6 janvier 1709, le jour où naquit Jean

Le 6 janvier 1709, jour de l’Épiphanie, les températures commencent à chuter partout en France. Le Poitou est lui aussi touché, plusieurs prêtres ont évoqué dans leurs registres ce qui reste dans l’histoire comme « le Grand hiver ». À Fenioux, le curé Boutheron en parle, à Chanteloup, à Pamproux, à Saint-Rémy les témoignages nous éclairent sur cette période. Le grand froid va se poursuivre jusqu’aux premiers jours de février.

Températures_à_Paris_en_Janvier_1709_(Louis_Morin)
Source Louis Morin Wikipédia

Ce fut un long et difficile hiver, et pourtant il n’est pas le seul, ceux de 1788-1789 ou de 1829-1830 pour ne citer qu’eux ont été largement aussi rigoureux. Cependant, selon Emmanuel Le Roy-Ladurie, si celui de 1709 est resté dans la mémoire collective, c’est en raison du contexte historique : la France est appauvrie par la guerre que mène depuis 1701 Louis XIV à l’Espagne. Enfin, cet hiver a été aussi meurtrier : les estimations parlent de 600.000 morts dont 100.000 de froid au premier trimestre de l’année, surtout les plus pauvres et les plus vulnérables.

Pourtant, au premier jour de janvier, rien ne laisse supposer ce qui va arriver. La première semaine est clémente, mais le 6, après une matinée très douce, il y a une chute brutale des températures. Ce jour-là, mon ancêtre Jean Pipet voit le jour dans la petite paroisse de Saint-Laurs, en Poitou. Ses parents, Jacques Pipet et Marie Dutaud se sont mariés 5 ans plus tôt et Jean est leur premier enfant. Jacques est tuilier, une activité assez fréquente dans ce village aux terres argileuses. La famille n’est sans doute pas bien riche et Jean naît dans un logement où il fait froid : un peu de feu dans l’âtre et la chaleur des animaux, voilà les seules sources de chaleur du foyer. Le bébé ne quitte guère le giron maternel pour rester au chaud, d’autant que dans les jours qui suivent le thermomètre continue de baisser : on ne doit pas être loin des -17° relevés à Paris les 13 et 14 janvier et ce froid se maintient jusqu’au 24 janvier.
Cependant, Jean tient bon, il s’accroche à la vie et traverse ce premier mois dans le froid polaire qui s’est abattu sur la France. Sa mère le protége du mieux qu’elle peut, elle l’allaite et le garde près d’elle. Mais l’hiver est long car, après une période de redoux, fin janvier début février, le froid reprend ses droits pour atteindre les -12° le 25 février. En tout « 6 semaines de grand froid » comme nous le rappelle le curé Boutheron de Fenioux.
La population est affaiblie et sous-alimentée alors, bien sûr, les maladies et les épidémies redoublent. Les plus faibles sont les premiers touchés, beaucoup vont mourir cet hiver-là. À Saint-Laurs, il est difficile de faire des statistiques pour comparer les décès de 1709 avec ceux des autres années, la paroisse ne compte guère que 400 à 450 âmes et le nombre des décès n’est pas significatif. Toutefois, comme partout, certains succombent, pendant l’hiver mais aussi tout au long de l’année 1709. Car, au sortir des frimas, les familles n’ont pas pour autant fini de souffrir : les châtaigniers et les noyers sont morts, tous les arbres fruitiers ont souffert et les blés d’hiver qui ont gelé doivent être ressemés au printemps. La nourriture se fait rare partout et les réserves de l’année précédente sont depuis longtemps épuisées !
À Saint-Laurs, l’hiver a épargné Jacques Pipet et Marie Dutaud et, avec l’été qui arrive, leur petit Jean a pris des forces, il a maintenant plus de 6 mois et se porte bien, mais ce n’est pas le cas de sa mère. Marie a mis toute son énergie pour lutter, l’hiver durant, contre le froid et pour protéger son enfant, mais les privations et peut-être la maladie l’ont épuisée. Le 20 juillet, elle s’éteint, laissant son époux avec un bébé à élever. Je ne sais rien de la peine ressentie par Jacques Pipet, mais la vie doit continuer et, quelques mois plus tard, il se remarie et donne une seconde mère à mon ancêtre qui n’était encore que le petit Jean.

Ozouf, Leterrier, Images d'histoire CE1 1954_0041_misère en 1709 famine
Images d’histoire Ozouf Leterrier, 1967 CE1

Le souvenir de l’hiver 1709 a traversé les siècles jusqu’à aujourd’hui comme en témoigne cette illustration extraite d’un manuel scolaire des années 70. Jean a plus de chance que beaucoup en survivant au Grand hiver. Il reste toute sa vie à Saint-Laurs. À 23 ans, il épouse Marie Boisselier qui lui donne 3 enfants. Il a une existence relativement longue puisqu’il meurt en 1767, à l’âge de 58 ans, entouré de sa femme et de ses enfants.

Sources :

Le grand hiver sur le site de Météo France
Le témoignage du curé Boutheron de Fenioux
Pour le Poitou, les articles d’Isabelle sur son blog Nelly, ancêtre du PoitouPamproux et à Saint-Rémy) et les nôtres sur Fenioux et Chanteloup dans ce blog.

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