Il y a 310 ans, le Grand hiver en Deux-Sèvres

En écho au dernier article de Sylvie et aussi suite à la découverte de nouveaux écrits, j’ai actualisé et enrichi le texte GLA GLA GLA GLA publié il y a 4 ans, lors de mon premier challengeAZ (spécial BD).

J’espère pour nous tous que l’hiver 2019 sera plus doux et que l’Homme ne dérèglera pas trop les 310 prochains.

hyver 1709.jpg
Extrait de la BD Hyver1709 de Sergeef et Xavier (éd. Glénat)

Nos ancêtres ont dû souffrir bien davantage que nous du froid : le feu pour seul chauffage, des habitations sommaires et mal isolées, il fallait parfois compter sur la chaleur humaine ou animale pour se réchauffer. La saison froide devait sembler bien longue, surtout lors de certains hivers exceptionnels comme en 1709 ! Celui-ci fut particulièrement redoutable en France à tel point que de nombreux curés dans tout le royaume ont relaté dans leurs registres ses effets dévastateurs ! Voici pour les Deux-Sèvres ce que j’ai trouvé. J’ai conservé les tournures mais j’ai adapté l’orthographe et ajouté bien souvent la ponctuation. J’ai comparé les styles des différents prélats. La manière de raconter révèle sans doute un peu leur vision du monde.

  • Naturel : Au commencement de cette année, le froid a été si rude qu’il a gelé tous les arbres verts ensemble, les ajoncs, les genêts et fendu plusieurs chênes, noyers, cerisiers et autres, tué tous les petits oiseaux et nombre de gros, tant domestiques qu’autres, plusieurs animaux, cochons et brebis… AD79 Germond 1699-1720 BMS, vue 92
  • Poétique : L’arrivée du printemps ne fait pas sentir, cette année ici, comme les autres, l’agrément qu’on avait coutume d’y trouver, il n’est pas accompagné comme à l’ordinaire de la douce harmonie du chant des petits oiseaux parce qu’ils sont presque tous morts par la rigueur et la longueur de l’hiver. AD79 Pamplie 1650-1730 BMS, vue 229
  • Mémoriel : Mémoire curieux pour la postérité. On regardera dans la suite des temps comme des choses surprenantes, extraordinaires et même impossibles, ce qui est arrivé dans la présente année mil sept cent neuf par rapport à la rigueur de l’hiver et aux gelées excessives qui y sont arrivées, et qui ont été la cause d’une famine presque générale, et qui ont produit des pertes dont on se ressentira plus d’un siècle. Premièrement, on saura qu’autour de la fête de Saint-Michel-archange [1708] le blé froment ne valait pas plus de vingt-cinq sous le boisseau mesure de Champdeniers, le seigle quinze sous, la baillarge huit et le blé noir six, le vin de pays quatre livres la barrique et celui de Saintonge huit. Mais il y eut en peu de temps bien du changement tant par les séditions populaires faites pour s’opposer à l’enlèvement et transport des grains, que par les grands froids qui ont commencé le jour des rois de cette présente année et qui ont duré autour de six semaines ; car presque tous les blés en ont été gelés et on peut compter pour rien ce qui a resté ; en telle sorte qu’on a été obligé de semer au printemps, tout comme si on ne l’avait point fait auparavant l’hiver. Mais comme cette saison ne permet pas de mettre en terre toutes sortes de grains, on a eu recours aux baillarges et blés noirs, ce qui les a fait valoir un prix pour ainsi dire incroyable, puisque la baillarge s’est vendue pour semer au mois de mars, avril et jusqu’au quinze de mai quatre livres dix sous, et le blé noir vingt-quatre livres le boisseau et communément dix-huit et vingt livres ; et au mois de septembre suivant le froment a valu pour semer, lorsqu’il était bon et nouveau, dix livres et le seigle cinq livres, et le reste de l’année et même jusque à la récolte de l’année mil sept cent dix qui est le temps que j’écris le présent mémoire, il a valu le même prix ou du moins il y a eu très peu de diminution, quoiqu’il y ait apparence de la plus belle récolte en blés que jamais homme vivant ait vu. Pour ce qui est des fruits, on en espère très peu, aussi bien que de vin dans les pays voisins à cause de la gelée arrivée le premier jour de mai de cette année, mais la plus grande perte arrivée par le froid de mil sept cens neuf après celle des blés et dont on se ressentira plus que mémoire d’homme est a l’égard des châtaigniers et noyers qu’on peut dire avoir entièrement été détruits et principalement les plus grands et les plus vieux ; dans le pays de Gâtine, tous les genets et ajoncs ont été gelés. On attribue encore actuellement de l’aveu des médecins et chirurgiens à cette gelée la cause de la mortalité et des grands nombres des maladies contagieuses qui règnent présentement presque dans tout l’univers…. AD 79 Fenioux 1699-1721 BMS vues 156 et 157
  • Économique : Cette année a été une des plus rudes qu’on ait eu depuis le grand cher temps et même plus rude selon le rapport que nous en on fait les anciens qui l’avaient appris de leurs pères. Tous nos blés ont péri par la gelée aussi bien que tous les noyers et tous les châtaigniers les uns entièrement et les autres qui poussent au bridier (?) c’est à dire que toutes les branches sont gelées qu’il faut [?] pour tous les noyers sont tous gelés. On fera semer de l’avoine qui fut la nourriture de la Gâtine avec abondance de baillarge qu’on recueillit en plaine dont le boisseau s’est vendu 4 livres, mesure de Champdeniers et un sou, mesure de Parthenay. Les pauvres ont souffert jusqu’à la mort et plusieurs en ont été enlevés. Les vignes et les choux ont été leur nourriture pendant 6 mois. J’ai acheté pour 200 livres de blé y compris 3 septiers pour 75 livres.  AD79 La Boissière-en-Gâtine BMS 1693-1750 vue 106
  • Macabre : Le sixième janvier jour de dimanche et fête des rois de l’année mil sept cent neuf commença le grand froid sur les deux ou trois heures après midi. Après avoir fait de la pluie la matinée les neiges furent sur la terre depuis le mardi huitième jusqu’au mois de mars les froments les seigles et les noyers et châtaigniers gelèrent tout le froment valut onze livres tournois le boisseau et le seigle huit livres tournois le boisseau, mesure de Pamproux. On trouva à Saint-Martin un homme mort de froid [« un pauvre étranger passant mort de cette nuit » sur l’acte] qui fut inhumé dans cette paroisse le 13 janvier et plusieurs furent trouvés ailleurs. AD79 Pamproux 1700-1710 vue 75
  • Moraliste : Depuis Pâques et […] de l’année, le seigle a valu sept livres le boisseau, la baillarge cinq livres dix sols et même jusqu’à six livres et quelque chose au delà à cause de la gelée qui commença le jour des rois de cette présente année et dura fort longtemps et si fortement que les blés, les oiseaux en grand nombre, les poissons en plusieurs endroits périrent, et grande quantité d’arbres morts sur le pied, et plusieurs personnes qu’on a trouvées mortes de froid. Merito haec patimur quia peccanimus in fratrem nostrum [Nous sommes punis pour avoir offensé notre frère] AD79 Ménigoute BMS 1700-1720 vue 134
  • Agricole : Le 6ème jour de janvier de la même année 1709 commença un froid si violent et continu l’espace de trois semaines que homme vivant n’en a ressenti de semblable. Les oiseaux périrent presque tous comme les pinsons, les alouettes, perdrix, corbeaux et aussi menus oiseaux. Les blés furent tous gelés de sorte qu’il n’y eut pas la semence de froment, orge et seigle. Ce qu’il y eut pour vivre, c’est que, ce printemps, on fit une si grande quantité de baillarges et notamment sur les froumenteaux [terres initialement ensemencées avec du froment] qu’il y en eut assez pour faire vivre tout le monde. Les vignes se gelèrent aussi. Tous les noyers exceptés quelques petits furent perdus. Ce fut une grande perte pour les paysans car il y en avait une grande quantité dans ce bourg dont les paysans faisaient de l’huile pour leur entretien. Il y en avait six gros dans le cimetière qui périrent aussi comme les autres. Le froment se vendit cette année la jusqu’à trois cent cinquante livres. AD79 Saint-Rémy BMS 1700-1709 vues 59 et 60

Mon texte préféré ne change pas. Il vient de Chanteloup et il est écrit par le curé Brunet.

  • Prosaïque : Il y a eu dans cette année 1709 quatre choses très remarquables, le grand froid, la disette de grain par conséquent la famine bien grande, plusieurs et grands impôts et une très grande guerre. Et le pis de tout disette de vin. AD79 Chanteloup BMS 1701-1736, vue 94
Chanteloup_hiver_1709
AD79 Chanteloup BMS 1701-1736, vue 94

Merci à Geneadom qui m’a permis d’actualiser cet article grâce à sa page « Témoignages insolites dans les Archives » et merci au blog Généalogie pratique et à Laurent Monpouet  de me l’avoir fait découvrir.
Et si vous connaissez vous aussi d’autres textes se rapportant au Grand hiver dans les Deux-Sèvres, vous pouvez les envoyer en commentaires, ils enrichiront cet article.

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Un commentaire sur “Il y a 310 ans, le Grand hiver en Deux-Sèvres

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  1. J’adore cette dernière archive ! Le curé Brunet ne devait pas être triste…
    Et je ne connaissais pas non plus le site Geneadom ! Merci pour les liens.
    Amusant d’y retrouver ses découvertes : il faudra que je regarde cela de plus près..

    J'aime

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