Dictionnaire amoureux de la généalogie

Jusqu’à ce début d’année, je n’avais lu aucun des nombreux Dictionnaires amoureux édités chez Plon. Il y en a pourtant sur tous les sujets : dictionnaire amoureux du vin, du rock, des papes, du rugby, de l’humour, de la Grèce, de la cuisine… et même des dictionnaires ! Moi, celui qui m’a fait découvrir cette collection, allez savoir pourquoi, c’est le Dictionnaire amoureux de Tintin, écrit par Albert Algoud. Le principe pour chaque ouvrage est le même : expliquer une passion, presque amoureuse, à partir des mots qui évoquent cette admiration. Je ne sais pas ce que vaut chaque livre de cette collection éclectique mais beaucoup de sujets et d’auteurs donnent envie de s’y plonger.dic amour En tout cas, celui sur Tintin m’a énormément plu, et même davantage que je ne l’espérais, car il m’a donné l’idée de mon Challenge AZ 2017 : rédiger mon Dictionnaire amoureux de la généalogie. Si l’éditeur est intéressé, la couverture est déjà prête ! Ce sera en toute modestie car je n’ai ni le talent, ni la notoriété des auteurs qui se sont essayés à cette collection. Par contre, je suis comme eux un passionné et je vais essayer de le montrer en 26 lettres et 26 jours tout au long de ce mois de juin. À très bientôt !

P.S.1 Pour ceux qui ne le connaîtraient pas encore, le challenge AZ est un événement créé par Sophie Boudarel. C’est l’occasion pour des généalogistes blogueurs de publier chaque jour du mois de juin (sauf les dimanches !) un article consacré à leur passion. 26 articles donc, dont le titre se doit d’être décliné de A à Z. J’y ai déjà participé en 2015 (Challenge AZ en B.D.) et en 2016 avec Sylvie (Littérature et généalogie). Pour retrouver tous les jours les articles de tous les participants au challenge 2017 (et aussi des années précédentes), il existe une revue Flipboard qui agrège toutes les parutions.

P.S.2 : Participer au Challenge AZ implique d’aimer les contraintes (le titre dans l’ordre alphabétique, le choix d’une thématique bien souvent…). C’est plus fort que moi, je m’en suis rajouté une autre : illustrer chaque article avec une image extraite du site de la BnF. Il faut bien que je montre à Sophie que j’ai su profiter de la formation, consacrée à la recherche sur Gallica qu’elle a animée à la Revue Française de Généalogie !

Une journée bien remplie !

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Dans nos généalogies, nous trouvons tous des enfants nés hors mariage, reconnus par leur père au moment de la cérémonie ou encore nés avant les 9 mois réglementaires ! Je viens de découvrir un cas que je n’avais jamais envisagé, celui d’un enfant né le jour du mariage de ses parents.

Mariage_bebeLe 3 mai 1836, Delphin Texier, maire, officier d’état civil de la commune de Scillé dans la Gâtine deux-sévrienne, va avoir fort à faire.
Ce jour-là, il célèbre le mariage de Pierre-René Morisset et de Jeanne-Victoire Brémond. Cette union a lieu sans les parents de l’époux. Pourtant, ceux-ci habitent à Saint-Paul-en-Gâtine, à seulement 7 kilomètres de là. Ils ont toutefois donné leur consentement par acte notarial le 2 mai 1836 devant maître Texier, notaire à l’Absie. Les bans avaient été publiés en janvier dans les 2 communes, le mariage était donc prévu de longue date. Si les parents du marié sont absents, Gabriel Brémand, le père de la mariée, est là. Quant à Pierre-René, il est accompagné d’un ami, Pierre Renaudeau.

Mais quelle ne fut pas ma surprise de découvrir que ce même jour, le marié Pierre-René Morisset, déclare à 10 heures du matin, la naissance de son fils prénommé Pierre-René comme lui. Il indique que l’enfant, né à 8 heures du matin, est son fils et celui de sa légitime épouse, Jeanne-Victoire Brémand. Les témoins sont Gabriel Brémond, fermier demeurant à Scillé, et Pierre Renaudeau, propriétaire à Scillé… les mêmes témoins qu’au mariage !

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AD79 Scillé Naissances 1836-1862, vue 2

Cela explique sans doute l’absence des parents du marié. Peut-être n’ont-ils pas souhaité voir la mariée enceinte de 9 mois, peut-être ont-ils eu peur de ce qui est finalement arrivé : un accouchement le jour du mariage ! Le maire ne donne pas l’heure du mariage. Cependant, la déclaration de naissance a été faite à 10 heures et il y est écrit que la mère est « épouse légitime ». Je peux donc supposer que le mariage s’est fait juste avant cette déclaration de naissance. Cela n’a sûrement pas été facile pour Jeanne-Victoire d’aller à son mariage moins de 2 heures après la naissance de son enfant. Elle est bien présente puisque le maire précise que les 2 époux ont répondu « séparément et affirmativement ».

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AD79 Scillé Mariages 1836-1862, vue2

Je n’ose imaginer la mariée ! L’accouchement a peut-être duré toute la nuit (c’est un premier enfant). Physiquement, elle doit être éprouvée, même si à l’époque les femmes reprenaient le travail tout de suite après la naissance. En tout cas, la mariée n’a sans doute pas passé beaucoup de temps à sa toilette ce jour-là.
Oui, le maire a été bien occupé le 3 mai 1836, mais celle qui a eu la journée la plus difficile, c’est sans conteste Jeanne-Victoire !

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Mes petits soldats (2) : les monarchies constitutionnelles (1815-1848)

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Uniformes de la garde royale. Source Wikipédia

Après la période napoléonienne, voici la suite de l’histoire de mes aïeux deux-sévriens face à la conscription, au service militaire ou à la guerre.
La Restauration a été plutôt bien accueillie sur la terre de mes ancêtres acquise aux idées royalistes et profondément catholique. La région s’est même soulevée à nouveau, comme durant les guerres de Vendée, pour s’opposer au retour de Napoléon pendant les Cent Jours. Avec le retour de la monarchie, le service militaire évolue un peu : le recrutement se fait par engagement ou tirage au sort (avec possibilité de payer un remplaçant) et le service dure 6 ans. Dans les listes mises en ligne par les Archives des Deux-Sèvres, j’ai beaucoup plus de renseignements qu’auparavant même s’ils sont encore bien souvent incomplets. On donne presque toujours le métier et la taille ainsi que les motifs de demande d’exemption, moins souvent la décision finale. Malgré ces lacunes, j’ai la forte impression, en épluchant ces listes, que, pour ne pas faire son service, il valait mieux compter sur une réforme ou une dispense que sur la chance au tirage au sort. Je me suis concentré sur l’éventuelle carrière militaire de 50 jeunes gens de 20 ans, parce qu’ils sont présents dans mon arbre, pour cette période qui s’étend de 1815 à 1848.

35 demandent de façon sûre à être exemptés (ce qui ne veut pas dire que les 15 autres n’en ont pas fait aussi la demande). 5 évoquent des raisons familiales (fils aîné de veuve, frère sous les drapeaux…) qui permettaient à certains d’être dispensés. 6 veulent être réformés pour des raisons de taille (la taille minimum pour servir est toujours de 1m54, le plus petit de mes conscrits étudiés ne mesure qu’1m40). La plupart mettent en avant des raisons de santé dont l’accumulation pourrait prêter à sourire (ankylose de deux phalanges du petit doigt de la main droite, faiblesse à l’œil gauche, bras croche, épileptique, manque deux canines supérieures, relâchement dans l’urine…). Je suppose que certains exagèrent ou mentent, et que peut-être même quelques uns se blessent volontairement pour être réformés, mais l’ensemble de ces demandes révèle aussi l’état de santé de jeunes gens déjà abîmés par une vie de labeur au début du XIXe siècle, avant les progrès de la médecine. Sur ces 35 demandes, je sais que 15 garçons sont finalement exemptés et 5 sont jugés aptes. Pour les 15 autres, je n’ai pas la décision finale notifiée mais je pense que la plupart ont été exemptés, notamment si les causes invoquées (familiale et taille) étaient irréfutables.

16 sont déclarés aptes au service militaire, dont les 5 déjà évoqués qui voulaient se faire réformer, et 1 seul qui est décrit de façon explicite sans infirmité. Sur ces 16, je sais qu’un n’est pas parti car il était en liste supplémentaire et n’a finalement pas été appelé, et que 4 autres se sont fait remplacer moyennant finance, comme la loi l’autorisait. Un ne s’est pas présenté le jour du tirage au sort et est devenu réfractaire. Il a couru les champs mais s’est fait prendre, a été incarcéré à la prison de Fontevraud avant de faire finalement son service. C’est donc au maximum 11 de ces 16 jeunes gens qui sont partis à l’armée. J’en ai la preuve formelle pour 6 d’entre eux dont le réfractaire. 2 sont décédés pendant leur service : Pierre Jourdain meurt en 1842 à l’hôpital de Toulon de colique chronique, et Louis Blais en 1846 à l’hôpital d’Alger de diarrhée chronique. Ces morts rappellent que la France s’était lancé dans une nouvelle aventure coloniale avec la conquête de l’Algérie à partir de 1830. Le pays avait besoin de soldats, et ceux-ci pouvaient mourir au combat mais aussi à cause de conditions sanitaires sans doute insuffisantes.

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Attaque d’Alger par la mer de Théodore Gudin (détail). Source Wikipédia

Pour résumer, sur les 50 cas étudiés, je suis certain aujourd’hui que 20 ont évité le service (15 exemptés, 4 remplacés et 1 en liste supplémentaire) et que 6 sont  partis sous les drapeaux (dont 2 décédés). Je suis donc loin d’avoir tout élucidé.

Pour mes 9 ancêtres directs, voilà ce que les listes de recrutement m’ont appris :
1819 Jean Nueil : artiste à Terves (j’ai eu un faux espoir à la lecture de la profession, mais à l’époque, le mot « artiste » pouvait signifier vétérinaire) – demande d’exemption (motif un frère congédié précédemment !?)
1819 – François Blanchin : maréchal à Terves – demande d’exemption (fils unique de veuve)
1819 – Pierre Deborde : bordier à Pugny – capable de servir
1825 Jean Ratron : 1m695, scieur de long à Saint-Sauveur – demande d’exemption (surdité et faiblesse de la vue) – admis dans le contingent
1825 François Goron : 1m600, cultivateur à Nueil – demande d’exemption (faible de complexion)
1826 Jacques Chesseron à Moncoutant : 1m720, métayer – demande d’exemption (grosseur à la partie extérieure du pied et dit avoir les pieds plats)
1834 Baptiste Monneau : 1m600, tisserand à Terves – admis
1845 Joseph Deborde : cultivateur à Clazay – demande d’exemption (faible)
1847 Victor-Augustin Poirier : 1m650, degré d’instruction 0, cultivateur à Combrand – demande d’exemption (cicatrice « adhérente » à la jambe droite) – réformé (déformation du tibia droit)
Je ne suis pas plus avancé pour mes SOSA que pour les autres jeunes gens étudiés. De toute évidence, ils ne tiennent pas plus que les autres à faire leur service militaire. 3 semblent avoir été admis et, s’ils sont partis, il ont eu la chance de revenir sur leur terre natale. Un a été réformé, et les 5 autres ont au moins essayé d’y échapper. Je ne veux pas tirer de généralités de l’étude de mes quelques cas, mais, pour cette période comme pour d’autres, l’image des braves pioupious fiers de servir leur pays en prend un coup. La plupart des jeunes gens ne voulaient pas partir et c’était la débrouille individuelle pour éviter le service militaire.

Au fait, mes petits soldats des monarchies constitutionnelles, sont-ils plus grands que ceux de Napoléon Ier ? La moyenne de leur taille est 1m65. Ils sont plus grands que ceux qui les ont précédés et que les réformés (1m60). Il y a du progrès ! Nous verrons (entre autres) dans le 3ème épisode (1848-1870) si cette tendance se confirme et si mes petits soldats méritent encore leur nom !

Macaroni !

Pour me distraire de mes recherches sur mes ancêtres et leur service militaire, je continue à lire des bandes dessinées mais celles-ci me ramènent, parfois insidieusement, à la généalogie. C’est le cas avec Macaroni !  signé Vincent Zabus pour le scénario et Thomas Campi pour le dessin (éditions Dupuis).

macaroniL’album raconte le séjour de Roméo, un petit garçon d’une dizaine d’année chez son grand-père, à Charleroi. Son père l’ y a déposé pour quelques jours, sans trop d’explications. La relation de l’enfant avec le grand-père va évoluer en même temps qu’il va apprendre à le connaître : le vieil homme, Ottavio, est un Italien, soldat de Mussolini durant la guerre 39-45, qui s’est retrouvé en Belgique une fois la paix revenue, fuyant la misère de son pays natal. C’était un « Macaroni », comme étaient appelés à l’époque ses nombreux compatriotes venus trouver du travail dans les mines de charbon.

C’est une histoire où les femmes sont presque absentes, morte comme la grand-mère, ou partie comme la mère, ou parfois cachée comme Lucie, la petite fille amie de Roméo. Mais elles sont très présentes dans les cœurs, dans les esprits et dans les mémoires. C’est donc une histoire d’hommes, et pourtant d’une grande émotion. C’est une histoire de filiation entre un fils, un père et un grand-père qui apprennent à se parler et à s’aimer. C’est une histoire ancrée dans la réalité sociale et historique, entre 1940 et aujourd’hui, qui parle de la guerre, de l’immigration, du racisme… C’est une histoire de transmission de la mémoire, celle des plus anciens qui s’enfuit avec la maladie alors qu’ils ont tant à raconter.

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Et si vous n’êtes pas encore convaincus de la qualité de cette BD, lisez la préface de Salvatore Adamo (si si !) ému par cet album qui lui rappelle son histoire familiale et regardez, admirez les dessins de Thomas Campi. Il sait à merveille restituer un jardin ouvrier ou une chambre à coucher à la tapisserie défraîchie. Et il sait aussi évoquer graphiquement, avec beaucoup de sensibilité, les souvenirs défaillants d’Ottavio.

 

Les enfants naturels des filles Robin

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Au XIXe siècle, dans la famille Robin-Jadeau à Saint-Laurs, je trouve plus d’enfants naturels que partout ailleurs dans mon arbre. Cette particularité a attiré mon attention.

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Richard Redgrave. The outcast, 1851. Wikipedia

Pierre Robin et Marie Jadeau ont eu 5 enfants.
Pierre, le fils aîné, épouse Rose Babin avec qui il a 10 enfants. Une de ses filles, Augustine, met au monde en 1869, à l’âge de 21 ans, une petite fille, baptisée Rose-Augustine, née de père inconnu. La petite meurt à 3 ans et peu après, en 1874, Augustine épouse un veuf. Néanmoins sa vie sera courte puisqu’un an après le mariage elle décède à son tour.

Leur second fils c’est François Robin, je ne vais pas vous le présentez longuement, vous le connaissez peut-être déjà : c’est le premier mari de Louise Lormaud. Son épouse Louise était née de père inconnu. Ce couple n’a pas eu d’enfant.

Jean-Baptiste Robin, le 3ème fils, épouse Marie-Victoire Barbin. Ils ont 5 enfants, dont Marie-Florentine qui a 2 enfants hors mariage : Aïda qui naît en 1884 puis Florent 3 ans plus tard. En 1889, Marie-Florentine épouse Charles Henry, mais l’époux ne reconnaît pas les enfants.

Cependant, c’est Louise Robin, la seule fille de Pierre et Marie Jadeau, qui a le parcours le plus étonnant.
Louise est domestique chez Pierre Canteau à La Renière, un hameau de Saint-Laurs.
Mais pour raconter son histoire, il faut d’abord nous intéresser à celle de Pierre Canteau. Pierre est né au début du XIXe siècle, il est cultivateur. En 1831, à l’âge de 24 ans, il épouse Françoise Chabot. Elle lui donne 2 filles mais elle meurt alors qu’elle n’a que 31 ans. Le recensement de 1836 me confirme que Pierre est veuf, qu’il vit avec Rose sa fille ainée (la seconde est morte à 5 mois) et une servante, Jeanne Champeau.

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AD79 St-Laurs, recensement de 1836, vue 16

Jeanne est-elle venue pour s’occuper de la maison et de la petite fille ? Était-elle placée dans cette maison avant la mort de la première épouse ? Je ne le sais pas. Mais un an plus tard, en juillet 1837, Pierre Canteau épouse Jeanne Champeau. En 1845, un fils, Louis, naît de leur union. Hélas ! Jeanne Champeau va à son tour mourir en 1847, laissant son mari seul avec 2 enfants, Rose et Louis.
C’est sans doute à ce moment là que Louise Robin entre dans leur vie. Comme Jeanne Champeau, Louise Robin (la fille de Pierre Robin et Marie Jadeau) arrive à la Renière comme domestique chez Pierre Canteau. Elle aussi va prendre une place importante dans la maison. Elle s’occupe du ménage, des enfants et est sans doute proche du chef de famille. Leur relation évolue, pour autant, Pierre n’épouse pas sa servante. Toutefois, c’est lui qui, le 10 août 1850, déclare la naissance de Marie-Madeleine-Antoinette, fille de Louise Robin, sa servante, accouchée dans sa maison. Pas de mention de nom de famille pour cette petite fille, mais pas non plus la mention « née de père inconnu ». Tout cela reste très vague, on peut lire entre les lignes, mais rien n’est écrit !
L’histoire ne s’arrête pas là ! 2 ans plus tard, Louise Robin met au monde un petit garçon, Valentin. Cette fois, l’enfant est déclaré et reconnu par Pierre Canteau. Il est fils du déclarant et de sa servante et, à la différence de sa sœur, on lui donne le nom de Canteau. 4 ans plus tard, c’est au tour d’Alexis de voir le jour. Là encore Pierre Canteau le déclare et le reconnaît ! L’enfant est toujours le fils de sa servante. Enfin, le 19 septembre 1859, Angèle voir le jour, comme Valentin et Alexis, elle porte le nom de son père et sa mère est bien sûr la servante de la maison.
2 mois après la naissance d’Angélique, alors que leur situation est connue de tous le village, Pierre Canteau se décide enfin à épouser Louise Robin. Le 24 novembre 1859, le couple s’unit à la mairie de Saint-Laurs. En marge du registre, est noté que Pierre reconnaît comme siens les 4 enfants nés de ses amours avec Louise Robin. Il les légitime et leur donne les mêmes droits qu’à ses autres enfants.

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AD79, St-Laurs, recensement de 1872, vue 5

Au recensement de 1872, le couple vit avec 4 enfants. Rose, la fille aînée de Pierre,  s’est mariée en 1855 (avant la naissance d’Alexis et d’Angèle) et elle est déjà décédée. Louis se marie l’année suivante et Valentin en 1875. Angèle meurt à 20 ans. Quant à Alexis, absent au recensement, il est sans doute placé dans une ferme du voisinage. Pierre Canteau s’éteint dans sa ferme de La Renière à 69 ans en 1875. Louise  décède à 76 ans, le 15 mars 1896.

1, 2 ou 4 enfants naturels, à chaque fois des situations différentes. Si l’on peut trouver quelques points communs à toutes ces naissances hors mariage c’est en regardant la situation des mères. Toutes les 3 sont servantes, placées dans des fermes du voisinage, sous le même toit que leur employeur. Alors que dire de ces amours paysannes : relation amoureuse ou relation imposée ? Difficile de savoir. Pour Louise en tout cas, on peut penser qu’il y avait une part d’amour dans cette longue aventure hors mariage.

Mes petits soldats (1) : Le Premier Empire (1804-1815)

Je fais actuellement des recherches systématiques dans les registres de recrutement militaire, pour en savoir un peu plus sur le passé de mes ancêtres (du moins les hommes, à l’âge de 20 ans). Ce travail est devenu plus facile dans les Deux-Sèvres grâce à la mise en ligne de tableaux de conscrits (1801-1810) et de listes cantonales de tirage au sorts de conscrits (1811-1866) qui se sont ajoutés aux registres matricules militaires des conscrits (1867-1921). Les renseignements varient beaucoup selon les années, et à l’intérieur d’une même année, selon les cantons. J’ai obtenu toutefois une masse de renseignements sur mes aïeux, parmi lesquels leur taille qui m’a inspirée le titre de la série.

Premier épisode, la période napoléonienne.

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Scène de tournage de film (photo Clément Maurice) – Source Gallica

Du temps de la Royauté, l’armée était plus ou moins composée de volontaires. Après la Révolution, en 1798, la conscription est mise en place en France : elle rend obligatoire un service militaire de 5 ans. En 1804, sous l’Empire,  un conseil de révision est institué pour les jeunes hommes de 20 ans : il permet d’en réformer certains (handicap, taille inférieure à 1m54), d’en exempter d’autres (mariés…). Un tirage au sort est également mis en place : environ un tiers de la classe devait servir sous les drapeaux. Les plus fortunés pouvaient échapper au mauvais sort en payant un remplaçant. Avec les guerres napoléoniennes, beaucoup ont sans doute essayé de se faire remplacer, exempter ou réformer. C’est d’autant plus vrai dans ma région du nord des Deux-Sèvres qui était à peine remise des guerres de Vendée.

Pour les toutes premières années où j’ai trouvé des ancêtres et collatéraux (en gras mes SOSA), ces registres ne me donnent que peu de renseignements : dates de naissance, profession, commune de domicile dans le meilleur des cas. Je ne sais même pas s’ils ont servi ou pas :
an XIII – René François Frouin : 1m733, de Largeasse
an XIII – Jacques François Nueil : 1m571, domestique à Terves
an XIII – Jacques Bertrand : 1m652, domestique à Terves
an XIII – Pierre Blais : 1m625, métayer à Courlay
an XIII – Michel Frogier : 1m652, tisserand à Terves
an XV – Joseph Blais : 1m612, métayer à Courlay.

Je pourrais être déçu mais j’ai quand même la confirmation d’une date de naissance à peine lisible trouvée sur un registre abîmé et je découvre la taille très précise, au millimètre près, des conscrits. Maintenant, je peux un peu mieux les imaginer.
Les années suivantes m’en apprennent davantage. J’ai les noms et prénoms du père et de la mère de 6 conscrits (ce qui ôte tout risque d’homonymie), j’ai parfois ce qui motive leur demande de réforme, et je sais enfin la décision du conseil de révision :
1807 – Louis Monneau : 1m713, domestique à Terves – réformé gratuitement
1808 – Jean Blais  : 1m550, métayer à Courlay – réformé gratuitement
1809 – Mathurin Bernier : 1m625, cultivateur à Nueil – réformé gratuitement
1809 – François Christophe Turpault : 1m556, cultivateur à Nueil – au dépôt
1809 – Étienne Antoine Dieumegard : 1m705, bordier à Largeasse – réformé gratuitement
1811 – André Biardeau  : 1m600, laboureur à Pierrefitte. Pour lui j’ai beaucoup plus de renseignements. Son visage tout d’abord (cheveux et sourcils noirs, yeux roux, front étroit, nez gros, bouche moyenne, menton rond, visage rond, teint brun). Il demande à être réformé pour mauvaise conformation des pieds. En vain. Il est versé dans la réserve, puis au 34ème régiment d’infanterie de ligne. J’ai pu par ailleurs retrouver sa fiche matricule sur Mémoire des Hommes : il a fait la campagne d’Espagne et a été blessé à la cuisse gauche près de Burgos, le 20 août 1812. Il est congédié avec retraite le 20 janvier 1813. Il a reçu la médaille de Sainte-Hélène après 1857.

Je pourrais me dire, au vu de mes rares trouvailles, que mes ancêtres ont eu de la chance. Les guerres napoléoniennes ont quand même fait 800 000 morts, rien que pour la France. Pour ce qui concerne mes aïeux, 4 ont un tirage au sort heureux (si j’ai bien compris) et 2 autres sont partis mais ils sont revenus vivants : François Christophe Turpault et André Biardeau, ont même vécu plutôt longtemps, le premier 61 ans et le second 76 ans.
Malheureusement, je suis loin d’avoir trouvé tous les jeunes gens qui m’intéressent. Je n’ai cherché que ceux dont la date de naissance était sûre et certaines recherches sont restées vaines. Pourtant, je sais par d’autres sources (les registres d’état civil) qu’au moins 2 ne sont pas revenus de l’aventure napoléonienne.
Jean Ménard, conscrit de l’an XIII, sans doute 23 ans, fusilier au 79ème régiment d’infanterie de ligne, fils de bordier, est décédé, après 4 mois de soins, de fièvre à l’hôpital militaire ambulant de Raguse (aujourd’hui Dubrovnik en Croatie).
Jean-Baptiste Day, conscrit de 1809, soldat au 66ème régiment d’infanterie de ligne, 21 ans, fils de boulanger, est décédé de fièvre à l’hôpital de Salamanque.

Même si, sous Napoléon Ier, les renseignements sont rares pour mes ancêtres, j’ai quand même pu vérifier que leur destin est identique à celui des autres jeunes Français. Certains sont exemptés, d’autres partent à la guerre (campagne de Dalmatie, campagne d’Espagne…) et quelques uns, hélas, ne reviennent pas.
Et le terme petit soldat (1m556 pour François Christophe Turpault, 1m600 pour André Biardeau) leur va plutôt bien, en tout cas mieux qu’à mes « réformés gratuitement » qui mesurent en moyenne 1m642, soyons précis).

J’ai trouvé beaucoup plus de renseignements sur mes ancêtres « petits soldats » dans la période suivante (1818-1848). Ce sera le sujet du prochain épisode.

L’odeur de la forêt

Dans L’odeur de la forêt, Hélène Gestern enquête sur fond de Première Guerre mondiale. Son nouveau roman n’est pas sans rappeler un autre de ses titres, Eux sur la photo.
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Élisabeth Bathori, historienne spécialiste de la photographie, se voit confier un fonds d’archives, la correspondance entre Alban de Willecot, un jeune lieutenant parti au front en 1914, et un grand poète français, Anatole Massis. Élisabeth, qui vient de perdre son mari, va se plonger dans cette correspondance et découvrir une histoire familiale mais aussi l’horreur du conflit.

L’histoire est dense, très dense et sur près de 700 pages, Hélène Gestern nous fait vivre au rythme des découvertes d’Élisabeth. Le roman nécessite une attention de chaque instant pour ne pas se perdre dans les nombreuses pistes explorées et les divers personnages à plusieurs époques et dans plusieurs pays.

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Soldats français dans les tranchées de 1ère ligne, 1915. Agence Rol  © Galica

Mais le voyage en vaut la peine ! Hélène Gestern connait à l’évidence son sujet. Elle sait nous faire découvrir les lieux, les sources, les interlocuteurs. Et, comme dans Eux sur la photo, elle mêle à son récit, des lettres d’Alban, des extraits d’un journal ou encore des récits d’événements passés.
L’odeur de la forêt, est un récit intimiste mais pas uniquement. il plonge dans l’histoire, dissèque le quotidien des poilus, la vie dans la tranchée, les assauts, l’ennui, la peur. il montre aussi le besoin de témoigner de raconter et la chape de silence imposée par le commandement.
Le roman traverse aussi la Seconde Guerre mondiale, vagabonde au Portugal et nous fait découvrir le milieu de la recherche, entre colloques européens (on croise d’ailleurs Hélène, l’héroïne d’Eux sur la photo, lors d’un congrès à Madrid), querelles ou complicités entre chercheurs, institutions et autres musées.
Et malgré quelques petites réserves, on éprouve un vrai plaisir de lecture pour le regard passionnant que le roman pose sur la guerre 14-18 et l’horreur des tranchées.

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Faire des poissons d’avril grâce à Filae

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J’avais déjà expliqué que Filae permettait de faire de jolies cartes de vœux pour Noël. Autre usage insoupçonné de ce site, vous allez pouvoir faire croire à tous vos amis que vous avez trouvé les actes de naissance de personnages célèbres. Il suffit de taper leurs noms et prénoms dans le moteur de recherche. Ainsi, en moins de 5 minutes, je suis en possession des actes de naissance de Jeanne d’Arc, de Charles Quint et de Louis XVI.

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Acte de naissance de Jeanne d’Arc, le 16/10/1810 à Lyon (Rhône)

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Acte de naissance de Charles Quint, le 29/02/1876 à Laigneville (Oise)

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Acte de naissance de Louis Seize, le 09/10/1800 à Hestroff (Moselle)

Les parents de ces enfants, sans doute facétieux ou peut-être inconscients, ne sont évidemment pas les seuls à s’être amusé ainsi. Si vous en trouvez d’autres qui vous ont fait sourire, merci de les partager en commentaire !

Le mystère Louise Lormaud

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J’ai découvert l’existence de Louise Lormaud en cherchant sur la famille de Charles Morisset et Jeanne Babin (mes sosas 72 et 73).
Charles et Jeanne se marient en 1791. Lui est originaire de La Chapelle-Thireuil et elle de Saint-Maixent-de-Beugné, 2 villages distants de 6 kilomètres. Après leur mariage, le couple de bordiers s’installe au hameau de Faurs, lequel est rattaché à Saint-Maixent-de-Beugné et à Saint-Laurs. Ils ont 12 enfants, 8 garçons et 4 filles. Au moins 4 meurent jeunes. Je descends de Jacques, leur 4e fils. Mais je me suis intéressée à la vie de tous ses frères et sœurs.

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Le second enfant de Charles Morisset et Jeanne Babin est une fille, Marie. Elle naît en 1794, mais ce n’est qu’en 1834, à l’âge de 40 ans, qu’elle épouse Jean Bienvenu, veuf de Louise Lardy, lui même âgé de 37 ans.
Dans un premier temps, je n’en ai pas trouvé trace d’enfant. J’ai alors orienté mes recherches sur le décès de Marie que j’ai fini par trouver à Saint-Laurs le 15 novembre 1877. Le registre m’apprend que Marie est veuve (Jean Bienvenu est décédé en 1862). Je remarque aussi que le déclarant est François Robin son gendre

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Cette information me permet de supposer que ce François Robin est l’époux d’une demoiselle Bienvenu, fille de Jean et de l’une de ses 2 épouses Louise Lardy ou Marie Morisset.
Cependant, impossible de trouver le mariage du susdit gendre.
J’envisage alors une autre hypothèse, Marie Morisset a épousé un veuf, Jean Bienvenu, peut-être était-elle elle aussi veuve puisqu’elle avait déjà 40 ans. Leur mariage ne fait pas mention d’une première union, mais il peut s’agir d’un oubli ! Je décide alors de partir en quête de cette hypothétique union. Ma recherche reste vaine, mais ça ne veut pas forcément dire qu’un tel mariage n’a pas existé.
Je me retourne alors vers le gendre et cherche tous les mariages d’un François Robin dans les paroisses déjà évoquées. Je finis par trouve l’acte de mariage de François Robin avec une jeune fille nommée Louise Lormaud (ou Larmand) à Saint-Laurs le 12 octobre 1840. Sa consultation me procure d’autres informations. Louise Lormaud est la fille naturelle de Marie Morisset, sans mention de date de naissance.

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Cependant, je reste prudente, des Marie Morisset j’en ai pléthore ! Heureusement, les témoins de la jeune femme sont 2 oncles, Joseph Dieumegard et Jacques Morisset. Cela me confirme que Louise Lormaud est bien la fille de Marie Morisset, l’épouse de Jean Bienvenu.
Marie a donc eu une fille avant son mariage. Néanmoins, je suis étonnée  car elle ne porte pas le nom de sa mère comme bien souvent les enfants naturels.
Je recherche alors des traces d’un dénommé Lormaud (ou Larmand), père de l’enfant. Une piste qui ne me mène nulle part.
Je reviens alors aux archives pour en savoir plus sur le couple François Robin et Louis Lormaud. Mais aucune trace d’un enfant ! Je passe aux décès et là j’ai plus de chance. Je trouve d’abord celui de François le 24 mai 1872 à La Bruyère de Saint-Laurs. Il y est noté qu’il est l’époux de Louise Lormaud. Enfin, je découvre celui de Louise, le 11 juillet 1889 à La Bruyère de Saint-Laurs.

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Toutefois, la lecture de ce dernier me fait douter. Le déclarant de ce décès est un dénommé Célestin Coirier, fils du mari et Louise y est enregistrée comme épouse de Charles Coirier et fille de Marie Morisset et de père inconnu.
Erreur de personne ? Nouvelle piste ?
Me voilà partie à la recherche d’un mariage entre Charles Coirier et Louise Lormaud… que je découvre bientôt à Saint-Maixent-de-Beugné le 23 avril 1873. Louise y est appelée Hermaud (et non plus Lormaud) pourtant c’est bien elle puisqu’elle est veuve de François Robin. Et surtout le registre me donne sa date et son lieu de naissance à Saint-Maixent-de-Beugné le 15 janvier 1819. En revanche, sa mère n’y est pas mentionnée, elle est fille majeure et naturelle de parents inconnus. Je me tourne donc vers le volume des naissances. Et j’en apprend bien plus à sa lecture.

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Le 15 janvier 1819, à 6 heures du matin, 2 hommes trouvent « sur le chemin qui conduit de La Roussière et de La Bazinière, au bout de la chaussée du moulin, sur une pierre au pied d’un ormeau… » une petite fille abandonnée.
Le maire décrit les vêtements de l’enfant et estime que le bébé semble avoir un mois. Comme aucune marque ni mention ne permet de l’identifier, l’édile l’inscrit sous le nom de Louise Lormaud (comme l’arbre qui l’a abrité cette nuit-là au cœur de l’hiver). Le registre relate ensuite ce qu’il advient de l’enfant : … avons ordonné qu’il fut remis en nourrice  chez la nommée Jeanne Babin, veuve de Charles Morisset, demeurant à Faurs de cette commune. »
Louise est donc conduite dans cette famille, en nourrice si l’on en croit l’acte de naissance. Pourtant, quelques années plus tard, lors de son premier mariage, comme à son décès, Marie Morisset, la fille de Jeanne Babin y figure en tant que mère.
Que s’est-il passé réellement ? Marie a-t-elle eu une petite fille hors mariage, qu’elle a caché un temps avant de l’abandonner ? C’est plausible, même si  aucune certitude ne viendra sans doute confirmer tout cela.
Voilà une enquête comme je les aime, qui m’a permis de découvrir l’histoire émouvante d’une petite fille abandonnée, mais qui garde malgré tout une part de mystère !
Et vous comprenez maintenant pourquoi il y a un ormeau au début de cet article.

 

Souvenir d’un paysan centenaire

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Jean Richard est mon arrière-grand-oncle, l’oncle de mon grand-père maternel. Il est le seul centenaire que je connaisse dans mon arbre et cette longévité en a fait un personnage important de l’histoire familiale.

Pourtant, je sais peu de choses sur le début de sa vie. Il naît le 22 janvier 1849 à Ardin. Louis-Napoléon Bonaparte, le futur Napoléon III, est alors au pouvoir en France. Son père Pierre Richard est cultivateur et sa mère Madeleine Prunier travaille aussi à la ferme. Il est l’aîné de 4 enfants et, comme son père, il devient cultivateur.
A 20 ans, en 1869 il part sous les drapeaux, il est versé dans l’infanterie. Sa fiche matricule m’apprend qu’il mesure 1 m 62 et qu’il sait lire et écrire. Ses yeux sont gris, ses cheveux châtains et il porte une cicatrice à la joue gauche. Jean part donc faire son service militaire, mais en 1870 la guerre contre l’Allemagne éclate et il participe au conflit.

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Bataille de Gravelotte, 1870 d’après Jules Descartes-Ferat

Je ne sais pas ce qu’il a vécu, ni s’il a été blessé. Le conflit fut sanglant mais Jean Richard a eu la chance de survivre. Il est finalement libéré des obligations militaires le 31 décembre 1872.
Jean retrouve son village et ses parents, il reprend son métier de paysan. La famille part s’installer à Épannes, un hameau de Faye-sur-Ardin. Bientôt, Jean rencontre Marie Barbot une jeune fille du voisinage. Elle a 25 ans et lui en a 30 quand ils se marient en 1879. Loin d’ici, à Paris, Mac Mahon a démissionné et laissé la présidence de la IIIe République à Jules Grévy. Après le mariage, notre couple s’installe dans le bourg de Faye-sur-Ardin où Jean poursuit son travail d’agriculteur. Hélas ! ils n’auront pas d’enfants, ce sera le grand drame de leur vie. Leurs neveux permettront de combler ce vide affectif.

Les anecdotes que je connais sur Jean Richard, « le centenaire » comme on l’appelait, datent de la fin de sa vie. C’est grâce aux récits de ma mère que je peux en parler.  Et aussi grâce à cette photo qu’elle commentait quand nous regardions les images de son enfance.

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22 janvier 1949 centenaire de Jean Richard. Archives familiales

Sur ce cliché, réalisé le jour de ses 100 ans, on aperçoit le vieil homme, une cigarette au coin de la bouche, impassible, presque absent, assis dans son fauteuil, des bouquets dans les bras. Il semble détaché, peu concerné par l’événement, encombré par les fleurs. Ce sont ses neveux, ses nièces et ses amis qui l’entourent. Parmi eux, je reconnais mon grand-père Calixte, à droite derrière lui.
C’est Calixte qui a organisé la fête. Il faut dire que l’oncle et le neveu sont très liés. Calixte n’avait pas 5 ans quand il a perdu sa mère. Jean Richard et sa femme Marie Barbot qui n’avaient pas d’enfant vont s’occuper du petit orphelin. Ils vivent tous dans le village de Faye-sur-Ardin. L’enfant va souvent leur rendre visite. Quand son père se remarie 3 ans plus tard, sa nouvelle épouse prend soin du petit Calixte sans lui offrir l’affection d’une mère. Son oncle et sa tante, Jean Richard et Marie Barbot, restent importants pour lui. En grandissant, il est proche du couple vieillissant.
C’est avec inquiétude que Jean Richard voit partir son neveu à la guerre 14-18. Calixte sera blessé lors du conflit, mais heureusement il retrouvera les siens en août 1919.
La paix revenue, Calixte se marie en 1922 avec Céline Bouet. Bientôt arrive un bébé, prénommé Jean comme le grand-oncle ! Quelques années plus tard, en 1930, une petite fille voit le jour, c’est Janine, ma mère. Les 2 enfants font la joie de Jean Richard et de sa femme. Malheureusement, l’année suivante, Marie Barbot s’éteint à 77 ans. Jean a alors 81 ans. Il habite toujours dans sa maison. Il s’occupe de son ménage, fait la cuisine et entretient son grand jardin et ses arbres fruitiers.
Il accueille souvent sa petite-nièce Janine qui vient d’entrer à l’école primaire. L’école est juste à côté de sa maison, il a proposé que la petite vienne déjeuner avec lui à midi. Ma mère se souvient très bien de ces repas avec un grand-oncle très gentil. Mais la petite fille qu’elle était avait surtout envie de retourner au plus vite à l’école pour rejoindre ses copines…  Puis, sans doute au début de la guerre, vers 1940, alors qu’il a déjà 90 ans, il doit quitter son domicile pour aller vivre chez son neveu Calixte. Il s’y occupe encore un peu, se promène aux alentours et bien sûr entretient tant qu’il le peut le jardin familial.
Les 100 ans approchent. Calixte a décidé d’organiser une grande fête le 22 janvier 1949, date de l’anniversaire de Jean Richard. Ce jour-là, il est entouré de toute la famille. Certains neveux et nièces sont venus de loin. Narcisse, le fils de son frère, le seul à porter le nom de Richard, a fait le déplacement depuis Niort avec son épouse. Léon Barbot, un des neveux de Marie, est là aussi, il vient de Coulonges où il vit avec sa femme. On l’aperçoit d’ailleurs sur la photo (en haut à gauche), il a sorti son haut-de-forme pour l’occasion. Le maire fait un discours, des enfants lisent des compliments. On fait même faire le tour du village à l’impétrant, en le transportant dans son fauteuil ! Puis, tout le monde se retrouve autour d’un déjeuner, dans la salle communale. C’est ma mère qui a fait la cuisine, elle a 17 ans et elle est heureuse de préparer le repas pour ce grand-oncle qu’elle aime beaucoup et qui représente le grand-père qu’elle qui n’a jamais connu.
Pourtant, Jean est bien fatigué, le médecin venu quelques jours plus tôt a dit que le vieil homme faiblissait, qu’il fallait le surveiller. Après cette journée épuisante, Jean se referme sur lui même. Une dizaine de jours plus tard, le 2 février 1949, il s’éteint doucement auprès des siens.
Au cours de sa longue vie, le monde a changé, Jean a connu un Empire, trois Républiques et trois guerres. Il a traversé le siècle dans un petit village du Poitou, ne le quittant qu’une seule fois à 20 ans pour aller faire la guerre. À la fin de ses jours, il préférait sans doute se souvenir de ses champs, de son potager et des moments passés auprès de sa femme, de son neveu et bien sûr de sa petite-nièce.