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« La paye des moissonneurs » (détail) de L.A. Lhermitte

En 1765, Alexis Roy n’est plus tout jeune. Il a 75 ans, mais on lui en donne 80. Ce métayer de Chanteloup est né en 1688 à Clessé. Avec sa femme Françoise Dugé, ils ont eu 9 enfants, 8 filles et un garçon. Alexis est veuf depuis plus de 15 ans. Son fils est sans doute décédé jeune, ses filles sont toutes mariées (voire veuves) sauf la plus jeune Marie, pourtant majeure. Ne pouvant apparemment plus subvenir maintenant à ses besoins, il faut donc trouver une solution pour lui et la dernière de ses enfants. C’est un acte de « non communauté », en date du 18 octobre 1765, passé devant notaire avec une de ses filles, Perrine Roy, et le mari de celle-ci, François Grelier, métayer au Coudrais de Chanteloup, qui nous apprend quel arrangement a été trouvé.

« Alexis Roy… demeurera dans la maison de son gendre et de sa fille ainsi que la dite Marie Roy. Ils n’entendent contracter aucune communauté entre eux… Le dit Grelier, par amitié paternelle, veut bien que le dit Roy son beau-père soit soigné, blanchi, chauffé en sa maison aux conditions qu’il sera obligé de se nourrir et de s’entretenir de pain et de vin, et en cas qu’il soit malade, de payer les chirurgiens et les médecins, et que le dit Grelier et sa femme fourniront le commentage (?) au moyen de quoi le dit Roy s’oblige à leur payer pour chacun an la somme de 6 livres. »

Tout est bien bordé dans cet acte qui aborde également par la suite la situation de sa fille Marie. L’amitié paternelle joue certainement mais les considérations familiales aussi. Alexis Roy a d’autres filles et gendres et il n’y a pas de raison que la charge qu’il représente désormais soit supportée par un seul couple. On a donc défini quel sera  le coût de l’hébergement. De même, on a précisé les services qui seront rendus et ceux qui ne le seront pas, pour éviter tout litige éventuel : les frais de nourriture couvrent le pain et le vin, les frais médicaux ne sont pas pris en charge.

Cet acte est aussi intéressant car il nous apprend quelle pouvait être la valeur du patrimoine mobilier d’un bordier, à la presque fin de ses jours. Comme il s’agit d’un acte de non communauté, les biens d’Alexis Roy restent sa propriété, car, à son décès, ils ne reviendront pas uniquement à sa fille Perrine Roy et à son gendre François Grelier, mais ils devront être partagés entre tous ses héritiers. Le notaire de La Chapelle-Saint-Laurent, maître Jouineau des Loges, liste donc les meubles que possède Alexis Roy :

« Les meubles, que le dit Alexis Roy a dans la maison de sa dite fille et gendre, consistent premièrement dans un lit garni en lequel il couche et qui est proche de la cheminée, plus un coffre fermant à clef duquel il a coutume de se servir, plus un autre petit coffre proche de la fenêtre, et en un grand chaudron d’airain contenant près de 5 seaux (?), tous lesquels meubles ont été estimés 96 livres et 10 sols, en lequel coffre il déclare avoir quelques linges, tous lesquels meubles appartiennent au dit Alexis Roy, lesquels seront partagés après sa mort par ses héritiers au cas qu’il n’en ait point disposé… »

Les avoirs d’Alexis Roy nous semblent bien modestes aujourd’hui, mais ils étaient suffisamment importants pour mériter d’être répertoriés devant notaire. Les meubles de sa fille Marie sont détaillés eux aussi. Ils se composent d’un lit, d’un petit mauvais coffre et d’une mauvaise armoire, estimés le tout à 55 livres.

Cet acte aura permis à Alexis Roy, espérons-le, de passer les dernières années de sa vie, sa retraite dirait-on aujourd’hui, dans des  conditions acceptables.  Elle n’aura toutefois pas été longue car il décède 2 ans après. Il est inhumé le 22 novembre 1767  à Chanteloup.

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