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dessin de Turf extrait de « La Fontaine aux fables » (ed.Delcourt)

« COT COT COT » c’est le bruit de la basse-cour que j’entendais enfant lorsque j’allais rendre visite à mes grands-parents, à la campagne. Je revois une de mes grand-mères allant chercher les œufs dans le poulailler ou donner le grain aux poules. Je me rappelle aussi qu’elles finissaient parfois à la casserole. Les bruits de la ferme, ce sont ceux qu’ont entendus presque tous mes ancêtres. Je suis originaire des Deux-Sèvres (j’y réside toujours) et j’ai beau remonter toutes les branches de mon arbre généalogique, je ne m’éloigne guère géographiquement du bocage qui a vu naître mes parents. Les Deux-Sèvres, c’était autrefois un département presque exclusivement agricole et rural. Regardez l’illustration choisie en bannière du blog : âne, vache, cochon, dindon, canard… presque tous les animaux de la ferme sont là. Il ne manque que la poule ! J’ai quand même voulu vérifier l’exactitude de mon impression que tous mes ancêtres étaient paysans. J’ai donc mis en pourcentages leur profession. Voilà ce que cela donne :

  • travailleurs des champs (laboureurs, bordiers, métayers, journaliers…) :62 %
  • tisserands (sergiers, droguetiers…) : 10%
  • commerçants (marchands, aubergistes, boulangers…) : 8%
  • artisans (chaudronniers, charrons, maréchaux, sabotiers…) : 8%
  • meuniers : 5%
  • travailleurs du bâtiments (maçons, chauliers, charpentiers…) : 4%
  • divers (notaires, médecins, écuyers…) : 3%

Ce classement montre donc que près des deux tiers de mes ancêtres, toutes générations regroupées, vivaient (ou survivaient) exclusivement de la terre. Mais, en fait, c’est beaucoup plus car presque tous mes aïeux qui se déclaraient tisserands ou artisans avaient cette occupation en complément d’une activité agricole. Ainsi, au hasard des actes, tel individu est sabotier puis métayer ou tel autre est médecin puis bordier ! Il n’y a guère que les notaires et les meuniers que je n’ai pas vu déclarer travailler aussi dans les champs. C’est sans doute plus de 90% de mes ancêtres qui avaient une activité agricole.

La quasi-totalité de ces mêmes aïeux vivait à la campagne. Jusqu’au XXe siècle, très peu des ancêtres que j’ai retrouvés résident en ville (quelques uns à Parthenay et à Thouars, 2 villes du nord de mon département). Ils habitent presque tous des métairies, des hameaux, des villages, au mieux des gros bourgs. Aller à la ville est un mouvement très récent dans ma généalogie : le premier qui s’est installé en ville a ouvert un commerce à Coulonges-sur-l’Autize  vers 1870, la mémoire familiale dit qu’il n’était pas très doué pour les affaires. Il a fallu attendre après la guerre 14-18  et un de mes grands-oncles parti tenir une épicerie à Niort (la préfecture) pour voir s’amorcer dans mon ascendance le mouvement d’exil rural entamé depuis longtemps au niveau national. Il s’est amplifié après la guerre 39-45, avec la génération suivante. Ainsi, mes parents ont quitté leur village pour s’installer à Niort après leur mariage, dans les années 50.

La ferme familiale de mes grands-parents maternels trop petite s’est arrêtée à leur retraite dans les années 60. Celle du côté paternel, qui appartenait à des ascendants depuis 1836 est restée plus longtemps occupée par des oncles et des cousins mais elle n’est plus exploitée par la famille depuis de longues années. Aujourd’hui, je ne connais qu’une seule cousine mariée à un agriculteur qui vive dans une ferme.

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Dessin de la ferme natale de mon père (archives familiales)

Désormais, le contact avec la vie rurale est devenu rare pour moi comme pour beaucoup d’entre nous. Ce n’est plus le quotidien de mes ancêtres, ce n’est plus l’hebdomadaire ou le mensuel de mes visites à la famille pendant l’enfance. Pourtant, faire de la généalogie, retrouver ses ascendants, ce n’est pas que rechercher devant un ordinateur ou dans une salle de lecture un acte dissimulé. Avec les beaux jours, c’est  aussi prendre ses chaussures de marche ou enfourcher son vélo, partir pour la campagne et revoir la ferme que l’on a connue enfant ou parcourir un itinéraire et découvrir les métairies de nos lointains ancêtres. Sinon, adieu, veau, vache, cochon, couvée… adieu les « COT COT COT » !

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