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C’est peut-être dû à la nostalgie de l’enfance et de l’école mais j’aime beaucoup les empreintes laissées par le tampon encreur sur le papier. Grâce aux recherches généalogiques, j’ai souvent le plaisir de retrouver ce type d’image. En effet, l’usage de papier timbré est rendu obligatoire sous Louis XIV pour la tenue des registres paroissiaux et il perdure pendant et après la Révolution française sur les registres d’état civil. Cela permettait, outre de collecter quelques taxes, d’avoir des registres certifiés et fiables. Je me suis amusé à rechercher quelques unes de ces empreintes à Courlay (Deux-Sèvres) entre 1700 et 1912.

Pendant l’Ancien régime, le papier timbré est une taxe payée à la généralité de Poitiers. La monnaie d’alors est le sol et le denier. On voit que l’inflation des taxes et impôts n’est pas un phénomène récent. Le timbre varie dans son dessin aussi selon les époques. La généralité de Poitiers est toujours mentionnée. La fleur de lys royale est toujours présente, plus ou moins visible. Elle est toutefois dominée visuellement autour de 1747 par le blason aux 5 tours du Poitou.

timbres ancien régime

images extraites des registres paroissiaux de Courlay (AD79)

timbre registre naissance courlay 1803-1817 vue 17 an XIV n°2png

image extraite des registres d’état civil de Courlay (AD79)

Pendant la Révolution française, le principe du timbre fiscal demeure mais, changement de régime oblige, les tampons sont modifiés. La monnaie n’est plus le sol et le denier, mais le franc, le décime et le centime. La Généralité qui était l’échelon où était perçu l’impôt a disparu. Le papier timbré semble être maintenant le même au niveau national. J’ai cependant trouvé en 1803 un timbre nominatif du département des Deux-Sèvres. le graveur a eu du mal à mettre dans l’ordre le nom du département (SEVRES LES DEUX).

Sur les tampons la symbolique alors hésite d’autant plus que la France est instable : Convention, Directoire, Consulat se succèdent avant l’Empire. Ainsi, toujours à Courlay, j’ai trouvé dans les registres d’état civil d’abord un timbre modifié de la monarchie constitutionnelle d’inspiration mythologique (il y avait écrit la « loi le roi » mais « le roi » a été effacé), un en forme de pièce de monnaie, un avec une représentation ailée de la loi, un avec des symboles maçonniques, un autre avec le dieu Neptune semble-t-il (ou Hercule ?). La mention « République Française » apparait en abrégé sur 3 d’entre eux.

timbres révolution

images extraites des registres d’état civil de Courlay (AD79)

Après la période révolutionnaire très instable, différents régimes se succèdent encore en France, mais sur un rythme plus lent : Premier Empire, Restauration, Monarchie orléaniste, Seconde République, Second Empire… Pourtant, l’impression visuelle des timbres que je trouve à Courlay durant toute cette période est une grande unité. La justice, la loi ou la guerre sont représentées sous formes d’allégories féminines vêtues à la mode antique. Elles sont à côté d’un piédestal, presque toujours debout et accompagnées d’objets qui les caractérisent (table de la loi ou balance ou casque…). On reconnait le régime en place grâce aux mentions sur le pourtour (timbre impérial ou timbre royal) et grâce aux symboles (fleur de lys ou aigle). On voit que, comme sous l’ancien régime, tout augmente. On voit aussi que l’administration a du mal à suivre les changements de régime puisque le timbre impérial sert encore à Courlay en 1872.

timbres XIXe

images extraites des registres d’état civil de Courlay (AD79)

La République est rétablie en septembre 1870. Il en résulte, à Courlay comme ailleurs, une grande stabilité de la représentation des timbres sur les registres d’état civil. On a gardé l’image du timbre impérial de l’allégorie de la justice mais, dans un premier temps, on a pris soin d’effacer l’aigle et le mot impérial. Cette image reste la même dans les registres de Courlay jusqu’en 1912. Seul change le prix et on rajoute aussi sur le pourtour la mention « République française ».

timbre république

images extraites des registres d’état civil de Courlay (AD79)

Ces timbres finalement nous donnent pas mal d’informations. Et, si on oublie un peu leur caractère officiel, si on les regarde au premier degré, ils apportent un peu de légèreté aux registres. Rien qu’à Courlay, j’y ai vu des châteaux, des fleurs (de lys), des oiseaux (impériaux), des hommes allongés et des femmes debout, des balances, des épées, des lances, des boucliers, des couronnes, des lauriers, des yeux… de quoi s’inventer plein d’histoires !

Sources
Papier timbré, Wikipédia
Les papiers timbrés ou entiers fiscaux de la généralité de Riom de Jean Troupel

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