dicos_a_0 - CopieLa pratique de la généalogie m’aura au moins appris le sens de 2 mots : agnatique et cognatique. Je sais maintenant que la lignée agnatique ne prend en compte que la ligne des pères et que la lignée cognatique concerne uniquement la ligne des mères. Quand je les étudie sur mon arbre, une impression de stabilité domine du côté agnatique où rien ne semble bouger à l’image du patronyme. Tandis que du côté cognatique, je suis étonné à chaque fois que change le nom de famille.

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Young Stribling, son père et son fils. Source Gallica

Ma lignée agnatique est donc sans surprise. Peu de déplacements géographiques, une grande stabilité sociale et « culturelle ». Je ne peux remonter jusqu’à présent que 8 générations au-dessus moi. Le plus ancien ancêtre connu (il me manque encore la preuve formelle, mais j’ai de fortes présomptions) est Mathurin Deborde qui vivait vers la Chapelle-Saint-Étienne (Deux-Sèvres) aux alentours de 1700.  Sa descendance s’installe ensuite un peu plus loin, à Pugny, vers 1740 et, pour ce qui me concerne, elle y reste jusqu’en 1830. Le fils Alexis Deborde (1714-1785), puis le petit-fils André Deborde (1749-1822) travaillent en temps que bordier dans cette paroisse, à la ferme de La Forge. Le fils unique d’André, Pierre Deborde (1799-1879) bouge davantage. Il change plusieurs fois de ferme pour s’installer finalement à Terves, vers 1850. Et c’est avec la génération suivante que Joseph Deborde (1825-1907), fixe la famille à la ferme des Touches pour plus d’un siècle. C’est là que travaille ensuite son fils Lucien Deborde (1862-1939) qui fut maire de la commune, puis son petit-fils, Hubert Deborde (1896-1938), mon grand-père. Il faut donc attendre mon père pour quitter le milieu agricole et la campagne : il a travaillé comme infirmier à l’hôpital de Niort, la préfecture du département.

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Mère et fille non identifiées. Source Gallica

La lignée cognatique est plus avancée puisque j’ai la chance de pouvoir la remonter 11 générations au dessus moi. Et elle est surtout plus variée. À chaque génération, il y a du changement, dans le métier des maris, dans le statut social, ou même dans les croyances. Ma plus ancienne ancêtre connue sur cette ligne, c’est Jeanne Denfer (1626-1706), une protestante, femme d’un notaire de Foussais (Vendée). Sa fille, Aimée Normand (1661-1707), épouse aussi un notaire, s’installe à Loge-Fougereuse et se convertit au catholicisme en 1681 au moment des dragonnades. Ensuite, il y a Louise Auditeau (1684-1724) qui épouse un menuisier. Elle et son mari décèdent tôt. Sa fille Rose Brossard (1715-1780) est élevée par son beau-père et sa nouvelle femme.  Elle épouse un maréchal avec qui elle a de nombreux enfants. Parmi eux, Jeanne Châtaigner (1757-1793). Elle ne sait ni écrire ni signer contrairement aux autres ascendantes que je viens d’évoquer. Elle descend dans l’échelle sociale en épousant un bordier de Saint-Maurice-des-Noues. Sa fille Jeanne Paillat (1784-1847) est « fille de confiance » et épouse un sabotier. À la génération suivante, il y a Monique Bonnin (1808-1883) qui voit sa situation sociale s’améliorer. Avec son mari, de simples journaliers au début de leur mariage, ils deviennent gardes particuliers au château de la Ménardière de Saint-Pierre-du-Chemin. Leur fille, Marie-Louise Daguisé (1835-1906) s’éloigne de sa famille et quitte la Vendée pour les Deux-Sèvres en épousant un cultivateur de Combrand. Ils ont Philomène Poirier (1878-1902), mon arrière-grand-mère qui a la vie la plus brève de toutes ces femmes. Elle meurt peu après son mariage avec un paysan de Terves, à 24 ans, des suites de l’accouchement de sa fille. Cette enfant, c’est ma gentille grand-mère Marie Turpaud (1902-1999) qui au contraire de sa mère a vécu très longtemps (97 ans). Avec mon grand-père qui tenait une petite exploitation agricole elle a élevé une grande famille. Et j’arrive enfin à ma mère qui elle aussi a fait bouger ma lignée cognatique en s’installant avec mon père à Niort.

Pour résumer, du coté agnatique, avant mon père, j’ai une ascendance de paysans un peu aisés, assez cultivés par rapport au milieu où ils évoluent, très catholiques, ayant eu la chance de vivre plutôt longtemps (si on excepte mon grand-père décédé accidentellement à 42 ans)  et dont le domicile se limite à quelques fermes du Bocage bressuirais. Du côté cognatique, ce n’est certes pas la révolution à chaque génération mais il y a bien plus de mouvement, bien plus de variété. Ces femmes ont eu des vies très différentes : certaines étaient aisées et d’autres misérables ; certaines sont mortes trop jeunes et d’autres ont eu une longue vie. Il y a des femmes illettrées et d’autres qui savent lire et écrire. Il y a des catholiques et des protestantes. Elles ont vécu avec des maris aux professions très diverses : notaire, menuisier, maréchal, bordier, sabotier, garde, cultivateur, infirmier. Celles qui ont vécues assez longtemps ont eu une progéniture souvent nombreuse, mais pas toujours. Elles m’ont promené plus loin et plus souvent que du côté des pères.

Il y a une certaine logique à cette différence entre la filiation agnatique et la filiation cognatique. Les mentalités d’autrefois font que les fils bougent peu, ils reprennent la ferme, surtout s’ils sont les aînés. Tandis que les filles ont des destins moins écrits : en se mariant elles quittent souvent la terre qui les a vu grandir, elles s’adaptent à une nouvelle vie, avec malheureusement plus de risques de déchoir que de s’élever.

Je ne voudrais pas finir sans donner quelques petits éléments utiles pour briller en société.
– Le mot agnatique vient de du latin agnatus, évolution de ad natus (né à côté de)
– Le mot cognatique vient du latin cognatus, évolution de cum natus (né avec).
– Et, dans les 2 cas, il faut séparer à l’oral le G et le N comme dans « agnostique » et dans « gnou ». On prononce donc agu’natique et cogu’natique.

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