Un instituteur de campagne

Pierre Sicot naît à Ardin en 1798. Son, père Jean Sicot, est tour à tour bordier ou tisserand ; quant à sa mère, Françoise Savariau, elle est la sœur de mon ancêtre François Savariau (sosa 122, 7e génération). Pierre Sicot passe sa jeunesse à Ardin. En 1824, à l’âge de 26 ans il épouse Madeleine Bernaudeau, une jeune fille de La Chapelle-Thireuil, une commune voisine. Sur son acte de mariage, est noté qu’il exerce le métier d’instituteur à Ardin. Une belle promotion pour ce fils de bordier ! Après son mariage, le jeune couple part s’installer à Saint-Laurs où Pierre devient le 1er instituteur du village en 1825. Très vite, 5 enfants naissent, Pierre continue d’exercer son métier d’instituteur et le couple s’établit définitivement à La Rénière, un hameau de Saint-Laurs. Malheureusement, en février 1839, Madeleine décède, elle a 35 ans. Pierre est un veuf avec 4 enfants en bas âge et, dès juin 1839, il se remarie avec Félicité Potier une jeune femme de St-Maixent-de-Beugné, un village tout proche. Il ne semble pas y avoir eu d’enfant de ces secondes noces. Pierre exerce le métier d’instituteur à Saint-Laurs de 1825 à 1843, soit près de 20 ans. Ensuite, selon les actes, il est tout à tour bordier ou propriétaire jusqu’à son décès le 25 mai 1877 à l’âge de 79 ans.

Le tableau est joli, un fils de bordier qui devient instituteur cela laisse imaginer une force de caractère et des compétences pour arriver à se hisser à ce poste. Mais, la réalité est bien plus complexe…
Dans son dernier article, Raymond évoque un rapport sur l’école dans la commune de Terves. Lors d’un passage aux AD79, nous avons consulté des monographies sur l’histoire de l’enseignement dans les communes des Deux-Sèvres. Pour ma part, je me suis intéressée à celle sur Saint-Laurs, un court texte de 4 pages. Monsieur Gelin, le rédacteur est l’enseignant en poste en 1902. Il a un regard bien condescendant sur le village. Il parle de « l’apathie naturelle de ses habitants habitués à vivre de peu au milieu de leurs champs de genêts et d’ajoncs… privés de communications avec les localités voisines et absolument indifférents à tout ce qui se passait autour d’eux ». Mais surtout il évoque l’école du siècle précédent et Pierre Sicot son premier « régent » (c’est ainsi que l’on nommait l’instituteur à l’époque) : « il tenait classe l’hiver dans un petit taudis  enseignant aux deux sexes à lire, à écrire et à compter… l’appartement éclairé par une mauvaise lucarne était entouré de quelques bancs et orné des gaules et des martinets. Pour servir de table aux élèves qui écrivaient, un fort madrier supporté par deux pieux fichés en terre. Quant aux annexes, aux cabinets par exemple, c’était la rue ou le champ de genêts le plus voisin ».

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Une école avant Jules Ferry © Image Rossignol

La classe n’est guère attirante ! Un lieu plutôt sordide où Pierre Sicot enseigne aux enfants du village. L’école est étonnamment mixte, elle se tient l’hiver ; l’été le régent va aux champs faire la moisson. Il se fait payer pour ces 2 activités mais « il mangeait ou plutôt buvait souvent son gain en revenant à la maison ». Au bout de quelques années, la classe est ouverte en toutes saisons, cependant le régent lui ne change pas « toujours buvant, dur à ses élèves, dur à sa femme qu’il faisait coucher à la belle étoile – disent les méchantes langues – chaque fois qu’il en était mécontent ». Monsieur Gelin rapporte une autre anecdote : il aurait « arrosé pendant la messe, les dalles de l’église avec le vin rouge absorbé en trop grande quantité avant l’office ». Tout cela ne fait pas rêver, l’homme ne semble guère sympathique, tant à l’école que dans sa famille. 

Il est des parentés dont je suis fière, je ne peux pas dire que ce soit le cas ici. Pierre Sicot est un personnage vraiment peu engageant. Pourtant,  je retire une leçon de cette histoire. Les registres d’état civil ne suffisent pas à brosser le portrait de nos ancêtres, il faut aller au-delà des 3 actes, consulter d’autres sources pour approcher une vérité. Sans ce document, je m’imaginais Pierre Sicot comme un personnage proche des hussards noirs de la République. Le récit de Monsieur Gelin, 60 ans plus tard, même s’il comporte sans doute quelques inexactitudes, m’apporte un tout autre éclairage.

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2 commentaires sur “Un instituteur de campagne

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  1. Je trouve ça super d’avoir pu trouver des infos aussi détaillées sur cet ancêtre, même si elles ne sont pas à son avantage. Voilà de quoi dresser un portrait plus précisément qu’avec quelques pauvres dates, c’est drôlement plus intéressant.

    Aimé par 1 personne

    1. Oui c’est plus intéressant. Aller chercher hors de nos registres habituels permet de trouver ce genre de document. On ne sait jamais à l’avance ce qu’on va trouver, ni sur qui. C’est tout le plaisir de la recherche !

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