Littérature et généalogie
Maus
: Faire témoigner les (sur)vivants.

mausAborder Maus d’Art Spiegelman d’un strict point de vue généalogique est forcément réducteur. Ici, nous avons affaire à un chef-d’œuvre  non seulement de la bande dessinée mais de la littérature : sous la forme d’une BD animalière (les Juifs sont des souris, les Allemands sont des chats), en 2 tomes, Art Spiegelman raconte la Shoah comme jamais personne ne l’a fait.

La manière dont il bâtit son récit interpelle le généalogiste amateur que je suis. En effet, pour raconter le génocide à travers l’histoire de sa famille, Spiegelman en adopte la démarche et il se met en scène dans le livre. Avec son carnet ou son micro, il interviewe celui qui a la mémoire, celui qui a réchappé aux camps de la mort : son père. Il se plonge dans les photos anciennes de famille. Il cherche les cahiers de souvenirs de sa mère, elle aussi survivante mais décédée en 1968.

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Le récit entrecroise donc les entretiens père-fils, sans rien cacher de la difficulté de leur relation, avec l’histoire des parents juifs polonais de l’auteur de leur rencontre à la fin de la guerre 39-45. Et cette histoire, elle est passionnante et effarante. On comprend ce qu’ont dû craindre, puis souffrir et endurer les populations juives durant la la montée du nazisme. Et puis, il y a l’horreur de la solution finale vue de l’intérieur ! Là encore, Art Spiegelman est généalogiste. Il nous fait découvrir les familles de son père et de sa mère, leur milieu social, le caractère et les sentiments de chacun, les liens qui les unissent… Il nous dit comment très peu ont réussi à traverser l’Histoire : si son père et sa mère ont survécu, les deux familles de ses parents ont été décimées. Et il n’a pas pu connaître son frère aîné Richieu, tué par sa tante chez qui il était réfugié, pour ne pas être envoyé à Auschwitz.

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Sur le même thème, avec une démarche comparable, il existe un essai magnifique et émouvant, Les Disparus de Daniel Mendelsohn (Flammarion)

Et si vous voulez aller plus loin, mon fils cadet Armand (« notre » me dit de préciser Sylvie), qui aime lui aussi la BD, en parle très bien et plus longuement sur sa chaîne YouTube.

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