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L’exercice poétique « Sort fatal à Moncoutant » m’a fait penser et passer à un autre exercice, mathématique celui-ci : dénombrer dans ma généalogie les couples dont les décès des 2 membres sont très rapprochés. La complainte de Jean Talon et Marie Bruneau, morts à 12 jours d’intervalle, m’a remis en mémoire bon nombre de drames similaires.

2 tombes

J’ai été saisi plus d’une fois, en feuilletant des registres paroissiaux ou d’état civil, de rencontrer sur la même page le décès du mari et de l’épouse. J’avais même l’impression que c’était une situation plutôt fréquente. J’ai donc entrepris de vérifier et de chercher combien de couples de mon arbre auraient pu avoir droit eux aussi à leur petit poème en 100 mots. En me limitant aux seules Deux-Sèvres et aux seuls ancêtres dont je connais de façon sûre les dates de décès, j’ai trouvé 6 couples de SOSA dont les décès sont espacés de moins d’un mois (et j’en ai beaucoup plus si j’élargis aux collatéraux). Je les ai classés selon l’écart entre les décès :

1 seul jour : Jean Marillaud (76 ans) et Marianne Forgeard  (76 ans), décédés en juillet 1757 à Courlay
2 jours : Pierre Dieumegard (66 ans) et Françoise Marillaud (48 ans), décédés en avril 1739 à Neuvy
1 semaine : Jean Bironneau (51 ans) et Françoise Fournier (50 ans), décédés en mars 1697 à Largeasse
1 semaine : Jacques Puchaud (vers 60 ans) et Marie Hérissé (vers 60 ans), décédés en février et mars 1787 à Voultegon
12 jours : Jean Talon (48 ans) et Marie Bruneau (42 ans), décédés en janvier 1750 à Moncoutant  (Sort fatal à Moncoutant)
1 mois : René François Blanchin (62 ans) et Rosalie Hyacinthe Frouin (53 ans), décédés en octobre et novembre 1861 à Terves.

Ces couples d’aïeux, je vois bien qu’il ne s’agit pas de jeunes mariés : l’âge des défunts va de 42 à 76 ans. Si on excepte le couple Talon-Bruneau au sort fatal, ils ont rarement des enfants à charge. Et, quand c’est le cas, ceux-ci sont presque adultes. Faire cette recherche m’aura au moins permis d’éliminer la fausse impression qu’il s’agissait de mariés plus jeunes. Ces décès ne semblent pas correspondre à de grandes épidémies ayant sévi dans les villages car je ne constate pas de surcroit de mortalité aux mêmes dates. Cependant, je me doute bien qu’une maladie contagieuse pouvait frapper durement une famille en peu de temps, sans s’étendre au delà d’une ferme ou d’un hameau.

décès marillaud forgeard

AD 79, BMS Courlay 1741-1755, vue 173. Actes d’inhumation de Jean Marillaud et Marianne Forgeard

Alors, de quoi sont morts en deux jours Jean Marillaud et Marianne Forgeard sa femme en 1755 à Courlay ? Les actes d’inhumation ne s’en émeuvent pas et ne le disent pas. Tous les 2 sont nés vers 1680. Ils se sont mariés avant 1710 et sont parents de 5 enfants qu’ils ont eu la joie de voir vivre, grandir, se marier puis leur donner des petits-enfants. Quand je regarde ce que je sais de leur vie, je me dis que c’est une de ces rares familles d’autrefois épargnée par des drames successifs. Peut-être y avait-il même un peu d’aisance : Jean Marillaud sait signer, il est marchand, 2 de ses fils auront le même métier et un autre sera maréchal. Leur vie est sans doute banale et heureuse, longue assurément pour l’époque (76 ans tous les 2 dont plus de 45 ans de mariage). Unis, ils le seront jusque dans la mort puisqu’ils décèdent à Courlay, Jean le 14 juillet 1755 et Marianne le lendemain.

Oui, de quoi sont-ils morts ? Et de quoi sont morts tous ces couples aux décès si rapprochés ? Je n’ai pas fait de calculs statistiques, mais je trouve qu’il y a tout de même beaucoup de cas. Alors, il y a sûrement l’âge, il y a certainement des maladies contagieuses, mais je ne peux m’empêcher de penser que Marianne Forgeard ou certains de mes ancêtres sont morts de chagrin, et peut-être même de chagrin d’amour.

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