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Je continue à évoquer ma toute récente découverte de l’ascendance de François Baudouin. Elle me permet de participer au rendez-vous ancestral initié par Guillaume Chaix, ce dont j’avais très envie, même si je ne suis pas sûr d’être très à l’aise dans cet exercice (la dimension fictionnelle).  Cette trouvaille toute fraîche me donne enfin l’occasion de m’y essayer.

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Samedi 17 août 1765, c’est le cœur de l’été. Louis XV règne sur la France, une bête désole le Gévaudan. J’arrive à La Chapelle-Saint-Laurent, une paroisse du Poitou, où un contrat de mariage va être signé, celui qui unira avant la cérémonie religieuse les biens de Pierre Maupilier et Renée Bordier.

Je ne connais pas bien les mariés. Celui que je cherche, c’est François Baudouin, mon ancêtre, le tisserand du village de Courlay. Je ne sais presque rien de lui et j’ai tant de question à lui poser sur sa famille. Ce matin, je suis passé chez lui. Il n’était pas là. J’ai appris que Jeanne, sa femme, était morte il y a 2 ans. L’accouchement de jumeaux qu’elle portait s’était très mal passé. À la place de Jeanne, j’ai rencontré Françoise, la nouvelle épouse de François. Elle a l’air bien gentille. Ils se sont marié l’an dernier au village et, présentement, elle garde Pierre et Marie-Jeanne, les deux enfants dont elle a maintenant la charge. Elle m’a dit que François avait mis ses plus beaux habits, qu’il était parti au village voisin parce qu’il était convié à un contrat de mariage.

Voilà pourquoi j’entre dans l’auberge du bourg de La Chapelle où l’acte va être signé. Il y a du beau linge et François va peut-être m’expliquer pourquoi il est venu ici. Encore faut-il que je le trouve ! Je le cherche dans la petite foule réunie dans ce lieu. Renée, la mariée, est là, avec sa mère, entourée de toute sa famille. Son père, décédé, était charpentier à Saint-Porchaire, juste à côté de Bressuire. Pierre, le marié a belle allure. Je le connais un peu plus. Il fait la fierté de ses parents, Marie Charbonnier et Pierre Maupilier, le recteur des petites écoles de Courlay. Il faut dire qu’il a bien réussi : il est devenu notaire. Et maintenant, il se prépare à un beau mariage. Ses frères, Jean et Jacques sont là aussi. Ils sont maîtres d’école, comme leur père. J’ai l’impression qu’ils sont un peu distants, peut-être jaloux. Marie-Madeleine, la sœur, est présente elle aussi avec son mari, François Deguil. L’auberge est pleine à craquer. Voilà Radegonde Maupilier, la tante du marié, qui arrive de Terves. Il y a même des cousins très lointains que je ne connais pas. Tout le monde s’interpelle et se bise avant de passer à la partie officielle, la rédaction de l’acte. Maître Jouyneau des Loges et maître Thibaudeau, les collègues du marié, sont déjà en place, assis à une grande table avec leur écritoire. Ils sont prêts, le silence se fait.

C’est à ce moment-là que j’aperçois celui que je recherche, François Baudouin. Il se tient un peu en retrait, avec un autre homme. Je me faufile pour m’approcher de lui, discrètement, sans gêner le travail des notaires. Je suis vraiment content de le voir. Je le salue. On se serre la main. Il me présente Étienne Talbot que je ne le connaissais pas jusqu’à aujourd’hui. C’est son beau-frère, doublement. Il est le frère de Jeanne, sa première épouse, et il est le mari de sa sœur, Marie-Françoise Baudouin. Je demande à François :
– Mais pourquoi es-tu là ? Qu’est-ce que tu fais au contrat de mariage du notaire Pierre Maupilier ? Tu le connais ?
– Comment ? Tu ne le sais pas ? Pierre est mon neveu ! Et son père Pierre, le recteur, est mon demi-frère ! Viens on va sortir d’ici et je vais pouvoir tout t’expliquer.

Samedi 17 août 1765. Je suis là, dehors, appuyé contre le mur de l’auberge du bourg de La Chapelle-Saint-Laurent. Il fait chaud et j’écoute avec attention François qui me raconte sa vie et celle de sa famille…

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