Dame mystérieuse à Saint-Laurs

Étiquettes

,

À force de chercher des cartes postales pour illustrer sa généalogie, Sylvie  s’est constitué une belle collection de vues numériques sur son village natal et ses alentours. En écrivant son dernier article, elle a fini par remarquer un détail qui se retrouve sur plusieurs clichés pris à Saint-Laurs et au Busseau. Ils défilent sur le diaporama ci-dessous.

Ce diaporama nécessite JavaScript.

Sur toutes ces photos, éditées au début du XXe siècle par Alix, papeterie, tabac, journaux à Niort, on voit une dame, endimanchée, coiffée d’un superbe chapeau, qui pose à côté des mineurs ou de villageois. Elle me fait la même impression que la coccinelle des albums de Gotlib (rien de tel qu’une référence BD) : c’est une présence dispensable voire décalée, mais on finit par ne plus voir qu’elle.

Qui est donc cette dame ?
– Une jolie femme pour attirer l’œil ? La mode n’est pas encore aux mannequins ou aux pin up et les habits de la dame ne semblent pas correspondre à ce style de personne.
– Une proche du photographe ? C’est ce que pense Sylvie, supposant qu’elle serait venue dans la voiture de celui-ci.
– L’épouse ou la fille d’un propriétaire ou d’un notable des mines de Saint-Laurs ? C’est plutôt mon avis car on ne voit cette personne que sur cette série. Nous ne l’avons pas trouvé dans les autres villages alentour. Il me semble bien dans l’esprit du temps de vouloir montrer sa réussite en posant dans une voiture ou près de braves mineurs ou paroissiens, mais en gardant une certaine distance (au moins 1 mètre) avec ceux-ci.les-dames-mysteres

Nous n’avons, Sylvie et moi, rien pour étayer nos hypothèses respectives. Si quelqu’un a des renseignements sur cette femme, nous les accepterons bien volontiers. Nous pourrions ainsi peut-être mettre un nom sur celle qui, en posant il y a plus de 100 ans sur toutes ces photos, anticipe la mode narcissique des selfies.

Enregistrer

Recherches difficiles au Busseau

Étiquettes

, ,

Je peine depuis longtemps sur ma lignée agnatique. Je n’arrive pas à trouver les parents de mon sosa 128, Jacques Morisset. J’ai son acte de mariage avec Marie Savineau, en 1741, paroisse du Busseau, mais, alors que le père de Marie est cité, aucune mention de parents pour Jacques. Les seuls témoins pour l’époux sont Antoine Esserteau, notaire, et 3 cousins issus de germains : Jacques Mesnard, Pierre Prunier, charpentier, et Jean Prunier, journalier. L’acte m’apprend que Jacques Morisset est journalier et qu’il est domicilié paroisse de Saint-Maixent-de-Beugné. Enfin, on y trouve plusieurs signatures parmi lesquelles celles de Jacques Morisset (mon sosa 128 ?), Jacques Mesnard et Pierre Morisset.

morisset_jacques_savineau_marie_1741_le_busseau

AD79 Le Busseau, BMS 1730-1766, vue 84

À priori, plusieurs pistes s’offrent à moi.
Celle du notaire :

chez_le_notaire_jan_josef_horemans

Chez le notaire, Jan Josef Hormans

Sa présence au mariage laisse supposer qu’il y a eu un contrat de mariage. J’ai donc recherché un notaire portant ce nom. Dans la liste des notaires sur FranceGenWeb, le seul Esserteau se prénomme François et est notaire à Niort en 1625. J’ai plus de chance en me rendant aux Archives départementales des Deux-Sèvres. Je découvre un Antoine Esserteau notaire au Busseau, hélas ! les actes sont non communicables et ils concernent la période 1716-1730, les AD79 ne disposent pas d’actes ultérieurs.
Celle des signatures :
Je suppose que la signature Jacques Morisset peut être celui de mon sosa 128 et celle de Jacques Mesnard ne me donne rien pour l’instant. Me reste celle de Pierre Morisset. Son paraphe me permet de le retrouver facilement, c’est quelqu’un qui figure dans mon arbre, il est chaulier ( il travaille ou exploite un four à chaux) à Saint-Laurs. Il descend d’une famille que je connais bien (des chauliers de père en fils) et est le petit-fils de mes sosas 576 et 577 Pierre Morisset et Élisabeth Mitard.
Celle des cousins issus de germains :
Jean et Pierre Prunier, respectivement journalier et charpentier. Ils portent un nom très répandu et j’en croise beaucoup dans ma généalogie. Toutefois, le métier de charpentier est plus rare. Je ne rencontre qu’un seul Pierre Prunier qui exerce ce métier ; de plus, il vit à Saint-Maixent-de-Beugné et est le fils de Jean Prunier et Catherine Morisset. Vu l’âge supposé de Catherine et de mon Jacques Morisset, on peut penser qu’il s’agit de la grand-tante et du petit-neveu. Mais pour l’instant ces époux Prunier-Morisset ne m’apportent aucune information pertinente car leur acte de mariage, à Saint-Laurs en 1688, est rédigé par la curé Poisblant qui va officier de nombreuses années dans cette paroisse mais qui ne note jamais les parents des époux ! Il s’agit d’un second mariage pour Jean et Catherine, on peut supposer qu’il existe un contrat de mariage d’autant qu’au moins un des enfants du premier mariage est vivant. Hélas ! là encore les AD79 ne disposent pas d’archives notariales pour ce territoire.
Par ailleurs, j’ai cependant pu déduire que Catherine, dont je ne connais pas les parents, appartient à la fratrie de François Morisset mon sosa 1658. Ils sont au moins 4 autres frère et sœurs avec descendance. Pourtant, je ne trouve qu’un seul petit-neveu qui s’appelle Jacques Morisset. C’est le petit-fils de François, fils de Jean Morisset et Anne Girard. Mais malgré mes recherches je ne sais pas aujourd’hui s’il est mort en bas âge ou s’il s’est marié. Pourtant, comme sa fratrie est nombreuse, je devrais trouver des témoins plus proches que des cousins issus de germain ! Encore une piste peu concluante…
Celle du patronyme.
L’union est célébrée au Busseau en 1741, Marie a environ 18 ans, on peut penser que Jacques a au moins 18 ans et sans doute moins de 30 ans (même si  cette dernière hypothèse reste fragile puisqu’il peut être plus âgé, notamment s’il est  veuf). Malgré cela,

le_busseau_eglise_cp

Le Busseau, carte postale ancienne

si je conserve cet encadrement d’âge, Jacques est né entre 1711 et 1723. Une recherche sur les Jacques Morisset à Saint-Maixent-de-Beugné et dans les paroisses environnantes m’a permis de retrouver 4 « Jacques Morisset » mais il peut en exister d’autres. Après analyse,  un seul semble intéressant, il s’agit du fils de Jacques Morisset et Jeanne Barraud né en 1713 à St-Maixent-de-Beugné. Cette hypothèse est plus plausible que les autres car Jacques est le seul enfant de ce couple. Son père meurt avant sa naissance. Sa mère se remarie et elle a une fille de son second mariage. En 1741, à la date du mariage Morisset-Savineau, Jeanne Baraud est elle aussi décédée, son second mari l’est sans doute et la fille issue de ce couple n’est pas encore mariée. Si cet enfant né en 1713 est mon sosa 128, cela peut expliquer l’absence de famille proche à son mariage. De plus, si Jacques Morisset et Jeanne Baraud sont ses parents, je sais que Jeanne est la fille de Pierre Baraud et Françoise Prunier, et 2 Prunier sont témoins au mariage. Si pour l’instant je ne peut pas relier avec certitude les 2 familles Prunier, c’est à ce jour ma piste la plus sérieuse.
Celle de la descendance
Pour l’instant, elle vient conforter celle du patronyme. Parmi les actes de mariages des enfants de Jacques Morisset et Marie Savineau, celui de leur fils Pierre en 1791 avec Catherine Bachelereau précise 2 témoins du côté du marié, l’un est le sacristain et l’autre se nomme Louis Noël, mais sans mention de lien familial ou amical. Toutefois, je sais que Jeanne Baraud a une demi-sœur, Perrine, laquelle épouse Pierre Noël, ce couple a 2 fils, Louis-Pierre et Louis, et un petit-fils Louis-Pierre. L’un d’eux est peut-être le témoin du mariage de Pierre et Catherine.

Néanmoins, et malgré toutes ces pistes, je n’ai à ce jour aucune certitude et je ne peut pas assurer que mon ancêtre descend du couple Jacques Morisset – Jeanne Baraud. Il me faut entreprendre de nouvelles recherches (Jacques est peut-être veuf quand il épouse Marie Savineau. Qui est Jacques Mesnard le cousin issu de germain ?) et il me faut consulter d’autres actes (les tables de donations et partages…)  Mon sosa 128 va encore me demander de longues heures de recherches, mais c’est là tout le plaisir du généalogiste, cette quête incertaine et passionnante.

Enregistrer

Coquelicots d’Irak

coquelicotsEncore un BD à lire aussi avec un regard de généalogiste. Coquelicots d’Irak (éd. L’Association) évoque l’enfance et la jeunesse de Brigitte Findakly. Cette coloriste, épouse du dessinateur Lewis Trondheim, raconte dans ce livre sa vie et celle de ses proches à Mossoul en Irak dans les années 60, puis en France à partir des années 70. On découvre donc son milieu familial et social, un père dentiste, une mère française tous les deux chrétiens, des voisins et amis musulmans. La BD montre à travers les yeux d’une petite fille l’histoire tourmentée de l’Irak, ses crises, ses coups d’état, ses guerres. Ce livre est le résultat d’un travail de couple (un peu comme pour Sylvie et moi sur ce blog !) : Brigitte Findakly par petites séquences retrace son enfance et son exil, et son mari Lewis Trondheim met tout cela en images.

La généalogie est en plus particulièrement présente dans ce livre.
– On y parle bien sûr des origines. L’histoire des ancêtres de l’auteure est retracée depuis plus de 700 ans : on apprend qu’ elle est issue d’une tribu arabe sédentarisée à Mossoul qui a fourni de nombreux bâtisseurs.
– On découvre une famille, elle est le prisme par lequel l’histoire du pays est évoquée mais elle existe aussi en tant que telle.
– On y raconte l’exil, vécu différemment selon les personnes, et les nombreux problèmes administratifs qu’il entraîne. Cet exil est même une diaspora pour les chrétiens d’Irak, les cousins et amis de l’auteure étant dispersés sur tous les continents.
– On y aborde enfin, sans en avoir l’air, de grands thèmes sociétaux : l’intégration, la culture, la religion…

coq-irakL’exil, les origines, la famille, la religion, la guerre… tout cela devrait inciter les férus de généalogie à lire cet excellent album pré-publié dans le journal le Monde. Et si vous aimez, vous adorerez lire aussi L’Arabe du futur de Riad Sattouf ou Persépolis de Marjane Satrapi qui, avec énormément de talent chacun, racontent une enfance, leur enfance entre Orient et Occident.

Amours ancillaires à Chanteloup : saison 2

Étiquettes

leermans-servante-ren-copie

Peter Leermans (1655-1706), le trompette et la servante

Il y a près de 2 ans, j’avais évoqué la longue liaison à Chanteloup entre  François Gentet, écuyer, seigneur d’Estrie et des Forges, avec une servante au joli nom de Cécile Lamoureux. Je résume : François Gentet avait d’abord été marié en 1625 à Anne du Vergier qui lui avait donné 6 enfants. Au décès de sa femme en 1634, il a tissé très vite une relation amoureuse avec sa servante, qui a duré jusqu’à sa mort en 1650. Ensemble, ils ont eu 6 enfants. Le curé ne dit jamais le nom du père sur les actes de baptême mais les formulations de plus en plus précises ne laissent guère de doute sur la paternité. Parmi ces enfants, 3 au moins ont atteint l’âge adulte : Jeanne, Louis ainsi que mon ancêtre Marie d’Estrie. Le statut d’enfant bâtard de province ne permettait pas alors de grandes prétentions, surtout aux filles. Marie a épousé un tailleur d’habit et Jeanne un journalier. Leur frère Louis parait mieux s’en sortir en devenant sergent royal.

Depuis, je n’avais plus jamais rencontré de nobles parmi mes aïeux. Tout arrive pourtant ! La semaine dernière, en dépouillant une liasse de notaire aux Archives départementales des Deux-Sèvres, je suis tombé sur le contrat d’un mariage d’aïeux : celui de Marie-Jeanne Bodin (dont je ne connaissais pas les parents) avec le meunier Jacques Giret en 1773. J’ai pu, grâce à cet acte notarié, remonter l’ascendance de Marie-Jeanne. De fil en aiguille, j’ai appris qu’elle était la petite-fille de Jacques Bodin, cultivateur, et de Marie Dugas. Et c’est à ce moment-là que j’ai retrouvé mon sang bleu. Marie Dugas s’appelait Marie d’Estrie à la naissance ; elle est la fille de Marie Richeteau et de Louis d’Estrie, le sergent royal ; et elle est donc la petite-fille de François Gentet, écuyer, et de sa servante Cécile Lamoureux. Le nom de famille a évolué vers la roture en une génération. Les enfants de Louis d’Estrie, sieur du Gast, étaient devenus Dugas.

Ma découverte aurait pu s’arrêter là. Il fallait toutefois que j’étudie l’ascendance maternelle de Marie Dugas que j’avais négligée jusqu’alors. Je savais que sa mère, Marie Richeteau, s’était mariée avec Louis d’Estrie avant 1669. Je savais également qu’ensemble, ils avaient eu 3 enfants et que ceux-ci avaient vu eux aussi leur statut social se dégrader en même temps que leur nom devenait « Dugas » : René et Jacques étaient bordiers, et Marie, mon ancêtre, était l’épouse du laboureur Jacques Bodin. Je pensais donc que Louis d’Estrie, comme ses sœurs Marie et Jeanne, avait épousé une personne (Marie Richeteau) issue de la roture. J’avais (à moitié) tort.

En cherchant dans les registres paroissiaux de Chanteloup, j’ai découvert que Marie Richeteau est née le 9 juin 1643. Elle a une sœur jumelle, Perrine, qui ne survit peut-être pas. Elles sont les filles de Michel Richeteau et de Perrine Pinton. En lisant l’acte de baptême, je suis surpris par les nombreuses similitudes qu’il y a entre la naissance de Marie Richeteau et celle de son futur mari Louis d’Estrie. Ils sont nés la même année et dans la même paroisse à 3 mois d’intervalle. Le père de Marie, Michel Richeteau est lui aussi un noble : il est le seigneur du Chaigneau et de la Martinière. Et la mère, Perrine Pinton, n’est pas son épouse puisque les 2 filles sont qualifiés de « naturelles ». Est-elle une servante, comme Cécile Lamoureux ? J’ai tendance à le croire, même si je ne peux le prouver. En effet,  je ne trouve pas d’autres renseignements sur ces 2 parents à l’exception du décès de Michel Richeteau en 1671 à l’âge de 80 ans.

arbre-gentet-richeteau

La descendance des amours ancillaires  de Chanteloup  (mes ancêtres sont en jaune)

Ce mariage de ces 2 enfants naturels, nés chacun de la liaison d’un noble de province et d’une servante, m’éclaire peut-être un peu sur la vie à Chanteloup au XVIIe siècle. Il y a une forte proximité entre la petite noblesse et les villageois. Elle se vérifie dans d’autres actes de la paroisse : ce sont ses métayers qui sont les témoins au décès de Michel Richeteau, sieur de la Martinière. Cela ne me dit pas si Michel Richeteau et Jacques Gentet ont utilisé leur statut social pour pratiquer un « droit de cuissage » ou si, au contraire, ils ont eu des relations amoureuses sincères. Dans les cas présents, je penche plutôt pour la seconde hypothèse. Michel Richeteau a reconnu ses deux filles. Quant à Jacques Gentet, il ne s’est pas remarié après le décès de sa femme, il a vécu jusqu’à sa mort avec Cécile Lamoureux, ils ont eu 6 enfants qu’il n’a certes pas reconnu mais qui ont porté le nom de son domaine.
Mais, même si les enfants nés de ces unions hors mariage étaient bien acceptés, leur destin était tout tracé : à la génération suivante, il ne leur restait plus aucune signe de noblesse.

Miracle supposé à Boësse

Le hasard me fait encore rencontrer un décès par noyade. Pourtant, je ne crois pas que ce soit une obsession morbide de ma part ! En fouillant les registres de l’ancienne commune de Boësse au nord de Bressuire (Deux-Sèvres) à la recherche de mes ancêtres Martineau, je tombe sur un très long compte-rendu de noyade en date du 20 mai 1626 (AD 79, BMS 1618-1667, vues 86 à 89/120). L’acte rédigé par Jacques Robicheau, le curé de la paroisse Saint-Jouin à Boësse, a l’avantage d’avoir une écriture plutôt lisible. Là encore, je le trouve passionnant car il m’apprend beaucoup sur les mentalités et croyances de l’époque. Mais, comme il est fort long et un peu confus, je vous en donne une version abrégée et ordonnée.

On y apprend les circonstances et l’identité du noyé. Samedi 16 mai 1620, Pierre Chiron, 23 ans, fils de Mathurin Chiron et Étiennette Charrier, domicilié au bourg de Boësse était dans une charrette tirée par des bœufs. Il était accompagné de Jehan Guérineau (le frère du métayer de la Gilbergère précise le bon curé). Les 2 hommes venaient de Sanzay. Ils ont voulu passer la rivière Argenton au gué de Pas-Guérin au lieu-dit le Censif, près de la métairie des Loges en direction de Boësse. Malheureusement, « l’eau étant fort grande presque débordée et rapide… aurait fait renverser la charrette et dénoyé les bœufs au milieu du dit gué. En sorte que le dit défunt Chiron aurait demeuré dans la dite eau où il serait noyé malgré tous les efforts que le dit Guérineau aurait fait pour le secourir, lequel à grand peine se serait garanti lui même de se noyer ».

Le problème, pour ce décès, n’est donc pas de savoir qui s’est noyé mais de retrouver le corps. On sait l’importance pour beaucoup de pouvoir se recueillir sur une tombe. Au XVIIe siècle, c’était essentiel : ne pas être inhumé dans un cimetière fermait les portes du Paradis d’autant plus que, dans le cas présent, les derniers sacrements n’avaient pas été donnés !

Des recherches ont donc été menées pour retrouver le cadavre. « Les dits père et mère et parents de feu Chiron avaient fait toute sorte de diligence avec grand nombre d’hommes ayant un bateau, de grands crochets, râteaux, perches et autres ??? pour chercher et trouver le dit corps ». En vain ! On fit donc appel au bon Dieu au bout de quelques jours car « tous s’étaient lassés de le chercher et avaient fait déporter sur l’espérance que le dit curé avait donné tant au père qu’à plusieurs autres personnes… de se confier entièrement en la bonté infinie et toute puissante de Dieu ». On fit donc des messes, des rogations* et des processions. On intercéda auprès de la Vierge, de saint Pierre, de saint Jouin et de tous les saints et saintes du Paradis. On chanta l’antienne Regina*. On fit 3 fois le signe de croix sur l’eau du lieu du drame avec la croix qui est utilisée pour les processions.

Pour le prêtre Jacques Robucheau, cela finira par porter se fruits car il avait eu « révélation qu’il plairait à Dieu d’exaucer les dites prières et que miraculeusement et par une voie extraordinaire le corps paraitrait de lui même sur l’eau auparavant le jour et fête de l’Ascension de Notre Seigneur. » Le « miracle » eut donc lieu le mercredi 20 mai, veille de l’Ascension, entre 7 et 8 heures du matin. Les prières et requêtes commandant à l’eau, au nom de Dieu, de rendre le corps furent efficaces. Le cadavre fut tiré hors de l’eau de la rivière tout près du lieu de la noyade. L’intervention divine ne faisait pas de doute pour le curé car le corps fut rendu « sans enflure, ni blessure ou lésion, ainsi en son intégrité… le troisième jour… d’ordinaire (à ce qu’on dit) les corps des noyés ne paraissent que le neuvième jour, tout au plus tôt après qu’ils sont noyés et tout gros enflés. »

Le prêtre tenait vraiment à ce que ce soit un miracle reconnu. Il cite donc tous les témoins et ils sont nombreux : le vicaire Aubin David, le procureur fiscal André Geay, seigneur de la Forest (qui a ramené à la nage le corps du défunt), le sergent et notaire Louis Turpault, lesquels en ont fait procès verbal. Il y a aussi le sacristain Maurice Belot, le meunier du moulin des Portes Mathurin Guérin, le médecin Hermet Brandeau. Il donne également le nom des écoliers, des vignerons, des maréchaux-ferrants, des tisserands, des paroissiens de Boësse et des bourgs voisins présents. J’apprends ainsi que mon ancêtre Hermet Martineau avait un fils prénommé Claude dont j’ignorais l’existence. Il cite sans doute aussi des femmes mais malheureusement 1 ou 2 feuillets du document ont disparu (le registre numéroté passe de la page 106 à 109). Du coup, je n’en connais qu’une seule, damoiselle Louise du Bugnon.

Le prêtre était-il sincère, croyait-il vraiment au miracle ? Ou voulait il se donner de l’importance et faire penser que ses prières avaient permis de retrouver le corps ?  Peut-être un peu les deux ! Le vrai miracle, s’il y en avait eu un, aurait été de retrouver vivant le malheureux jeune homme !

argenton

Photo Audrey 79, la rivière Argenton

* Les rogations sont les cérémonies des 3 jours qui précèdent le jeudi de l’Ascension. Pour l’année 1626, elles vont du lundi 18 mai au mercredi 20 mai.

* Une antienne est un chant liturgique à deux chœurs. Celui-ci est dédié à la vierge Marie (le Salve Regina peut-être.)

 

Mineurs grévistes à Saint-Laurs

Étiquettes

… Le 7 février, les délégués grévistes adressent au juge de paix de Coulonges-sur-l’Autize la liste de leurs revendications parmi lesquelles aucun licenciement et des augmentations de salaire : 4,25 francs pour les mineurs, 3,50 pour les manœuvres, 2,25 pour ceux qui travaillent à la surface et 1,75 pour les manœuvres de moins de 18 ans. Ces demandes sont repoussées en bloc par la direction le 9 février.
memorial_des_deux_sevres_8-02-1896

Très vite, le journal Le Mémorial des Deux-Sèvres rend compte des événements. Il relate les faits et se félicite de l’attitude posée des grévistes. Quelques jours après, devant un conflit qui risque de s’enliser, la direction accepte la médiation du député Disleau. Les mineurs offrent alors de ne travailler que 4 jours 1/2 au lieu de 5 pour éviter les renvois mais la société rejette leur proposition.

mineurs_saint_laurs_greve

Mineurs en grève à Saint-Laurs. Carte postale ancienne

Pour permettre aux familles des grévistes de vivre, on fait appel à la solidarité des autres syndicats, une souscription est ouverte dans le Bulletin de la Fédération nationale des syndicats et groupes corporatifs ouvriers de France.
Devant les licenciements devenus effectifs, plusieurs manifestations féminines s’organisent, drapeaux en tête, marchant vers les puits et les demeures des ingénieurs la_justice_clemenceau_28_02_1896rendus seuls responsables. La presse nationale se fait l’écho des manifestations, notamment La Justice, le quotidien fondé par Georges Clemenceau.
Finalement, le 11 mars, le direction offre de régler les salaires en fonction du prix de vente des charbons. Cette proposition d’échelle mobile est acceptée par les ouvriers et donne lieu à une convention, signée le 14 mars, qui met fin à la grève. Cette convention maintient le salaire en vigueur avant la grève et octroie une augmentation au fur et à mesure que les cours du charbon augmenteront, la moitié de cette augmentation suivant une échelle mobile dont le minimum sera le cours actuel. Elle est signée par M. de Borde représentant l’administration des Houillères et les délégués syndicaux Louis Rétière, Auguste Suire, Célestin Lardy, Bellanger et François Boisselier (je retrouve 3 d’entre eux dans mon arbre généalogique.)

Plus d’un mois de grève pour un marché de dupe !
Si l’on donne l’assurance qu’il n’y aura pas de nouveau renvoi, avec quelques réserves cependant, les ouvriers licenciés ne sont pas repris. Quant à la mise en place de l’échelle mobile, c’est un première en France, elle va s’avérer difficile, voire impossible, à mettre en place. Avec un gisement peu productif et la concurrence des charbons anglais, les ouvriers ne seront pas gagnants.
Cette première grève va être suivie de plusieurs autres, une dès 1898, avec des résultats divers.

Sources :

  • Archives départementales des Deux-Sèvres, série M : 1M401 et 10M17
  • Site de l’Inventaire Poitou-Charentes. Dossier documentaire d’usine. Mine de charbon du marquis de Nettancourt : http://dossiers.inventaire.poitou-charentes.fr/le-patrimoine-industriel/notice.php?id=IA79002440
  • Le bassin houiller de Saint-Laurs de sa découverte à son abandon 1838-1958. Monographie du Club d’histoire-géographie du collège de Coulonges-sur-l’Autize animé par Michel Monteux. 1980-1981
  • La première grève des mineurs de Saint-Laurs (1896). Florence Regouard. In : Bulletin de la Société Historique et Scientifique des Deux-Sèvres. Pages 58-60
  • La grève des mineurs de Saint-Laurs : 4 février-14 mars . In : Statistiques des grèves et des recours à la conciliation et à l’arbitrage survenus pendant l’année 1896. Pages 193-195
  • Michel Montoux. Coulonges-sur-l’Autize et son canton. Patrimoines & médias, 2008
  • Le mémorial des Deux-Sèvres, fevrier-mars 1896

Enregistrer

Enregistrer

Charbon exploité à Saint-Laurs

Étiquettes

Les mines de charbon ne sont pas l’apanage du nord de  la France. Ainsi, des études sur la bassin houiller de Vendée ont été menées vers 1830. Le gisement s’étend depuis Vouvant jusqu’à Saint-Laurs, petit village limitrophe des Deux-Sèvres. En 1840, le marquis de Nettancourt obtient, après plusieurs forages, une concession pour le bassin houiller de Saint-Laurs. Il l’exploite jusqu’en 1861, date à laquelle il se retire, laissant la place à ses 2 gendres qui forment « la Société civile des Houillères de Saint-Laurs ». La houille exploitée sert en premier lieu à faire fonctionner les fours à chaux leur appartenant.

mineurs_saint_laurs

Mineurs à St-Laurs

Quand l’exploitation commence, Saint-Laurs est un petit bourg de 700 habitants qui vit principalement de l’agriculture. Pendant longtemps, la population locale fournit la main-d’œuvre nécessaire au fonctionnement de la mine, en dehors des postes d’encadrement. On voit donc de nombreux villageois, comme mon arrière-grand-père Auguste Morisset, cumuler les métiers de mineur et paysan. La grande majorité des travailleurs est originaire de Saint-Laurs ou du canton de Coulonges-sur-l’Autize. Seulement 20 % viennent d’autres départements. Les employés s’installent avec leur famille près de leur lieu de travail, la population ne cesse d’augmenter jusqu’en 1906 pour atteindre 1 300 résidents.

En 1896, la commune compte déjà plus de 1 200 habitants et, parmi eux, quelques 180 mineurs. Au fond de la mine, l’ouvrier mineur gagne alors 3,30 francs par jour, le manœuvre et le machiniste 2,40 francs. À la surface, les hommes et les enfants qui travaillent sur le « carreau » et qui trient le charbon en fonction de sa qualité, sont payés moins de 1,75 francs.

syndicat_mineurs_en_tete

AD79, Série M, 10M17

Le droit de grève n’est reconnu aux ouvriers qu’en 1864 et celui de fonder un syndicat en 1884. Dans son numéro du 1er avril 1896, L’ouvrier syndiqué, le bulletin de l’Union des Chambres Syndicales Ouvrières des Bouches-du-Rhône relate la constitution de la Chambre syndicale des ouvriers mineurs de Saint-Laurs le 2 février 1896, laquelle compte 157 membres. On voit donc qu’une très grande majorité des travailleurs adhère au syndicat. Son existence va rendre possible la première grève en février 1896 pour la défense de l’emploi et pour des revendications salariales.
Enfin, il faut ajouter que vers 1894, à Saint-Laurs comme ailleurs, les salaires ont baissé au moment de la mise en application de la législation sur les caisses de retraite qui impose au patronat de contribuer aux pensions des mineurs. Pour trouver le financement, la Société des Houillères cherche à faire des économies, notamment sur les salaires. L’effort demandé aux ouvriers de Saint-Laurs est plus important que celui demandé à leurs collègues de Vendée. Le mécontentement gronde, il n’attend qu’une étincelle pour exploser. Et quand le 4 février, en arrivant au travail, les hommes sont informés que 30 d’entre eux sont licenciés au 1er avril et 8 mis à la retraite, la grève est déclarée !

A suivre …

 

Enregistrer

Enregistrer

La maison

paco roca maison

La maison de Paco Roca, éd. Delcourt/Mirages

Suite de nos chroniques littéraires et généalogiques.

Paco Roca est un auteur de BD qui m’a déjà enchanté. J’avais parlé en mars de son roman graphique La Nueve consacré aux républicains espagnols ayant participé à la libération de Paris en 1945 avec leur capitaine Raymond Dronne. Aujourd’hui, il récidive avec une histoire familiale, son histoire, qui parle de filiation, de transmission et d’héritage dans tous les sens du terme. Tout ce qui devrait intéresser les généalogistes !

L’habitation du titre, c’est celle d’Antonio. C’est aussi toute la vie de cet homme, simple travailleur, qui l’a construite entièrement de ses mains pour lui et pour sa famille. A son décès, les 3 enfants José, Vicente et Carla retournent sur les lieux où ils ont passé leur jeunesse. Faut-il vendre ou faut-il garder la maison ? Leur personnalité, leur vécu, leurs souvenirs d’enfance, leur relation avec leur père sont très différents et pourtant, il faut arriver à faire un choix ensemble.

la-maison-paco-roca-arbre-genealogiquePaco Roca, dans un registre intime, nous fait partager une belle histoire familiale, en grande partie autobiographique. Une histoire contemporaine autour de sa fratrie. Une histoire d’autrefois, avec les réminiscences du passé, les souvenirs de jeunesse mais aussi l’évocation de la vie du papa. Du coup, il y a même un un arbre généalogique. Mais il y a également d’autres feuillus (un amandier, un oranger…) car le jardin a aussi son importance. Le livre alterne donc les séquences où les enfants d’Antonio essaient d’entretenir cette maison de bric et de broc, et les flashbacks dans ce même lieu.

Paco Roca nous emmène en Espagne, ce qui est bien agréable. Le livre parle aussi de la mort, de l’accompagnement, pourtant ce n’est jamais pesant. Bien au contraire, il reste à la fin du livre en mémoire un témoignage d’amour filial très touchant et bien servi par un dessin efficace et agréable.

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Enquête inaboutie à Louin

Étiquettes

J’avais mis de côté le premier des 2 procès verbaux de noyade (celui daté du 9 floréal an VII soit 28 avril 1799) du registre des décès de Louin. En causes, une transcription un peu plus difficile et un décès un peu plus énigmatique.

Maintenant que ce travail est fini, je me rend compte que ce texte a beaucoup de ressemblances avec celui de 1801 alors que le rédacteur est différent. Je retrouve le même plan de narration et le même style d’écriture, cela est dû à la nature de l’écrit et à la période post-révolutionnaire. Mais, j’ai trouvé aussi beaucoup d’éléments intéressants. Et je ne pouvais pas garder pour moi un document qui cite un dénommé Rousseau habitant à Voltaire*.

Plus sérieusement, je m’étonne que l’enquête sur la noyade n’ait pas été poussée plus loin. L’identité du noyé n’a pas été trouvée. Le lieu de la noyade (un fossé ?), la présence d’un sabre et l’absence de chaussures sur lui ou à proximité m’interrogent également. L’officier de santé (le susdit Augustin Rousseau de Voltaire) n’a rien vu de suspect, mais a-t-il bien fait son travail ? Autre questionnement, l’habillement et les objets trouvés sur le défunt, très précisément décrits, ne me semblent pas correspondre à ceux habituels des villageois. Derniers motifs d’intérêt ou d’étonnement, j’apprends comment on pouvait recruter et payer des fossoyeurs !
Voici donc le texte trouvé dans le registre (Louin, 1793-an X, décès, vue 38 et 39/72). J’ai gardé les mêmes règles de transcription que pour l’autre procès verbal de 1801 (style et tournures respectés, mais orthographe et ponctuation corrigées et intertitres rajoutés.)

La découverte du cadavre

L’an septième de la République française, une et indivisible et le neuf floréal, en notre demeure et devant nous Jacques Belliard, juge de paix du canton de Voltaire a comparu Pierre Poupard, agent municipal de la commune de Louin et y demeurant, lequel nous a dit qu’étant sur le chemin dudit lieu de Louin allant de Voltaire sur main droite au lieu appelé L’Ordegoux et dans un fossé de la rivière Chenevierre à Vincent Marsaut il a aperçu un cadavre flottant sur l’eau et qu’étant parvenu à retirer le dit cadavre il l’a déposé sur le bord du fossé et est venu nous en prévenir et, le dit comparant interpellé de signer sa présente déclaration et a signé, ainsi signé Poussard agent.

Les premières constatations

Sur quoi, nous juge de paix susdit ayant fait appeler deux citoyens de la dite commune, lesquels sont les citoyens Louis Rolland et Martin Marsaut nous sommes transportés, assistés comme dit est, où étant arrivés au dit endroit ci-dessus dit y avons trouvé le cadavre en question et après l’avoir examiné nous avons remarqué que c’est celui d’un homme âgé d’environ cinquante à cinquante-cinq ans, cheveux gris, taille d’environ cinq pieds deux pouces vêtu d’un habit bleu de cadis d’Aignan*, gilet rouge, drap écarlate, un autre gilet par dessous rayé en bleu, une mauvaise chemise, culotte de peau jaune, bas gris en laine tricotée à côtes et nu pied, un chapeau moitié usé. N’ayant aucune blessure, ayant trouvé dans ses poches une mauvaise cravate ensoyée, deux mauvais mouchoirs de poche, une craie d’écritoire* en cuivre jaune, une jarretière, une bouteille de coyer*, un mauvais bonnet de laine blanc, un couteau à havette*, et dans ses poches de culotte, il s’y est trouvé un franc et quatre-vingt-cinq centimes, et sans aucun papier, il fut trouvé auprès dudit cadavre un sabre et son ceinturon,

lenoyé

George Rohner, Le noyé (Image d’art)

Le rapport du légiste

et ayant fait appeler un officier de santé, est comparu le citoyen Augustin Rousseau, officier de santé demeurant commune de Voltaire, lequel après examen fait dudit cadavre nous a rapporté qu’il n’a aucune blessure, contusion ou extravasation*, et n’avoir que la bouche bavante, qu’il paraît avoir séjourné dans l’eau l’espace de sept à huit heures, et qu’il n’est pas possible de lui accorder aucun secours

Les dispositions funéraires

et personne n’étant venu réclamer le dit cadavre nous l’avons délaissé au dit citoyen Poupard agent municipal qui s’en est chargé pour le faire inhumer au champ de repos de la dite commune de Louin. Les vêtements et effets du dit cadavre ont été évalués neuf francs qui pourront par le dit citoyen Poupard être distribués à ceux qui l’assisteront en son inhumation.
De tout quoi nous avons fait procès verbal que nous avons signé au dit lieu où été trouvé le dit cadavre le jour et an de l’autre part ainsi signé à la minute du procès verbal

Rousseau, Rolland, Martin Marsault, Jacques Belliard juge de paix et Cochon greffier.

Le greffier mérite en partie son nom car j’ai eu un peu de mal à retranscrire certains mots, mais cela est dû surtout  à mon inculture ! Merci donc à celui et à celles (Sylvie, Françoise(s), Bernadette, Claudine, Isabelle, Nicolas…) qui m’ont aidé à les reconnaître et m’en ont donné la signification !

* Voltaire correspond à Saint-Loup-sur-Thouet dans les Deux-Sèvres. Le nom de l’écrivain a été brièvement donné à cette commune pendant la Révolution car la famille de Voltaire (les Arouet) est originaire de ce village. Certains spécialistes émettent d’ailleurs l’hypothèse que Voltaire aurait créé son nom d’écrivain à partir d’une autre commune toute proche du département, Airvault, en inversant les 2 syllabes (Vault-Air = Voltaire)

*  Le cadis est un tissu de laine. Les propriétaires d’une manufacture de Montauban, les Aignan, en ont produit sur plusieurs générations. C’est sans doute ce tissu qui est cité dans le texte.

* Le crayon a été inventé en 1795 par Conté. Avant, en concurrence avec la plume, on utilisait un tube métallique fendu et muni d’une petite bague coulissante pour maintenir une mine (craie, plombagine…) Si j’ai bien lu, il s’agit donc peut-être d’une sorte de porte-mine.

* Une bouteille de coyer est une bouteille de courge en d’autres termes une gourde.

* Sans doute un couteau à crochet (un havet est un crochet.)

* Extravasation : sortie non souhaitée d’un liquide hors de son canal vers les tissus qui l’entourent.

Enregistrer

Enquête minutieuse à Louin

Étiquettes

En cherchant un de mes possibles ancêtres qui avait eu la mauvaise idée de mourir un peu plus loin, j’ai découvert une commune des Deux-Sèvres justement appelée Louin. Les registres de celle-ci n’ayant pas encore été dépouillés, la date de décès m’étant inconnue, je me suis donc plongé dans les recueils en ligne. Si fouiller de façon systématique est parfois la source de grandes déceptions quand la recherche est vaine, cela peut être aussi la cause de belles découvertes, même si elles n’ont pas toujours de rapports directs avec son arbre généalogique. Et c’est ici le cas. J’ai eu la chance de trouver l’acte de décès recherché, mais je suis tombé aussi sur la relation de 2 décès par noyade décrits de façon très précise.

Dans le registre des décès de Louin (1793-an X), il y a donc 2 procès verbaux suite à la découverte de noyés. Je me rends compte de la richesse de ce type de document. Je savais déjà que nos ancêtres étaient peu doués en natation, vu le nombre de décès de ce genre que j’ai rencontré. Maintenant, je sais aussi qu’une enquête pouvait être menée très sérieusement à cette époque, même à la campagne, avec témoignages, médecin légiste… bien avant l’essor de la police scientifique. Je m’aperçois que les connaissances médicales sont bien plus sérieuses qu’aux siècles précédents. La description précise du physique et de l’habillement des malheureux noyés me permet aussi de savoir comment nos ancêtres étaient vêtus il y a plus de 200 ans.
Aujourd’hui, je ne vous retranscris que le procès verbal le plus récent en date du 9 frimaire an X (30/11/1801), soit les vues 67 et 68 du registre (je garde l’autre, plus ancien mais plus énigmatique pour un probable futur article.) J’ai gardé le style et les tournures parfois maladroites du document, mais j’ai corrigé l’orthographe et la ponctuation pour rendre le texte plus lisible. Et j’ai rajouté des intertitres !

La découverte du cadavre

L’an dix de la République française, le neuf frimaire en notre demeure et devant nous René Linassier, assesseur du juge de paix du canton de Saint-Loup, département des Deux-Sèvres, arrondissement de Parthenay, sont comparus citoyens Jean Jannot et Georget gagés de la citoyenne Cornuault veuve Poyrault, meunière au moulin de Touvois, commune de Louin, appartenant à la veuve Lescure, lesquels nous ont dit qu’étant devant l’écluse du dit moulin ils ont aperçu un cadavre flottant sur l’eau et qu’étant parvenus à pêcher le dit cadavre, l’ont déposé sous un ballet du dit moulin auprès de la dite écluse.
Ils ont été conciliés de venir nous en donner avis, les dits comparants interpellés désignés. La présente déclaration ont répondu ne le savoir.

Les premières constatations

Sur quoi nous, dit Linassier tenant la place du juge de paix pour cause de maladie, ayant fait appeler le citoyen Marsault, maire de la commune du dit Louin, et René Caillault, adjoint de la dite commune, nous sommes avec eux transportés au lieu ci-dessus indiqué, nous y avons trouvé le cadavre en question et après l’avoir examiné, nous avons remarqué que c’est celui d’un homme âgé d’environ trente-sept ans, cheveux noirs, taille d’environ cinq pieds, trois pouces, vêtu d’une veste large gris-blanc et un gilet et culotte même façon. Dans la jambe droite avait un bas de laine gris-blanc, la gauche une guêtre de toile blanche et un chausseron gris-blanc.

Le rapport du légiste

N’ayant vu aucune blessure et rien trouvé dans les poches et ayant aussi fait appeler un chirurgien, est comparu Jean Isaac Drouhet, demeurant à Saint-Loup, lequel après examen du dit cadavre nous a rapporté qu’il n’a reconnu aucune plaie extérieure ni contusion qui ait pu déterminer le genre de mort. Estime en outre que le cadavre a séjourné à peu près douze heures, attendu qu’il n’a reconnu aucune infiltration dans le tissu cellulaire, ni épanchement dans les viscères abdominaux, et lequel a cru que tous les secours de l’art devenaient inutiles.

Drouhet, officier de santé

Le mystère résolu

Et devinant, le dit jour sur les trois heures du soir devant nous assesseur susdits, est comparue Jeanne Baranger, demeurant au dit lieu de Louin, laquelle nous a dit (???) qu’on avait pêché un homme noyé au dit moulin de Touvois, que son cadavre y avait resté déposé, elle s’y est transportée, laquelle a très bien reconnu le dit cadavre pour être celui de Charles Arnault son mari, laquelle vient le réclamer pour le faire inhumer dans le cimetière du dit Louin et déclare ne savoir signer.
De laquelle comparution et réclamation nous avons donné acte à la dite Baranger et ordonnons que le cadavre dont est question lui remis pour lui procurer la sépulture.
Fait et dressé le présent procès verbal au dit moulin de Touvois, commune de Louin, sur les trois heures du soir de relevé le jour ainsi que dessus.

Marsault maire
mairie de Louin

louin thouet

Le Thouet à Louin, carte postale ancienne

Si vous trouvez que l’enquête des citoyens Linassier, Marsault et autres n’est pas assez minutieuse, si vous voulez chercher de nouveaux indices, ce ne sera pas facile car les années ont passé. Cependant, vous trouverez peut-être l’emplacement du moulin de Touvois, au bord de la rivière Thouet, car il est donné par la carte de Cassini.

Sinon, un tout petit peu plus loin, il y a une retenue d’eau qui a été créée avec le barrage du Cebron. Il est possible de s’y baigner, à condition de savoir nager !

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer