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dessin extrait de « L’évasion des Dalton » de Morris et René Goscinny (éd. Dupuis)

« PAN ! PAPAPAPAN ! PAN ! » Un guet-apens est tendu, des coups de feu claquent, un homme meurt… Cette scène, elle ne se passe pas au Far West au XIXe siècle, mais dans le Poitou un siècle plus tôt et je ne l’aurais pas découverte si je n’avais pas dans ma famille une branche (une brindille plutôt) aristocratique, les Gentet, sieurs d’Estrie. Par curiosité, j’ai élargi mes recherches sur cette famille car ce n’est pas tous les jours que je trouve du sang bleu, même clair, dans mon arbre. C’est ainsi que j’ai découvert dans le registre tenu par Armand Martineau, le curé de Chanteloup, cet acte de décès titré comme si c’était dans le journal : « Monsieur d’Estrie mort tragique »

Estrie_mort_tragique_Boismé_Chanteloup

AD79 Chanteloup BMS 1701-1736, vue 253

« Le quatrième du mois de décembre (1726) a été enterré dans la chapelle de Saint-Pierre le corps de messire Jacques René Gentet, écuyer, sieur d’Estrie, qui a été assassiné dans la paroisse de Boismé proche Corbin, lequel corps  a été levé par le nommé Bourgeron, vicaire de Boismé, et le fit transporter dans son église qui y resta trois jours. La visite de son corps fut faite par les officiers de Bressuire qui en firent procès-verbal en présence du sieur curé de Boismé et moi, avec une affluence de peuple, dont on aperçut trois balles passées au travers du cœur qui ont passé d’outre en outre, dont en aperçut que les balles étaient avec des morceaux de cuiller d’étain avec plusieurs grains de plomb. Le 4ème jour, moi dit curé et vicaire assisté de messire Jacques Jaudonnet, écuyer, sieur de Lavau, son cousin germain, nous nous transportâmes à Boismé pour réclamer le cadavre qui nous fut délivré par ledit curé et fut conduit avec tout honneur avec flambeau selon sa qualité avec l’affluence du peuple infini, et surtout de tous les habitants. L’on exposa son corps dans l’église et comme moi dit curé prêt de le mettre en terre, l’on me fait défense de par le Roi de non l’enterrer. Le corps resta dans l’église 5 jours et Mr Leprovost de Fontenay s’y transporta et fit encore une 2ème visite après quoi fut enterré en présence de messire de Lavau et de presque toute la paroisse… »

Ce Jacques-René Gentet mort tragiquement est un petit-fils de mon ancêtre François Gentet, seigneur d’Estrie et des Forges. Ma curiosité est piquée au vif : le meurtre d’un notable, des enquêteurs qui viennent de Bressuire et même de Fontenay-le-Comte, 9 jours d’attente avant d’avoir l’autorisation d’inhumation, il me fallait en savoir plus sur la victime et sur son assassin, si celui-ci avait été découvert ! L’avantage de la noblesse, même petite, c’est qu’il existe des ouvrages qui lui sont consacrés, cela aide pour la recherche ! Le « Dictionnaire historique et généalogique du Poitou » donne de nombreux renseignements sur cette famille Gentet. Il faut bien sûr utiliser cette source avec précaution car plus on recule dans le temps, plus elle est hypothétique voire parfois erronée. Pour la victime de l’assassinat, j’ai plutôt tendance à faire confiance à la notice qui lui est consacrée.

Jacques_René_Gentet_EstriesJacques-René Gentet n’est donc pas non plus un enfant de chœur, s’il est avéré qu’il a fui en Irlande suite à une affaire criminelle. Le meurtrier, c’est son neveu Henri d’Arcemalle. C’est le fils de sa sœur Renée-Angélique Gentet et de son beau-frère Jean d’Arcemalle. Le tueur a peut-être 28 ans quand il abat son oncle âgé de 54 ans, espérant ainsi résoudre un conflit sur la possession de titres et de biens. L’enquête a été bien menée puisque le motif du crime est élucidé. Mais, comme trop souvent, le vrai coupable échappe à la justice et c’est son domestique qui subit la peine d’être rompu vif. Peut-être même l’assassin est-il absous par la justice ? En effet, on trouve la trace, 6 ans plus tard, en 1732, de Jacques-Henri d’Arcemalle, auteur d’un projet (inabouti) de canaux reliant la Sèvre nantaise, le Thouet et la Vendée. C’est sans doute le fils, né le 4 octobre 1698 au Langon dans l’actuelle Vendée, de Marie-Angélique Gentet et de Jean d’Arcemalle (auxquels je n’ai pas trouvé d’autre enfant).

Tout cela ne semble ni moral, ni juste, même si l’assassinat ne profita financièrement à personne : par décret de l’hôtel des requêtes à Paris, le château d’Estrie fut confisqué et adjugé en 1747 à François-Xavier Brochard d’Auzay pour la somme de 35 500 livres.

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