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père et fils doré

Père et fils (en pleine transmission) par Gustave Doré. Source Gallica

La filiation, c’est le lien qui unit les ascendants aux descendants. Elle se retrouve dans notre morphologie, la couleur de nos yeux, notre santé… mais aussi dans nos croyances, nos idées, notre morale… ou encore dans notre héritage matériel, la richesse ou la misère qui s’est transmise de père en fils ou de mère en fille. Tout cela n’apparaît pas toujours de façon évidente dans nos arbres généalogiques. Mais en grattant, en creusant, on découvre des petits indices : dans des actes de notaires pour la fortune, dans des registres militaires pour le physique… Des filiations particulièrement fortes finissent par apparaître, d’autant plus visibles quand je trouve les mêmes professions et parfois en plus les mêmes prénoms sur plusieurs  générations. J’ai quelques exemples dans ma famille (en gras mes SOSA) :

  • Les NUEIL : Jacques Nueil (1754-1815) est un paysan sans doute un peu plus instruit que d’autres. Il acquiert des compétences puisqu’il est, selon les actes, vétérinaire, traiteur de bestiaux et même médecin à Terves ! Il apprend son savoir à son fils Jean Nueil (1798-1863) qui est lui aussi vétérinaire et médecin. Celui-ci sait vraiment tout faire, un vrai couteau suisse, puisqu’il est aussi sabotier. La transmission continue à la génération suivante sur un plus grand territoire. Les 4 fils de Jean Nueil exercent le même métier que leur père : François (1830-1877) à Noirterre, Omer (1837-1867) à Noirlieu, Théodore (1834-1915) et Eugène (1847-1926) à Terves. Ils sont paysans et savent soigner les animaux. Ils se sont même spécialisés, il sont tous hongreurs (ils castrent les chevaux pour que ceux-ci soient plus calmes dans les travaux des champs). Avec l’apparition progressive des tracteurs dans les campagnes, leur profession disparaît à la génération suivante.
  • Les FROUIN  : Mathurin Frouin (1644-1705) est charpentier à Terves, au village de Monlaigne. Il transmet son métier à ses enfants Honoré (1678-1750), Pierre (?- 1709) et François (1682-1738). Ils ont sans doute une certaine technicité ou une certaine importance dans la paroisse. Ils savent écrire et sont appelés maîtres-charpentiers. Les 2 fils de François, François (1717-1776) et René (?-?) sont demi-frères mais très proches. Ils ont épousé 2 sœurs, sont les notables du village et également tous les 2 mes ancêtres. Et bien sûr, ils sont maîtres-charpentiers. On trouve encore des Frouin menuisiers au XIXe siècle et ce savoir était encore présent dans la 2ème moitié du XXe siècle grâce à un descendant de François.
  • Les BISLEAU : là aussi de nombreuses générations d’un même métier, meunier, avec en plus la présence constante d’un même prénom. René Bisleau (1688-1719), René Bisleau (1712-1790), René Bisleau (1743-1803), René Bisleau (1765-1823), René Bisleau (1795-1823) ! Il faut la mort précoce du dernier, fils unique, pour voir s’interrompre cette dynastie de meuniers.
gd père

Mon grand-père

Tout cela a bien changé aujourd’hui. Autrefois, un métier se transmettait dans la même famille sur plus d’un siècle. Maintenant, au contraire, une profession n’occupe plus toute une vie et chaque individu doit se préparer à avoir plusieurs activités (s’il a la chance d’en trouver). Moi, j’ai la chance de me situer à la période intermédiaire. J’ai choisi et pratiqué un métier que j’aime (instituteur) sans jamais en changer mais sans obéir à une tradition familiale ! La filiation visible avec ceux qui me précèdent, s’il faut la chercher, elle se retrouve dans mon prénom : c’est celui de mon grand-père maternel et ma mère porte le même au féminin. C’est mon cadeau de naissance qui me rappelle que je suis le petit-fils de Raymond (r’aimons ?), mon très discret et très gentil grand-père qui savait si bien faire les paniers en osier.

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