U comme utérin

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Le peintre et son frère de Fuger. Source Gallica

Aimer la généalogie oblige à s’interroger sur les liens familiaux qui nous unissent. Ainsi, on peut être frère (ou sœur) utérin, consanguin ou germain !
La première fois que j’ai rencontré ces termes dans des actes paroissiaux je me suis interrogé. Pas très longtemps, car avec les dictionnaires en ligne, la réponse n’était pas difficile à trouver. Le frère utérin est issu d’un même utérus, celui de la mère et le frère consanguin est issu du même sang celui du père. Résumer une mère à un utérus et attribuer le sang au père semble pour le moins exagéré dans un cas comme dans l’autre mais c’est ainsi, je n’y peux rien. Un frère utérin est donc un demi-frère suite au remariage de la mère, et un  frère consanguin est un demi-frère suite au remariage du père. Dans mon arbre, au début du XVIIIe siècle, j’ai le cas de Jeanne Roy, qui est à la fois la sœur consanguine d’Alexis Roy (mon SOSA 302) et la sœur utérine de Françoise Dugé (mon SOSA 303), épouse d’Alexis Roy. Accrochez-vous ! Henri Roy, le père d’Alexis, après avoir perdu sa femme a épousé en 1710 Marguerite Aurereau, la mère de Françoise, également veuve. Ils ont eu ensemble une petite fille Jeanne Roy. Quelques années plus tard, en 1717, à force de vivre sous le même toit, Alexis Roy, demi-frère consanguin de Jeanne, et Françoise Dugé, demi-sœur utérine de Jeanne ont fini par se marier, sans même avoir à demander de dispense ! Et ils ont eu 9 enfants !
Heureusement pour mon pauvre cerveau, les frères germains ont le même père et la même mère ce qui est quand même bien plus simple. Petite note culturelle parce que j’aime bien ça : le mot germain ne fait pas référence au peuple, il vient de l’adjectif latin germanus (vrai, authentique) lui même venant de germen (le germe, mais aussi la semence).

Étudier la famille est parfois bien compliqué. Les cousins selon le degré de rapprochement sont parfois qualifiés de germains, d’issus de germain, de remués de germain ou « à la mode de Bretagne », mais pas toujours. Quand on trouve dans un mariage une dispense de consanguinité, il faut chercher parfois jusqu’aux arrière-grands-parents des époux pour savoir quel lien les unissent. Bien des mystères demeurent dans nos arbres. Ce ne sont pas seulement des ancêtres qui nous échappent, mais aussi des liens familiaux, des cousinages que nous n’arrivons pas à trouver ou à prouver.

Cette part de mystère fait aussi partie des charmes de la généalogie. Nous savons que nous sommes tous cousins, plus ou moins germains ou remués, peut-être même seulement consanguins ou uniquement utérins, et nous essayons de le prouver chaque jour.

P.S. Appartenir au petit monde des « généa-blogueurs m’a fait découvrir de nouveaux cousin et cousines très remués : Frédéric, Nat, et tout récemment Mélanie ! C’est à chaque fois un plaisir !

 

T comme toponyme

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bélisaire topo

Source Gallica

Faire de la généalogie, c’est aussi le plaisir de découvrir des mots qui nous chatouillent les oreilles par leur sonorité, par leur sens, ou par leur double sens. C’est souvent certains noms et prénoms de nos ancêtres, mais ce peut être aussi les noms des endroits où ils ont vécu. Pour étudier ces derniers dans les Deux-Sèvres, j’utilise principalement le Dictionnaire topographique des Deux-Sèvres écrit par Bélisaire Ledain à la toute fin du XIXe siècle. Il dit contenir tous les noms de villes, villages, hameaux et lieux-dits… ce qui est sans doute assez près de la réalité. Je pense même qu’il en a rajouté ! Je l’ai en version papier pour le plaisir de tourner les pages et en version numérique, grâce à Gallica, pour faire des recherches rapides par commune.

Fouiller parmi les toponymes des Deux-Sèvres est pour moi un vrai bonheur et il en serait sans doute de même ailleurs en France. Suite à mes recherches généalogiques et grâce au dictionnaire de Bélisaire Ledain :
– j’ai rencontré des personnes très variées (les Jumeaux, le Cocu, la Pucelle, les Marchands, le Grand-Fâché, les Paillards, la Grasse-Vachère, le Chamelier), et même quelques célébrités (Bossuet, Néron),
– j’ai prié des saints méconnus (Éanne, Faziol, Goard, Lienne, Liguaire, Mérot) et des saintes ignorées (Gemme, Macrine, Néomaye, Neuil, Ouenne, Pezenne) mais je me suis interrogé pour Sainte-Verge,

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Sainte-Verge, con de Thouars !

– j’ai visité des lieux que je ne situais pas dans mon département (Chambord, la Californie, Châteauroux, Madrid, Milan, Narbonne, la Normandie),
– j’ai collectionné des objets familiers (la Brosse, la Serpe, les Cartes, la Chaise, la Planche, le Pot, le Marteau, le Couteau, l’Échelle, l’Habit, le Pavé),
– j’ai étudié l’anatomie (le Cul, la Dent, les Peaux, Pied-Mou et Pied-Blanc, Tête-Noire),
– je me suis inventé tout un zoo (le Vautour, Épervier, la Brebis, la Vachette, Chienmort, l’Âne-Cuit, la Chèvre, Pigeon-Blanc, la Cigogne, Grand-Cerf, la Grue, Hérisson, l’Hirondelle). Parmi ces animaux, il y a des oiseaux qui chantent (Chantemerle, Chantecaille, Chantecoucou, Chantoiseau) et un loup aux multiples activités (Chanteloup, Chiloup, Gratteloup),
– j’ai appris à compter (les Deux-Sèvres, les Trois-Pigeons, Les Quatre-Moulins, Cinq-Borderies, Six-Ailes, Treize-Vents, Les Trente-Six-Côtes, Millepieds),
– j’ai fait un repas complet (Bouillon, la Carotte, Saumon, les Épinards, Pain-Perdu),
– j’ai aussi prononcé des mots plus ou moins gros (l’Annerie, la Connerie, Couillard, Vide-Bouteille, le Chiron, Monfumier) mais, bien sûr, je m’en excuse.

En relisant toutes ces listes, je me dis que, bien souvent, il faudrait s’interroger davantage sur l’origine des toponymes. Car enfin, pourquoi nos ancêtres ont-ils donné à certains lieux-dits les noms étranges de Beure-Balon, Baille-Malaise, Paille-Grolle, Roule-Crotte ou Cougoulette ?

S comme Sosa et Stradonitz

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hozier

Charles d’Hozier. Source Gallica

Après avoir rendu hommage au comte Jacques d’Aboville, maître à penser de la généalogie descendante, il était inconcevable que je passe sous silence l’apport à la généalogie ascendante de Jeronimo de Sosa et de Stephan Kekule von Stradonitz. Le 1er est un religieux franciscain espagnol du XVIIe siècle, le second est un juriste et héraldiste allemand qui vécut entre 1863 et 1933. Ils ont donné leur nom à la méthode de numérotation des ancêtres, la plus utilisée et la plus pratique, dite Sosa-Stradonitz. Ce système aurait peut-être dû porter le nom du noble allemand Michel Eyzinger (1530-1598) qui en est le vrai concepteur avec son livre Thesaurus principum hac aetate in Europa viventium. Mais ce sont Sosa en utilisant sa méthode (avec Noticia de la gran Casa de los Marqueses de Villafranca) et Stradonitz en la popularisant (avec Ahnentafel-Atlas. Ahnentafeln zu 32 Ahnen der Regenten Europas und ihrer) qui ont récolté la gloire ! Tout cela est bien injuste ! Et en plus, je n’ai pas réussi à trouver le portrait de tous ces précurseurs. À la place, voilà celui de Charles d’Hozier (1640-1732), conseiller du roi et généalogiste non moins célèbre grâce à son armorial.

Aujourd’hui, donc, tout généalogiste un peu sérieux utilise la méthode Sosa-Stradonitz pour classer et numéroter ses aïeux directs. Du coup, on ne parle plus de son ancêtre mais de son SOSA (on a préféré éviter de dire le Sosa-Stradonitz difficile à prononcer ou, pire encore, le S.S. ce qui aurait été vraiment embarrassant).

Pour en revenir à la méthode, elle est d’une simplicité biblique. Le de cujus (voir D comme de cujus) porte le numéro 1. Son père porte le numéro 2, sa mère le numéro 3. Pour « numéroter » les parents à chaque nouveau degré d’ascendance, on multiplie par 2 pour obtenir le père et à ce nombre on ajoute 1 pour obtenir la mère. Avec ce système, tous les ancêtres hommes ont un nombre pair et toutes les ancêtres femmes un nombre impair.  Un petit tableau valant tous les discours, voilà les nombres attribués aux 4 premiers degrés d’ancêtres (de 2 à 31).

sosa stradonitz

Dans mon arbre généalogique, les SOSA les plus élevés (ceux dont je suis sûr et dont j’ai trouvé au moins un acte les concernant directement) sont Guy Briault et Mathurine Roullaud. Ils portent les numéros 15 346 et 15 347 et sont situés 13 générations au dessus de moi. Ils se sont mariés avant 1610, ont eu au moins 6 enfants et vivaient dans la paroisse de Terves. Mathurine est décédée le 30 mars 1618 et Guy le 8 août 1637.

Et si vous avez raté le « cours » sur la généalogie descendante, c’est par ici. Vous comprendrez pourquoi, par rapport à ces deux aïeux, je suis en numérotation d’Aboville le 1-1-1-7-5-2-3-1-1-1-5-1-3-4 et je suis en numérotation Pélissier le a-A-G-e-b-c-a-a-a-E-a-c-D.

 

 

R comme racines

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Jardin du  Roy par J.B. Hilair. Source Gallica

Il est fréquent de comparer le généalogiste et le jardinier. L’arboriculteur me semble plus approprié et une récente présentation de l’association « les Croqueurs de Pommes » (dont la mission est de préserver et de mettre en valeur les variétés fruitières) me l’a confirmé.  Le conférencier parlait d’arbres, de branches, de racines, tout comme moi ! Quand il évoquait les graines, je pensais aux naissances. Quand il parlait d’hybridation, je voyais les mariages. Il n’ y a guère que les enterrements qui m’ont échappé !

Le parallèle entre généalogiste et arboriculteur est d’autant plus vrai dans mon cas que j’ai dans ma généalogie quelques noms de famille rappelant les arbres. Ces patronymes se transmettent de père en fils, mais finissent par disparaître de ma généalogie quand j’arrive à une femme. Voici mon verger :
Mes 3 « Prunier » : Le plus ancien que je connaisse est François Prunier. Il a épousé avant 1696 Françoise Bremault, il était sabotier et est décédé entre 1721 et 1738. Son fils François Prunier (1696-1733) était marchand à Largeasse (Deux-Sèvres). Il a eu avec sa femme 4 enfants dont Charlotte Prunier (1724-1788). Elle épouse un marchand, Jacques Marillaud, en 1746 qui lui donne 4 enfants.
Mes 4 « Châtaigner » : Ils sont installés sur 4 générations à Saint-Maurice-des-Noues en Vendée. Mathurin Châtaigner est marié avec Marie Majou, sans doute avant 1660 et il est mort après 1700. Son fils Jean Châtaigner (1660-1740) a eu une longue vie. Son 1er mariage a été plutôt malheureux puisque son épouse Françoise Taillefait et leurs 2 enfants étaient décédés 3 ans après l’union. Il s’est remarié avec Renée Pinsembert qui lui a donné plusieurs enfants dont Jean Châtaigner (1712-1793). Il a une vie très comparable à celle de son père, longue également, avec le même métier de maréchal et il a le même drame, le décès rapide de sa première épouse. Remarié avec avec Rose Brossard, il a 11 enfants dont la petite dernière Jeanne-Françoise Châtaigner (1757-vers 1795). Elle épouse en 1780 le journalier Pierre Paillat, père de ses 6 enfants. Décède-t-elle des suites des guerres de Vendée ?
– Mes 5 « Poirier » : J’aimerais bien trouver des racines plus profondes. Je ne peux remonter avant François Poirier, marié avant 1765 avec Françoise Boissinot, et décédé avant 1801. Les recherches seront difficiles pour trouver ses parents car les registres paroissiaux de Saint-Amand-sur-Sèvre (Deux-Sèvres) ont disparu pendant les guerres de Vendée. Il a eu 4 enfants dont Pierre Poirier, un bordier qui a eu à son tour 7 enfants de 2 mariages et est décédé vers 1803. On est paysan de père en fils chez les « Poirier ». Le fils, Jean-Pierre Poirier (1784-1867, métayer, épouse Marie Deguil et ils ont 8 enfants et le petit-fils Victor-Augustin Poirier (1827-1901), cultivateur, a 6 enfants avec Marie Louise Daguisé. Le nom de Poirier disparaît de mon arbre à la génération suivante avec le décès prématuré de Philomène (dite Alphonsine) Poirier (1878-1902), morte peu après avoir donné naissance à ma grand-mère maternelle.

Je ne sais pas s’il faut être être fier de ses racines. En tout cas, je n’ai pas honte de mes arbres du Poitou : de mes « Prunier », de mes « Châtaigner » et de mes « Poirier ». Il est vrai que j’en suis un peu le fruit !

Q comme quartiers

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Quand j’ai commencé à m’intéresser à mes ancêtres, il y a quelques années, j’ai été intrigué par la page intitulée « Quartiers » de la revue du Cercle généalogique des Deux-Sèvres. Je voyais bien qu’on ne s’intéressait pas aux différentes parties d’une ville car il s’agissait d’une longue liste sur plusieurs pages de noms d’hommes et de femmes numérotés. J’ai depuis appris et compris que cela désignait la liste des ancêtres directs d’une personne regroupés par degrés d’ascendance.

L’utilisation de ce mot « quartiers » trouve son origine dans les liens qui unissaient autrefois généalogie et noblesse. On le remarque dans l’expression les quartiers de noblesse, qui désignaient au départ les 4 parties d’un blason contenant chacune les armoiries d’ancêtres. Ils prouvaient la noblesse mais  ne préservaient pas d’un destin tragique ou d’une mort prématurée : dans l’exemple ci-dessous, les quartiers sont ceux du dauphin Louis Joseph Xavier François, fils aîné de Louis XVI et de Marie-Antoinette, mort le 4 juin 1789 à l’âge de 7 ans.

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Les Quartiers de Monseigneur le Dauphin. Source Gallica

J’ai découvert le sens d’autres mots grâce à la généalogie. Certains sont déclinés tout au long de ce mois de juin dans mon dictionnaire amoureux. D’autres ne le sont pas pour cause de doublon mais auraient mérité de l’être : endogamie, exogamie, grosse, insinuation, minute… autant de noms dont j’ignorais le sens ou la signification spécifique.

Pour en revenir aux quartiers, le mot s’est depuis démocratisé, tout comme la généalogie qui ne concerne plus seulement la noblesse. La preuve en est que j’ai publié à mon tour mes quartiers dans Généa79, le journal du Cercle généalogique de mon département. Vous pouvez les consulter dans les exemplaires 94 et 95 de la revue. Deux numéros, car j’ai moult ancêtres ! Palsembleu !

P comme paléographie

dicos_a_0 - CopieTous les mois, j’assiste à un cours de paléographie donné aux Archives départementales des Deux-Sèvres par sa directrice. Elle propose 2 séances à suivre : « débutants » et « confirmés ». Je me suis inscrit au 2ème groupe, non par prétention, mais parce que les horaires me conviennent un peu mieux ! Il faut décrypter des écritures anciennes. J’aimerais que ce soit toujours aussi facile que dans le manuscrit déniché sur Gallica ci-dessous mais ce n’est pas souvent le cas.

paléo

Projet de deffensive pour les côtes du Poitou, Xaintonge et Aunis. Source Gallica

J’ai appris pas mal de choses même si je suis loin d’être incollable. Je fais attention à la forme des lettres ainsi qu’aux ligatures qui les relient. Je reconnais certaines abréviations, certaines notes tironiennes (que j’ai évoquées dans N comme NMD). Je découvre le vocabulaire des actes notariés d’autrefois. Bref, j’ai sûrement un peu progressé, mais j’ai encore beaucoup à apprendre !

À un des premiers cours, un document plutôt facile nous a été présenté : c’était une lettre datée du 30 janvier 1814 de M. Bienvenu, maire de Courlay envoyée au sous-préfet de Bressuire. Un courrier émanant d’un édile de mon terroir et que je connais bien pour avoir vu sa signature sur de nombreux actes, à une période historique encore troublée dans la région, cela allait me changer des actes notariés et ne pouvait que m’intéresser.  C’est l’orthographe qui était en fait la difficulté mais aussi le charme de ce cours de paléographie ! Allez, je vous mets quelques extraits de l’exercice et la transcription en dessous et en italique.

pal1
une bande de quinze hommes armé se sont introduit
ché moi a ce matain au moment ou jetai en core au lit. il
on vu le pot au domestique au feu et ont dit que cetet bon
quil mengerait la soupe, je me suis levé et il mon demendé
sil y avet quelque chose de nouveau…
– Je ne vous fait pas tout lire et je vous saute des passages. Sachez que ces jeunes gens sont en colère envers le sous-préfet, représentant de l’Empire.pal2
…en jurant tres fort contre le sous prefete
et quil navet qua prendre garde a lui sil tombet sous leurs
main quil ny passeret pas asi bon conte qu’il avet pasée
a d’autre occasion…
– Ils veulent échapper à la nouvelle conscription demandée par Napoléon mais cela dégénère et le maire s’entend dire…
pal3
que jetai un j. f. que javai envoyez legarde
chempaitre pour faire rendre de ces camarade
– Le maire maîtrise les règles de politesse et n’écrit pas le mot « jean-foutre ». Il peut par contre décrire de façon très complète au sous-préfet les armes des réfractaires.pal4
                                                  …Il avet un sabre, tres
propre et une carabine avec la bayionete et bien
entretenu deux des autres avait deux chaqueun un fusil
a deux coup deux a trois avait des fusils de chase simple
et les autres des fusils de calibre qui ne paraissait pas en
trop bon etat il ont mengé et ont parti…
– Pour M. Bienvenu, maire de Courlay, ces jeunes armés ne le sont vraiment pas (bienvenus). Heureusement pour lui, ils sont finalement partis en direction de Saumur. Mais ils pourraient bien revenir...

Je n’ai donc pas été déçu par cet exercice de paléographie. Si aucun de mes ancêtres n’est mentionné dans cette missive, j’y ai retrouvé un peu de la vie de l’époque dans sa dimension quotidienne (il y a la soupe au coin du feu), un petit côté insoumis, mais heureusement sans violence, et enfin une orthographe hasardeuse que je n’avais ni à noter, ni à corriger ! Que du bonheur !

 

O comme ondoiement

dicos_a_0 - CopieLe mot « onde », qui évoque aujourd’hui davantage une vibration ou la radio que l’eau des poètes, a des dérivés dans des domaines vraiment variés. On en retrouve la racine dans le domaine scientifique avec l’ondulation, météorologique avec l’ondée, l’érotisme avec l’ondinisme (le plaisir sexuel lié à l’urine !) et la religion avec l’ondoiement.

ondoiement

Ondoiement. Source Gallica (BIU Santé)

C’est évidemment ce dernier mot qui intéresse les généalogistes (du moins je l’espère !) L’ondoiement, je le retrouve régulièrement dans les actes de baptême des registres paroissiaux, c’est le baptême d’urgence quand le bébé qui vient de naître est en danger de mort. Pour aller au paradis, selon les préceptes de l’Église, il fallait autrefois être baptisé. Les nouveau-nés décédés sans baptême voyaient leur âme errer dans les « Limbes », l’endroit, ni paradis ni enfer, imaginé par les théologiens au XIIe siècle pour rassurer les parents. Cela ne les tranquillisait pas, bien au contraire : il fallait baptiser à tout prix, se précipiter à l’église dès la naissance qu’il pleuve ou qu’il vente, et, dans les situations extrêmes, pratiquer l’ondoiement à la maison. Celui-ci se limitait à des ablutions et des paroles sacramentelles qui étaient prononcées sur le lieu même de l’accouchement par la matrone ou n’importe quel voisin. Et si l’enfant par chance survivait, il fallait le plus tôt possible aller voir le prêtre pour donner le vrai baptême. Ces pauvres petits ondoyés étaient donc bien mal partis dans la vie et beaucoup décédaient le jour même. Heureusement, quelques uns ont réussi à passer les cap de la naissance et de l’enfance, voire se marier et devenir parents. Je pense en avoir trouvé deux chez mes ancêtres directs.

Il y a peut-être Marie-Anne Moreau née le 27 janvier 1758 à La Pommeraie-sur-Sèvre (Vendée) « ayant été baptisée à la maison à cause du danger de mort ». Je doute un peu car le mot « ondoyé » n’est pas utilisé, ce qui veut peut-être dire que le prêtre était présent sur place. Marie Anne Moreau est morte à 35 ans, mère de 4 enfants. Elle est sans doute décédée des suites d’un accouchement, en tout cas très peu de temps après la naissance de sa fille Henriette. Son destin montre bien qu’autrefois la naissance n’était pas vraiment un moment heureux et attendu. Le risque était double : beaucoup d’enfants, ondoyés ou pas, mouraient le jour de leur naissance, et l’accouchement entraînait parfois le décès de la mère.

Je ne voudrais pas conclure de façon trop pesante un article de mon Dictionnaire amoureux de la généalogie, puisqu’il est sensé en donner une vision positive. Je vais donc terminer avec mon autre ondoyé, François-René Frouin né le 12 juin 1742 à Terves (Deux-Sèvres) « qui a été baptisé en sa maison par un chirurgien ». Même si là encore on lit le mot « baptisé » dans le registre, il s’agit bien plus sûrement d’un ondoiement puisque le geste a été fait par le « chirurgien ». François-René Frouin a vécu entre 48 et 58 années, ce qui est honorable pour son époque. Il était de toute évidence un notable incontournable de sa paroisse. Avec son épouse Jeanne Brossard, ils ont eu 8 enfants et il a, en conséquence, aujourd’hui une très nombreuse descendance.

P.S. Mise à jour suite à un retour (sur Facebook) qui me rappelle une anecdote très personnelle (comme quoi les souvenirs mettent parfois du temps à ressurgir). À ma naissance, ma grand-mère paternelle aurait dit : « Il vivra pas c’ui-là. » Il est vrai qu’elle avait déjà vu d’autres nourrissons disparaître prématurément et que dans son esprit la descendance familiale était déjà bien assurée puisque je suis le 4ème. Mes parents, de culture catholique et pratiquante, auraient pu tenir compte de son impression mais ils ne l’ont pas fait. J’aurais pu moi aussi être ondoyé !

N comme NMD (>BMS)

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Extrait d’un psautier en notes tironiennes. Source Gallica

Les généalogistes adorent les abréviations. Il est vrai qu’ils sont à bonne école puisqu’ils doivent parfois décrypter des actes anciens avec les racourcis du passé qui font partie intégrante des charmes de la paléographie. Autrefois, ceux qui avaient pour métier d’écrire (les scribes, les copistes, les notaires…) utilisaient des abréviations par suspension (en enlevant la fin d’un mot et en mettant un tilde par exemple), par contraction (en ne gardant que quelques lettres d’un mot) ou en optant pour des signes particuliers ou notes tironiennes (qui remplacent des groupes de lettres d’un mot comme par, pro, que…) La méthode est proche visuellement de l’écriture en sténo. Aujourd’hui, un site en ligne, Thélème, existe pour nous aider à lire et à comprendre les abrégés anciens les plus fréquents.

De la même façon, le généalogiste aujourd’hui utilise des abréviations spécifiques à son activité. Ainsi, je pourrais écrire pour résumer mes recherches sur un ancêtre fictif :
« J’ai trouvé  dans les NMD (qui ont remplacé les BMS > 1789) les °,x et + de Pierre Martin. Par contre, pas de cm ou de ttt devant , ni de xx après son )(. »

En s’aidant essentiellement du tableau ci-dessous, tout le monde comprend ceci :
« J’ai trouvé dans les registres d’état civil qui ont remplacé les registres paroissiaux après 1789 les actes de naissance, mariage et décès de Pierre Martin, mais je suis toujours en quête du notaire qui a fait son contrat de mariage et son testament et je recherche également son second mariage après son divorce. »

Encore une fois, la généalogie démontre qu’elle peut être en même temps une science tournée vers le passé et résolument moderne. Comme mon exemple le prouve, le langage SMS des plus jeunes n’a rien à  envier au langage des généalogistes ! OMG, c’est une activité de BG (lol) !

Soyons fous, je crois que je vais passer aux émoji :
« J’ai trouvé la 👶, le 💑 et le ✝️ de Pierre Martin dans les 📓➡️1789 (pas les 📚⛪️). Par contre, pas de 📜💑, ni de 📜✝️ devant ✒️, ni de 2°💑 après un  💔😢 »

M comme maison

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maison

Découpage de la maison du petit chaperon rouge. Source Gallica

Bien connaître ses ancêtres, c’est aussi découvrir les lieux où ils ont vécu : maisons, fermes, boutiques, demeures, manoirs, voire pour certains châteaux. De la même façon que le patronyme, l’habitation peut se transmettre de génération en génération et certains habitent aujourd’hui une maison de famille qui a vu naître une grand-mère ou mourir dans son lit un arrière-grand-père. Ce n’est pas mon cas. La maison où nous vivons, Sylvie et moi, et qui a vu grandir nos garçons, c’est nous qui l’avons fait bâtir et celle de mes parents, je l’ai vu elle aussi se construire lorsque j’étais enfant.

Pour trouver des maisons de famille transmises sur plusieurs générations, il me faut remonter à celles occupées par mes grands-parents.
Du côté de mon père, il s’agit d’une ferme, où sa famille a travaillé pendant longtemps sans en être propriétaire. J’en trouve mention dans les registres paroissiaux de la fin du XVIIIe siècle. Je sais que la maison, la grange, l’écurie et le toit à bestiaux ont été incendiés en septembre ou octobre 1793 pendant les guerres de Vendée et que la reconstruction date de 1800. Les premiers de mes ancêtres à s’y installer (Jacques Chesseron et Perrine Baudu, ainsi que la mère de cette dernière, Perrine Grellier) ont commencé à travailler sur cette terre vers 1835. Aujourd’hui, une partie de l’habitation est encore dans la famille car elle est occupée par un de mes cousins.
Du côté de ma mère, il s’agit d’une maison de bourg, avec quelques bâtiments agricoles. Elle appartenait déjà au couple de mes arrière-arrière-grands-parents, Eugène Nueil et Mélanie Blanchin, vers 1870 mais peut-être est-elle dans la famille depuis bien plus longtemps. Cette maison, je n’en ai connu que la moitié car, suite à un héritage, elle avait été divisée en 2 avant la naissance de ma mère en 1929. Aujourd’hui, elle a retrouvé son entité pour devenir le siège de la mairie et de la bibliothèque de la commune.

 

Je me rends compte que j’ai beaucoup de recherches à faire dans ce domaine que j’ai un peu négligé. Il va falloir que je me plonge dans les actes de notaires, les successions, le cadastre pour en savoir un peu plus sur ces 2 maisons. Quand ont-elles été bâties précisément ? Qui était propriétaire ? Quelles personnes y ont vécu successivement ? Écrire cet article a excité ma curiosité : j’ai plein de nouvelles pistes de recherches que j’ai hâte de mener.

L comme lignée

dicos_a_0 - CopieLa pratique de la généalogie m’aura au moins appris le sens de 2 mots : agnatique et cognatique. Je sais maintenant que la lignée agnatique ne prend en compte que la ligne des pères et que la lignée cognatique concerne uniquement la ligne des mères. Quand je les étudie sur mon arbre, une impression de stabilité domine du côté agnatique où rien ne semble bouger à l’image du patronyme. Tandis que du côté cognatique, je suis étonné à chaque fois que change le nom de famille.

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Young Stribling, son père et son fils. Source Gallica

Ma lignée agnatique est donc sans surprise. Peu de déplacements géographiques, une grande stabilité sociale et « culturelle ». Je ne peux remonter jusqu’à présent que 8 générations au-dessus moi. Le plus ancien ancêtre connu (il me manque encore la preuve formelle, mais j’ai de fortes présomptions) est Mathurin Deborde qui vivait vers la Chapelle-Saint-Étienne (Deux-Sèvres) aux alentours de 1700.  Sa descendance s’installe ensuite un peu plus loin, à Pugny, vers 1740 et, pour ce qui me concerne, elle y reste jusqu’en 1830. Le fils Alexis Deborde (1714-1785), puis le petit-fils André Deborde (1749-1822) travaillent en temps que bordier dans cette paroisse, à la ferme de La Forge. Le fils unique d’André, Pierre Deborde (1799-1879) bouge davantage. Il change plusieurs fois de ferme pour s’installer finalement à Terves, vers 1850. Et c’est avec la génération suivante que Joseph Deborde (1825-1907), fixe la famille à la ferme des Touches pour plus d’un siècle. C’est là que travaille ensuite son fils Lucien Deborde (1862-1939) qui fut maire de la commune, puis son petit-fils, Hubert Deborde (1896-1938), mon grand-père. Il faut donc attendre mon père pour quitter le milieu agricole et la campagne : il a travaillé comme infirmier à l’hôpital de Niort, la préfecture du département.

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Mère et fille non identifiées. Source Gallica

La lignée cognatique est plus avancée puisque j’ai la chance de pouvoir la remonter 11 générations au dessus moi. Et elle est surtout plus variée. À chaque génération, il y a du changement, dans le métier des maris, dans le statut social, ou même dans les croyances. Ma plus ancienne ancêtre connue sur cette ligne, c’est Jeanne Denfer (1626-1706), une protestante, femme d’un notaire de Foussais (Vendée). Sa fille, Aimée Normand (1661-1707), épouse aussi un notaire, s’installe à Loge-Fougereuse et se convertit au catholicisme en 1681 au moment des dragonnades. Ensuite, il y a Louise Auditeau (1684-1724) qui épouse un menuisier. Elle et son mari décèdent tôt. Sa fille Rose Brossard (1715-1780) est élevée par son beau-père et sa nouvelle femme.  Elle épouse un maréchal avec qui elle a de nombreux enfants. Parmi eux, Jeanne Châtaigner (1757-1793). Elle ne sait ni écrire ni signer contrairement aux autres ascendantes que je viens d’évoquer. Elle descend dans l’échelle sociale en épousant un bordier de Saint-Maurice-des-Noues. Sa fille Jeanne Paillat (1784-1847) est « fille de confiance » et épouse un sabotier. À la génération suivante, il y a Monique Bonnin (1808-1883) qui voit sa situation sociale s’améliorer. Avec son mari, de simples journaliers au début de leur mariage, ils deviennent gardes particuliers au château de la Ménardière de Saint-Pierre-du-Chemin. Leur fille, Marie-Louise Daguisé (1835-1906) s’éloigne de sa famille et quitte la Vendée pour les Deux-Sèvres en épousant un cultivateur de Combrand. Ils ont Philomène Poirier (1878-1902), mon arrière-grand-mère qui a la vie la plus brève de toutes ces femmes. Elle meurt peu après son mariage avec un paysan de Terves, à 24 ans, des suites de l’accouchement de sa fille. Cette enfant, c’est ma gentille grand-mère Marie Turpaud (1902-1999) qui au contraire de sa mère a vécu très longtemps (97 ans). Avec mon grand-père qui tenait une petite exploitation agricole elle a élevé une grande famille. Et j’arrive enfin à ma mère qui elle aussi a fait bouger ma lignée cognatique en s’installant avec mon père à Niort.

Pour résumer, du coté agnatique, avant mon père, j’ai une ascendance de paysans un peu aisés, assez cultivés par rapport au milieu où ils évoluent, très catholiques, ayant eu la chance de vivre plutôt longtemps (si on excepte mon grand-père décédé accidentellement à 42 ans)  et dont le domicile se limite à quelques fermes du Bocage bressuirais. Du côté cognatique, ce n’est certes pas la révolution à chaque génération mais il y a bien plus de mouvement, bien plus de variété. Ces femmes ont eu des vies très différentes : certaines étaient aisées et d’autres misérables ; certaines sont mortes trop jeunes et d’autres ont eu une longue vie. Il y a des femmes illettrées et d’autres qui savent lire et écrire. Il y a des catholiques et des protestantes. Elles ont vécu avec des maris aux professions très diverses : notaire, menuisier, maréchal, bordier, sabotier, garde, cultivateur, infirmier. Celles qui ont vécues assez longtemps ont eu une progéniture souvent nombreuse, mais pas toujours. Elles m’ont promené plus loin et plus souvent que du côté des pères.

Il y a une certaine logique à cette différence entre la filiation agnatique et la filiation cognatique. Les mentalités d’autrefois font que les fils bougent peu, ils reprennent la ferme, surtout s’ils sont les aînés. Tandis que les filles ont des destins moins écrits : en se mariant elles quittent souvent la terre qui les a vu grandir, elles s’adaptent à une nouvelle vie, avec malheureusement plus de risques de déchoir que de s’élever.

Je ne voudrais pas finir sans donner quelques petits éléments utiles pour briller en société.
– Le mot agnatique vient de du latin agnatus, évolution de ad natus (né à côté de)
– Le mot cognatique vient du latin cognatus, évolution de cum natus (né avec).
– Et, dans les 2 cas, il faut séparer à l’oral le G et le N comme dans « agnostique » et dans « gnou ». On prononce donc agu’natique et cogu’natique.