Enquête inaboutie à Louin

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J’avais mis de côté le premier des 2 procès verbaux de noyade (celui daté du 9 floréal an VII soit 28 avril 1799) du registre des décès de Louin. En causes, une transcription un peu plus difficile et un décès un peu plus énigmatique.

Maintenant que ce travail est fini, je me rend compte que ce texte a beaucoup de ressemblances avec celui de 1801 alors que le rédacteur est différent. Je retrouve le même plan de narration et le même style d’écriture, cela est dû à la nature de l’écrit et à la période post-révolutionnaire. Mais, j’ai trouvé aussi beaucoup d’éléments intéressants. Et je ne pouvais pas garder pour moi un document qui cite un dénommé Rousseau habitant à Voltaire*.

Plus sérieusement, je m’étonne que l’enquête sur la noyade n’ait pas été poussée plus loin. L’identité du noyé n’a pas été trouvée. Le lieu de la noyade (un fossé ?), la présence d’un sabre et l’absence de chaussures sur lui ou à proximité m’interrogent également. L’officier de santé (le susdit Augustin Rousseau de Voltaire) n’a rien vu de suspect, mais a-t-il bien fait son travail ? Autre questionnement, l’habillement et les objets trouvés sur le défunt, très précisément décrits, ne me semblent pas correspondre à ceux habituels des villageois. Derniers motifs d’intérêt ou d’étonnement, j’apprends comment on pouvait recruter et payer des fossoyeurs !
Voici donc le texte trouvé dans le registre (Louin, 1793-an X, décès, vue 38 et 39/72). J’ai gardé les mêmes règles de transcription que pour l’autre procès verbal de 1801 (style et tournures respectés, mais orthographe et ponctuation corrigées et intertitres rajoutés.)

La découverte du cadavre

L’an septième de la République française, une et indivisible et le neuf floréal, en notre demeure et devant nous Jacques Belliard, juge de paix du canton de Voltaire a comparu Pierre Poupard, agent municipal de la commune de Louin et y demeurant, lequel nous a dit qu’étant sur le chemin dudit lieu de Louin allant de Voltaire sur main droite au lieu appelé L’Ordegoux et dans un fossé de la rivière Chenevierre à Vincent Marsaut il a aperçu un cadavre flottant sur l’eau et qu’étant parvenu à retirer le dit cadavre il l’a déposé sur le bord du fossé et est venu nous en prévenir et, le dit comparant interpellé de signer sa présente déclaration et a signé, ainsi signé Poussard agent.

Les premières constatations

Sur quoi, nous juge de paix susdit ayant fait appeler deux citoyens de la dite commune, lesquels sont les citoyens Louis Rolland et Martin Marsaut nous sommes transportés, assistés comme dit est, où étant arrivés au dit endroit ci-dessus dit y avons trouvé le cadavre en question et après l’avoir examiné nous avons remarqué que c’est celui d’un homme âgé d’environ cinquante à cinquante-cinq ans, cheveux gris, taille d’environ cinq pieds deux pouces vêtu d’un habit bleu de cadis d’Aignan*, gilet rouge, drap écarlate, un autre gilet par dessous rayé en bleu, une mauvaise chemise, culotte de peau jaune, bas gris en laine tricotée à côtes et nu pied, un chapeau moitié usé. N’ayant aucune blessure, ayant trouvé dans ses poches une mauvaise cravate ensoyée, deux mauvais mouchoirs de poche, une craie d’écritoire* en cuivre jaune, une jarretière, une bouteille de coyer*, un mauvais bonnet de laine blanc, un couteau à havette*, et dans ses poches de culotte, il s’y est trouvé un franc et quatre-vingt-cinq centimes, et sans aucun papier, il fut trouvé auprès dudit cadavre un sabre et son ceinturon,

lenoyé

George Rohner, Le noyé (Image d’art)

Le rapport du légiste

et ayant fait appeler un officier de santé, est comparu le citoyen Augustin Rousseau, officier de santé demeurant commune de Voltaire, lequel après examen fait dudit cadavre nous a rapporté qu’il n’a aucune blessure, contusion ou extravasation*, et n’avoir que la bouche bavante, qu’il paraît avoir séjourné dans l’eau l’espace de sept à huit heures, et qu’il n’est pas possible de lui accorder aucun secours

Les dispositions funéraires

et personne n’étant venu réclamer le dit cadavre nous l’avons délaissé au dit citoyen Poupard agent municipal qui s’en est chargé pour le faire inhumer au champ de repos de la dite commune de Louin. Les vêtements et effets du dit cadavre ont été évalués neuf francs qui pourront par le dit citoyen Poupard être distribués à ceux qui l’assisteront en son inhumation.
De tout quoi nous avons fait procès verbal que nous avons signé au dit lieu où été trouvé le dit cadavre le jour et an de l’autre part ainsi signé à la minute du procès verbal

Rousseau, Rolland, Martin Marsault, Jacques Belliard juge de paix et Cochon greffier.

Le greffier mérite en partie son nom car j’ai eu un peu de mal à retranscrire certains mots, mais cela est dû surtout  à mon inculture ! Merci donc à celui et à celles (Sylvie, Françoise(s), Bernadette, Claudine, Isabelle, Nicolas…) qui m’ont aidé à les reconnaître et m’en ont donné la signification !

* Voltaire correspond à Saint-Loup-sur-Thouet dans les Deux-Sèvres. Le nom de l’écrivain a été brièvement donné à cette commune pendant la Révolution car la famille de Voltaire (les Arouet) est originaire de ce village. Certains spécialistes émettent d’ailleurs l’hypothèse que Voltaire aurait créé son nom d’écrivain à partir d’une autre commune toute proche du département, Airvault, en inversant les 2 syllabes (Vault-Air = Voltaire)

*  Le cadis est un tissu de laine. Les propriétaires d’une manufacture de Montauban, les Aignan, en ont produit sur plusieurs générations. C’est sans doute ce tissu qui est cité dans le texte.

* Le crayon a été inventé en 1795 par Conté. Avant, en concurrence avec la plume, on utilisait un tube métallique fendu et muni d’une petite bague coulissante pour maintenir une mine (craie, plombagine…) Si j’ai bien lu, il s’agit donc peut-être d’une sorte de porte-mine.

* Une bouteille de coyer est une bouteille de courge en d’autres termes une gourde.

* Sans doute un couteau à crochet (un havet est un crochet.)

* Extravasation : sortie non souhaitée d’un liquide hors de son canal vers les tissus qui l’entourent.

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Enquête minutieuse à Louin

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En cherchant un de mes possibles ancêtres qui avait eu la mauvaise idée de mourir un peu plus loin, j’ai découvert une commune des Deux-Sèvres justement appelée Louin. Les registres de celle-ci n’ayant pas encore été dépouillés, la date de décès m’étant inconnue, je me suis donc plongé dans les recueils en ligne. Si fouiller de façon systématique est parfois la source de grandes déceptions quand la recherche est vaine, cela peut être aussi la cause de belles découvertes, même si elles n’ont pas toujours de rapports directs avec son arbre généalogique. Et c’est ici le cas. J’ai eu la chance de trouver l’acte de décès recherché, mais je suis tombé aussi sur la relation de 2 décès par noyade décrits de façon très précise.

Dans le registre des décès de Louin (1793-an X), il y a donc 2 procès verbaux suite à la découverte de noyés. Je me rends compte de la richesse de ce type de document. Je savais déjà que nos ancêtres étaient peu doués en natation, vu le nombre de décès de ce genre que j’ai rencontré. Maintenant, je sais aussi qu’une enquête pouvait être menée très sérieusement à cette époque, même à la campagne, avec témoignages, médecin légiste… bien avant l’essor de la police scientifique. Je m’aperçois que les connaissances médicales sont bien plus sérieuses qu’aux siècles précédents. La description précise du physique et de l’habillement des malheureux noyés me permet aussi de savoir comment nos ancêtres étaient vêtus il y a plus de 200 ans.
Aujourd’hui, je ne vous retranscris que le procès verbal le plus récent en date du 9 frimaire an X (30/11/1801), soit les vues 67 et 68 du registre (je garde l’autre, plus ancien mais plus énigmatique pour un probable futur article.) J’ai gardé le style et les tournures parfois maladroites du document, mais j’ai corrigé l’orthographe et la ponctuation pour rendre le texte plus lisible. Et j’ai rajouté des intertitres !

La découverte du cadavre

L’an dix de la République française, le neuf frimaire en notre demeure et devant nous René Linassier, assesseur du juge de paix du canton de Saint-Loup, département des Deux-Sèvres, arrondissement de Parthenay, sont comparus citoyens Jean Jannot et Georget gagés de la citoyenne Cornuault veuve Poyrault, meunière au moulin de Touvois, commune de Louin, appartenant à la veuve Lescure, lesquels nous ont dit qu’étant devant l’écluse du dit moulin ils ont aperçu un cadavre flottant sur l’eau et qu’étant parvenus à pêcher le dit cadavre, l’ont déposé sous un ballet du dit moulin auprès de la dite écluse.
Ils ont été conciliés de venir nous en donner avis, les dits comparants interpellés désignés. La présente déclaration ont répondu ne le savoir.

Les premières constatations

Sur quoi nous, dit Linassier tenant la place du juge de paix pour cause de maladie, ayant fait appeler le citoyen Marsault, maire de la commune du dit Louin, et René Caillault, adjoint de la dite commune, nous sommes avec eux transportés au lieu ci-dessus indiqué, nous y avons trouvé le cadavre en question et après l’avoir examiné, nous avons remarqué que c’est celui d’un homme âgé d’environ trente-sept ans, cheveux noirs, taille d’environ cinq pieds, trois pouces, vêtu d’une veste large gris-blanc et un gilet et culotte même façon. Dans la jambe droite avait un bas de laine gris-blanc, la gauche une guêtre de toile blanche et un chausseron gris-blanc.

Le rapport du légiste

N’ayant vu aucune blessure et rien trouvé dans les poches et ayant aussi fait appeler un chirurgien, est comparu Jean Isaac Drouhet, demeurant à Saint-Loup, lequel après examen du dit cadavre nous a rapporté qu’il n’a reconnu aucune plaie extérieure ni contusion qui ait pu déterminer le genre de mort. Estime en outre que le cadavre a séjourné à peu près douze heures, attendu qu’il n’a reconnu aucune infiltration dans le tissu cellulaire, ni épanchement dans les viscères abdominaux, et lequel a cru que tous les secours de l’art devenaient inutiles.

Drouhet, officier de santé

Le mystère résolu

Et devinant, le dit jour sur les trois heures du soir devant nous assesseur susdits, est comparue Jeanne Baranger, demeurant au dit lieu de Louin, laquelle nous a dit (???) qu’on avait pêché un homme noyé au dit moulin de Touvois, que son cadavre y avait resté déposé, elle s’y est transportée, laquelle a très bien reconnu le dit cadavre pour être celui de Charles Arnault son mari, laquelle vient le réclamer pour le faire inhumer dans le cimetière du dit Louin et déclare ne savoir signer.
De laquelle comparution et réclamation nous avons donné acte à la dite Baranger et ordonnons que le cadavre dont est question lui remis pour lui procurer la sépulture.
Fait et dressé le présent procès verbal au dit moulin de Touvois, commune de Louin, sur les trois heures du soir de relevé le jour ainsi que dessus.

Marsault maire
mairie de Louin

louin thouet

Le Thouet à Louin, carte postale ancienne

Si vous trouvez que l’enquête des citoyens Linassier, Marsault et autres n’est pas assez minutieuse, si vous voulez chercher de nouveaux indices, ce ne sera pas facile car les années ont passé. Cependant, vous trouverez peut-être l’emplacement du moulin de Touvois, au bord de la rivière Thouet, car il est donné par la carte de Cassini.

Sinon, un tout petit peu plus loin, il y a une retenue d’eau qui a été créée avec le barrage du Cebron. Il est possible de s’y baigner, à condition de savoir nager !

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Eux sur la photo

Comme promis par Raymond dans le bilan du Challenge AZ, nous ouvrons une nouvelle rubrique autour de nos lectures faisant écho à la généalogie. J’inaugure aujourd’hui cette catégorie !

eux_sur_la_photoHélène Gestern. Eux sur la photo. Arléa éditions (collection 1er mille), 2011. Il existe aussi une édition Arléa poche et une version en livre lu chez CDL éditions.
Ce récit, évoqué lors du challenge AZ, devrait plaire à tous les passionnés de généalogie : Hélène, archiviste à Paris, cherche à connaître la vérité sur sa mère morte alors qu’elle n’avait que 3 ans et dont on a toujours refusé de lui parler. Son seul indice est une photo où sa mère apparait entourée de 2 hommes. Au dos de cette photo, deux noms sont mentionnés.


La photographie a fixé pour toujours trois silhouettes en plein soleil, deux hommes et une femme. Ils sont tout de blanc vêtus et tiennent une raquette à la main. La jeune femme se trouve au milieu : l’homme qui est à sa droite, assez grand, est penché vers elle, comme s’il était sur le point de lui dire quelque chose. Le deuxième homme, à sa gauche, se tient un peu en retrait, une jambe fléchie, et prend appui sur sa raquette, dans une posture humoristique à la Charlie Chaplin. Tous trois ont l’air d’avoir environ trente ans, mais peu être le plus grand est-il un peu plus âgé. Le paysage en arrière-plan, que masquent en partie les volumes d’une installation sportive, est à la fois alpin et sylvestre : un massif, encore blanc à son sommet, ferme la perspective en imprimant sur la scène une allure irréelle de carte postale.
Tout, dans ce portrait de groupe, respire la légèreté et l’insouciance mondaine.


Hélène, rongée par l’ignorance, décide de faire passer une annonce dans la presse nationale. Stéphane, un scientifique vivant en Angleterre, finit par lui répondre, il a reconnu son père. S’engage alors entre eux une correspondance pour tenter de comprendre le lien qui a pu exister entre leurs deux parents.

Ce récit épistolaire, qui alterne les lettres, les cartes postales, les e-mails et même les SMS touche juste. Les secrets de familles sont bien sûr au cœur de cette histoire et nous avançons au rythme des découvertes d’Hélène et de Stéphane.
Au delà des recherches et des investigations de nos deux personnages, le récit met en évidence le besoin vital de connaître la vérité trop longtemps cachée mais aussi la peur, les angoisses face aux découvertes. Cette quête n’est pas sans péril et risque de déstabiliser, mais le besoin de savoir est plus fort que tout.
Un court roman (273 pages) au rythme soutenu, ponctué des descriptions de photos poétiques et vivantes. Il se dégage beaucoup de délicatesse et de sensibilité de cette histoire et on la lit d’une traite tant on a hâte de connaître le dénouement.

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Bilan tardif AZ

Le mois de juillet est presque écoulé et Sylvie et moi n’avons pas encore fait notre bilan du challenge AZ 2016. Il est vrai que, comme cet exercice a demandé pas mal d’énergie, un peu de repos n’est pas totalement inutile. Il est également vrai que nous avons travaillé à deux et que, en conséquence, nous devrions être un peu plus frais que les autres. Je m’y mets donc !

Le mois de juin a été riche en participants, avec des blogueurs de tous âges, des petits nouveaux et des très expérimentés, avec également des généalogistes professionnels et des archivistes. Les approches ont été très variées. Tout le monde a pu, comme Sylvie et moi, y trouver son bonheur.

Quant à nous, même si nous avons mal évalué les efforts nécessaires, nous sommes plutôt contents du choix de notre thématique : littérature et généalogie. Cela nous a fait réfléchir, relire des livres d’un œil nouveau, découvrir de nouveaux auteurs pour ma part. Nous y avons pris tellement de plaisir que nous allons ajouter une nouvelle rubrique à notre blog, et ainsi faire partager régulièrement des lectures (fictions, BD, documentaires…) ayant trait à la généalogie.

abc2016Avec un mois de recul, nous pouvons donner le Top 5 des articles du blog les plus consultés :
D comme Druon
A comme Alessandra
– H comme Hergé
C comme Christie
G comme Garat

Sans trop de surprise, pour qu’un billet soit le plus lu, il vaut donc mieux qu’il concerne un auteur très connu avec une initiale proche du début de l’alphabet. Nous ne nous attendions pourtant pas à un tel intérêt pour Les rois maudits de Maurice Druon ! Sans vouloir modifier les préférences des lecteurs, j’en profite pour inviter ceux qui ne connaissent pas Maus de Spiegelman à le découvrir : c’est un chef d’œuvre de la BD et de la littérature qui de plus questionne sur la généalogie. Et Sylvie quant à elle vous recommande La saga des émigrants de Moberg qui montre la réalité quotidienne de personnes qui vivent le déracinement et qui découvrent un nouveau monde.

Pour finir, nous envoyons un grand merci à tous ceux qui ont visité notre blog et à tous ceux qui nous ont encouragé et commenté pendant tout ce challenge. Je pense bien sûr en premier à Guillaume qui, tous les jours, a réagi avec à propos à nos choix littéraires.
Et nous envoyons aussi un grand bravo à l’initiatrice de ce projet, Sophie, qui a gagné LE livre (Portrait d’un mariage de Nigel Nicolson) mis en jeu lors de ce challenge.

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Z comme Zola

Littérature et généalogie
Les Rougon-Macquart
: généalogie et hérédité.

fortune_des_rougonSi Z est la dernière lettre de l’alphabet, c’est aussi l’une des premières que nous avons trouvées quand j’ai décidé avec Raymond de faire un challenge littérature et généalogie !
Au travers des 20 romans qui composent le cycle des Rougon-Macquart, Zola cherche à montrer les ravages causés dans sa descendance par la névrose d’Adélaïde Fouque, mariée d’abord à Rougon, puis amante de Macquart, un ivrogne. 


Les Fouque étaient les plus riches maraîchers du pays ; ils fournissaient de légumes tout un quartier de Plassant. Le nom de cette famille s’éteignit quelques années avant le révolution. Une seule fille resta, Adélaïde, née en 1768, et qui se trouva orpheline à l’âge de dix-huit ans. Cette enfant, dont le père mourut fou, était une grande créature, mince, pâle, aux regards effarés, d’une singularité d’allures qu’on put prendre pour de la sauvagerie tant qu’elle resta petite fille. Mais, en grandissant, elle devint plus bizarre encore ; elle commit certaines actions que les plus fortes têtes du faubourg ne purent raisonnablement expliquer et, dès lors, le bruit courut qu’elle avait le cerveau fêlé comme son père. Elle se trouvait seule dans la vie, depuis six mois à peine, maîtresse d’un bien qui faisait d’elle une héritière recherchée, quand on apprit son mariage avec un garçon jardinier, un nommé Rougon, paysan mal dégrossi, venu des Basses-Alpes.


Le premier volume, La fortune des Rougon, est publié en 1871.
Zola ne se lance pas au hasard dans l’écriture de son cycle romanesque. Dès 1868, le plan d’ensemble est prêt. Il dresse l’arbre généalogique de ses personnages sur 5 générations : chaque membre de la famille se retrouve dans une « feuille » composée de 3 parties : un bref résumé chronologique de sa vie, ses tendances héréditaires et son métier.

arbre_rougon_macquart

Image Gallica

Issues d’une ancêtre commun, Adélaïde, les deux branches se séparent vite. Aux Rougon, branche bourgeoise, s’opposent les Macquart, branche ouvrière. Entre les deux, la branche des Mouret.

Au nom de la modernité, Zola rejette le romantisme car il poursuit le but d’une littérature scientifique. Il donne ses lettres de noblesse au naturalisme qui, dans cette œuvre, montre l’influence de l’hérédité sur des destins individuels. docteur_pascalZola s’est aussi inspiré des travaux du docteur Claude Bernard. Il en expose longuement les théories, aujourd’hui dépassées, dans le dernier titre de la série, le Docteur Pascal, publié en 1893.

C’est grâce aux 20 volumes qui composent les Rougon-Macquart que nous connaissons le mieux Zola. Sa gloire littéraire est liée à cette saga familiale. Tout le monde a lu au moins les titres les plus emblématiques. Avec à une écriture ample et foisonnante, l’œuvre littéraire a su dépasser le postulat scientifique de l’époque. Zola a fait naître une grande famille, ses membres prennent vie sous nos yeux : ils souffrent, aiment et se déchirent au sein du milieu social dans lequel ils évoluent. Aujourd’hui, Nana, Gervaise ou Étienne Lantier ne sont pas connus parce que leur comportement est le fruit de leur ascendance, mais parce que Zola a su en faire les témoins humains et sensibles de leur temps.

PS: si vous aimez Zola, ne manquez pas sur le blog de Marino (De France et d’Aïeux) son challengeAZ 2016 consacré intégralement à cet auteur.

Sources :
Wikipédia : l’article sur les Rougon-Macquart
Zola et le naturalisme
Émile Zola genèse du roman familial

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Y comme Yourcenar

Littérature et généalogie
Le labyrinthe du monde
: raconter son histoire familiale.

labyrinthe_du_mondeLe labyrinthe du monde est une trilogie autobiographique écrite par Marguerite Yourcenar. Elle comprend 3 volumes : Souvenirs pieux, Archives du nord, Quoi ? L’éternité, et est centrée sur sa famille et à ses premières années. Dans le choix des titres elle pose déjà son travail de généalogiste. Souvenirs pieux évoque ces petites images émises au décès d’un proche et que l’on glissait dans un missel. Archives du nord évoque l’établissement lillois qu’elle sollicita au cours de la rédaction de son livre pour obtenir des documents sur ses ancêtres paternels flamands, les Cleenewerck de Crayencour. Avec Quoi ? L’éternité, elle interroge la trace que laisse une famille dans le temps.

Le premier volume, Souvenirs pieux, est consacré à la famille maternelle de Marguerite et commence par le récit de sa naissance : un récit froid et clinique, presque détaché, qui se termine par sa naissance mais aussi par la mort de sa mère Fernande une dizaine de jours plus tard. L’auteure remonte ensuite le temps grâce à des documents retrouvés après le décès de son père : elle évoque la rencontre de ses parents, la grossesse… Elle s’attache à sa branche maternelle, une famille noble de Belgique, en s’arrêtant plus longuement sur certains personnages. Ainsi, elle évoque Mathilde, la mère de Fernande, qui mit au monde 11 enfants. Ici, à la différence des pages sur sa propre naissance, elle trouve d’autres mots pour évoquer les grossesses avec son lot de craintes, de peurs et ses joies.


Si l’on réfléchit que quelques fausses couches s’intercalent d’ordinaire, dans ces familles nombreuses, dans la série des naissances, si l’on songe d’autre part que les relevailles d’une dame signifient à l’époque six semaines de chaise longue, c’est plus de dix ans de ces dix-huit années de mariage que Madame Mathilde a passé au service des divinités génitrices. Dix ans écoulés à compter les jours en se demandant si oui ou non elle était « prise », à subir ces petits inconvénients de la grossesse, à préparer la layette du nouveau venu en réutilisant celle de ceux qui, morts ou vivants, l’ont précédé, et plus discrètement, à assembler chaque fois dans un de ses tiroirs les éléments de sa propre toilette mortuaire, portant épinglées de timides dernières volontés, pour le cas où Dieu voudrait à cette occasion la rappeler à lui.


arbre_yourcenar

Extrait de l’arbre généalogique de Marguerite Yourcenar

Dans les 3 tomes de la trilogie, Marguerite Yourcenar part d’une simple histoire familiale comme il en existe beaucoup et fait œuvre de création littéraire. Elle qui a choisi pour nom de plume l’anagramme de son nom « Crayencour » se pose en généalogiste. C’est dès 1921, à l’âge de 18 ans, qu’elle élabore ce projet avant de l’abandonner pour en reprendre l’écriture en 1969. Elle utilise une large documentation qui comprend des lettres, des photos, des témoignages écrits et oraux, des souvenirs pieux, des monographies historiques et locales… « Elle essaie de retranscrire les événements familiaux au plus près de la vérité historique qui émerge des sources. » Son talent est de donner vie à ses personnages, de raconter une histoire familiale presque universelle qui a influé sur ce qu’elle est devenue.

X comme auteurs inconnus

Littérature et généalogie
La légende arthurienne : une large paternité.

livre arthurienOn ne sait pas qui a écrit La Demoiselle à la mule, Le Chevalier à l’épée, Gliglois, Hunbaut, L’Âtre périlleux, Les Merveilles de Rigomer, Le roman de Jauffré, Le Chevalier au papegau… Tous ces livres dont les auteurs nous sont inconnus font partie de la légende arthurienne née aux alentours du VIe siècle. Cette littérature purement celtique au départ s’est enrichie au contact du roman courtois français (Chrétien de Troyes), d’auteurs allemands (Wolfram von Eschenbach), italiens (Rusticien de Pise) ou anglais (Geoffrey Chaucer). Elle traverse les siècles jusqu’à aujourd’hui. Des auteurs, depuis le XIXe siècle, perpétuent le cycle : des Anglais comme Tennyson, Tolkien ou Morpugo, des Français comme Appolinaire, Barjavel ou Gracq, et même des Américains comme Steinbeck.

Ce cycle littéraire est donc un peu comme nos arbres généalogiques : on retrouve ses racines en remontant les siècles, en visitant différents pays, et, comme en généalogie, certains parents restent à jamais inconnus. Il est aussi un peu comme nos familles, il se modernise, s’élargit à d’autres domaines : la musique (Purcell et Wagner), le cinéma (Thorpe, Hattaway, Bresson, Rohmer, les Monty Python, Boorman) la télévision (Astier), et (vous vous doutez peut-être que j’allais y arriver) la bande dessinée.
prinzDans ce genre littéraire, la référence absolue est Prince Valiant de Hal Foster. Il s’agit d’ailleurs plus de texte mis en images (il n’y a pas de bulles, les planches sont le plus souvent un « gaufrier » de 9 cases) que de BD. L’œuvre est réputée par le talent graphique du dessinateur. Foster est aussi très à l’aise pour restituer l’univers médiéval et légendaire autour du roi Arthur. Prince Valiant, le jeune héros qu’il a créé, évolue au milieu des chevaliers de la Table ronde et à la Cour de Camelot. Nous le retrouvons donc avec Lancelot, Gauvain, Merlin, Morgane et Guenièvre, dans des histoires où on retrouve de l’aventure dans l’esprit des romans de chevalerie, mais aussi de la romance dans l’esprit des romans courtois !

Le cycle arthurien a donc de nombreux pères et quelques mères (Marie de France, Marion Zimmer Bradley…). N’essayons pas d’en faire l’arbre généalogique, ni même celui  du roi Arthur. Il pourrait certes plaire à ceux qui aiment la complexité : ainsi, Arthur et sa demi-sœur Morgane sont les parents de Mordred ; de plus, comme pour les divinités grecques ou comme pour les plus anciennes dynasties, les sources se contredisent. Certains s’y sont lancés sur Généanet (il y a 6 pages de réponses pour une recherche sur Arthur Pendragon) et plusieurs prétendent même descendre du roi de Camelot. Peut-être veulent-ils rejoindre la légende arthurienne ? On peut plus simplement visiter la belle exposition aujourd’hui virtuelle de la BnF intitulée La légende du roi Arthur.

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W comme Waddell

Littérature et généalogie
Code 1879
: un généalogiste enquête.

Dan Waddell, romancier anglais, est l’auteur d’une série de récits policiers mettant en scène un généalogiste. C’est en 2003, à la naissance de son fils, qu’il s’intéresse à ses origines et entame des recherches généalogiques. Il découvre un secret de famille et réalise combien le passé influe sur la personnalité. Il imagine alors une série autour de la généalogie, où des crimes passés viennent hanter le temps présent.

code1879Son premier titre, Code 1879, publié en France en 2010, nous mène sur la piste d’un sadique tueur en série. L’inspecteur londonien chargé de l’enquête décide de faire appel à un généalogiste, Nigel Barnes. Ce dernier est amené à s’intéresser à un crime du XIXe siècle sur lequel sont calqués les meurtres…

Ce premier tome est suivit deux autres : Depuis le temps de vos pères et La moisson des innocents. Les intrigues sont très classiques, mais elles réjouiront les amateurs de généalogie. Tout généalogiste amateur est un enquêteur en herbe et ici nous avons la chance de voir évoluer un de nos pairs au cœur d’une sordide affaire criminelle ! Nous retrouvons des éléments que nous connaissons bien : le temps qui file quand nous sommes plongé dans une recherche, la quête obsessionnelle d’éléments, les salles de lecture aux Archives…


« Une fois dans la salle de lecture, Nigel fut assailli par l’odeur familière, riche, presque écœurante, du papier fatigué et vieillissant. S’immerger dans les recueils des journaux lui donnait l’impression d’emprunter un passage vers le passé. Dans ce lieu, il pouvait mettre de la chair sur les histoires des personnes qu’il recherchait, sur l’époque et les événements qui les avaient modelés. Enquêtes, comptes-rendus d’audiences, nécrologies, reportages : de l’or en barre pour un généalogiste. »  


Nous sommes en Angleterre et nous découvrons un système d’archives différent de celui que nous connaissons en France. L’État civil a été créé en 1837 en Angleterre et une copie de tous les actes de naissance, mariage et décès est accessible notamment au centre des enregistrements familiaux le Family Records Centre à Londres.

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Family Records Centre, Londres. Photo David Hawgood

Pour revenir aux romans, sachez que toute une partie de l’enquête est faite par les policiers, nous ne retrouvons notre généalogique qu’à certains chapitres. Mais c’est toujours avec plaisir que nous voyons Nigel entrer en scène, avec lui nous sommes en terrain familier. C’est pour lui que j’attends avec impatience la publication du 4e titre de la série !

deviens_un_expert_en_genealogieA noter : Dan Waddell a aussi publié en 2011 chez Casterman un livre pour enfant Deviens un expert en généalogie : sur les traces de tes ancêtres. L’album contient un arbre généalogique, un blason, des fiches… tout ce qui peut permettre de faire naître un passion de généalogiste chez les plus jeunes ! Hélas, il semble épuisé aujourd’hui, il vous faudra faire quelques recherches pour le trouver !

V comme Van Hamme et Vallès

Littérature et généalogie
Les Maîtres de l’orge : raconter l’histoire d’une famille, d’un lieu et d’un métier.

maitre orgeJ’ai remarqué au travers de ma généalogie que certains métiers étaient exercés de père en fils au même endroit. Je l’ai observé surtout avec des familles de meuniers travaillant sur plusieurs générations dans le même moulin. Étudier une famille, dans le monde du roman, cela donne d’imposantes sagas comme les Buddenbrock de Thomas Mann ou les Thibault de Roger Martin du Gard. Et, si on regarde l’univers de la BD, un titre vient tout de suite à l’esprit, c’est Les Maîtres de l’orge de Jean Van Hamme au scénario et Francis Vallès au dessin.

van hammeCette série en 7 tomes (plus un hors-série) raconte la vie et l’ascension sociale d’une famille de brasseurs, les Steenfort. L’histoire commence à Dorp (Belgique) en 1854 avec le fondateur de l’entreprise, Charles Steenfort et s’achève en 1997 au même endroit, avec François Fenton, son héritier.


« Dorp, c’est dans le Brabant, à cinq jours de marche d’ici. Un village comme les autres, où on crève de travail et de misère. »


Chaque tome met en valeur un membre de la famille en racontant une année où il a vécu (1854, 1886, 1917, 1932, 1950, 1973 et 1997). On voit certains personnages naître, se marier, vieillir et finalement mourir au fil des épisodes. Cette  bande dessinée « grand public » aborde des questions que tout le monde se pose quand on fait de la généalogie : l’ascension sociale, l’héritage, les secrets de famille… Elle montre comment la révolution industrielle a fait évoluer le métier de brasseur et elle réussit à ancrer certaines aventures dans l’Histoire (la guerre 14-18, la montée du nazisme…)

Bien sûr, nous ne sommes pas dans le documentaire et Les Maîtres de l’orge est une fiction romanesque avec des personnages et des situations obéissant à la loi du genre : tromperie, trahison, meurtre… Pourtant, il faut bien reconnaître que c’est efficace et on lit avec plaisir cette histoire familiale autour d’un arbre généalogique.

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U comme Ungerer

Littérature et généalogie
À la guerre comme à la guerre
: utiliser les documents d’époque pour comprendre et raconter.

a_la_guerre_comme_a_la_guerreLe grand illustrateur Tomi Ungerer est originaire d’Alsace. Dans À la guerre comme à la guerre, il raconte ses souvenirs d’enfance dans une famille bourgeoise et désargentée durant la Seconde Guerre mondiale. Voici comment commence ce livre :


« Ma mère ne jetait rien. Moi non plus.
C’est ainsi que j’ai retrouvé intacts mes dessins d’enfant, mes journaux, lettres, cahiers d’écolier, bulletins… »


En 1870 l’Alsace est annexée par l’Allemagne, en 1918, elle redevient française mais en 1940, elle est de nouveau allemande. Tomi a huit ans quand la Seconde Guerre mondiale éclate. Du jour au lendemain, il doit changer de nom, parler allemand, écrire en gothique… Il obéit, il s’adapte : Français sous son toit, Allemand à l’école, Alsacien avec les copains.
À la maison, sa mère l’encourage à dessiner et à écrire. Toute sa vie, elle a conservé les cahiers, les croquis, les devoirs, le journal intime de son fils, les affiches de l’époque. Ce sont ces archives qui ponctuent son livre. À la lecture, on découvre de nombreux dessins d’enfant, des pages d’écolier, des photos de famille. Le livre est riche aussi de documents d’époque : affiches, images, objets… L’ensemble dégage une formidable envie de vivre et d’être libre !

La plupart d’entre nous aimeraient avoir dans leur famille ou leurs ancêtres des personnes comme la mère de Tomi Ungerer. Cela nous permettrait d’enrichir nos recherches avec des traces écrites de la vie de nos aïeux.
Ces archives illustrent mais surtout permettent de mieux comprendre le passé. Ainsi, quand on découvre sur une photo la beauté de la mère de Tomi, on comprend mieux comment elle a pu se sortir de certaines situations délicates comme celle-ci racontée par son fils :


mère_tomi_ungerer« Le français était interdit par la loi, mais nous continuions en famille à le parler. J’en veux pour preuve le journal que j’ai tenu un certain temps, rédigé dans un français aussi perfectionné que du petit nègre. Aussi ma mère avait-elle été dénoncée, et convoquée par les autorités nazies. Par la suite, j’ai raconté que c’était la Gestapo, mais je n’en suis pas sûr. Toujours est-il que, pour cette convocation, ma mère s’était faite très belle, et sachant que les fascistes mettaient la Deutsche Mutter, la mère allemande, sur un piédestal, elle m’emmena. Astuce de renarde, sachant qu’une mère c’est une chose, mais accompagnée d’un fiston, c’est une mère avec preuve à l’appui. J’étais plutôt effrayé mais Maman me rassurait en disant plus ou moins, et là j’improvise : – Ne t’en fais pas, ce sont tous des imbéciles… »


Alors, comme Tomi et sa mère, soyons attentifs à tous ces objets
et papiers qui rappellent la vie de nos ancêtres, essayons de les sauvegarder et de les transmettre car ils entretiennent la mémoire et le souvenir.

À la guerre comme à la guerre est publié à l’École des loisirs dans la collection Médium, il peut être facilement conseillé à des enfants et à des adolescents, mais touchera tout autant les adultes.
Et pour ceux qui veulent en savoir plus sur ce livre, voici une vidéo de l’émission 1 livre 1 jour qu’Olivier Barrot lui consacrait en décembre 1991.


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