Littérature et généalogie
Une étoile aux cheveux noirs
: l’immigration algérienne.

Dans Une étoile aux cheveux noirs Ahmed Kalouaz, écrivain français, né en 1952 en Algérie, évoque sa mère. Il poursuit ici l’exploration de la mémoire familiale entamée avec un précédant récit Avec tes mains, dans lequel il faisait revivre la figure paternelle, ainsi que À l’ombre du jasmin, lettre à sa sœur ainée, disparue à l’âge de 4 ans, dont il ne reste même pas une photo.
Ces trois histoires permettent à Ahmed Kalouaz d’explorer la mémoire familiale et sans doute aussi de comprendre comment il est devenu écrivain malgré le désert de mots dans lequel il a grandi.

etoile_aux_cheveux_noirsEn ouvrant Une étoile aux cheveux noirs nous mettons nos pas dans ceux du narrateur qui entreprend un lent voyage vers sa mère. Elle a 84 ans et vit depuis quarante ans au 8e étage d’une cité de Grenoble dont elle va devoir partir.
Pour la rejoindre, l’homme décide de parcourir les 1 000 kilomètres qui les séparent sur la mobylette de son père décédé. Pendant ce périple sur les routes de France, fait de rencontres et d’échanges, il revient sur ses souvenirs d’enfance.
L’auteur évoque le destin de sa mère, venue d’Algérie dans les années 50 retrouver son mari qui travaillait déjà en France. Tout le livre est une longue lettre d’amour à celle qui fut sa vie durant une femme algérienne illettrée, soumise aux tâches ménagères et dévouée à ses 14 enfants, elle qui jamais n’eut droit à l’insouciance ou au bonheur dans sa vie quotidienne d’exilée, elle qui souffrait des rigueurs du climat de l’Isère après le soleil d’Algérie, elle qui à 84 ans doit vivre un nouveau déracinement puisque l’immeuble dans lequel elle vit va être détruit.


Tu n’aimes plus ce pays je crois. Est-ce l’idée de la mort qui approche ? Dans ta tête s’est établie une frontière que je refuse pourtant d’admettre, même si, comme en tapisserie, tu tisses des regrets, tu caches des colères trop longtemps contenues. Tu me parles souvent des invectives, du racisme que nous avons subi. Ma mémoire a fait le tri. Toi tu penses aux couvre-feux des années soixante, aux humiliations qui ont été infligées à ton mari, à ce temps qu’il a passé auprès de toi, étranger partout, traité comme un moins que rien, avant de finir sur une dernière vexation, un outrage à la hauteur du manque de considération dont il a souffert toute sa vie. Une vie de labeur, pour une retraite aux allures d’insulte.


Au-delà d’Ahmed et de sa mère, nous entendons la voix de toute une génération d’immigrés qui a quitté l’Algérie dans les années 50 pour le pays des Droits de l’Homme. Ils ont souvent trouvé un quotidien difficile, sans espoir d’avenir. Toutefois, parmi leurs enfants, certains comme l’auteur ont réussi à se construire et avoir une vie meilleure.

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