♥ ♥ ♥ comme amoureux

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Les candidats (dessin de Lavrate). source Gallica

Comme j’ai fait durant tout le mois de juin un challengeAZ amoureux très « Bisounours », je reste cohérent en ce début du mois de juillet et je termine sur des petits ♥ ♥ ♥ que j’envoie à tout le monde (♥ participants ♥ lecteurs ♥ organisatrices ♥ likers ♥ retweeters ♥ commentateurs ♥…) Je suis vraiment ravi d’avoir choisi cette thématique car, du coup, tous les commentaires que j’ai reçus étaient dans un esprit plein de gentillesse et de bienveillance, ce qui est vraiment très agréable. Comme j’ai décidé d’être très aimable pendant quelques jours encore (♥ Sylvie ♥ sait bien que ce ne sera pas éternel), je vous encourage aussi à lire les billets des autres participants sur Flipboard. Si vous voulez relire tous mes billets, il suffit de cliquer et si vous voulez savoir celui que j’ai préféré écrire, c’est celui-ci !

En terme de bilan personnel, ce challengeAZ a vraiment été positif. Il a été bien suivi et, parmi tous les retours que j’ai eus, il y en a qui sont de ♥ ma famille ♥ d’amis ♥ de mon voisinage ♥. Je n’ai jamais mis en avant auprès de mes proches mon intérêt pour la généalogie et l’existence de mon blog (par goût de la discrétion) mais je suis ravi que certains aient su le découvrir et l’apprécier.
Le challenge m’a permis aussi de me perfectionner dans la recherche ♥ Gallica ♥ (je m’étais fixé comme contrainte de trouver à chaque fois une illustration sur le site de la BnF), de faire le point sur des projets en cours (la paléographie, les soldats) et de m’en donner de nouveaux (la médecine, les maisons). Je vais peut-être aussi continuer à enrichir petit à petit mon petit dictionnaire généalogique. J’ai vraiment eu du bonheur à le rédiger et cela ne m’a jamais pesé. J’ai essayé d’être didactique (un reste du métier ♥ d’enseignant ♥) et léger (un soupçon de lecture de ♥ l’almanach Vermot ♥), tout en parlant de ♥ mes ancêtres ♥. J’espère y être un peu arrivé.

Maintenant, un peu de repos avant de repartir. Je passe la main à ♥ Sylvie ♥ pour le prochain billet, et je vais pouvoir avancer ma lecture des articles des ♥ collègues ♥ !

Zoubis à ♥ tous ♥ !

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Z comme Zénobie

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Estampe de Jehannin de Chamblanc Zénobie et Radamiste. Source Gallica (BM Dijon)

Pour finir ce challenge AZ, je voudrais me tourner vers l’avenir et encourager les futures mamans et les futurs papas à envisager, s’ils attendent une fille, le prénom de Zénobie pour leur trésor à venir. Un prénom rare et donc précieux, qui trouvera sa place dans l’air du temps (il y a bien des Zita, des Zélie et des Zoé). Pour finir de convaincre, les femmes qui l’ont porté dans le passé sont plutôt estimables.

Zénobie, c’est le nom de l’impératrice de Palmyre au IIIème siècle. Elle a régné seule après la mort de son mari Odénat (au fait, si vous attendez un garçon, pensez à Odénat !) Elle peut être un modèle ou un exemple à suivre : elle a su s’imposer sur la scène internationale à l’époque romaine, et diriger une ville dont les vestiges sont un enjeu d’aujourd’hui.

Zénobie, c’est aussi l’héroïne du chef d’œuvre de Crébillon père Rhadamiste et Zénobie, écrite en 1711 (au fait, si vous attendez un garçon, pensez à Rhadamiste !). Cette tragédie évoque la vie des souverains éponymes d’Arménie du Ier siècle. Quel autre prénom aurait pu inspirer de tels mots d’amour ?
Victime d’un cruel contre vous conjuré,
Triste objet d’un amour jaloux, désespéré,
Que ma rage a poussé jusqu’à la barbarie,
Après tant de fureurs, est-ce vous, Zénobie ?

zenobie et alcide

Zénobie à son mariage

Zénobie, c’est enfin et pour moi surtout ma grand-tante (par alliance). Cette femme a traversé mon enfance comme une étrangeté, à l’image de son prénom. On allait chez elle assez régulièrement car elle habitait la même rue que mes parents. Je me rappelle un peu moins de son mari, mon grand-oncle Alcide (au fait, si vous attendez un garçon, pensez à Alcide !) décédé le premier. D’elle, j’ai le souvenir d’une petite femme un peu voûtée, tirée à 4 épingles, aux cheveux blancs teintés de bleu, seule car sans descendance. Elle était atypique par rapport aux autres cousins qui avaient un cadre de vie plus simple et dont les maisons grouillaient d’enfants. Les rencontres chez elle étaient conséquemment très différentes. Ailleurs, la marmaille se mélangeait, il y avait de la vie, on allait se promener, jouer et faire des bêtises parfois. Chez elle, il ne fallait sans doute pas déranger le calme et le confort bourgeois de cette jolie maison. Il n’y avait pas eu d’enfants, et donc pas de jouets à traîner. Je me retrouvais le plus souvent assis sur les marches d’un garage à lire de vieilles revues, à attendre que la visite familiale se termine. Je ne voudrais pas donner une image de tristesse, au contraire. Après tout, être seul, au calme, n’est pas désagréable. S’ennuyer (un peu) stimule l’imagination. Et c’est dans ce coin de garage que j’ai lu tant d’almanachs Vermot, remontant parfois aux années 50 ! Ceux qui me connaissent savent maintenant pourquoi je suis si drôle aujourd’hui !

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Dessin du jour de ma naissance extrait de l’almanach Vermot

Après 10 ans de veuvage, Zénobie a rejoint Alcide dans la tombe. Ils sont enterrés dans le cimetière de Terves et, comme il n’y avait pas de famille proche, il a fallu s’adresser à la famille élargie pour renouveler la concession qui arrivait à son terme. Cela n’a posé aucun problème, parce que, même si elle ne ressemblait pas aux autres membres de ma famille et même si elle était discrète, Zénobie était appréciée, comme toutes les perles rares.

Elle n’a pas eu d’enfants, elle s’était certainement fait une raison, mais en a peut-être aussi souffert. Allez, chers futurs parents, faites un beau geste ! Pour votre future bambinette, pensez à Zénobie !

Y comme Ysengrin

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Ysengrin, sa femme et ses enfants. Illustration de Benjamin Rabier du Roman de Renart. Source Gallica

Ysengrin, c’est le loup du Roman de Renart. Et des loups comme Ysengrin, mes ancêtres en ont sûrement eu peur autrefois, car j’ai retrouvé quelques traces de leur méfaits dans le département des Deux-Sèvres (j’en ai parlé sur le blog de l’association Généa79). Mais, Heureusement pour mes aïeux, il n’y a aucun drame qui les concerne directement ! Les loups ont laissé aussi leur noms à quelques lieux-dits de la région (Les Loups, Chiloup, Chanteloup, Gratteloup et peut-être même Saint-Loup…) mais je l’ai déjà évoqué dans T comme Toponyme. Ce que je n’ai jamais abordé jusqu’à présent, ce sont mes ancêtres qui portent le patronyme de « Le Loup ». Cela m’éloigne un peu des Deux-Sèvres avec Urbain Le Loup, né vers 1582 et décédé le 5 janvier 1665 à Mayet (Sarthe) et sa fille Jeanne Le Loup, décédée le 5 janvier 1641 à Marigné-Laillé (Sarthe). Je me suis jusqu’à aujourd’hui peu penché sur ces aïeux, sans doute parce que je maîtrise moins bien l’histoire de cette région. Les dates commencent à être anciennes et les sources rares, cette branche est un peu en jachère.

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Renart, le goupil par B. Rabier

Il faut pourtant que je fasse quelque chose d’un peu plus consistant pour ce Y comme Ysengrin, le loup du roman de Renart. Renard !!!! Je m’éloigne un peu mais saviez-vous qu’autrefois, l’animal était appelé goupil, et que le succès du livre a fait disparaître cet ancien nom au profit de celui du héros. Je n’ai pas de « Renard » dans mes ancêtres, mais j’ai une « Goupil », prénommée Marguerite, née vers 1705 et décédée en 1745 à Bazoges-en-Pareds (Vendée). Elle s’est mariée avant 1730 avec François Daguisé. Le couple a résidé à Thouarsais-Bouildroux, toujours en Vendée, où ils ont eu au moins 4 enfants. J’aimerais beaucoup en savoir plus sur elle car je ne sais pas qui sont ses parents et je ne lui connais ni frère, ni sœur. Mais pour le moment, mes recherches sont vaines !

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Baudoin, l’âne par B. Rabier

Dans le roman de Renart, il y a aussi des ânes : un qui s’appelle Baudoin et un autre qui s’appelle Bernard (merci Wikipédia). Je pourrais vous parler de mes « Baudouin » et de mes « Bernard », parce que là, j’en ai des quantités et il y aurait de quoi dire ! Mais les ânes, ce n’est pas très flatteur… et j’ai aussi un petit peu peur d’être cette fois vraiment hors sujet…

Y‘a pas à dire, y‘a des lettres difficiles à caser dans le challenge AZ !

X comme xénophilie

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Carte drôlatique d’Europe pour 1870. Source Gallica

En ces périodes où le vivre ensemble n’est pas toujours mis en avant (et aussi parce qu’il n’y a pas beaucoup de mots commençant par la lettre X), je réactualise un article ancien qui montre qu’il est possible de partager sa vie avec des gens venus d’ailleurs, de faire preuve de xénophilie. L’étranger en question ne venait pas de bien loin, mais à cette époque où les gens bougeaient rarement, il était sans doute un peu perçu comme tel, ne serait-ce que par son prénom et son nom, pas du tout représentatifs de ceux existant dans le Bocage au XVIIIe siècle.

Nazaire Fougoux est né le 13 février 1711 à Condat (en Auvergne, dans l’actuel Cantal), à moins que ce ne soit son frère qui porte le même prénom. Ses parents sont Jean Fougoux et Agnès Marmier qui ont au moins 4 enfants. Le prénom a été facile à trouver, c’est celui du saint patron de l’église de sa paroisse natale. Adulte, il exerce les métiers de marchand, chaudronnier, poêlier. En 1732, je le retrouve à La Chapelle-Saint-Laurent, dans les actuelles Deux-Sèvres. Pourquoi est-il parti ? Le travail manquait-il en Auvergne ?  Était-il marchand ambulant ? A-t-il voyagé seul ?

Le 19 février 1732 donc, Nazaire Fougoux épouse Jeanne Jouyneau, la fille du boulanger d’un village du Poitou distant de 350 km de Condat. Nazaire Fougoux va vite s’adapter dans sa nouvelle région. Au mariage, le prêtre s’est assuré auprès du clergé de sa paroisse d’origine qu’il est un bon catholique et de nombreux notables (marchands, chirurgien, tailleur d’habit, lieutenant assesseur…) sont présents à la cérémonie. Avec Jeanne, ils ont 6 enfants entre 1732 et 1743. Son épouse meurt en couche le 6 janvier 1743 et il se remarie très vite, un mois plus tard, avec Marie-Madeleine Blocheau. Avec sa nouvelle épouse, Nazaire Fougoux a encore 9 enfants nés entre 1743 et 1757. Au moins 8 des 15 enfants nés de ses 2 mariages sont décédés très jeunes. 5 garçons au moins atteignent l’âge adulte.

Sans doute était-il très sympathique ou indispensable à la communauté par sa profession car il est régulièrement sollicité pour les baptêmes et les mariages. Ainsi, il est parrain de 8 enfants du village (dont mon ancêtre Jean Nazaire Roy),  il est aussi le témoin de très nombreuses unions jusque dans les paroisses voisines, même s’il n’a aucun lien familial. Je retrouve sa signature également sur des contrats de mariage. Il est devenu incontournable. Le bougre était sans doute aimable mais la paroisse était sûrement aussi accueillante ! Quand Nazaire décède le 23 décembre 1789, à l’âge de 85 ans selon l’acte (mais peut-être 78 ans), à La Chapelle-Saint-Laurent, qui se rappelle qu’il est venu d’une autre région, il y a environ 50 ans ?

étrangers poitouIl existe des personnages bien plus exotiques qui ont inspiré autrefois plus souvent de la curiosité que du rejet. Pour ma région du Poitou, il existe un excellent livre Les étrangers en Poitou au XVIIIe siècle – Traverser ou rester de Sébastien Jahan (Geste éditions). Surtout centré sur l’actuel département de la Vienne, il évoque et analyse le passage dans la région de populations variées : des prêtres originaires d’Irlande (comme Patrice McSwiney, le témoin du mariage de mes ancêtres Jean Bontemps et Marie-Hélène Grelier le 3 novembre 1772), des domestiques noirs embarqués d’Amérique, des mercenaires venus de Suisse… C’est un livre qui parle du passé et du Poitou mais c’est aussi un livre qui fait réfléchir au monde que nous voulons aujourd’hui et demain.

W comme Waterloo

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Image Pellerin. Source Gallica

Comment s’extasier au nom de la généalogie (ou de la chanson) sur Waterloo ?
Et pourquoi pas sur Verdun pendant qu’on y est ? Ces batailles furent des massacres qui fauchèrent la vie de tant de jeunes hommes et pas seulement de France !

Sans les magnifier, je dois cependant m’y intéresser.
D’abord, car beaucoup de ceux qui sont morts sur ces champs de bataille étaient jeunes et n’ont pas eu le temps de fonder une famille, d’avoir des enfants, une descendance. Ce sont les frères ou les cousins de mes ancêtres. Si je n’en parle pas, qui le fera ?
Ensuite, parce que la plupart de mes ancêtres ne voyageaient pas beaucoup. Ceux qui ont eu la chance de survivre pouvaient dire de retour au village qu’ils avaient vu du pays, ce qui en a consolé peut-être. Grâce à eux, moi, généalogiste amateur, je peux ainsi découvrir les lieux de leurs combats. Ils me font réviser mon histoire : les grandes campagnes de Napoléon, la conquête coloniale (l’Algérie notamment), la guerre de 1870, la Commune de Paris, les guerres du XXe siècle… Ils me font bourlinguer hors de mes Deux-Sèvres d’où je bouge si peu en terme de généalogie et ils m’emmènent vers d’autres régions de France et vers d’autres pays.

J’ai commencé à relater ce que fut le sort de mes ancêtres face au service militaire (sous Napoléon Ier et sous la Restauration) et ce travail n’est pas fini (je compte aller jusqu’en 1918). En attendant que ce soit réalisé, je vous montre dans la carte ci-dessous tous ces endroits que l’armée m’a fait visiter (généalogiquement) depuis le Premier Empire jusqu’à la Vème République. Des ancêtres et parents y sont allés pour faire leur service militaire ou la guerre. Vous n’y trouverez pas Waterloo mais les batailles napoléoniennes sont évoquées.

En cliquant sur les symboles, vous découvrirez que c‘est moi qui me suis le plus éloigné de mon département pour cause de service militaire et que, fort heureusement pour moi, ce n’était pas pour combattre.

Légende
Jaune Ier Empire
Rouge 1815-1871
Vert 1872-1913
Bleu guerre 14-18
Bleu foncé depuis 1918

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V comme Villers-Cotterêts

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Carte Cassini de Soissons (détail). source Gallica

L’ordonnance de 1539 de Villers-Cotterêts est célèbre car elle institue que le français devient la langue officielle écrite du Royaume. Mais elle a un autre intérêt pour les généalogistes : elle oblige les prêtres à tenir des registres de baptême avec indication du nom du père, et bien sûr en français. Il existait quelques registres paroissiaux auparavant (le plus ancien est celui de Givry (Saône-et-Loire) et date de 1334).

C’est donc aux prêtres qu’est confiée, à partir de 1539, la responsabilité de consigner les actes importants de la vie de nos ancêtres. Mais d’autres dates sont également importantes pour aider à comprendre ce qui peut se trouver dans les registres selon les périodes. En voici quelques unes :
– 1579 : l’ordonnance de Blois oblige à enregistrer mariages et sépultures.
– 1598 : l’édit de Nantes autorise les pasteurs protestants à tenir leurs propres registres.
– 1667 : l’ordonnance de Saint-Germain-en-Laye (ou Code Louis) de 1667 donne les règles de rédaction des actes : ils doivent être en 2 exemplaires, sur papier timbré, dont 1 pour le greffe. S’ils savent le faire, les parrains et marraines doivent signer pour les baptêmes, les conjoints et les témoins pour les mariages, et deux parents pour les sépultures.
– 1685 : la révocation de l’édit de Nantes supprime l’état civil protestant. (celui-ci survivra hors-la-loi avec les registres du désert)
– 1787 : l’édit de Versailles permet aux protestants de retrouver les registres officiels.

Toutes ces règles ne furent jamais immédiatement appliquées. Ainsi, on trouve encore des actes en latin dans les registres paroissiaux du XVIIe siècle. De même, l’obligation d’utiliser du papier timbré suscita de fortes résistances à l’application du Code Louis.

Quelques années plus tard, tout cela allaient totalement changer. La Révolution française qui bouleversa le système établi fut aussi une révolution pour la tenue des registres. Le 20 septembre 1792, un décret de l’Assemblée nationale décide que l’état civil des citoyens est retiré aux curés et confié aux maires. Depuis cette date, il a bien sûr évolué mais il s’agit plus de perfectionnements et d’ajustements que de modifications de fond.

Je me rends bien compte que cet article est un peu austère, vu le sujet. Que cela ne décourage pas d’aller fouiller dans les registres, qu’ils soient paroissiaux ou d’état civil. Ils peuvent être un terrain de jeu pour faire des cartes de Noël ! Et celui qui sait observer ou chercher y trouvera des actes amusants. Là, comme je fatigue (plus que 4 lettres, mais n’allez pas croire que j’en ai marre), l’exemple n’est pas fameux. Vous pourrez faire beaucoup mieux !

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Baptême de Jean Aymard, fils de Jean Aymard (AD 79, BMS Hanc 1657-1739)

 

 

U comme utérin

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Le peintre et son frère de Fuger. Source Gallica

Aimer la généalogie oblige à s’interroger sur les liens familiaux qui nous unissent. Ainsi, on peut être frère (ou sœur) utérin, consanguin ou germain !
La première fois que j’ai rencontré ces termes dans des actes paroissiaux je me suis interrogé. Pas très longtemps, car avec les dictionnaires en ligne, la réponse n’était pas difficile à trouver. Le frère utérin est issu d’un même utérus, celui de la mère et le frère consanguin est issu du même sang celui du père. Résumer une mère à un utérus et attribuer le sang au père semble pour le moins exagéré dans un cas comme dans l’autre mais c’est ainsi, je n’y peux rien. Un frère utérin est donc un demi-frère suite au remariage de la mère, et un  frère consanguin est un demi-frère suite au remariage du père. Dans mon arbre, au début du XVIIIe siècle, j’ai le cas de Jeanne Roy, qui est à la fois la sœur consanguine d’Alexis Roy (mon SOSA 302) et la sœur utérine de Françoise Dugé (mon SOSA 303), épouse d’Alexis Roy. Accrochez-vous ! Henri Roy, le père d’Alexis, après avoir perdu sa femme a épousé en 1710 Marguerite Aurereau, la mère de Françoise, également veuve. Ils ont eu ensemble une petite fille Jeanne Roy. Quelques années plus tard, en 1717, à force de vivre sous le même toit, Alexis Roy, demi-frère consanguin de Jeanne, et Françoise Dugé, demi-sœur utérine de Jeanne ont fini par se marier, sans même avoir à demander de dispense ! Et ils ont eu 9 enfants !
Heureusement pour mon pauvre cerveau, les frères germains ont le même père et la même mère ce qui est quand même bien plus simple. Petite note culturelle parce que j’aime bien ça : le mot germain ne fait pas référence au peuple, il vient de l’adjectif latin germanus (vrai, authentique) lui même venant de germen (le germe, mais aussi la semence).

Étudier la famille est parfois bien compliqué. Les cousins selon le degré de rapprochement sont parfois qualifiés de germains, d’issus de germain, de remués de germain ou « à la mode de Bretagne », mais pas toujours. Quand on trouve dans un mariage une dispense de consanguinité, il faut chercher parfois jusqu’aux arrière-grands-parents des époux pour savoir quel lien les unissent. Bien des mystères demeurent dans nos arbres. Ce ne sont pas seulement des ancêtres qui nous échappent, mais aussi des liens familiaux, des cousinages que nous n’arrivons pas à trouver ou à prouver.

Cette part de mystère fait aussi partie des charmes de la généalogie. Nous savons que nous sommes tous cousins, plus ou moins germains ou remués, peut-être même seulement consanguins ou uniquement utérins, et nous essayons de le prouver chaque jour.

P.S. Appartenir au petit monde des « généa-blogueurs m’a fait découvrir de nouveaux cousin et cousines très remués : Frédéric, Nat, et tout récemment Mélanie ! C’est à chaque fois un plaisir !

 

T comme toponyme

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Source Gallica

Faire de la généalogie, c’est aussi le plaisir de découvrir des mots qui nous chatouillent les oreilles par leur sonorité, par leur sens, ou par leur double sens. C’est souvent certains noms et prénoms de nos ancêtres, mais ce peut être aussi les noms des endroits où ils ont vécu. Pour étudier ces derniers dans les Deux-Sèvres, j’utilise principalement le Dictionnaire topographique des Deux-Sèvres écrit par Bélisaire Ledain à la toute fin du XIXe siècle. Il dit contenir tous les noms de villes, villages, hameaux et lieux-dits… ce qui est sans doute assez près de la réalité. Je pense même qu’il en a rajouté ! Je l’ai en version papier pour le plaisir de tourner les pages et en version numérique, grâce à Gallica, pour faire des recherches rapides par commune.

Fouiller parmi les toponymes des Deux-Sèvres est pour moi un vrai bonheur et il en serait sans doute de même ailleurs en France. Suite à mes recherches généalogiques et grâce au dictionnaire de Bélisaire Ledain :
– j’ai rencontré des personnes très variées (les Jumeaux, le Cocu, la Pucelle, les Marchands, le Grand-Fâché, les Paillards, la Grasse-Vachère, le Chamelier), et même quelques célébrités (Bossuet, Néron),
– j’ai prié des saints méconnus (Éanne, Faziol, Goard, Lienne, Liguaire, Mérot) et des saintes ignorées (Gemme, Macrine, Néomaye, Neuil, Ouenne, Pezenne) mais je me suis interrogé pour Sainte-Verge,

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Sainte-Verge, con de Thouars !

– j’ai visité des lieux que je ne situais pas dans mon département (Chambord, la Californie, Châteauroux, Madrid, Milan, Narbonne, la Normandie),
– j’ai collectionné des objets familiers (la Brosse, la Serpe, les Cartes, la Chaise, la Planche, le Pot, le Marteau, le Couteau, l’Échelle, l’Habit, le Pavé),
– j’ai étudié l’anatomie (le Cul, la Dent, les Peaux, Pied-Mou et Pied-Blanc, Tête-Noire),
– je me suis inventé tout un zoo (le Vautour, Épervier, la Brebis, la Vachette, Chienmort, l’Âne-Cuit, la Chèvre, Pigeon-Blanc, la Cigogne, Grand-Cerf, la Grue, Hérisson, l’Hirondelle). Parmi ces animaux, il y a des oiseaux qui chantent (Chantemerle, Chantecaille, Chantecoucou, Chantoiseau) et un loup aux multiples activités (Chanteloup, Chiloup, Gratteloup),
– j’ai appris à compter (les Deux-Sèvres, les Trois-Pigeons, Les Quatre-Moulins, Cinq-Borderies, Six-Ailes, Treize-Vents, Les Trente-Six-Côtes, Millepieds),
– j’ai fait un repas complet (Bouillon, la Carotte, Saumon, les Épinards, Pain-Perdu),
– j’ai aussi prononcé des mots plus ou moins gros (l’Annerie, la Connerie, Couillard, Vide-Bouteille, le Chiron, Monfumier) mais, bien sûr, je m’en excuse.

En relisant toutes ces listes, je me dis que, bien souvent, il faudrait s’interroger davantage sur l’origine des toponymes. Car enfin, pourquoi nos ancêtres ont-ils donné à certains lieux-dits les noms étranges de Beure-Balon, Baille-Malaise, Paille-Grolle, Roule-Crotte ou Cougoulette ?

S comme Sosa et Stradonitz

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Charles d’Hozier. Source Gallica

Après avoir rendu hommage au comte Jacques d’Aboville, maître à penser de la généalogie descendante, il était inconcevable que je passe sous silence l’apport à la généalogie ascendante de Jeronimo de Sosa et de Stephan Kekule von Stradonitz. Le 1er est un religieux franciscain espagnol du XVIIe siècle, le second est un juriste et héraldiste allemand qui vécut entre 1863 et 1933. Ils ont donné leur nom à la méthode de numérotation des ancêtres, la plus utilisée et la plus pratique, dite Sosa-Stradonitz. Ce système aurait peut-être dû porter le nom du noble allemand Michel Eyzinger (1530-1598) qui en est le vrai concepteur avec son livre Thesaurus principum hac aetate in Europa viventium. Mais ce sont Sosa en utilisant sa méthode (avec Noticia de la gran Casa de los Marqueses de Villafranca) et Stradonitz en la popularisant (avec Ahnentafel-Atlas. Ahnentafeln zu 32 Ahnen der Regenten Europas und ihrer) qui ont récolté la gloire ! Tout cela est bien injuste ! Et en plus, je n’ai pas réussi à trouver le portrait de tous ces précurseurs. À la place, voilà celui de Charles d’Hozier (1640-1732), conseiller du roi et généalogiste non moins célèbre grâce à son armorial.

Aujourd’hui, donc, tout généalogiste un peu sérieux utilise la méthode Sosa-Stradonitz pour classer et numéroter ses aïeux directs. Du coup, on ne parle plus de son ancêtre mais de son SOSA (on a préféré éviter de dire le Sosa-Stradonitz difficile à prononcer ou, pire encore, le S.S. ce qui aurait été vraiment embarrassant).

Pour en revenir à la méthode, elle est d’une simplicité biblique. Le de cujus (voir D comme de cujus) porte le numéro 1. Son père porte le numéro 2, sa mère le numéro 3. Pour « numéroter » les parents à chaque nouveau degré d’ascendance, on multiplie par 2 pour obtenir le père et à ce nombre on ajoute 1 pour obtenir la mère. Avec ce système, tous les ancêtres hommes ont un nombre pair et toutes les ancêtres femmes un nombre impair.  Un petit tableau valant tous les discours, voilà les nombres attribués aux 4 premiers degrés d’ancêtres (de 2 à 31).

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Dans mon arbre généalogique, les SOSA les plus élevés (ceux dont je suis sûr et dont j’ai trouvé au moins un acte les concernant directement) sont Guy Briault et Mathurine Roullaud. Ils portent les numéros 15 346 et 15 347 et sont situés 13 générations au dessus de moi. Ils se sont mariés avant 1610, ont eu au moins 6 enfants et vivaient dans la paroisse de Terves. Mathurine est décédée le 30 mars 1618 et Guy le 8 août 1637.

Et si vous avez raté le « cours » sur la généalogie descendante, c’est par ici. Vous comprendrez pourquoi, par rapport à ces deux aïeux, je suis en numérotation d’Aboville le 1-1-1-7-5-2-3-1-1-1-5-1-3-4 et je suis en numérotation Pélissier le a-A-G-e-b-c-a-a-a-E-a-c-D.

 

 

R comme racines

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Jardin du  Roy par J.B. Hilair. Source Gallica

Il est fréquent de comparer le généalogiste et le jardinier. L’arboriculteur me semble plus approprié et une récente présentation de l’association « les Croqueurs de Pommes » (dont la mission est de préserver et de mettre en valeur les variétés fruitières) me l’a confirmé.  Le conférencier parlait d’arbres, de branches, de racines, tout comme moi ! Quand il évoquait les graines, je pensais aux naissances. Quand il parlait d’hybridation, je voyais les mariages. Il n’ y a guère que les enterrements qui m’ont échappé !

Le parallèle entre généalogiste et arboriculteur est d’autant plus vrai dans mon cas que j’ai dans ma généalogie quelques noms de famille rappelant les arbres. Ces patronymes se transmettent de père en fils, mais finissent par disparaître de ma généalogie quand j’arrive à une femme. Voici mon verger :
Mes 3 « Prunier » : Le plus ancien que je connaisse est François Prunier. Il a épousé avant 1696 Françoise Bremault, il était sabotier et est décédé entre 1721 et 1738. Son fils François Prunier (1696-1733) était marchand à Largeasse (Deux-Sèvres). Il a eu avec sa femme 4 enfants dont Charlotte Prunier (1724-1788). Elle épouse un marchand, Jacques Marillaud, en 1746 qui lui donne 4 enfants.
Mes 4 « Châtaigner » : Ils sont installés sur 4 générations à Saint-Maurice-des-Noues en Vendée. Mathurin Châtaigner est marié avec Marie Majou, sans doute avant 1660 et il est mort après 1700. Son fils Jean Châtaigner (1660-1740) a eu une longue vie. Son 1er mariage a été plutôt malheureux puisque son épouse Françoise Taillefait et leurs 2 enfants étaient décédés 3 ans après l’union. Il s’est remarié avec Renée Pinsembert qui lui a donné plusieurs enfants dont Jean Châtaigner (1712-1793). Il a une vie très comparable à celle de son père, longue également, avec le même métier de maréchal et il a le même drame, le décès rapide de sa première épouse. Remarié avec avec Rose Brossard, il a 11 enfants dont la petite dernière Jeanne-Françoise Châtaigner (1757-vers 1795). Elle épouse en 1780 le journalier Pierre Paillat, père de ses 6 enfants. Décède-t-elle des suites des guerres de Vendée ?
– Mes 5 « Poirier » : J’aimerais bien trouver des racines plus profondes. Je ne peux remonter avant François Poirier, marié avant 1765 avec Françoise Boissinot, et décédé avant 1801. Les recherches seront difficiles pour trouver ses parents car les registres paroissiaux de Saint-Amand-sur-Sèvre (Deux-Sèvres) ont disparu pendant les guerres de Vendée. Il a eu 4 enfants dont Pierre Poirier, un bordier qui a eu à son tour 7 enfants de 2 mariages et est décédé vers 1803. On est paysan de père en fils chez les « Poirier ». Le fils, Jean-Pierre Poirier (1784-1867, métayer, épouse Marie Deguil et ils ont 8 enfants et le petit-fils Victor-Augustin Poirier (1827-1901), cultivateur, a 6 enfants avec Marie Louise Daguisé. Le nom de Poirier disparaît de mon arbre à la génération suivante avec le décès prématuré de Philomène (dite Alphonsine) Poirier (1878-1902), morte peu après avoir donné naissance à ma grand-mère maternelle.

Je ne sais pas s’il faut être être fier de ses racines. En tout cas, je n’ai pas honte de mes arbres du Poitou : de mes « Prunier », de mes « Châtaigner » et de mes « Poirier ». Il est vrai que j’en suis un peu le fruit !