Les cousins d’Argentine

Les visites aux Archives départementales sont l’occasion de trouvailles généalogiques, au travers des actes que nous consultons, mais pas seulement. Lors de mon dernier passage aux AD79, en attendant les documents demandés, je parcourais les bulletins locaux sur les présentoirs de la salle de lecture lorsque mon regard a été attiré par un article intitulé Des Ardinois en Argentine à la fin du 19e siècle : les frères Aubrit. L’auteur de l’article, Michel Montoux, est un historien local, qui fut mon professeur d’histoire au collège, j’ai déjà eu l’occasion de citer son travail lorsque j’ai abordé les grèves des mineurs de Saint-Laurs.
Cet article, outre l’intérêt de découvrir la vie de ces jeunes gens partis des Deux-Sèvres vers l’Argentine au XIXe siècle, parle d’une famille que je peux relier à ma généalogie. La grand-mère des jeunes gens est la petite-fille de mes sosas Jean Renoux et Louise Prunier. Tous deux sont les cousins au 4e degré de mes arrières-grand-parents paternels.
Julien et Augustin Aubrit vivent au milieu du XIXe siècle dans le village d’Ardin dans les Deux-Sèvres. Comme leur père, tous 2 sont maçons (ou tailleurs de pierres ou carriers, selon les actes). Tous 2 se marient : Julien avec Marie-Victoire Pelletier, Augustin avec Marie-Victoire Neau. Des enfants naissent dans les deux familles, à Pamplie, à Ardin, à Coulonges-sur-l’Autize. Mais la vie doit être difficile et, sans doute attirés par l’espoir d’une vie meilleure, les deux frères décident de partir avec leur famille vers l’Argentine. Michel Montoux établit le moment de leur départ en 1889 (en tout cas après juin 1888), mais il n’a pas trouvé de trace de leur passage.

Il évoque la possibilité qu’un autre frère, Jean-Louis, ait choisit de partir avant eux vers l’Amérique du Sud. S’il a fait le voyage, il est de retour en France en 1893 puisque cette année là  il se marie à Ardin. Il pourrait aussi s’agir d’un autre membre de la fratrie, Louis. J’ai trouvé mention du départ d’un Louis Aubrit depuis le port du Havre sur le paquebot Paraguay à destination de La Plata en octobre 1886. L’âge (25 ans), la profession (maçon) correspondent à notre Ardinois ; cependant, son lieu d’origine est noté inconnu. Cette hypothèse me semble plausible même si aujourd’hui rien ne la confirme.

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Guide distribué aux passagers (Gallica)

Pourquoi ces familles choisissent-elles de partir au bout du monde ? Entre 1887 et 1890, l’Argentine cherche à attirer une main-d’œuvre européenne pour participer à la construction du pays. Comme pour l’immigration vers les États-Unis, les candidats reçoivent un visa et prennent un billet sur le bateau d’une compagnie, charge à celle-ci de les transporter et de les nourrir. Très souvent, les candidats au départ remboursent la compagnie au cours des années qui suivent l’arrivée dans leur nouvelle patrie. Les conditions de la traversée sont loin d’être optimales et il faut ensuite trouver un travail avec un salaire qui permet à peine de survivre ! Sans compter la barrière de la langue qui ne facilite pas les choses.

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Immigrés sur le pont d’un transatlantique

Julien et Augustin, partent donc et s’installent en Argentine. Ils sont sans doute passés par un « Conventillo », un de ces lieux d’hébergement construits sur le modèle des couvents et réservés aux immigrés lors de leur arrivée en Argentine. Ils sont à Cordoba et/ou à Mercedes (province de Buenos-Aires) en juin 1889, quand naît une fille chez Augustin et Marie-Victoire. D’autres enfants voient le jour dans les années qui suivent.

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Conventillo à Buenos-Aires vers 1900 (Wikipédia)

Julien et sa famille s’établissent dans leur nouveau pays. Mais l’Argentine n’est pas l’Eldorado que laissaient miroiter les campagnes de recrutement. Au bout de 10 ans, Augustin, contrairement à Julien, finit par revenir en France en juin 1899, avec 5 enfants : l’aîné a 18 ans et le plus jeune 4 ans. Ils s’installent à Saint-Pompain, à quelques kilomètres d’Ardin le village natal. La famille retrouve la vie qu’elle connaissait, le père reprend son travail de maçon, les enfants grandissent. En 1914, quand la guerre éclate, Arthur, le plus jeune des fils, né en 1895 à Mercedes, part au front. Quelques mois plus tard, le 27 juillet 1915, il est tué au bois de la Gruerie en Argonne, bien loin des Deux-Sèvres et encore plus de l’Argentine. Augustin, Marie-Victoire et leurs autres enfants poursuivent leur vie dans le Poitou. Sans doute ont-ils écrit à Julien et aux siens, mais aujourd’hui il ne semble plus y avoir de lien avec les cousins restés en Argentine.

Oui je vous le concède, voici une parenté fort lointaine, finalement les descendants de frères Aubrit sont mes cousins au 8e degré ! Mais pour moi qui rêve de me trouver des cousins québécois, l’Argentine m’a offert l’occasion d’un voyage que je ne pouvais manquer !

Sources : Des Ardinois en Argentine à la fin du 19e siècle : les frères Aubrit. Michel Montoux. In : Orcanye n°24 : association histoire et patrimoine de Béceleuf et des environs. Décembre 2016.

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4 commentaires sur “Les cousins d’Argentine

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