par exemple, c’était la rue ou le champ de genêts le plus voisin ».

ecole_rossignol

Une école avant Jules Ferry © Image Rossignol

La classe n’est guère attirante ! Un lieu plutôt sordide où Pierre Sicot enseigne aux enfants du village. L’école est étonnamment mixte, elle se tient l’hiver ; l’été le régent va aux champs faire la moisson. Il se fait payer pour ces 2 activités mais « il mangeait ou plutôt buvait souvent son gain en revenant à la maison ». Au bout de quelques années, la classe est ouverte en toutes saisons, cependant le régent lui ne change pas « toujours buvant, dur à ses élèves, dur à sa femme qu’il faisait coucher à la belle étoile – disent les méchantes langues – chaque fois qu’il en était mécontent ». Monsieur Gelin rapporte une autre anecdote : il aurait « arrosé pendant la messe, les dalles de l’église avec le vin rouge absorbé en trop grande quantité avant l’office ». Tout cela ne fait pas rêver, l’homme ne semble guère sympathique, tant à l’école que dans sa famille. 

Il est des parentés dont je suis fière, je ne peux pas dire que ce soit le cas ici. Pierre Sicot est un personnage vraiment peu engageant. Pourtant,  je retire une leçon de cette histoire. Les registres d’état civil ne suffisent pas à brosser le portrait de nos ancêtres, il faut aller au-delà des 3 actes, consulter d’autres sources pour approcher une vérité. Sans ce document, je m’imaginais Pierre Sicot comme un personnage proche des hussards noirs de la République. Le récit de Monsieur Gelin, 60 ans plus tard, même s’il comporte sans doute quelques inexactitudes, m’apporte un tout autre éclairage.

Une histoire d’amour cachée dans un rapport

Mots-clés

,

Je me suis penché sur un très intéressant rapport intitulé « Notes relatives à l’instruction primaire dans la commune de Terves » écrit en 1902 par l’instituteur Boissinot. Cette monographie de 16 pages a été rédigée, suite à une circulaire de l’inspecteur d’académie, pour servir à la publication d’une histoire de l’enseignement primaire des Deux-Sèvres. Ces notes sont très bien faites et très bien documentées. J’en parlerai forcément bientôt puisqu’elles évoquent mon métier et mon terroir. Mais, vu le titre de l’article que j’ai choisi, il est évident que c’est tout autre chose qui a retenu mon attention dans un 1er temps.

J’y viens donc. Dans ce rapport, il est écrit qu’en 1863, la commune hésite sur le choix d’un enseignant laïque ou religieux suite au décès de l’instituteur laïque communal. Et juste à côté, en marge, il y a cette petite note qui m’a interpellé :

M. H. est mort subitement sur
la rue en face de son jardin et
dans les bras de sa fiancée
avec qui il conversait depuis
un instant – Son successeur,
M. L., le remplaça non seulement
dans l’école, mais aussi dans
l’hymen.

L’analyse du document attendra ! Il me faut en savoir davantage sur les protagonistes de cette histoire d’amour. S’agit-il de ragots ou est-ce la vérité ? Et dans ce cas, qui sont H. et L. et qui est la fiancée ?

J’ai donc remonté les décès dans les registres de la commune avant 1863 et j’ai trouvé celui de Gustave Hyppolite, instituteur, le 20 août 1860 à 3 heures du soir, en sa maison du bourg de Terves. C’est un tout jeune homme qui passe de vie à trépas. Il n’est âgé que de 21 ans, originaire du sud du département (né à Chef-Boutonne), comme beaucoup de ceux qui officièrent dans ce métier au XIXe siècle. Je ne retrouve pas dans l’acte les détails du jardin et des bras de la fiancée, mais comme il est précisé que c’est en sa maison, je pense que c’est tout à fait compatible. (Mourir d’aimer aurait dit Charles Aznavour)

harlequin1

Couverture Harlequin

Qui a remplacé Gustave dans le cœur de son amoureuse ? J’ai cherché les mariages après 1860 sur la même commune et là encore, j’ai eu de la chance. Le 18 mai 1863 à 10 heures du matin, André Lévèques, instituteur, épouse Ursule Eugénie Bodin. Il a 23 ans et il vient lui aussi du sud du département, de Tillou. Elle a 22 ans, elle est native de Terves et elle trouve décidément bien séduisants les instituteurs (elle a sans doute raison 😇). La petite remarque en marge du rapport me semble bien avérée.

Cela pourrait finalement être une belle histoire d’amour puisqu’on en parle encore dans le village 40 ans plus tard. Ursule, après avoir vu mourir Gustave dans ses bras, finit par retrouver l’amour (l’hymen !) avec André deux ans plus tard. 3 enfants naissent à Terves : Constantin, Olive et Alcide entre 1864 et 1869. André change de poste pour un autre village du bocage, Cersay. Le recensement de la commune en 1872 commence par sa maison, comme s’il était le premier du village. 2 autres enfants naissent dans leur nouvelle commune, Fridolin en 1871 et Marthe (dite Marie) en 1874. Mais voilà, l’histoire d’amour fut peut-être belle, hélas ! elle s’arrête quelques mois après cette dernière naissance.

Ursule meurt le 14 octobre 1874 à Cersay âgée de 33 ans et André suit dans la tombe le 7 juillet 1878 toujours à Cersay. Il n’a que 38 ans. Le destin des enfants fut bien triste également, seule la petite dernière, Marie, orpheline de père et de mère à 4 ans, aura une longue vie. 2 garçons sont morts en 1874 un peu avant leur maman : Constantin à l’âge de 10 ans et Fridolin à l’âge de 3 ans. Olive décède un an avant son père en 1877 à l’âge de 11 ans et Alcide en 1889, à seulement 18 ans. (Les histoires d’amour finissent mal, en général ! auraient dit les Rita Mitsouko)

370 veuves… et 9 blessées

En faisant des recherches sur mes ancêtres pendant les guerres de Vendée, j’en suis arrivé à consulter plusieurs registres un peu postérieurs conservés aux Archives départementales des Deux-Sèvres. Ils datent du début de la Restauration (vers 1815). Comme Louis XVIII veut récompenser ceux et celles qui ont pris le parti de la royauté au moment de la Révolution, il a fait établir des listes de combattants, de blessés ou de veuves ayant droit à pension. J’ai déchiffré et classé les noms de 379 femmes à partir de plusieurs registres. Presque toutes (375) habitent les arrondissements de Parthenay et de Bressuire. 366 sont des « veuves de militaires de l’armée vendéennes » et 9 sont des blessées lors de ce conflit. 4 autres femmes résident hors du département, mais sont indemnisées dans les Deux-Sèvres. Plus de 20 années se sont écoulées depuis la première guerre de Vendée. Nous n’avons donc pas les noms des nombreuses veuves et blessées décédées entre 1793 et 1815. Et ce relevé est sans doute loin d’être complet. Malgré ces manques, qu’y apprend-on ?

Les veuves et les blessées

La liste renseigne sur le métier, la commune de résidence et l’âge de ces 379 femmes.

pyramide age

Pyramide des âges des veuves en 1816

Les 9 femmes blessées ont entre 27 et 50 ans, la plus jeune l’a été à l’âge de 6 ans. La nature des blessures étonne parfois. Si la plupart sont victimes de coups de feu ou de coups de sabre, une se plaint de varices attrapées au Mans et une autre  d’une hernie attrapée à Boismé ! Les veuves disent avoir entre 38 et 84 ans, elles avaient donc entre 17 et 63 ans quand elles ont perdu leur mari vers 1793. Il y a peu de femmes de moins de 50 ans car les mariages étaient souvent tardifs dans le nord des Deux-Sèvres et l’époque n’incitait pas à convoler en justes noces. La mortalité naturelle fait baisser rapidement la pyramide, passé 65 ans, les veuves les plus âgées ont pour beaucoup rejoints leur mari dans la tombe. Les plus jeunes ne sont pas remariées pour la plupart. La guerre était passée par là et il ne restait plus beaucoup d’hommes célibataires.

Cela explique que 248 sur 379 (65%) se déclarent indigentes. Elles n’ont plus de mari et dépendent de leurs enfants ou de leurs proches pour subsister. 2 autres disent n’avoir aucune profession, mais, à l’inverse, ce sont les seules à avoir une situation aisée. Pour les 119 qui déclarent travailler, elles sont fileuses (76), journalières (33), gagées (3), bordières (2), couturières (2), blanchisseuse (1), marchande (1) et métayère (1). Quant aux 9 femmes blessées, elles se déclarent indigentes (6), fileuse (1), journalière (1) ou gagée (1). Pourquoi les femmes qui travaillent se déclarent-elles en majorité (77 sur 122) fileuses ? Je m’en étonne car, même si le métier des femmes est rarement renseigné à l’époque, quand il apparaît sur les actes, je vois presque toujours servante, journalière ou domestique et non fileuse. Filer était une activité pratiquée par de nombreuses femmes autrefois, pas vraiment un métier. Écrire « fileuse » est sans doute un moyen de ne pas mettre « indigente » ou « pauvresse ».

Les communes où elles résident sont, pour beaucoup et de toute évidence, les mêmes que 20 ans auparavant ! Sur la carte, on voit l’origine géographique des soldats deux-sévriens de la Vendée et le lourd tribut payé en vies humaines par certaines communes. C’est un milieu rural et limité géographiquement au nord-ouest du département qui est concerné. Il n’y a que 5 femmes qui habitent des villes plus importantes (2 à Bressuire, 2 à Thouars et 1 à Poitiers).


1 à 5 veuves
6 à 10 veuves
11 à 15 veuves
plus de 15 veuves

Les militaires

maupilier.jpg

Jacques Maupilier, soldat de Boismé

J’apprends aussi beaucoup sur les « militaires » deux-sévriens morts pendant cette guerre. Cela complète les sources que j’avais listées pour trouver les décès. Le registre donne leur grade. Ils sont presque tous (367 sur 370) soldats, leurs veuves reçoivent pour la plupart une pension de 40 ou 50 francs. Il y a aussi un chef de division, un capitaine et un colonel. La veuve du capitaine reçoit 180 francs, celles du chef de division et du colonel 400 francs. Les ex-conjointes du capitaine et du colonel sont les mieux traitées alors qu’elles sont les seules à ne pas être dans le besoin et à déclarer n’avoir aucune profession.
On apprend surtout le lieu du trépas des militaires, et parfois les circonstances. Beaucoup (68) sont décédés dans le village où ils habitaient auxquels il faudrait sans doute ajouter ceux qui sont morts (à peu près autant) dans une commune voisine ou proche du domicile. On peut supposer que nombre de ceux-ci ont été des victimes des représailles républicaines lors des colonnes infernales.
Beaucoup également ont péri lors des grandes batailles ayant opposé l’armée républicaine à l’armée vendéenne. Celles de La Châtaigneraie (34 morts) et de Luçon (30 morts) furent apparemment meurtrières pour les troupes vendéennes venues des Deux-Sèvres. Le passage de la Loire et la virée de Galerne furent aussi particulièrement coûteux en vies humaines (30 morts dans le passage de la Loire, 3 à St Florent, 8 au Mans, 1 à Savenay, 1 à Granville…) En lisant tous ces lieux, on parcourt presque tous les combats des guerres de Vendée (Fontenay, Doué, Le Bois-aux-Chèvres, Vezins, Cholet, Thouars, Parthenay, Angers, Nantes, Noirmoutier, Beaupréau, Bressuire, Chinon, Saumur…) Certains sont morts en se battant, d’autres ont été exécutés. Les nombreux morts de Niort (24) ne correspondent pas à une bataille : ils ont été guillotinés ou sont décédés en prison. Pour quelques personnes, j’ai un renseignement plus précis sur les circonstances : Jean Robin est fusillé à Chanteloup ; Pierre Foullée, Gounord et Jean Reveillaux sont guillotinés à Niort ; Louis Morin est mort en prison à Niort.

Mes veuves et mes « soldats »

Quoi que l’on pense des guerres de Vendée, je ne voudrais pas laisser une vision uniquement comptable de cette recherche. Ce sont des hommes et des femmes qui ont pour beaucoup été entraînés dans une aventure qui les a dépassés. Ils ont traversé l’Histoire au mauvais moment, certains en y participant, d’autres en la subissant. En voici quelques uns qui appartiennent à mon arbre.
– Je connais maintenant un peu mieux la vie de Marie-Thérèse Cornuault (ma SOSA 203). Cette journalière de Chiché, mère de 5 enfants avait perdu son mari (et mon aïeul) Pierre Boulord en 1789. Elle s’était remariée 2 ans plus tard, le 14 juin 1791, avec un domestique, Louis Pilet. Cette liste vient de m’apprendre que ce dernier est décédé à Thouars, sans doute le 5 mai 1793, lorsque les Vendéens ont pris d’assaut cette ville. En 1815, Marie-Thérèse Cornuault a 69 ans, elle ne s’est pas remariée, elle dit être indigente et touche 50 francs de pension.
– De la même façon, je découvre que Jacques Chesseron de Moncoutant, le frère d’un aïeul, est décédé à Châtillon (aujourd’hui Mauléon) peut-être lors de la bataille du 5 juillet 1793. Bien que ce fut une victoire de l’armée royale, 2000 Vendéens perdirent la vie ce jour-là. Il laisse 4 jeunes enfants et une veuve Jacquette Bruneau. En 1815, seule et indigente, elle a alors 56 ans et a droit à 40 francs de pension.
– Je m’interroge sur Jean Blais, frère d’une ancêtre et époux de Perrine Roy, ce bordier père de 3 enfants est déclaré mort à Châtillon, je savais déjà qu’il était décédé pendant les guerres de Vendée, suite à différents témoignages aux mariages de ses enfants, mais le lieu m’étonne car je sais qu’il est père en juin 1794, et peut être même en mars 1795 ce qui est peu compatible avec les dates des 2 batailles de Châtillon en 1793. Peut-être y est-il mort en d’autres circonstances ? Quoi qu’il en soit, Perrine Roy, sa veuve journalière de 51 ans, perçoit 40 francs en 1815.
– Je savais déjà grâce aux registres paroissiaux qu’Augustin Berthelot, père de 5 enfants, époux de Marie Jeanne Bironneau et beau-frère d’une ancêtre, était décédé le 19 janvier 1794 dans son village de Pugny. Ce que j’ignorais, c’est que son décès était lié aux guerres de Vendée. 4 autres femmes de la commune déclarent avoir perdu leur mari à Pugny. En 1815, Marie Jeanne Bironneau, indigente de 68 ans, perçoit 50 francs elle aussi.

Si, comme moi, vous voulez savoir si vous avez un ancêtre des Deux-Sèvres mort pendant les guerres de Vendée, la liste que j’ai saisie est accessible sur le blog du Cercle généalogique des Deux-Sèvres.

Je ne suis qu’un pauvre mendiant qui demande charité en passant *

Mots-clés

Aussi loin que me mènent mes recherches, je découvre des ancêtres en majorité paysans : des journaliers, des laboureurs à bras ou à charrue, des bordiers… Alors quand je croise des métiers plus rares ou que je rencontre des petits nobles de campagne, je suis ravie d’entrer dans un nouveau monde et de nouvelles histoires. Pourtant, aujourd’hui, c’est de Jean Riché dont j’ai envie de vous parler, il est mon sosa 178, il a vécu au XVIIIe siècle à Saint-Laurs dans le Poitou et il a été mendiant.

Jean naît le 17 mars 1723, il est le 4e enfant de Pierre Riché et de Marie Portier. Le couple a 9 enfants dont au moins 4 meurent en bas âge. Le père est voiturier, il est sans doute propriétaire d’une carriole qui lui sert à assurer le transport de marchandises. Il livre peut-être la chaux produite en grande quantité sur la paroisse et très prisée pour sa qualité dans la ville voisine de Niort. Parmi les enfants qui atteignent l’âge adulte, Jean est le fils aîné. Je n’ai pas son acte de mariage, mais je pense qu’il épouse avant ses 30 ans Françoise Bounaudet dont je ne sais presque rien. Je l’imagine de cette même paroisse ou d’un village voisin puisque le couple s’installe au bourg de Saint-Laurs. Jean Riché est bordier quand nait son 1er fils en 1753. Les naissances suivantes nous éclairent sur la vie de la famille. En 1755, quand Marie-Madeleine voit le jour, Jean est journalier et en 1758, à la naissance des jumeaux Pierre et Françoise, le prêtre note « mendiant ». Des enfants continuent à venir au monde, en 1761, en 1763 (cette année-là c’est Louise, mon ancêtre) et en 1767. Hélas ! sur les actes de naissance, on ne trouve plus aucune mention de profession. Que s’est-il passé dans la vie de Jean Riché pour qu’en l’espace de 5 ans il passe de bordier à mendiant ?

mendiant-Jan-Miel-RMN-GrandPalais-Thierry-le-Mage

Jan Miel. Le mendiant
Photo (C) RMN-Grand Palais / Thierry Le Mage

Finalement, je ne peux faire que des suppositions. Il y a bien sûr l’option des mauvaises récoltes et des disettes liées au climat, mais je n’y crois pas trop pour le Poitou dans ces années-là. Celle d’un accident ou d’une maladie ayant provoqué une infirmité me semble une des plus crédibles. Jean serait alors obligé de quitter la borderie dont il s’occupe pour devenir journalier. Peut-être à cause d’un handicap trop lourd, il n’aurait eu ensuite d’autre solution que de mendier pour subvenir aux besoins des siens. La famille reste dans la paroisse puisque Jean y décède en 1782, à l’âge de 60 ans. Sa situation a peut-être évoluée entre 1758 et sa mort je ne vois rien sur son acte de décès qui me permette d’en savoir plus. Dans son malheur, Jean Riché a la chance que toute sa fratrie soit installée dans la paroisse de Saint-Laurs. Il n’a pas à errer de village en village comme d’autres mendiants à cette époque. On peut penser que, comme il est resté toute sa vie au même endroit, ses proches l’ont aidé. Ses enfants en grandissant ont pu travailler et permettre à toute la famille de survivre. J’espère pour eux qu’ils avaient un toit, j’aime à le croire d’autant qu’en 1758, quand je trouve la mention de « mendiant » Françoise vient de mettre au monde des jumeaux. Heureusement nous sommes en juin, c’est peut-être ce qui a permis à l’un d’eux, Pierre, de survivre et d’atteindre l’âge adulte. La famille reste unie au long de ces années, le fils aîné part se marier après le décès de son père, alors qu’il a déjà près de 30 ans. Quant aux autres enfants, ils restent avec leur mère jusqu’à son décès en 1791.
Au cours du XVIIIe siècle et jusqu’à la Révolution, les conditions de vie des paysans déclinent d’année en année. Jean Riché et Françoise Bounaudet font sans doute partie des nombreux nouveaux pauvres de l’époque.

Bien sûr, trouver un noble, une profession prestigieuse ou encore un ancêtre voyageur nous fait toujours plaisir, mais faire de la généalogie c’est aussi et surtout chercher à redonner vie aux humbles et aux oubliés qui forment la longue cohorte de nos ancêtres. C’est pourquoi j’ai voulu me rappeler de Jean Riché, pauvre mendiant qui vécut toute sa vie dans la petite paroisse de Saint-Laurs.

* Extrait de : André Breton. La prière d’un mendiant

Mes mémoires en Allemagne (prisonnier en 1916)

Mots-clés

, , , , , , , ,

carnet alcide

Le carnet d’Alcide

Il y a peu de temps, j’ai retrouvé parmi divers papiers de mon grand-oncle Alcide un petit carnet tout jauni, aux petits carreaux remplis d’une écriture serrée au crayon de papier. Sur la première page, il y a écrit :
Alcide Deborde aux Touches de Terves par Bressuire (Deux-Sèvres) parti le 3 août 1914 à 6 heures 30 du matin avec le grand et le bon espoir de retourner.

Des pages sont arrachées, d’autres sont vierges. Alcide ne parle pas des combats auxquels il a participé durant la guerre 14-18. Non, ce qu’il raconte, ce sont ses 2 premiers mois de détention, du 4 mai au 21 juillet 2016 . Il a été fait prisonnier à Verdun le 4 mai 1916 et n’est revenu en France que le 22 janvier 1919. Pourquoi n’est il pas allé jusqu’au bout de son récit, je ne sais pas. J’ignore aussi quand il a rédigé ce texte, sans doute à la fin de sa détention ou peu de temps après sa libération, car les détails sont nombreux et précis. Avec le recul, cette captivité racontée dans ce carnet éclaire et explique un peu pourquoi Alcide a échappé à un destin tout tracé d’agriculteur.

alcide prisonnier 4

Fiche de la Croix-Rouge

Ce n’est pas une correspondance et le texte est dénué d’émotion. Ceux qui sont à la recherche de pathos seront déçus. Il est même très factuel, s’intéressant aux problèmes matériels : nourriture, argent, confort, courrier, déplacements, hygiène, santé, travail… Paradoxalement, c’est ce qui rend le texte intéressant et original, c’est un témoignage sur la vie dans les camps. Alcide parle peu des autres prisonniers, ce qui peut donner de lui une image égoïste, il ne raconte que son histoire. Il n’exprime pas de souffrance et c’est tant mieux pour lui, être prisonnier de guerre était certainement un sort plus enviable qu’être soldat dans les tranchées. Durant ces 2 mois, Alcide se plaint souvent de la nourriture, mais il n’a sans doute pas si mal vécu cette captivité : il a même pu se faire opérer « très bien » d’une hernie à l’hôpital. Il a pu rassurer assez vite ses parents qui étaient dans l’angoisse grâce à la Croix-Rouge. Il reçoit des colis qui peuvent s’avérer trop lourds et il écrit à ses sœurs Radegonde et Denise, ainsi qu’à Berthe, la fiancée qui lui est promise. Il enverra régulièrement des nouvelles en France et même a son « petit frère bien aimé Hubert » prisonnier comme lui, mais à Grafenwöhr, un autre camp situé en Bavière.

alcide prisonnier 3

J’ai pu retracer sur la carte son itinéraire de prisonnier durant cette période de presque 80 jours. On le voit capturé à Verdun (1), regroupé avec d’autres prisonniers à l’arrière des lignes allemandes à Cléry-le Petit (2) puis rejoindre à pied Stenay (3). Le train l’emmène ensuite à Trèves (4) où il reste une journée, à Giessen (5) pour une semaine et enfin à Hamelin (6) pendant deux mois où il se fait soigner. Le 21 juillet, Alcide part à Eschershausen (7) et le carnet s’arrête là. Je ne sais pas combien de temps il y est resté et s’il y a eu d’autres étapes avant d’arriver au camp de Soltau (8), où ces photos de lui en uniforme ont été prises.

Pour lire dans son intégralité son carnet qu’il avait titré Mes mémoires en Allemagne, il suffit de cliquer dans l’ordre sur les numéros 1 à 8 de la carte. Les 10 pages d’écriture serrée de son petit carnet correspondent à 3 pages de tapuscrit.

Pour Alcide, ces quelques années me semblent avoir été vécues autant comme une expérience que comme un enfermement. Il découvre un autre pays et ses habitants, d’autres paysages, d’autres nourritures… Lui qui n’avait jusqu’alors jamais dû beaucoup s’éloigner de son village, au lieu de se sentir emprisonné, cela lui ouvre l’esprit. Cela participera peut-être même de son émancipation puisque, après la guerre, il quittera la ferme qui lui était promise en tant que fils aîné et il renoncera au mariage avec Berthe qu’il trouvait trop dévote. Il ira vivre en ville (à Niort) pour y tenir une épicerie, il sera le 1er de la famille à s’acheter une voiture, à partir en vacances… La guerre aurait dû le briser comme beaucoup, sa captivité lui a permis d’éviter le pire et lui a peut-être donné l’opportunité de choisir librement sa vie.