Le testament d’un curé

Le 20 août 1819, à 10 heures du soir, dans sa cure du bourg de Terves, prend fin à l’âge de 75 ans la vie de Pierre Proust, le desservant de ce lieu. Une mort prévisible et même préparée puisque, 15 jours plus tôt, il avait dicté devant notaire son testament. Le surlendemain du décès du prêtre, les neveux par alliances, René Body, René Leroux et François Gazeau, en font la déclaration auprès d’Alexandre Bichon, maire de la commune.

Ces 3 déclarants qui habitent aux alentours de Coron dans le département voisin du Maine-et Loire m’ont permis par déduction de savoir d’où venait Pierre Proust : Il est né le 9 janvier 1745 à Coron et il est le fils de Charles Proust, un maréchal de cette paroisse, et de Louise Renou. Il a au moins une sœur, Louise, et un frère, Charles. Il semble être resté proche de sa famille tout au long de sa vie, au vu des témoins de son décès mais aussi de son histoire personnelle.

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la première signature à Terves

Pierre Proust arrive à Terves au début de l’année 1788 pour succéder à Bonaventure Croison décédé peu avant. Âgé de 43 ans, il a sans doute officié auparavant dans d’autres paroisses. Le 1er acte qu’il rédige sur le registre paroissial est pour la sépulture de Joseph Frouin, le 21 mars. Un an plus tard, c’est le début de la Révolution française, une période où les membres du clergé vont devoir faire des choix. Comme beaucoup d’autres prêtres du Bocage, il refuse de prêter serment à la Constitution civile du clergé et il est expulsé en 1791 de sa paroisse au profit d’un curé constitutionnel. Pendant les guerres de Vendée, il se cache dans les caves du château de Beaurepaire pour échapper à la déportation et il continue de tenir les registres paroissiaux de Terves et des environs*. La paix revenue, quand vient l’Empire, Pierre Proust reste sur une attitude intransigeante. Il refuse le Concordat en 1801 et est considéré comme un semeur de troubles.

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Extrait d’une liste de prêtres réfractaires des Deux-Sèvres

Il est arrêté en 1805. Il se soumet en 1807 sans consentir toutefois à prêter serment. Il ne rejoint donc pas la Petite Église**. Il préfère, en accord avec les autorités, s’exiler dans sa famille du Maine-et-Loire. Ce n’est qu’avec la Restauration qu’il peut retrouver son église de Terves en 1817. C’est alors un bâtiment en piteux état qui a beaucoup souffert d’un incendie pendant les guerres de Vendée. Il en reste le desservant jusqu’à sa mort, 2 ans plus tard.

L’histoire mouvementée de Pierre Proust lui a permis de tisser des liens solides avec les habitants de sa paroisse d’adoption puisqu’il a choisi d’y revenir pour y passer les dernières années de sa vie. Il a eu une forte influence sur ses paroissiens et, en conséquence, sur un grand nombre de mes aïeux qui résidaient dans cette commune et aux alentours. C’est ce qui apparaît dans le testament rédigé peu avant sa mort signé par lui d’une écriture chancelante.

proust signature
la signature du testament

Mon ancêtre Charles Frouin (sosa 110) est présent en tant que témoin et c’est un autre parent, René Frouin, qui a la charge de faire appliquer les désirs du prêtre après sa mort. Que pouvait bien léguer un curé de campagne à son décès ? Pour Pierre Proust, après avoir élevé son âme à Dieu, cela tenait en 9 points :

1 – Il donne à Perrine Sauvêtre, sa servante, une rente viagère de 30 boisseaux de froment et seigle à prendre sur le prix de la borderie du Plessis à Somloire (Maine-et-Loire). Il lui donne le lit de son autre servante ainsi que 6 draps, 4 serviettes, 3 essuie-mains et 6 mouchoirs de poche (les meilleurs précise-t-il !)
2 – L’autre servante, Perrine Guinehut, hérite de 6 mouchoirs de poche (sans doute moins bien !) et une année de gage (et elle perd son lit !)
3 – Pierre Pineau, son domestique, reçoit 1 année de gage (mais pas de mouchoirs !)
4 – La fabrique*** de l’église de Terves reçoit 300 francs pour rétablir l’autel de l’église incendiée pendant les guerres de Vendée En outre, il offre à cette même fabrique sa meilleure soutane, ses surplis et tous les objets liturgiques qu’il possède.
5 – Il donne 800 francs aux pauvres de la commune, ainsi que ses hardes (chemises exceptées, peut-être pour des raisons d’hygiène)
6 – Il lègue 100 francs au pauvres de Somloire, et 128 francs à ceux de La Plaine, 2 communes du Maine-et-Loire où vivent des membres de sa famille et où il s’est peut-être réfugié.
7 – Il donne 72 francs pour la fabrique de La Plaine (pour faire un chiffre rond sur cette commune)
8 – Il verse 300 francs au séminaire de Poitiers à charge de dire 100 messes tant pour lui que pour ses parents (3 francs la messe !)
9 – Il porte une particulière attention à la petite fille de Mme veuve Renoux qui l’a veillé en lui donnant sa montre en or (la chance !)

Après la sépulture du curé, René Frouin remplit sa tâche d’exécuteur testamentaire avec sérieux. Les mouchoirs, draps, soutanes et montre ont sûrement été distribués dans les meilleurs délais. En tout cas, pour les dons qui concernent la commune de Terves, sa mission est accomplie avec célérité. Le 8 octobre 1819, l’offre des 300 francs pour restaurer l’autel de l’église est acceptée, les travaux n’excédant pas la somme donnée. Le même jour, comme l’exige la loi, le maire sollicite du préfet l’autorisation de distribuer les 800 francs et les vêtements « portatifs » aux pauvres de sa commune.

* Ces registres existaient il y a plus d’une vingtaine d’années puisqu’ils ont été saisis à l’époque par le Cercle généalogique des Deux-Sèvres, mais ils ne sont pas conservés aux AD du département. Où sont-ils aujourd’hui ? Si quelqu’un le sait ou si quelqu’un en possède une copie (photos, photocopies…), merci de me contacter, je suis très intéressé.
** Groupe organisé de personnes ayant refusé le Concordat, très présent au XIX et XXe siècles dans le bocage bressuirais.
*** Ensemble des responsables, religieux et laïcs, nommés pour administrer les fonds et revenus nécessaires pour construire, entretenir ou meubler une église. Les revenus proviennent des quêtes, offrandes, legs (comme celui du curé Proust), location des places et bancs dans l’église, etc.

Sources :

  • Blog Les Amis du patrimoine de Terves
  • AD du Maine et Loire
    – BMS 1732-1745 Coron (paroisse de Saint-Louis)
  • AD des Deux-Sèvres
    – 2 MI 1265 Décès 1818-1835 Terves
    – 3 E 11324 (Me Branger Bressuire)
    – 5 V 106 (fabrique de Terves)
    – 7 V 43 (dissidents de la Petite Église)

 

Un commentaire sur “Le testament d’un curé

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  1. Bonjour.
    Quand j’ai commencé la généalogie dans les années 1980, les registres paroissiaux de Terves étaient à la mairie et on pouvait les consulter dans une salle à part. Ceux de Courlay étaient à la cure ! Et c’est dans ces lieux que je les consultais. Puis, avec des amis généalogistes, nous avons retranscrits ceux de Courlay (et un de St Amand). La retranscription complète de ces registres se trouve ici http://chatry.free.fr/RPCourlay/
    Depuis au moins ceux de Courlay sont aux AD mais le site n’a mis en ligne que les années 1700-1792 alors que pour Courlay, les années après 1792 sont très importantes pour les raisons historiques et tragiques que vous connaissez. Les originaux des années post 1792 pour Courlay doivent être aux AD car elles ont dû récupérer tous les registres qui existaient alors à la cure de Courlay, ça faisait une bonne pile de documents pour autant que je m’en souvienne.
    Pour Terves, je crois me rappeler qu’il y avait là aussi des manques surtout après la Révolution. Nous n’avions pas retranscrit cette commune car les documents étaient à la mairie sous la responsabilité de la République. J’ose croire que les registres post-révolutionnaires sont encore à la mairie ou aux AD. S’ils ont été empruntés par le CG79, je pense qu’il serait relativement facile de savoir par qui. Si les numérisations des registres de Terves qu’on voit sur le site des AD sont ceux de la mairie, alors les registres post révolutionnaires doivent aussi être aux AD mais non numérisés.
    Cordialement.

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