Littérature et généalogie
La saga des émigrants
: quitter son pays.

Mes ancêtres, pour la grande majorité d’entre eux, ont vécu dans le Poitou, mais je me rends compte que ma généalogie n’est pas forcement représentative. Beaucoup ont dû un jour quitter leur pays, que ce soit pour des raisons religieuses, économiques et sans doute parfois pour répondre à l’appel de l’aventure.
la-saga-des-emigrantsne_livre1_hdSouvent, pour survivre, il n’y avait d’autre choix que de partir. C’est ce que raconte Vilhelm Moberg dans La saga des émigrants. Cette série en 8 volumes* retrace l’histoire d’un groupe de Suédois de la province du Smaland qui décide d’émigrer aux États-Unis en 1850.
Karl Oskar et Kristina, un couple de paysans, travaille très durement mais ne réussit qu’à s’endetter un peu plus chaque année. Bientôt, la seule issue pour eux est le départ. Autour de ce couple va se joindre un petit groupe d’habitants du village.
Le premier volet montre une société suédoise qui n’arrive plus, de par la loi sur la propriété foncière, à faire vivre toutes les familles. À chaque génération les fermes se divisent et l’endettement s’accroît. C’est une des raisons qui pousseront environ 1 million de Suédois à quitter leur pays pour Amérique.

KarlOskarKristina_Adville

Statue de Karl Oskar et Kristina

La saga des émigrants est un monument de la littérature suédoise. Suzanne Jul, la directrice de la maison d’édition Gaïa, raconte qu’elle a créé sa maison d’édition pour publier deux auteurs, John Riel et ses Racontars et Wilhem Moberg et sa Saga des émigrants. Le livre a été adapté au cinéma par Jan Troell avec Max von Sydow et  Liv Ullmann. Aux États-Unis, il existe dans le Minnesota, État qui a connu une forte immigration suédoise, une statue représentant Karl Oskar et Kristina.

Les conditions de vie des paysans suédois à la fin du 19e siècle, malgré des différences liées au climat et à la législation, ne sont guère différentes de celle de nos ancêtres paysans en France. Lire le premier tome de la série, c’est un peu pénétrer dans les villages et les fermes de nos campagnes.


« Une fois sur la route, Karl Oscar se retourna une dernière fois pour regarder dans la direction de la maison. Son père et sa mère étaient toujours sur le perron à suivre des yeux ceux qui partaient : le père appuyé sur ses béquilles, la mère dressée de toute sa hauteur. Les jeunes partaient, assis sur la voiture, les vieux restaient, debout devant la maison… Bien des années plus tard, il aurait encore l’impression qu’ils étaient toujours là… figés comme des objets immobiles, des statues humaines en pierre. »  


Les volumes suivants vous font découvrir la vie pendant la traversée de l’Atlantique, puis la découverte d’un nouveau pays, la barrière de la langue, la difficulté d’adaptation et surtout la nostalgie du pays natal. Nos émigrants finissent par n’être d’aucune nation, loin de la Suède et encore étrangers aux États-Unis. Au fil du temps, les lettres du pays se font de plus en plus rares et les enfants deviennent de vrais Américains. Ce déracinement, cette perte d’appartenance se retrouve chez tous ceux qui un jour ont quitté leur pays. Ainsi, Guillaume (Le grenier des ancêtre) a consacré son ChallengeAZ 2015 (et un article en 2016) à Étienne Brunet, son grand-oncle parti lui aussi aux États-Unis. Le tome 6 de la saga des émigrants, L’or et l’eau, devrait l’intéresser car il est  consacré à Robert, le frère de Karl Oskar, parti vers la Californie à peu près à la même époque qu’Étienne.


* Gaïa a réédité en 2013 la saga en 2 volumes, la première édition était en 8 volumes et il existe aussi une publication en livre de poche.

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