Mots-clés

,

Je me suis penché sur un très intéressant rapport intitulé « Notes relatives à l’instruction primaire dans la commune de Terves » écrit en 1902 par l’instituteur Boissinot. Cette monographie de 16 pages a été rédigée, suite à une circulaire de l’inspecteur d’académie, pour servir à la publication d’une histoire de l’enseignement primaire des Deux-Sèvres. Ces notes sont très bien faites et très bien documentées. J’en parlerai forcément bientôt puisqu’elles évoquent mon métier et mon terroir. Mais, vu le titre de l’article que j’ai choisi, il est évident que c’est tout autre chose qui a retenu mon attention dans un 1er temps.

J’y viens donc. Dans ce rapport, il est écrit qu’en 1863, la commune hésite sur le choix d’un enseignant laïque ou religieux suite au décès de l’instituteur laïque communal. Et juste à côté, en marge, il y a cette petite note qui m’a interpellé :

M. H. est mort subitement sur
la rue en face de son jardin et
dans les bras de sa fiancée
avec qui il conversait depuis
un instant – Son successeur,
M. L., le remplaça non seulement
dans l’école, mais aussi dans
l’hymen.

L’analyse du document attendra ! Il me faut en savoir davantage sur les protagonistes de cette histoire d’amour. S’agit-il de ragots ou est-ce la vérité ? Et dans ce cas, qui sont H. et L. et qui est la fiancée ?

J’ai donc remonté les décès dans les registres de la commune avant 1863 et j’ai trouvé celui de Gustave Hyppolite, instituteur, le 20 août 1860 à 3 heures du soir, en sa maison du bourg de Terves. C’est un tout jeune homme qui passe de vie à trépas. Il n’est âgé que de 21 ans, originaire du sud du département (né à Chef-Boutonne), comme beaucoup de ceux qui officièrent dans ce métier au XIXe siècle. Je ne retrouve pas dans l’acte les détails du jardin et des bras de la fiancée, mais comme il est précisé que c’est en sa maison, je pense que c’est tout à fait compatible. (Mourir d’aimer aurait dit Charles Aznavour)

harlequin1

Couverture Harlequin

Qui a remplacé Gustave dans le cœur de son amoureuse ? J’ai cherché les mariages après 1860 sur la même commune et là encore, j’ai eu de la chance. Le 18 mai 1863 à 10 heures du matin, André Lévèques, instituteur, épouse Ursule Eugénie Bodin. Il a 23 ans et il vient lui aussi du sud du département, de Tillou. Elle a 22 ans, elle est native de Terves et elle trouve décidément bien séduisants les instituteurs (elle a sans doute raison 😇). La petite remarque en marge du rapport me semble bien avérée.

Cela pourrait finalement être une belle histoire d’amour puisqu’on en parle encore dans le village 40 ans plus tard. Ursule, après avoir vu mourir Gustave dans ses bras, finit par retrouver l’amour (l’hymen !) avec André deux ans plus tard. 3 enfants naissent à Terves : Constantin, Olive et Alcide entre 1864 et 1869. André change de poste pour un autre village du bocage, Cersay. Le recensement de la commune en 1872 commence par sa maison, comme s’il était le premier du village. 2 autres enfants naissent dans leur nouvelle commune, Fridolin en 1871 et Marthe (dite Marie) en 1874. Mais voilà, l’histoire d’amour fut peut-être belle, hélas ! elle s’arrête quelques mois après cette dernière naissance.

Ursule meurt le 14 octobre 1874 à Cersay âgée de 33 ans et André suit dans la tombe le 7 juillet 1878 toujours à Cersay. Il n’a que 38 ans. Le destin des enfants fut bien triste également, seule la petite dernière, Marie, orpheline de père et de mère à 4 ans, aura une longue vie. 2 garçons sont morts en 1874 un peu avant leur maman : Constantin à l’âge de 10 ans et Fridolin à l’âge de 3 ans. Olive décède un an avant son père en 1877 à l’âge de 11 ans et Alcide en 1889, à seulement 18 ans. (Les histoires d’amour finissent mal, en général ! auraient dit les Rita Mitsouko)

Publicités