Mots-clefs

, ,

croix_rouge_prisonniers_Hubert_Deborde-14-18

archives de la Croix Rouge, fiche individuelle

J’avais laissé Hubert Deborde, mon grand-père, encerclé par les Allemands à Fleury-devant-Douaumont le 23 juin 1916 (voir ici). On retrouve sa trace six jours plus tard, grâce aux archives de la Croix Rouge, à l’hôpital du camp de Grafenwöhr, en Bavière, non loin de l’actuelle frontière tchèque, où il est d’abord soigné pour une blessure à l’épaule gauche et au front.

Lucien et Marie, les parents d’Hubert, ont sans doute dû être soulagés quand ils ont eu un mois plus tard des nouvelles par la Croix Rouge, le 27 juillet 1916. Ils le furent encore plus le 29 août de la même année quand ils apprirent que leur autre fils, Alcide, disparu avant son frère le 4 mai 1916 à Verdun, était lui aussi vivant, prisonnier dans le camp de Soltau, entre Brême et Hambourg, 500 km plus au nord de son frère. Ce camp de prisonniers était le plus grand d’Allemagne, avec jusqu’à 73 000 détenus dont 23 000 Français.

Quant à Hubert, il s’est donc retrouvé à cause de ses blessures dans le camp de Grafenwöhr. En effet, il s’y trouvait un hôpital, avec pour personnel des médecins français, prisonniers eux aussi. Les conditions de détention n’étaient sans doute pas idéales, même si les photos et cartes postales qui existent sur ce camp montrent des locaux presque pimpants et des prisonniers souriants. On sait depuis que la propagande peut faire mentir les images. Le travail des historiens a montré que, malgré l’aide de sociétés humanitaires comme celle de la Croix Rouge, malgré la convention de La Haye de 1907 stipulant que les prisonniers de guerre doivent être traités avec humanité, les détenus étaient globalement mal nourris, mal logés, mal soignés.

Grafenwöhr_camp_prisonniers_14-18_carte_postale_ancienne

Camp de prisonniers de Grafenwöhr, carte postale ancienne

La présence à proximité de Grafenwöhr d’un cimetière français de 500 tombes rappelle aussi à la réalité, il s’agit bien d’un camp de prisonniers où l’on pouvait mourir de ses blessures, des mauvaises conditions de vie ou du manque de soin.

Hubert et son frère Alcide vont donc passer plus de deux ans dans leur camp de prisonniers respectif. Ils ne sont pas les seuls. À la fin de la guerre, il y a plus de 2 400 000 prisonniers en Allemagne dont 500 000 Français. Ils sont rapatriés après l’armistice. Hubert revient en France peu après Noël, le 26 décembre 1918. Il finit son service militaire à Royan le 20 septembre 1919, avec un certificat de bonne conduite. Il se marie moins d’un an après avec Marie Blais et reprend la ferme familiale. Ils ont eu 4 enfants, dont mon père. Si j’ai bien connu ma grand-mère, « Mémé des Touches », ce n’est pas le cas pour mon grand-père paternel. Celui-ci est décédé accidentellement en 1938, âgé de 42 ans, bien avant ma naissance. Je n’ai pas de témoignage oral même indirect, je n’ai pas non plus de correspondance qui apporterait une lumière supplémentaire sur les années de guerre et de détention qu’il a vécues. Pour lui, comme pour beaucoup de soldats, prisonniers ou non, la période de la guerre est restée enfouie dans le silence.

Publicités