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Peter Leermans (1655-1706), le trompette et la servante

Il y a près de 2 ans, j’avais évoqué la longue liaison à Chanteloup entre  François Gentet, écuyer, seigneur d’Estrie et des Forges, avec une servante au joli nom de Cécile Lamoureux. Je résume : François Gentet avait d’abord été marié en 1625 à Anne du Vergier qui lui avait donné 6 enfants. Au décès de sa femme en 1634, il a tissé très vite une relation amoureuse avec sa servante, qui a duré jusqu’à sa mort en 1650. Ensemble, ils ont eu 6 enfants. Le curé ne dit jamais le nom du père sur les actes de baptême mais les formulations de plus en plus précises ne laissent guère de doute sur la paternité. Parmi ces enfants, 3 au moins ont atteint l’âge adulte : Jeanne, Louis ainsi que mon ancêtre Marie d’Estrie. Le statut d’enfant bâtard de province ne permettait pas alors de grandes prétentions, surtout aux filles. Marie a épousé un tailleur d’habit et Jeanne un journalier. Leur frère Louis parait mieux s’en sortir en devenant sergent royal.

Depuis, je n’avais plus jamais rencontré de nobles parmi mes aïeux. Tout arrive pourtant ! La semaine dernière, en dépouillant une liasse de notaire aux Archives départementales des Deux-Sèvres, je suis tombé sur le contrat d’un mariage d’aïeux : celui de Marie-Jeanne Bodin (dont je ne connaissais pas les parents) avec le meunier Jacques Giret en 1773. J’ai pu, grâce à cet acte notarié, remonter l’ascendance de Marie-Jeanne. De fil en aiguille, j’ai appris qu’elle était la petite-fille de Jacques Bodin, cultivateur, et de Marie Dugas. Et c’est à ce moment-là que j’ai retrouvé mon sang bleu. Marie Dugas s’appelait Marie d’Estrie à la naissance ; elle est la fille de Marie Richeteau et de Louis d’Estrie, le sergent royal ; et elle est donc la petite-fille de François Gentet, écuyer, et de sa servante Cécile Lamoureux. Le nom de famille a évolué vers la roture en une génération. Les enfants de Louis d’Estrie, sieur du Gast, étaient devenus Dugas.

Ma découverte aurait pu s’arrêter là. Il fallait toutefois que j’étudie l’ascendance maternelle de Marie Dugas que j’avais négligée jusqu’alors. Je savais que sa mère, Marie Richeteau, s’était mariée avec Louis d’Estrie avant 1669. Je savais également qu’ensemble, ils avaient eu 3 enfants et que ceux-ci avaient vu eux aussi leur statut social se dégrader en même temps que leur nom devenait « Dugas » : René et Jacques étaient bordiers, et Marie, mon ancêtre, était l’épouse du laboureur Jacques Bodin. Je pensais donc que Louis d’Estrie, comme ses sœurs Marie et Jeanne, avait épousé une personne (Marie Richeteau) issue de la roture. J’avais (à moitié) tort.

En cherchant dans les registres paroissiaux de Chanteloup, j’ai découvert que Marie Richeteau est née le 9 juin 1643. Elle a une sœur jumelle, Perrine, qui ne survit peut-être pas. Elles sont les filles de Michel Richeteau et de Perrine Pinton. En lisant l’acte de baptême, je suis surpris par les nombreuses similitudes qu’il y a entre la naissance de Marie Richeteau et celle de son futur mari Louis d’Estrie. Ils sont nés la même année et dans la même paroisse à 3 mois d’intervalle. Le père de Marie, Michel Richeteau est lui aussi un noble : il est le seigneur du Chaigneau et de la Martinière. Et la mère, Perrine Pinton, n’est pas son épouse puisque les 2 filles sont qualifiés de « naturelles ». Est-elle une servante, comme Cécile Lamoureux ? J’ai tendance à le croire, même si je ne peux le prouver. En effet,  je ne trouve pas d’autres renseignements sur ces 2 parents à l’exception du décès de Michel Richeteau en 1671 à l’âge de 80 ans.

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La descendance des amours ancillaires  de Chanteloup  (mes ancêtres sont en jaune)

Ce mariage de ces 2 enfants naturels, nés chacun de la liaison d’un noble de province et d’une servante, m’éclaire peut-être un peu sur la vie à Chanteloup au XVIIe siècle. Il y a une forte proximité entre la petite noblesse et les villageois. Elle se vérifie dans d’autres actes de la paroisse : ce sont ses métayers qui sont les témoins au décès de Michel Richeteau, sieur de la Martinière. Cela ne me dit pas si Michel Richeteau et Jacques Gentet ont utilisé leur statut social pour pratiquer un « droit de cuissage » ou si, au contraire, ils ont eu des relations amoureuses sincères. Dans les cas présents, je penche plutôt pour la seconde hypothèse. Michel Richeteau a reconnu ses deux filles. Quant à Jacques Gentet, il ne s’est pas remarié après le décès de sa femme, il a vécu jusqu’à sa mort avec Cécile Lamoureux, ils ont eu 6 enfants qu’il n’a certes pas reconnu mais qui ont porté le nom de son domaine.
Mais, même si les enfants nés de ces unions hors mariage étaient bien acceptés, leur destin était tout tracé : à la génération suivante, il ne leur restait plus aucune signe de noblesse.

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