Mots-clefs

, , , ,

À force de relever les actes d’état civil dans les registres, je me suis rendu compte que plusieurs de mes ancêtres ont été maires de communes du département des Deux-Sèvres. Le premier l’a été à Largeasse dès septembre 1815. Il faut dire que ce n’était guère possible avant le XIXe siècle puisque la fonction officielle de maire date de la Révolution française, en même temps que le statut de la commune était créé.

Cette fonction a souvent évolué, tant dans le mode de nomination que dans les pouvoirs détenus, au gré des nombreux changements de régime (républiques, monarchies, empires). La tendance de fond, au XIXe siècle, était cependant que le maire soit choisi par le préfet, représentant du pouvoir central, même s’il est arrivé qu’il soit élu au sein du conseil municipal élu par les habitants de la commune avec un système plus ou moins censitaire. Il est vrai que le rôle du maire est alors plus de représenter l’État que de gérer sa commune. Les maires sont aux ordres du régime en place. Il faut attendre 1882 pour que le maire soit définitivement élu par le conseil municipal (sauf durant la période de « Vichy »).

Les édiles du XIXe siècle servent donc davantage le pouvoir que les habitants de la commune. Ils ont plus ou moins un rôle de fonctionnaire, sans être rémunérés : ils doivent tenir les listes pour le recensement militaire, les listes électorales et bien sûr l’état civil. C’est grâce à cela que j’ai de nombreuses signatures de 5 de mes ancêtres.

maires deux-sèvres

extraits de divers registres des AD 79

Les 3 plus anciens ont donc été nommés par le préfet des Deux-Sèvres, et les 2 derniers élus par un conseil municipal :

  • François Frouin est le maire de Largeasse de septembre 1815 à mars 1819, au début de la Restauration. Il est né en 1758 à Terves et se définit, selon les cas, comme propriétaire ou marchand. Il réside à Largeasse depuis son mariage en 1782. Il a 57 ans quand il occupe ce poste de maire.
  • René-François Frouin est le maire de Courlay de janvier 1816 à mai 1819. Il est né en 1783 à Largeasse et habite à Courlay depuis son mariage en 1809. Fermier et cabaretier, il est le fils de François Frouin, le maire de Largeasse. Il devient maire à l’âge de 33 ans et le reste durant la même période que son père. Peut-être s’entraidaient-ils pour remplir leur taches administratives ?
  • Jean Ratron est le maire de Saint-Sauveur-de-Givre-en-Mai de février 1830 à septembre 1843, il reste donc en place pendant la Monarchie de juillet. Né en 1805 dans cette commune, il est nommé maire très jeune, puisqu’il n’a que 25 ans quand il prend ses fonctions, suite au décès de son prédécesseur. C’est celui de mes ancêtres maires qui le restera le plus longtemps (13 ans). Son frère occupera plus tard la même responsabilité dans la commune.
  • Auguste Goron est le maire de Sanzay de juin 1896 à mai 1904. Nous sommes alors sous la IIIe République. Il est donc élu au sein du conseil municipal. Né en 1845, il réside à Sanzay depuis son 1er mariage en 1870. C’est un cultivateur âgé de 51 ans qui doit alors gérer sa commune.
  • Lucien Deborde, mon arrière-grand-père, est le maire, également élu, de Terves d’octobre 1898 à janvier 1906. Né dans cette commune en 1862, il est cultivateur lui aussi, âgé de 36 ans quand il commence son mandat qui durera 8 ans. Comme Auguste Goron, peut-être est-il monté à Paris le 22 septembre 1900 pour participer au grand banquet de tous les maires de France organisé par le président de la République Émile Loubet dans le jardin des Tuileries.
Banquet_des_maires_1900

illustration du « Petit Parisien » de Ch. Ines et L.-F. Méaulle

Mes 5 aïeux maires du XIXe et du début du XXe siècle sont donc des petits notables de leur village. Représentants de la France rurale, ils sont cultivateurs et propriétaires, relativement aisés et relativement instruits, issus du terroir. Ils sont là pour  tenir les registres, appliquer les directives du pouvoir, quel qu’il soit (par exemple, construire et entretenir des écoles suite à la loi Guizot de 1833…) et avoir un rôle de police sur leur territoire. À cette époque, surtout dans les villages, on ne leur demande pas d’avoir de projet politique local. Peut-être parce qu’ils ont finalement peu de responsabilités, il est possible d’accéder assez jeune à cette fonction : 3 de mes 5 ancêtres ont moins de 40 ans quand ils sont devenus maires et le plus précoce n’a que 25 ans.

Publicités