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En cherchant un de mes possibles ancêtres qui avait eu la mauvaise idée de mourir un peu plus loin, j’ai découvert une commune des Deux-Sèvres justement appelée Louin. Les registres de celle-ci n’ayant pas encore été dépouillés, la date de décès m’étant inconnue, je me suis donc plongé dans les recueils en ligne. Si fouiller de façon systématique est parfois la source de grandes déceptions quand la recherche est vaine, cela peut être aussi la cause de belles découvertes, même si elles n’ont pas toujours de rapports directs avec son arbre généalogique. Et c’est ici le cas. J’ai eu la chance de trouver l’acte de décès recherché, mais je suis tombé aussi sur la relation de 2 décès par noyade décrits de façon très précise.

Dans le registre des décès de Louin (1793-an X), il y a donc 2 procès verbaux suite à la découverte de noyés. Je me rends compte de la richesse de ce type de document. Je savais déjà que nos ancêtres étaient peu doués en natation, vu le nombre de décès de ce genre que j’ai rencontré. Maintenant, je sais aussi qu’une enquête pouvait être menée très sérieusement à cette époque, même à la campagne, avec témoignages, médecin légiste… bien avant l’essor de la police scientifique. Je m’aperçois que les connaissances médicales sont bien plus sérieuses qu’aux siècles précédents. La description précise du physique et de l’habillement des malheureux noyés me permet aussi de savoir comment nos ancêtres étaient vêtus il y a plus de 200 ans.
Aujourd’hui, je ne vous retranscris que le procès verbal le plus récent en date du 9 frimaire an X (30/11/1801), soit les vues 67 et 68 du registre (je garde l’autre, plus ancien mais plus énigmatique pour un probable futur article.) J’ai gardé le style et les tournures parfois maladroites du document, mais j’ai corrigé l’orthographe et la ponctuation pour rendre le texte plus lisible. Et j’ai rajouté des intertitres !

La découverte du cadavre

L’an dix de la République française, le neuf frimaire en notre demeure et devant nous René Linassier, assesseur du juge de paix du canton de Saint-Loup, département des Deux-Sèvres, arrondissement de Parthenay, sont comparus citoyens Jean Jannot et Georget gagés de la citoyenne Cornuault veuve Poyrault, meunière au moulin de Touvois, commune de Louin, appartenant à la veuve Lescure, lesquels nous ont dit qu’étant devant l’écluse du dit moulin ils ont aperçu un cadavre flottant sur l’eau et qu’étant parvenus à pêcher le dit cadavre, l’ont déposé sous un ballet du dit moulin auprès de la dite écluse.
Ils ont été conciliés de venir nous en donner avis, les dits comparants interpellés désignés. La présente déclaration ont répondu ne le savoir.

Les premières constatations

Sur quoi nous, dit Linassier tenant la place du juge de paix pour cause de maladie, ayant fait appeler le citoyen Marsault, maire de la commune du dit Louin, et René Caillault, adjoint de la dite commune, nous sommes avec eux transportés au lieu ci-dessus indiqué, nous y avons trouvé le cadavre en question et après l’avoir examiné, nous avons remarqué que c’est celui d’un homme âgé d’environ trente-sept ans, cheveux noirs, taille d’environ cinq pieds, trois pouces, vêtu d’une veste large gris-blanc et un gilet et culotte même façon. Dans la jambe droite avait un bas de laine gris-blanc, la gauche une guêtre de toile blanche et un chausseron gris-blanc.

Le rapport du légiste

N’ayant vu aucune blessure et rien trouvé dans les poches et ayant aussi fait appeler un chirurgien, est comparu Jean Isaac Drouhet, demeurant à Saint-Loup, lequel après examen du dit cadavre nous a rapporté qu’il n’a reconnu aucune plaie extérieure ni contusion qui ait pu déterminer le genre de mort. Estime en outre que le cadavre a séjourné à peu près douze heures, attendu qu’il n’a reconnu aucune infiltration dans le tissu cellulaire, ni épanchement dans les viscères abdominaux, et lequel a cru que tous les secours de l’art devenaient inutiles.

Drouhet, officier de santé

Le mystère résolu

Et devinant, le dit jour sur les trois heures du soir devant nous assesseur susdits, est comparue Jeanne Baranger, demeurant au dit lieu de Louin, laquelle nous a dit (???) qu’on avait pêché un homme noyé au dit moulin de Touvois, que son cadavre y avait resté déposé, elle s’y est transportée, laquelle a très bien reconnu le dit cadavre pour être celui de Charles Arnault son mari, laquelle vient le réclamer pour le faire inhumer dans le cimetière du dit Louin et déclare ne savoir signer.
De laquelle comparution et réclamation nous avons donné acte à la dite Baranger et ordonnons que le cadavre dont est question lui remis pour lui procurer la sépulture.
Fait et dressé le présent procès verbal au dit moulin de Touvois, commune de Louin, sur les trois heures du soir de relevé le jour ainsi que dessus.

Marsault maire
mairie de Louin

louin thouet

Le Thouet à Louin, carte postale ancienne

Si vous trouvez que l’enquête des citoyens Linassier, Marsault et autres n’est pas assez minutieuse, si vous voulez chercher de nouveaux indices, ce ne sera pas facile car les années ont passé. Cependant, vous trouverez peut-être l’emplacement du moulin de Touvois, au bord de la rivière Thouet, car il est donné par la carte de Cassini.

Sinon, un tout petit peu plus loin, il y a une retenue d’eau qui a été créée avec le barrage du Cebron. Il est possible de s’y baigner, à condition de savoir nager !

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