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Comme aujourd’hui c’est le 14 juillet, je réactualise cet article paru au début du blog qui montre comment pouvaient être perçus les évènements de juillet 1789 dans un petit village du Poitou.

À la fin de 1789, Imbert, curé de Rigné (commune près de Thouars, rattachée en 1973 à Mauzé-Thouarsais) fait le bilan, dans son registre paroissial (BMS Rigné 1730-1792, vue 271), d’une année riche en évènements. Après quelques considérations sur le climat, les récoltes et le coût des céréales, il  relate de façon assez complète comment se sont déroulés les États généraux à Versailles, et quel a été le comportement des représentants des trois ordres. En faisant ce récit, le prêtre garde un ton neutre, presque journalistique. En tout cas, il ne soutient pas son ordre, celui du clergé, et il montre même la division de celui-ci durant les États généraux, « …quelques nobles, quelques évêques et curés se sont réunis au tiers. »

Il parle ensuite du ressenti dans les campagnes avec la Grande peur : « Le 22 juillet, il y a eu une commotion générale dans cette province et dans la province voisine, à peu près à la même heure, à 2 heures de l’après-midi, on a annoncé que des brigands saccageaient, pillaient les villes et les châteaux. On a pris des cocardes, on a formé des comités. »

Mais ces évènements ne sont rien par rapport à ce qui s’est passé à Paris (mais qu’il ne situe pas le 14 juillet) : « Le 17 du mois, l’alarme à Paris fut plus réelle. On découvrit une trame pour dissoudre les États généraux qui discutaient le veto absolu ou suspensif du souverain. On forme, on s’assemble, on choisit un chef, on attaque la Bastille, on y entre par une communication de ce château à la maison de Launay*, le gouverneur. Il avait fait entrer précédemment quelques bourgeois, point notables à la vérité, et avait fait tirer dessus après avoir fait lever le pont, dit-on. Il était d’intelligence avec Lambesc* qui lui avait écrit de tenir bon 24 heures. Il fut massacré. »

Lallemand_Arrestation_gouverneur_Bastille_1790

« Arrestation du gouverneur de la Bastille » de J.-B. Lallemand

Le prêtre continue son récit et le ton qu’il emploie donne l’impression qu’il a participé aux évènements des jours suivants au côté du peuple de Paris, même quand ils sont sanglants : « On démolit la Bastille, on arrête Foullon*, ministre depuis 48 heures, on le conduit à Paris de la terre de Meaux. On le pend, on lui coupe la tête, on la porte à Berthier*, ancien intendant de Paris qui s’était enfui et qu’on arrête. On l’amène, il essuie le même sort que son beau-père. De Flesselles*, prévôt des marchands est égorgé, on l’accusait d’être du complot du ministère qui voulait bouleverser, incendier, égorger la capitale… »

Le curé Imbert est bien informé et donne de nombreux détails sur ces jours historiques. Quelques mois ont passé depuis juillet, les nouvelles se sont répandues dans le Thouarsais  comme dans tout le royaume. Le ton de son récit montre bien que le régime en place était à bout de souffle, et qu’il n’était pas soutenu dans les provinces.  Il semble pourtant croire encore, en cette fin d’année 1789, en la personne du roi et en une réconciliation nationale possible puisqu’il termine son récit ainsi : « Le roi vient à Paris le 26 (le 17 juillet en fait), se montre au peuple, prend la cocarde, on le chante, on l’aime, on sait qu’il veut le bien. »

La suite de l’Histoire allait lui donner tort en moins de 4 ans. Le roi Louis XVI fut guillotiné en 1793 à Paris et la nation se déchira cette même année, dans la région toute proche notamment, pendant les guerres de Vendée.

Guillotine_Louis XVI_1793

« Exécution de Louis XVI », gravure allemande.

* Bernard René Jordan marquis de Launay est le gouverneur de la Bastille en 1789, lynché le jour même du 14 juillet.
* Charles-Eugène de Lorraine, prince de Lambesc, est maréchal de camp, chargé par le roi de la défense de la capitale.
* Joseph François Foullon est contrôleur des finances du royaume depuis le 12 juillet 1789. Très impopulaire, il se réfugie à Viry-Chatillon où il est arrêté par des paysans, conduit à Paris et pendu le 22 juillet.
* Louis Berthier de Sauvigny, gendre du précédent, est chargé en 1789 de l’approvisionnement de Paris. Accusé de créer la disette, il subit le même sort que son beau-père le même jour.
* Jacques de Flesselles, prévot de Paris, est assassiné le 14 juillet, car soupçonné de connivence avec la Cour.

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