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C’est en parcourant un registre de Saint-Hilaire-sur-l’Autize (en Vendée) à la recherche de l’acte de décès de Modeste Sorin, en septembre 1779, que j’ai remarqué un nombre inhabituel de décès. J’ai très vite retrouvé trace d’une épidémie de dysenterie qui a touché la France cette année-là.
La dysenterie de 1779 a atteint très inégalement les provinces du royaume, les plus touchées, de beaucoup, étant les provinces de l’Ouest correspondant aux intendances de La Rochelle, Poitiers, Rennes et Tours, dévastant des cantons entiers. La maladie tue près de 175 000 personnes en France, dont 90 000 dans les 4 intendances déjà citées. Elle semble être apparue en juillet 1779, et s’être étendue rapidement au cours des mois d’août et de septembre pour atteindre son paroxysme fin septembre avant de refluer doucement.

dysenterie 17e siecle epidemie
La Société Royale de Médecine constate dès octobre qu’il s’agit bien d’une épidémie de « dysenterie bacillaire ». Les mémoires et rapports concordent tous dans leur description saisissante des symptômes observés : fort cours de ventre avec tranchées violentes et ténesmes très douloureux, matières glaireuses et sanguinolentes devenant purulentes, puis vermineuses, vomissements continuels avec hoquet, fièvre accompagnée de sueurs froides.
La réaction des autorités est aussi rapide et efficace qu’elle peut l’être pour l’époque. Dans presque toutes les intendances, il existe un « service des épidémies » qui dépêche sur place un médecin ou un chirurgien avec mission d’organiser les secours et de distribuer remèdes et vivres aux frais du gouvernement. La maladie frappe durement le pays, cependant ces médecins vont permettre de limiter la contagion et par là même le nombre des victimes : il y a eu 2 à 3 fois moins de morts en 1779 que lors de la dysenterie de 1707.

J’ai eu envie de savoir de quelle manière cette épidémie a touché mes ancêtres et leurs proches. Pour cela, j’ai dépouillé les registres de 4 paroisses : St-Hilaire-sur-l’Autize (1400 habitants), Coulonges-les-Royaux ( 1400 hab.), Saint-Maixent-de-Beugné (500 hab.) et Saint-Laurs (400 hab.)

disyenterie_cassini_1779

Il faut bien sûr garder à l’esprit que la dysenterie n’est pas responsable de toutes les disparitions de 1779. Cependant, si on regarde les chiffres, on comptabilise au cours du second semestre 136 décès à St-Hilaire-sur-l’Autize, 98 à Coulonges-les-Royaux, 35 à Saint-Maixent-de-Beugné et 28 à Saint-Laurs. Le diagramme suivant, montre pour 2 paroisses, l’évolution des décès au fil des mois avec un pic de l’épidémie en septembre et octobre et des chiffres bien plus importants que sur une année habituelle.

dysenterie_1779

Les plus jeunes sont très fortement touchés, entre 50% et 60% des morts ont moins de 20 ans : ce taux de mortalité est bien supérieur à la normale, enfants et adolescents entre 5 et 20 ans payent le plus lourd tribut.
On remarque qu’en proportion, Coulonges-les-Royaux est moins affecté que les 3 autres paroisses, c’est un bourg plus important et l’épidémie est plus virulente dans les campagnes.

Dans mon arbre généalogique, toutes paroisses confondues, je relève 39 personnes qui sont décédées au cours du second semestre de 1779. Même si toutes ne sont pas mortes de la dysenterie, il est évident qu’un certain nombre ont péri à cause de la maladie. Parmi elles, 3 sont des sosas : Marie Dieumegard, Marie Mocquet et Jacques Bredoire.
Marie Dieumegard est la veuve de Jacques Garnier, laboureur puis journalier, elle meurt à Coulonges-les-Royaux le 7 novembre âgée de 75 ans.
Marie Mocquet n’a que 34 ans quand elle s’éteint le 19 novembre 1779 au Busseau. Elle laisse son époux Pierre Gourdien, un bordier, veuf avec 2 à 3 enfants en bas âge. Pierre se remariera moins de 2 ans plus tard.
Jacques Brédoire, bordier et tisserand, est veuf, il trépasse le 6 octobre 1779 à Saint-Maixent-de-Beugné à l’âge de 67 ans.
Tous les 3 appartiennent à des familles plutôt pauvres, lesquelles sont plus sujettes à contracter la maladie. L’épidémie se développe sur la misère et, dans la plus grande partie des campagnes de l’Ouest, l’alimentation est insuffisante et mal équilibrée, l’hygiène lamentable et les préjugés tenaces quant aux soins à apporter aux malades.
Je relève aussi 2 familles durement touchées par la contagion. Jean Fauger et Jeanne Pouvreau vont perdre 3 enfants entre le 12 et le 30 septembre. Seul le petit dernier, né en juin de la même année, survit. Quant à Jean Mallet et Angélique Soulezelle, c’est leurs 4 enfants qui s’éteignent entre le 23 octobre et le 21 novembre à Saint-Laurs.

Au regard du nombre de morts dans cette partie du Poitou, on peut penser que les autorités y ont envoyé des médecins. Ils ont dû proposer, avec plus ou moins de succès, saignées, purgatifs ou laudanum. Ils ont surtout du essayer d’isoler les malades et de prescrire des mesures d’hygiène élémentaires tout en imposant, quand ils le pouvaient, un strict régime en distribuant aux paysans encore indemnes bouillons, pain et viande. Sans cela, le tribut à payer aurait sans doute été encore plus lourd pour mes ancêtres.

Sources :

Lebrun, François. Une grande épidémie en France au XVIIIe siècle : la dysenterie de 1779. In: Annales de démographie historique, 1973.

La dysenterie de 1779 sur les blogs :
En Vendée chez Frédéric De moi à la généalogie.
En Mayenne chez Dominique Degrés de parenté.

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