Mes petits soldats (3) : La Seconde République et le Second Empire

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Napoléon III

Après avoir étudié les jeunes hommes de ma famille face à la conscription et à l’armée sous l’Empire, puis pendant la Restauration, j’arrive à une nouvelle période qui va de la Seconde République (1848-1852) au Second Empire (1852-1870), avec toujours le même homme à la tête de l’État, Louis-Napoléon Bonaparte devenu en 1852 l’empereur Napoléon III. Malgré les deux changements de régime, le service militaire évolue peu : le service se fait toujours par engagement ou tirage au sort et dure autour de 6 ans. Cependant, à partir de de 1855, si on veut éviter l’armée, il n’est plus nécessaire de se chercher un remplaçant, il suffit de payer une taxe. Encore faut-il pour cela en avoir les moyens (le coût était de 1800 à 3000 F selon les années !) Pour les jeunes gens, le rituel est toujours le même : l’année des 20 ans, ils doivent se rendre au chef-lieu du canton où a lieu le conseil de révision et le tirage au sort des conscrits. J’ai retrouvé entre 1848 et 1870 dans ces listes du département des Deux-Sèvres, 20 jeunes hommes de ma famille dont 4 sont mes ancêtres directs. Les renseignements donnés sont encore rares et bien souvent parcellaires : il peut selon les cas manquer la taille, la décision finale (exempté, apte…) ou le motif de cette décision. Toutefois, je connais maintenant le degré d’instruction de beaucoup : nous sommes avant que l’école soit obligatoire et cela se ressent pour les 18 renseignés : ce degré d’instruction est de 0 pour les quatre qui ne savent ni lire ni écrire, de 1 pour les quatre autres qui savent juste lire et de 2 pour les dix qui savent lire et écrire, mais n’ont pas le niveau d’instruction primaire. Il me faut attendre 1867 pour avoir enfin de vrais dossiers matricules riches en information : filiation, adresse, description physique du visage, profession, degré d’instruction, taille, parcours militaire, grades…

conscrit

Image populaire de la conscription

Sur toute cette période, on ne sent toujours pas une grande envie chez ces jeunes ruraux de participer à la gloire militaire de la France. Ce n’est plus le temps de la résistance puisque je ne vois plus de réfractaires, mais nous n’en sommes pas encore à l’obéissance. Sur les 20 garçons étudiés, je sais qu’au moins 8 demandent à en être exemptés (sans doute bien plus car les autres ne sont pas renseignés). Les motifs sont variés : l’estomac, les varices, l’agitation nerveuse, un membre cassé ou la situation familiale. Leur demande n’est pas acceptée pour tous puisque sur ces 8, trois sont déclarés aptes.

Il y a finalement 9 exemptés : 2 sont trop petits (1m50 !!), 2 bénéficient de raisons familiales (un frère déjà au service, soutien de famille car fils unique), 2 sont jugés trop faibles, 2 ont un handicap (surdité, problèmes psychiques) et le dernier a des varices ! Sur les 11 qui sont finalement bons pour le service, 4 ont les moyens de payer la taxe pour en être exonéré. Ce n’est donc finalement que 7 jeunes gens sur les 20 recensés qui doivent faire leur service.

siège sébastopol

Le siège de Sébastopol par Franz Roubaud (source Wikipédia)

Quant à l’affectation et à la destination des soldats, les archives ne me disent rien avant 1867. C’est grâce à la transmission orale familiale que je sais que, du côté de ma mère, Théodore Nueil a sans doute participé à la guerre de Crimée contre la Russie (1853-1856) et qu’il a dû en parler bien souvent pour que je sois au courant 150 ans après. Et une autre légende, du côté paternel, m’apprend que Jacques Chesseron a fait son service en Algérie à la même époque (son histoire est racontée ici). Par contre, pour les deux jeunes qui ont été appelés à servir à partir de 1867, c’est grâce aux registres que j’ai des renseignements précis. Leur période militaire commence à la fin du Second Empire et se termine au début de la IIIe République. Je sais ainsi que, en rejoignant le 1er bataillon, 2ème compagnie, mon ancêtre Eugène Nueil a participé à la guerre contre l’Allemagne. Et je sais aussi que le frère d’un ancêtre, a été affecté à l’escadron du train des équipages de la garde impériale : Henri-Charles Rabit a fait ensuite la campagne d’Allemagne du 30 août 1870 au 7 mars 1871, et enfin la campagne de Versailles (conclue par la répression de la Commune de Paris) du 18 mars au 7 juin 1871 : il obtient suite à tout cela un certificat de bonne conduite. Les 4 petits soldats dont je connais les états de service sont tous entraînés dans des conflits qu’ils n’ont sans doute pas voulu : aventure coloniale en Algérie, guerre de Crimée opposant des impérialismes, conflit de 1870 annonciateur des suivants avec l’Allemagne, guerre civile et sociale à Paris.

Mes petits soldats sont toujours petits, ils n’ont pas grandi. La moyenne des 5 soldats dont je connais la taille est de 1,63 m. Quant à mes 4 aïeux directs concernés par la période, ils ont eu 3 situations différentes face à l’armée. Auguste Chesseron, apte, a été exonéré en payant. Jacques Turpaud et Pierre Blais ont été exemptés pour faiblesse. Seul Eugène Nueil a fait son service (et même la guerre). Est-ce que cette variété de situations va perdurer durant la prochaine période (1870-1914) ? Mes petits soldats vont-ils enfin grandir ? Vous le saurez en lisant mon futur article Mes petits soldats (4) : la  IIIe République de 1870 à 1914 (Quel suspense !)

Projet Philomène (3)

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bandeau philomène2Suite à une idée de Sophie Boudarel, je termine l’évocation des « Philomène » de mon arbre généalogique, avec toujours en bandeau un dessin d’Ernie Bushmiller. Les albums qu’il a dessinés, « Nancy », ont été popularisés en France sous le titre de « Arthur et Zoé », mais au Québec, c’était « Philomène ». Voici ma 3ème et dernière SOSA prénommée « Philomène ».

Philomène Marie Rosalie RATRON, ma SOSA n° 25, est la grand-mère paternelle de mon grand-père maternel. Elle naît le 12 janvier 1843 à Saint-Sauveur-de-Givre-en-Mai, dans la ferme de Beuvron. Son père, Jean RATRON, est cultivateur mais aussi scieur de long. Il est également le maire de son villlage depuis 13 ans, mais il va bientôt arrêter d’occuper cette fonction. Sa mère, Marie-Céleste BERTRAND, a déjà connu 4 accouchements. Philomène est et restera la petite dernière de la famille. Elle ne se souvient pas de sa sœur aînée, décédée 2 ans après sa naissance. Elle grandit donc sous la surveillance sans doute bienveillante de ses parents et de ses 3 grands frères. Elle a la chance de recevoir de l’instruction, ce qui n’était pas acquis pour toutes les filles à l’époque : elle apprend à lire et à écrire, comme ses frères et comme ses parents avant elle. Le 6 juin 1862, à Noirterre, à l’âge de 19 ans, elle épouse Auguste FROUIN, un fermier plutôt aisé et bien plus âgé qu’elle puisqu’il a 41 ans. Ils vivent et travaillent ensemble à la ferme de la Braudière à Terves. 6 enfants naissent de cette union mais un garçon décède bien jeune à l’âge de 5 ans. En 1888, elle a 45 ans quand elle devient veuve. Elle connaît d’autres chagrins : ceux de voir mourir sa fille Marthe âgée de 26 ans en 1897 puis son fils Auguste âgé de 21 ans en 1899, avant de s’éteindre à son tour dans sa maison le 29 mai 1902. Elle avait 59 ans.

signature philomène ratron

Philomène Ratron, Philomène Rabit et Philomène Poirier ont eu 3 destins différents, des vies plus ou moins longues, plus ou moins heureuses… Elles ont cependant en commun d’être des femmes de la campagne, nées et élevées dans la foi religieuse au XIXe siècle. Le prénom qui leur a été donné à la naissance en est un peu la preuve : c’est celui d’une sainte italienne mise en avant (et à la mode en conséquence) par le curé d’Ars, si vénéré dans l’Église catholique à l’époque.

Madeleine Project

L’an dernier lors du challenge AZ, j’avais évoqué Madeleine Project. Aujourd’hui, le livre Madeleine Project, publié aux Éditions du sous-sol, reprend les 2 premières saisons du reportage de Clara Beaudoux sur Twitter.
Avec Madeleine project Clara Beaudoux fait revivre Madeleine, une femme qui a traversé le vingtième siècle sans faire de bruit. Voici l’histoire d’une vie condamnée à disparaître sans la curiosité d’une jeune journaliste.

Un jour, Clara Beaudoux emménage dans un appartement qui dispose d’une cave. Mais quelle n’est pas sa surprise, quand elle descend à la cave, de découvrir que l’endroit regorge des souvenirs de l’ancienne propriétaire, Madeleine.

Clara trouve des objets oubliés, des lettres, des journaux… et fait peu à peu connaissance avec Madeleine. Elle va partager ses découvertes, via Twitter, tout au long d’une semaine. Chaque matin, elle poste des photos, accompagnées de quelques mots, parfois des vidéos, du son… Avec elle, nous entrons dans l’intimité de Madeleine.
Des liens se tissent entre Clara et Madeleine mais aussi avec tous ceux qui les suivent sur Twitter. Clara hésite, se pose des questions : a-t-elle raison de révéler tout cela ? Madeleine aurait-elle aimé voir sa vie dévoilée ? Et nous nous interrogeons avec elle. Pourtant, tout cela est très vite balayé par le lien qui se noue entre Madeleine et Clara, et bien sûr avec nous, les lecteurs ! Un lien fort qui grandit au fil des jours : c’est une émotion qui nous saisit au hasard d’un tweet, un sourire qui naît devant une découverte, un chagrin qui nous surprend.
Nous sommes nombreux à avoir été fidèles au rendez-vous. La première saison est bientôt suivie d’une seconde où Clara recherche ceux qui ont connu Madeleine. Le livre reprend ces 2 saisons et, quand on l’ouvre, on retrouve intacte l’émotion de notre première lecture.

Si vous ne connaissez pas encore Madeleine, plongez dans ce petit album qui parle de souvenir, de mémoire et de partage.
Vous pouvez aussi retrouvez la saison 1 et la saison 2 en ligne. Depuis, le #Madeleine Project a connu une saison 3 et récemment une saison 4.

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Projet Philomène (2)

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bandeau philomène

Suite à une idée de Sophie Boudarel, je continue d’évoquer les « Philomène » de mon arbre généalogique, avec en illustration un dessin d’Ernie Bushmiller. Les albums qu’il a dessinés, « Nancy », ont été popularisés en France sous le titre de « Arthur et Zoé », mais au Québec, c’était « Philomène ». Après Philomène Poirier, voici ma 2ème « Philomène ».

Marthe Philomène Rabit, ma SOSA n°23, est la grand-mère maternelle de ma grand-mère paternelle. Elle est née le 14 juillet 1845 à Coulonges-Thouarsais. Elle est la fille aînée d’un couple de journaliers, Charles Rabit et Louise Biardeau, qui aura aussi 3 ans plus tard un fils, Henri. L’instruction n’étant alors ni une obligation, ni une priorité pour les filles, elle n’apprend sans doute pas à lire et à écrire, contrairement à son frère, et elle ne sait pas signer le jour de son mariage. Ce 4 novembre 1873, elle épouse à Sanzay un jeune veuf, Auguste Goron, qui exerce le métier de cultivateur. Ils ont tous les deux 28 ans. Ensemble, ils exploitent la ferme des Places à Sanzay et élèvent les 4 enfants nés de leur union. Lui deviendra même le maire de sa commune. Entre 1896 et 1904, Marthe Philomène (qui se faisait appeler Louise) est donc la femme du maire de Sanzay. Son mari meurt le 9 septembre 1912. Quant à son décès, je ne l’ai toujours pas trouvé mais il est postérieur à cette même année. Pour illustrer cette vie apparemment sans heurts ni drames, je n’ai pas de photos d’elle, pas de carte postale du petit village où elle a vécu, juste quelques actes d’état civil, comme celui-ci, rédigé le jour de sa naissance !

naissance philomène rabit

Découvertes dans les registres notariés

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J’ai peu l’occasion de me déplacer aux Archives départementales des Deux-Sèvres. Cependant, j’ai décidé que mes visites seraient maintenant, du moins en partie, consacrées à l’examen de registres notariaux susceptibles de contenir des actes évoquant mes ancêtres. Mon objectif est d’explorer les actes des notaires installés sur les lieux de vie de mes ancêtres, le centre-ouest des Deux-Sèvres et le centre-est de la Vendée, pour tout ce qui est antérieur au 19e siècle. Concrètement, j’y repère tout ce qui évoque mes ancêtres, mais aussi leurs frères, sœurs, neveux… bref toutes les familles qui se retrouvent dans mon arbre. Je veille aussi aux signatures et aux actes d’assemblée des paroisses.

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Scènes d’accordailles, 1740. © Images d’art.  Rennes, Musée des beaux-arts

J’ai commencé tout récemment avec les registres de Paul Moreau notaire à Coulonges-les-Royaux entre 1736 et 1778. De retour chez moi, j’ai entamé l’étude des actes photographiés et je peux dire que j’ai eu la main heureuse !
J’ai découvert le contrat de mariage de mes sosas Pierre Gautier (sosa 298) et Marie Charon (sosa 299). Je savais que leur union avait eu lieu vers 1735 sans doute en Vendée à Saint-Hilaire-sur-l’Autize où les registres ne commencent qu’en 1748. Je ne comptais plus trouver leur acte de mariage, mais ils ont eu la bonne idée de passer un contrat de mariage dans les Deux-Sèvres, à Coulonges-les-Royaux. J’ai ainsi appris qu’ils se sont mariés un peu plus tard que je le supposais, après le 20 septembre 1739. Dans l’acte, je découvre le nom de leurs parents respectifs. Cela me permet d’ajouter une génération 10 à cette branche.

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Contrat de mariage entre Pierre Gautier et Marie Charon, Coulonges-les-Royaux 20 septembre 1739. Notaire Paul Moreau AD79 3 E

Depuis, j’ai même pu retrouver les grands-parents maternels de Pierre Gautier et les 2 grands-pères de Marie Charon et je pense pouvoir encore étoffer mes connaissances sur leur histoire.
Ma deuxième découverte, je l’ai faite grâce à l’acte de succession de Jacques Mitard dont j’avais la quasi-certitude qu’il était le frère de ma sosa 577, Élisabeth Mitard, épouse de Pierre Morisset (sosa 576). Ce très long acte m’apporte beaucoup d’informations et confirme mes suppositions. Jacques Mitard est bien le frère d’Élisabeth et par conséquence, Pierre Mitard et Catherine Juin, les parents de Jacques, sont bien ceux d’Élisabeth.

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Succession de Jacques Mitard, Coulonges-les-Royaux 14 juillet 1737.
Notaire Paul Moreau AD79 3 E

Quelques semaines plus tard, lors d’un nouveau rendez-vous aux AD79, j’ai parcouru les registres du notaire François Gendroneau installé au Busseau entre 1736 et 1750. Là encore de belles révélations !
La plus intéressante concerne un acte que j’aurais pu ne pas remarquer : c’est un contrat de mariage, mais il ne concerne aucun de mes sosas. Cependant, la future mariée, Hélène Gachignard, est la veuve de Jacques Mitard, un nom que je croise souvent dans ma généalogie. J’ai donc photographié cet acte et bien m’en a pris. À la lecture complète du contrat, je découvre des témoins-clés et le lien de parenté qui les unit tous. J’y retrouve mon sosa 128, Jacques Morisset, pour lequel j’ai fait de nombreuses recherches. Il est présent sur ce contrat, avec sa femme Marie Savineau (sosa 129) ainsi que le père de cette dernière Nicolas Savineau (sosa 258). Sans entrer dans les détails, l’acte m’a permis de confirmer une hypothèse jusqu’à maintenant très incertaine. J’ai pu fusionner mon ancêtre Nicolas Savineau époux de Perrine Texier et Jeanne Rezeau avec Nicolas Savineau époux de Marie Mitard. Et cela m’apprend que la mère de Marie Savineau est Marie Mitard et non Perrine Texier.

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Contrat de mariage entre Jean Dahay et Hélène Gachignard, Le Busseau 16 janvier 1742. Notaire François Gendroneau AD79 3 E13298

Ces découvertes me confortent dans ma décision d’explorer de façon systématique les registres notariaux susceptibles de renfermer des actes évoquant mes ancêtres. C’est cependant un vaste programme : les registres sont nombreux et la zone géographique est assez large. Il me reste maintenant à mettre en place une organisation et à tenir à jour l’avancée de mes travaux. J’ai déjà établi un tableau des notaires qui peuvent m’intéresser, je vais maintenant y ajouter les dates des diverses liasses et leur côte aux AD79. Et, comme les Archives Départementales de la Vendée ont aussi numérisé diverses études qui peuvent me concerner, je vais pouvoir explorer cette piste. De plus, je me rends compte de l’utilité d’aller au-delà des sosas : c’est aussi en fouillant les actes des parents, proches mais aussi lointains, que l’on trouve des renseignements intéressants.

Me voilà rassurée, la généalogie n’a pas fini de m’occuper. Et je n’ai presque pas abordé les autres sources des Archives…

Le 14 juillet 1789 vu dans un village du Poitou

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Comme aujourd’hui c’est le 14 juillet, je réactualise cet article paru au début du blog qui montre comment pouvaient être perçus les évènements de juillet 1789 dans un petit village du Poitou.

À la fin de 1789, Imbert, curé de Rigné (commune près de Thouars, rattachée en 1973 à Mauzé-Thouarsais) fait le bilan, dans son registre paroissial (BMS Rigné 1730-1792, vue 271), d’une année riche en évènements. Après quelques considérations sur le climat, les récoltes et le coût des céréales, il  relate de façon assez complète comment se sont déroulés les États généraux à Versailles, et quel a été le comportement des représentants des trois ordres. En faisant ce récit, le prêtre garde un ton neutre, presque journalistique. En tout cas, il ne soutient pas son ordre, celui du clergé, et il montre même la division de celui-ci durant les États généraux, « …quelques nobles, quelques évêques et curés se sont réunis au tiers. »

Il parle ensuite du ressenti dans les campagnes avec la Grande peur : « Le 22 juillet, il y a eu une commotion générale dans cette province et dans la province voisine, à peu près à la même heure, à 2 heures de l’après-midi, on a annoncé que des brigands saccageaient, pillaient les villes et les châteaux. On a pris des cocardes, on a formé des comités. »

Mais ces évènements ne sont rien par rapport à ce qui s’est passé à Paris (mais qu’il ne situe pas le 14 juillet) : « Le 17 du mois, l’alarme à Paris fut plus réelle. On découvrit une trame pour dissoudre les États généraux qui discutaient le veto absolu ou suspensif du souverain. On forme, on s’assemble, on choisit un chef, on attaque la Bastille, on y entre par une communication de ce château à la maison de Launay*, le gouverneur. Il avait fait entrer précédemment quelques bourgeois, point notables à la vérité, et avait fait tirer dessus après avoir fait lever le pont, dit-on. Il était d’intelligence avec Lambesc* qui lui avait écrit de tenir bon 24 heures. Il fut massacré. »

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« Arrestation du gouverneur de la Bastille » de J.-B. Lallemand

Le prêtre continue son récit et le ton qu’il emploie donne l’impression qu’il a participé aux évènements des jours suivants au côté du peuple de Paris, même quand ils sont sanglants : « On démolit la Bastille, on arrête Foullon*, ministre depuis 48 heures, on le conduit à Paris de la terre de Meaux. On le pend, on lui coupe la tête, on la porte à Berthier*, ancien intendant de Paris qui s’était enfui et qu’on arrête. On l’amène, il essuie le même sort que son beau-père. De Flesselles*, prévôt des marchands est égorgé, on l’accusait d’être du complot du ministère qui voulait bouleverser, incendier, égorger la capitale… »

Le curé Imbert est bien informé et donne de nombreux détails sur ces jours historiques. Quelques mois ont passé depuis juillet, les nouvelles se sont répandues dans le Thouarsais  comme dans tout le royaume. Le ton de son récit montre bien que le régime en place était à bout de souffle, et qu’il n’était pas soutenu dans les provinces.  Il semble pourtant croire encore, en cette fin d’année 1789, en la personne du roi et en une réconciliation nationale possible puisqu’il termine son récit ainsi : « Le roi vient à Paris le 26 (le 17 juillet en fait), se montre au peuple, prend la cocarde, on le chante, on l’aime, on sait qu’il veut le bien. »

La suite de l’Histoire allait lui donner tort en moins de 4 ans. Le roi Louis XVI fut guillotiné en 1793 à Paris et la nation se déchira cette même année, dans la région toute proche notamment, pendant les guerres de Vendée.

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« Exécution de Louis XVI », gravure allemande.

* Bernard René Jordan marquis de Launay est le gouverneur de la Bastille en 1789, lynché le jour même du 14 juillet.
* Charles-Eugène de Lorraine, prince de Lambesc, est maréchal de camp, chargé par le roi de la défense de la capitale.
* Joseph François Foullon est contrôleur des finances du royaume depuis le 12 juillet 1789. Très impopulaire, il se réfugie à Viry-Chatillon où il est arrêté par des paysans, conduit à Paris et pendu le 22 juillet.
* Louis Berthier de Sauvigny, gendre du précédent, est chargé en 1789 de l’approvisionnement de Paris. Accusé de créer la disette, il subit le même sort que son beau-père le même jour.
* Jacques de Flesselles, prévot de Paris, est assassiné le 14 juillet, car soupçonné de connivence avec la Cour.

Projet Philomène (1)

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Suite à une idée de Sophie Boudarel, je vais évoquer les « Philomène » de mon arbre généalogique. Si 9 portent ce prénom, je ne parlerai que des 3 qui sont mes SOSA. Comme j’aime bien la bande dessinée, je leur ai dédié un bandeau, rien que pour elles. Je l’ai créé à partir d’une image extraite d’une très ancienne BD pour enfants d’Ernie Bushmiller (elle date de 1933). Les albums qu’il a dessinés, « Nancy », ont été popularisés en France sous le titre de « Arthur et Zoé », mais au Québec, c’était « Philomène ». Voici ma 1ère « Philomène ».

Philomène Alphonsine Ernestine POIRIER (qui se faisait appeler par son 2ème prénom, Alphonsine) est mon SOSA numéro 15 : elle est la mère de ma grand-mère maternelle. Elle est née le mercredi 2 février 1878 à la ferme Bois-Maurice de Montigny, petite commune rurale des Deux-Sèvres. La fille du couple de cultivateurs Victor POIRIER et Marie-Louise DAGUISÉ est la benjamine d’une fratrie de 5 enfants, arrivée au monde dix ans après ses aînés. Dans la ferme familiale, elle a sans doute grandi choyée de tous, grâce à son statut de petite dernière. Le 20 novembre 1899, à l’âge de 21 ans, elle épouse Gustave TURPAUD, un paysan de 5 ans son aîné. Ce dernier habite le bourg de Terves et travaille dans la ferme familiale. Trois ans s’écoulent, et, le 13 mars 1902, Philomène donne naissance à celle qui deviendra ma grand-mère maternelle. « Mémé de Terves » n’avait aucun souvenir de sa maman car, le 13 août 1902, à 6 heures du matin, Philomène décède dans sa maison du bourg. Sa petite fille n’a que 6 mois et elle que 24 ans. Philomène est morte si jeune que je n’ai aucune trace d’elle qui lui redonnerait un peu de vie : je n’ai pas de photo où elle apparaît et je ne connais même pas sa signature car l’acte de son mariage a disparu du registre des AD des Deux-Sèvres.

Il ne me reste donc, pour illustrer la trop brève vie de Philomène Alphonsine Ernestine POIRIER, que son acte de naissance et son acte de décès.

 

♥ ♥ ♥ comme amoureux

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Les candidats (dessin de Lavrate). source Gallica

Comme j’ai fait durant tout le mois de juin un challengeAZ amoureux très « Bisounours », je reste cohérent en ce début du mois de juillet et je termine sur des petits ♥ ♥ ♥ que j’envoie à tout le monde (♥ participants ♥ lecteurs ♥ organisatrices ♥ likers ♥ retweeters ♥ commentateurs ♥…) Je suis vraiment ravi d’avoir choisi cette thématique car, du coup, tous les commentaires que j’ai reçus étaient dans un esprit plein de gentillesse et de bienveillance, ce qui est vraiment très agréable. Comme j’ai décidé d’être très aimable pendant quelques jours encore (♥ Sylvie ♥ sait bien que ce ne sera pas éternel), je vous encourage aussi à lire les billets des autres participants sur Flipboard. Si vous voulez relire tous mes billets, il suffit de cliquer et si vous voulez savoir celui que j’ai préféré écrire, c’est celui-ci !

En terme de bilan personnel, ce challengeAZ a vraiment été positif. Il a été bien suivi et, parmi tous les retours que j’ai eus, il y en a qui sont de ♥ ma famille ♥ d’amis ♥ de mon voisinage ♥. Je n’ai jamais mis en avant auprès de mes proches mon intérêt pour la généalogie et l’existence de mon blog (par goût de la discrétion) mais je suis ravi que certains aient su le découvrir et l’apprécier.
Le challenge m’a permis aussi de me perfectionner dans la recherche ♥ Gallica ♥ (je m’étais fixé comme contrainte de trouver à chaque fois une illustration sur le site de la BnF), de faire le point sur des projets en cours (la paléographie, les soldats) et de m’en donner de nouveaux (la médecine, les maisons). Je vais peut-être aussi continuer à enrichir petit à petit mon petit dictionnaire généalogique. J’ai vraiment eu du bonheur à le rédiger et cela ne m’a jamais pesé. J’ai essayé d’être didactique (un reste du métier ♥ d’enseignant ♥) et léger (un soupçon de lecture de ♥ l’almanach Vermot ♥), tout en parlant de ♥ mes ancêtres ♥. J’espère y être un peu arrivé.

Maintenant, un peu de repos avant de repartir. Je passe la main à ♥ Sylvie ♥ pour le prochain billet, et je vais pouvoir avancer ma lecture des articles des ♥ collègues ♥ !

Zoubis à ♥ tous ♥ !

Z comme Zénobie

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Estampe de Jehannin de Chamblanc Zénobie et Radamiste. Source Gallica (BM Dijon)

Pour finir ce challenge AZ, je voudrais me tourner vers l’avenir et encourager les futures mamans et les futurs papas à envisager, s’ils attendent une fille, le prénom de Zénobie pour leur trésor à venir. Un prénom rare et donc précieux, qui trouvera sa place dans l’air du temps (il y a bien des Zita, des Zélie et des Zoé). Pour finir de convaincre, les femmes qui l’ont porté dans le passé sont plutôt estimables.

Zénobie, c’est le nom de l’impératrice de Palmyre au IIIème siècle. Elle a régné seule après la mort de son mari Odénat (au fait, si vous attendez un garçon, pensez à Odénat !) Elle peut être un modèle ou un exemple à suivre : elle a su s’imposer sur la scène internationale à l’époque romaine, et diriger une ville dont les vestiges sont un enjeu d’aujourd’hui.

Zénobie, c’est aussi l’héroïne du chef d’œuvre de Crébillon père Rhadamiste et Zénobie, écrite en 1711 (au fait, si vous attendez un garçon, pensez à Rhadamiste !). Cette tragédie évoque la vie des souverains éponymes d’Arménie du Ier siècle. Quel autre prénom aurait pu inspirer de tels mots d’amour ?
Victime d’un cruel contre vous conjuré,
Triste objet d’un amour jaloux, désespéré,
Que ma rage a poussé jusqu’à la barbarie,
Après tant de fureurs, est-ce vous, Zénobie ?

zenobie et alcide

Zénobie à son mariage

Zénobie, c’est enfin et pour moi surtout ma grand-tante (par alliance). Cette femme a traversé mon enfance comme une étrangeté, à l’image de son prénom. On allait chez elle assez régulièrement car elle habitait la même rue que mes parents. Je me rappelle un peu moins de son mari, mon grand-oncle Alcide (au fait, si vous attendez un garçon, pensez à Alcide !) décédé le premier. D’elle, j’ai le souvenir d’une petite femme un peu voûtée, tirée à 4 épingles, aux cheveux blancs teintés de bleu, seule car sans descendance. Elle était atypique par rapport aux autres cousins qui avaient un cadre de vie plus simple et dont les maisons grouillaient d’enfants. Les rencontres chez elle étaient conséquemment très différentes. Ailleurs, la marmaille se mélangeait, il y avait de la vie, on allait se promener, jouer et faire des bêtises parfois. Chez elle, il ne fallait sans doute pas déranger le calme et le confort bourgeois de cette jolie maison. Il n’y avait pas eu d’enfants, et donc pas de jouets à traîner. Je me retrouvais le plus souvent assis sur les marches d’un garage à lire de vieilles revues, à attendre que la visite familiale se termine. Je ne voudrais pas donner une image de tristesse, au contraire. Après tout, être seul, au calme, n’est pas désagréable. S’ennuyer (un peu) stimule l’imagination. Et c’est dans ce coin de garage que j’ai lu tant d’almanachs Vermot, remontant parfois aux années 50 ! Ceux qui me connaissent savent maintenant pourquoi je suis si drôle aujourd’hui !

vermot

Dessin du jour de ma naissance extrait de l’almanach Vermot

Après 10 ans de veuvage, Zénobie a rejoint Alcide dans la tombe. Ils sont enterrés dans le cimetière de Terves et, comme il n’y avait pas de famille proche, il a fallu s’adresser à la famille élargie pour renouveler la concession qui arrivait à son terme. Cela n’a posé aucun problème, parce que, même si elle ne ressemblait pas aux autres membres de ma famille et même si elle était discrète, Zénobie était appréciée, comme toutes les perles rares.

Elle n’a pas eu d’enfants, elle s’était certainement fait une raison, mais en a peut-être aussi souffert. Allez, chers futurs parents, faites un beau geste ! Pour votre future bambinette, pensez à Zénobie !

Y comme Ysengrin

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Ysengrin, sa femme et ses enfants. Illustration de Benjamin Rabier du Roman de Renart. Source Gallica

Ysengrin, c’est le loup du Roman de Renart. Et des loups comme Ysengrin, mes ancêtres en ont sûrement eu peur autrefois, car j’ai retrouvé quelques traces de leur méfaits dans le département des Deux-Sèvres (j’en ai parlé sur le blog de l’association Généa79). Mais, Heureusement pour mes aïeux, il n’y a aucun drame qui les concerne directement ! Les loups ont laissé aussi leur noms à quelques lieux-dits de la région (Les Loups, Chiloup, Chanteloup, Gratteloup et peut-être même Saint-Loup…) mais je l’ai déjà évoqué dans T comme Toponyme. Ce que je n’ai jamais abordé jusqu’à présent, ce sont mes ancêtres qui portent le patronyme de « Le Loup ». Cela m’éloigne un peu des Deux-Sèvres avec Urbain Le Loup, né vers 1582 et décédé le 5 janvier 1665 à Mayet (Sarthe) et sa fille Jeanne Le Loup, décédée le 5 janvier 1641 à Marigné-Laillé (Sarthe). Je me suis jusqu’à aujourd’hui peu penché sur ces aïeux, sans doute parce que je maîtrise moins bien l’histoire de cette région. Les dates commencent à être anciennes et les sources rares, cette branche est un peu en jachère.

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Renart, le goupil par B. Rabier

Il faut pourtant que je fasse quelque chose d’un peu plus consistant pour ce Y comme Ysengrin, le loup du roman de Renart. Renard !!!! Je m’éloigne un peu mais saviez-vous qu’autrefois, l’animal était appelé goupil, et que le succès du livre a fait disparaître cet ancien nom au profit de celui du héros. Je n’ai pas de « Renard » dans mes ancêtres, mais j’ai une « Goupil », prénommée Marguerite, née vers 1705 et décédée en 1745 à Bazoges-en-Pareds (Vendée). Elle s’est mariée avant 1730 avec François Daguisé. Le couple a résidé à Thouarsais-Bouildroux, toujours en Vendée, où ils ont eu au moins 4 enfants. J’aimerais beaucoup en savoir plus sur elle car je ne sais pas qui sont ses parents et je ne lui connais ni frère, ni sœur. Mais pour le moment, mes recherches sont vaines !

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Baudoin, l’âne par B. Rabier

Dans le roman de Renart, il y a aussi des ânes : un qui s’appelle Baudoin et un autre qui s’appelle Bernard (merci Wikipédia). Je pourrais vous parler de mes « Baudouin » et de mes « Bernard », parce que là, j’en ai des quantités et il y aurait de quoi dire ! Mais les ânes, ce n’est pas très flatteur… et j’ai aussi un petit peu peur d’être cette fois vraiment hors sujet…

Y‘a pas à dire, y‘a des lettres difficiles à caser dans le challenge AZ !