Littérature et généalogie
La Chorale des maîtres bouchers
et Omakayas : des origines multiculturelles.

Louise Erdrich est l’une des grandes voix de la littérature amérindienne, elle est issue d’une double culture : sa mère est indienne et son père a ses racines en Allemagne. Toute son œuvre interroge ses origines, on y trouve ainsi des titres aussi différents que La Chorale des maîtres bouchers qui parle d’immigrés allemands et Omakayas qui évoque une famille indienne.

chorale_des_maitres_bouchersDans le premier roman, nous suivons, Fidelis Waldvogel, un jeune soldat allemand qui rentre du front en 1918. Il rend visite à Eva Kalb, la fiancée d’un de ses meilleurs amis mort au front. Il découvre qu’elle est enceinte et décide de l’épouser. Afin de prendre un nouveau départ, il émigre aux États-Unis avec la valise de couteaux de son père, boucher comme lui.

omakayas
Dans le second, nous découvrons Omakayas, petite indienne Ojibwa de 8 ans, qui vit avec ses parents, sa grand-mère et ses trois frères et sœurs sur une île du lac Supérieur. Elle est heureuse et ne sait pas encore que trois saisons plus tard, sa vie aura changé…

Ces deux livres ne parlent pas de généalogie mais évoquent le passé et l’histoire. Beaucoup d’arbre généalogiques permettent de croiser plusieurs cultures. Pour l’instant, ce n’est pas le cas du mien ; mon ancêtre le plus lointain est venu du Puy-de-Dôme jusqu’en Deux-Sèvres, soit quelques 400 kilomètres ! Mais je ne désespère pas de trouver un jour un grand voyageur… Les migrations, les exils ont permis à des hommes et des femmes de se rencontrer et de partager leur vie. Ces rencontres sont le plus souvent source d’enrichissement, elles apportent une ouverture au monde, à d’autres sociétés et d’autres traditions.

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George Catlin, portrait de White Cloud. National Gallery of Art, Washington DC

Pour sa part, Louise Erdrich a publié de nombreux titres qui évoquent les Amérindiens. C’est aussi le cas de Tony Hillerman et Craig Johnson, deux auteurs de séries policières. La vie dans les réserves est également au cœur de l’œuvre de Sherman Alexie, romancier né de parents indiens, qui a écrit, entre autres, Le premier qui pleure a perdu. Je pense encore à Joseph Boyden, romancier canadien aux origines indiennes, irlandaises et écossaises et à son merveilleux Chemin des âmes.
Pour revenir à Louise Erdrich, elle est née dans une réserve indienne du Dakota du nord. Elle dit en évoquant son peuple :


« … le crime originel des États-Unis est d’avoir tenté d’effacer les territoires indiens et de nous réduire au silence. Notre histoire est faite d’âpres négociations pour continuer d’exister. »


Celle pour qui « la littérature permet au moins de laisser une trace, de témoigner et de s’insurger » a choisi d’écrire pour faire connaître l’histoire et la culture de ses ancêtres, pour qu’on n’oublie pas ce qui est arrivé à son peuple. C’est la même démarche que nous avons quand nous nous lançons dans la généalogie, nous essayons de montrer des hommes et des femmes jusque là oubliés, de donner une existence à des êtres souvent trop humbles pour être retenus par l’Histoire.

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