Sous la IIIe République, le service militaire tend à se généraliser et devient de plus en plus égalitaire. Au fur et à mesure des lois, on supprime l’exonération (possibilité de se payer un remplaçant), on abolit certaines dispenses, on met fin au tirage au sort injuste. On passe ainsi d’un service qui pouvait durer jusqu’à 5 ans pour certains en 1872, à un service de 2 ans pour tous en 1905, et de 3 ans en 1913 avec les prémices du conflit armé. Ce mouvement s’accompagne d’une acceptation de plus en plus grande du service. Finis les réfractaires ! Disparues les nombreuses réformes ! La France est cocardière. Le discours politique dominant est nationaliste : il faut récupérer l’Alsace et la Lorraine, mener une politique coloniale. En même temps, tout un folklore se met en place, censé symboliser le passage à l’âge adulte (le conseil de révision, les fêtes de conscrits, la quille, les photos en tenue militaire…).

La généralisation du service militaire se fait donc lentement mais sûrement. Ainsi, quand je considère mes 24 ancêtres et apparentés deux-sévriens en âge de servir sur cette période de 1871 à 1914, 14 ont fait leur service jusqu’au bout :
– seulement 5, sur les 12 conscrits entre 1871 et 1888, font effectivement et totalement leur service.
– 9 sur les 12 conscrits entre 1889 et 1914 le font en entier (et parmi eux, tous mes conscrits du XXe siècle).

Les motifs d’exemption ou de réforme pour raison de santé semblent se raréfier. Il est vrai que la situation sanitaire s’est améliorée tout au long du XIXe siècle. Je n’ai relevé que 5 cas et ils sont souvent malheureusement justifiés :
– Auguste Merceron est versé au service auxiliaire pour un problème de testicule en 1880. Cela l’empêche peut-être aux yeux de l’armée de se battre mais ne l’empêchera pas de se marier 4 ans plus tard.
– Eugène Nueil est réformé en 1882 pour bronchite chronique ancienne. Il décède dans l’année qui suit.
– Constant Blais et Émile Nueil sont exemptés en 1892 et 1893 pour des raisons sans doute médicales.
– Auguste Frouin est exempté en 1897 pour tuberculose, il décède peu après.

Il est parfois possible d’échapper au service pour des raisons familiales, 5 jeunes gens de ma famille en bénéficient, mais là aussi les exemptions deviennent plus rares avec le temps.
– Louis-Mary Poirier est maintenu dans ses foyers comme soutien de famille en 1879 (ses parents sont pourtant vivants, est-ce parce qu’il est l’aîné de 6 enfants ?)
-Louis Chesseron est dispensé en 1882 car fils aîné de veuve.
-Jude Frouin est dispensé en 1884 car il a un frère déjà au service.
-Pierre Blais, mon arrière-grand-père, est passé dans la réserve au bout d’une semaine en 1888 car il est le fils aîné d’une fratrie de 10 enfants.
– Son frère Henri Auguste est dispensé en 1898 comme soutien de famille (le père est décédé entre temps).

Les affectations se font le plus souvent assez près du lieu de résidence. Mes soldats des Deux-Sèvres ne partent pas très loin : à Niort (2), Poitiers (2), Châtellerault (2), Angers (1), Tours (1) et Châteauroux (1). Cependant, quelques uns sont s’éloignent davantage (Versailles, Rosny et Dôle). Mon arrière-grand-père Gustave Turpaud est même mobilisé pour participer à une campagne en Algérie de 1894 à 1897. Ils intègrent différents régiments d’infanterie (5), d’artillerie (3), de chasseurs (3), de dragons (2) de hussards (1) et de zouaves (1). Certains obtiennent du galon : Gustave Turpaud est nommé brigadier en 1895. Joseph Nueil (évoqué dans un #RDVancestral) en 1903 et Auguste Blais en 1910 sont promus au grade de caporal.

Sur cette période, mes 4 arrière-grands-pères sont concernés par la conscription.
Lucien Deborde fait un an, en 1883 et 1884, au 18e bataillon de chasseurs basé à Tours.
Xavier Frouin sert 3 ans, de 1894 à 1897 au 2e régiment de dragons d’Angers.
Gustave Turpaud, incorporé au 12e régiment d’artillerie de Bourges, fait son service en Algérie de 1894 à 1897.
Pierre Blais n’a servi qu’une semaine en 1889, au 7e régiment de hussards basé à Niort, puis il est passé dans la réserve pour raison familiale.

hussards niort

La caserne du 7e régiment de hussards à Niort, source Delcampe

Comme l’instruction est devenue obligatoire grâce aux lois de Jules Ferry, cela se remarque, même pour les premières classes qui n’en n’ont pas bénéficié : tous mes conscrits sauf un ont maintenant un degré d’instruction qui leur permet de savoir lire, écrire et compter mais aucun n’est allé plus loin que l’école primaire. J’ai toujours les renseignements physiques détaillés sur le visage de mes ancêtres. En 1878 (mais seulement cette année-là), il faut même préciser sa religion ! Et je n’oublie pas ce qui m’importe le plus, la taille de mes 14 soldats ! Sont-ils toujours petits ? Leur taille varie de 1m57 à 1m73 et j’obtiens une moyenne de 1m64 ! Ce ne sont pas encore des géants mais ils ont un tout petit peu grandi, sans doute suite aux progrès de la médecine et à une meilleure alimentation.

Ce ne sont pas des géants mais la France va pourtant avoir besoin d’eux ! Nous arrivons en 1914. La 1ère Guerre mondiale va bientôt éclater et les hommes, à partir de la classe 1887, vont être rappelés pour combattre l’Allemagne. 12 parmi les « petits soldats » de la IIIe République que je viens d’évoquer vont être concernés ! Je vous raconterai leur destin très prochainement, avec le 5ème et dernier épisode intitulé « Mes petits soldats et la grande Guerre ».

Et si vous voulez lire ou relire le début, cliquez sur les liens : 1 Le Ier Empire2 Les monarchies constitutionnelles3 La Seconde République et le Second Empire

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