Il n’avait pas le sens des affaires

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« Il n’avait pas le sens des affaires », c’est ce que le bouche à oreille a transmis de Jean-François Deborde, le frère de mon arrière-arrière-grand-père, Joseph Deborde dit « pépé José » sur la fin de sa vie. Pour que la famille ait gardé la mémoire d’une personne née il y a bientôt 2 siècles, en 1823, c’est sans doute parce qu’elle détonnait parmi les autres. J’ai donc voulu le vérifier.

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Joseph, le frère de Jean-François

Les parents de Jean-François, Pierre Deborde et Jeanne Grelier, sont des paysans assez riches. Après leur mariage en 1822, ils acquièrent davantage d’aisance en changeant régulièrement de métairie : la Forge à Pugny, le Roya à Chanteloup, Égoulant à Clazay et enfin le Bois-de-Terves à Terves. Ils ont eu 3 garçons qui, en grandissant, sont des bras précieux pour aider dans les champs. De ce que je sais de leur vie, je les imagine chacun avec un tempérament bien différent : Jean-François, l’aîné, ambitieux, mais inconséquent dans sa conduite ; Joseph, le cadet, laborieux, très pieux, le fils modèle ; François, le benjamin, bricoleur, pas très courageux mais sans doute arrangeant.

En 1848, la famille habite à Clazay quand Jean-François âgé de 24 ans se marie avec Mélanie Billy. Il s’installe à la ferme de la Touchelandière de Terves où il travaille avec son beau-père et sa belle-famille. Le couple a 4 enfants : 3 filles et 1 fils. Ce dernier, Maximin, décède très jeune. Excepté ce deuil, la vie s’écoule pour le mieux, conforme aux normes de l’époque. Mais entre 1863 et 1865, une succession de décès frappe la famille : Mélanie l’épouse meurt la 1ère à l’âge de 40 ans, puis le beau-père, Jacques Billy, l’année suivante, et enfin Henriette, la 2ème fille âgée de 12 ans. Jean-François se retrouve alors seul avec les 2 filles qui lui restent, Marie-Madeleine et Marie-Mélanie, âgées de 15 et 5 ans. Mais il habite toujours à côté de la famille de sa femme défunte : les frères Jacques et Honoré Billy « vieux garçons », la sœur Prudence Billy, son mari Pierre Proust et leurs enfants. Le décès de son beau-père semble révéler que Jean-François avait déjà du mal à gérer ses biens. En effet, il est endetté auprès d’une belle-sœur de 2 400 francs suite à l’achat d’un terrain qu’il n’a pas totalement payé. Pour rembourser, il a sans doute dû puiser dans la dotation partage entre lui et ses 2 frères faite opportunément par ses parents Pierre Deborde et Jeanne Grelier l’année précédente.

Jean-François se remarie avec Clémence Fremondière en novembre 1865. Cette union a-t-elle été bien acceptée par son ex-belle-famille ? Ce n’est pas sûr car aucun n’apparaît en témoin sur l’acte de mariage ou le contrat de mariage. la mariée possède 2 000 francs d’économies personnelles. L’apport du marié est moins clair car la communauté précédente n’est pas encore liquidée. 2 filles naissent à Terves de cette union : Angèle en 1866 et Noémie en 1872. Jean-François a maintenant une activité indépendante de la famille Billy : il est à son compte, il est marchand de moutons. C’est dans ces années-là que se confirme ce que la mémoire familiale m’a transmis : il n’avait sans doute pas le sens des affaires. Aux Archives départementales des Deux-Sèvres, j’ai retrouvé le dossier instruit par le tribunal de Bressuire concernant sa faillite en 1871. 26 créanciers essaient de retrouver l’argent que leur doit Jean-François. Parmi eux, ses ex-beaux-frères Jacques Billy agissant au nom des 2 filles que Jean-François a eu avec sa 1ère femme Mélanie Billy ainsi que Constant Chollet époux de Marie Billy. Il y a aussi des cousins : Pierre Baudu de Moncoutant et Jacques Turpaud de Breuil-Chaussée. Les sommes en jeu sont très variables, de 30 à 2 675 francs. failliteJean-François doit en tout plus de 16 000 francs. Un bilan est fait de ses actifs pour voir s’il  a des possibilités de rembourser. Il possède la moitié de la maison où il habite à la Touchelandière de Terves et la moitié des terres en dépendant soit 5 000 francs. Il peut aussi compter sur 4 000 francs de son frère François suite à une vente. Un huissier fait également l’inventaire et l’estimation de ses biens. il fait le tour de l’habitation (le buffet, les assiettes les cuillers, les draps…), de l’écurie (une vache de dix ans poil marron, une autre neuf ans poil blanc…), de la cour (une charrette, un baquet…) et de la grange (2 fourches en fer…). Il y en a pour 576 francs et 25 centimes mais seuls 200 francs seront pris en compte. 9 200 francs d’actif pour 16 000 francs de passif. Le compte n’y est pas. A-t-il fait un emprunt ? Son père et ses frères l’ont-ils aidé à se renflouer ? Pour l’instant, je ne sais pas.

En tout cas, il ne pouvait plus rester dans la région et devoir supporter le regard des voisins, de sa belle-famille et peut-être aussi de ses frères. Il est ainsi le premier connu de mes ascendants et collatéraux à quitter volontairement et définitivement sa région natale du bocage bressuirais. À la fin de l’année 1872, il part refaire sa vie, à Coulonges-sur-l’Autize, 50 kilomètres plus au sud, quasiment un autre monde. E t il y découvre un nouveau métier : épicier. Avec quel argent a-t-il pu s’établir ? Lui restait-il des avoirs cachés ? Son père l’a-t-il encore aidé financièrement à se réinstaller ? Les 2 aînées nées du 1er  mariage ne semblent pas rester avec lui : Marie-Madeleine se marie la même année et Marie-Mélanie n’apparaît pas au recensement de Coulonges en 1876. Dans son magasin, il se retrouve donc avec son épouse Clémence qui l’assiste et ses 2 filles. Une autre enfant, Marceline, naît en 1876. Nouvelle maison, nouvel enfant, nouveau travail, nouvelle vie ! Avait-il maintenant le sens des affaires ? L’histoire ne le dit pas et il n’aura pas eu le temps de le prouver, il meurt à son domicile le 7 octobre 1877 à l’âge de 53 ans. Pour déclarer son décès mais aussi pour l’accompagner dans ses derniers instants, son père Pierre Deborde âgé de 78 ans et tout juste veuf a quitté sa ferme et il a fait peut-être le plus long chemin de sa vie. Sans doute au fond de lui-même en voulait-il à ce fils  d’avoir dilapidé ce qu’il lui avait transmis, de ne pas ressembler à son frère Joseph. Mais, en ce triste jour d’automne, c’est le chagrin d’un père qui s’exprime quand il déclare à l’officier d’état civil ne pouvoir signer.

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Après le décès de Jean-François, il a bien fallu s’occuper de la veuve et des 3 filles désormais sans ressources. Par solidarité familiale ou par convention sociale, les 2 frères se sont mobilisés : la veuve et la petite dernière Marceline sont accueillies un temps à Pugny chez François ; Noémie la cadette se retrouve à Terves chez Joseph ; quant à l’aînée, Angèle, elle est sans doute placée dans une autre ferme. Pierre Deborde, le père meurt quelques mois après son fils, le 28 février 1879, encore dans le chagrin. L’histoire de son fils Jean-François est restée dans la famille puisqu’elle est parvenue jusqu’à moi. Était-elle racontée aux plus jeunes pour leur montrer ce qui peut arriver si on ne gère pas bien son pécule ou si on s’écarte des lieux ou des mode de vie familiaux ? Pourtant, 2 générations plus tard, il fallait bien se rendre à l’évidence : tout le monde ne pouvait plus vivre de la terre et certains devaient tenter l’aventure. En 1920, mon grand-oncle (tonton Alcide !), l’aîné des petits-fils de Joseph Deborde, a fait comme son grand-oncle Jean-François : il est parti s’installer à son tour loin de la ferme familiale : il est allé à Niort pour tenir une épicerie. Mais, heureusement pour lui, il avait le sens des affaires !

Trouver les décès pendant les guerres de Vendée

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vendee-31793 est une année difficile pour la jeune République française menacée de toute part, y compris de l’intérieur avec les guerres de Vendée. Dans le nord  des Deux-Sèvres, région aussi concernée par ce conflit, il y a peu de registres paroissiaux ou d’état civil sur la période allant de 1791 à 1803. Les nombreuses lacunes sont dues à des destructions, mais aussi à l’incendie des Archives départementales à Niort en 1805. En conséquence, il me manque de nombreux actes. J’arrive à déduire les dates de naissance de mes ancêtres, grâce à leur âge supposé à leur mariage ou à leur décès. De même, pour les mariages manquants, les dates de naissance ou l’âge estimé des enfants me permet parfois un encadrement assez précis. Le problème pour moi, c’est le décès  d’un aïeul. Il m’est souvent difficile de deviner l’année dans l’intervalle de 1791 à 1803 et surtout, j’aimerais connaître les circonstances : est-ce une conséquence des guerres de Vendée ? Heureusement, j’ai quand même quelques possibilités de trouver.

D’abord, les actes n’ont pas tous disparu mais il faut de la persévérance et de la chance pour les dénicher. Il faut explorer les quelques documents disponibles : des registres paroissiaux clandestins très parcellaires (et dans un ordre très aléatoire) ou des registres d’état civil incomplets et plutôt mal tenus. Parmi les personnes qui m’intéressent, j’ai trouvé quelques décès que je peux supposer naturels, mais aussi d’autres consécutifs de façon certaine à des combats ou des violences. Ainsi, dans le registre paroissial de Nueil-sur-Argent (BMS 1791-1802), j’ai trouvé la trace de victimes « civiles » des guerres de Vendée le 14 mars 1794, jour du passage d’une colonne infernale qui fit aussi une centaine de morts (hommes, femmes et enfants) dans la commune voisine des Aubiers :
vendee-heitz– Le 14 mars 1794 ont été enterrés les corps de Jeanne-Thérèse Robreau âgée de 32 ans, de François Chatin âgé de 7 ans, d’un autre petit enfant Chatin âgé de 3 mois baptisé à la maison et de Marie-Anne Routureau âgée de 50 ans, massacrés le même jour par l’armée républicaine.
Le 14 mars 1794 sont morts de mort violente par la main des Républicains Louis Paineau sabotier âgé de 36 ans et Marie Bouet sa femme âgée de 39 ans, Marie-Anne Paineau âgée de 10 ans, Marie Paineau âgée de 8 ans et Jean-Baptiste Paineau âgé de 6 ans leurs enfants.
– Le 14 mars 1794 sont mortes de mort violente par la main des Républicains Jeanne-Françoise Paineau, femme de Jean Paineau meunier, âgée de 24 ans et Marie-Anne Ménard, domestique servante, âgée de 29 ans.

Dans ce même registre, j’ai aussi repéré le décès de combattants comme ces 2 cousins qui appartiennent à mon arbre :
– Alexis Burget mort le jour de la bataille de Châtillon 3 juillet [1793] , âgé de 45 ans. (Cette bataille voit la victoire des Vendéeens et entraîne la perte de 2000 soldats dans chaque camp).
– Dans le courant du mois de décembre 1793,  Jean-Baptiste Burget, charron du bourg de Nueil, a été vu mort à La Flèche par un nommé Chatelet d’Anjou. (La bataille de La Flèche, du 8 au 11 décembre 1793, gagnée par les Républicains est un épisode sanglant de la virée de Galerne).

Pour trouver mes ancêtres morts durant cette période, je peux aussi élargir le champ géographique de mes recherches.
Certaines personnes ont pu fuir la zone des combats, ce qui ne préserve pas forcément de la mort d’autant plus que la vie de réfugié était sans doute précaire. C’est à Sainte-Verge, près de Thouars, toujours dans les Deux-Sèvres, mais un peu à l’arrière du front des combats que je trouve l’acte de décès de Jeanne-Charlotte Burget qualifiée de réfugiée en date du 31 octobre 1794. Elle est la tante des 2 combattants que j’ai trouvé dans le registre de Nueil-sur-Argent. D’autres sont allés un plus loin : trois frères, Claude, Pierre et mon ancêtre Jacques Giret se sont réfugiés en 1794 et 1795 à Poitiers avec femmes et enfants. C’est dans les registres d’état civil de cette préfecture que je trouve le décès d’un enfant de Claude Giret et aussi celui de mon aïeule (SOSA 235) Marie-Jeanne Bodin, la femme de Jacques Giret, le 30 avril 1795. J’ai déjà raconté l’errance de cette famille pendant les guerres de Vendée.
D’autres habitants du Bocage sont malheureusement morts en prison ou guillotinés. Il faut alors chercher ailleurs, comme dans des listes conservées aux Archives départementales des Deux-Sèvres. Elles ont été partiellement reproduites dans le livre d’Antonin Proust datant du XIXe siècle, La Justice révolutionnaire à Niort accessible sur Gallica et elles ont été depuis intégralement mises en ligne dans un article du blog la Maraîchine Normande. J’ai pu ainsi découvrir comment étaient morts 2 de mes ancêtres indirects. Denis Croisé,  tisserand à Chiché accusé d’avoir pris part à une émeute et d’avoir forcé des habitants à se joindre aux rebelles, est condamné à mort et guillotiné le 14 décembre 1793 ; il avait 39 ans. Gabrielle Guibert, veuve de Chanteloup âgée de 52 ans, est décédée le 14 septembre 1794 dans la maison des Ursulines de Niort transformée en prison.

Il existe aussi une autre source, les demandes de pension formulées au moment de la Restauration. Les soldats survivants de l’armée du Roi ont pu alors établir des dossiers afin d’obtenir une indemnisation pour compenser les blessures ou les pertes matérielles subies pendant les guerres de Vendée. Les veuves de soldats décédés pouvaient elles aussi y prétendre. C’est grâce à différents documents, certains conservés en salle aux Archives départementales des Deux-Sèvres et d’autres au Service historique de la Défense à Vincennes (et mis en ligne par les Archives départementales de Vendée) que j’ai découvert le décès de plusieurs ancêtres : Jacques Chesseron, époux de Jacquette Bruneau, Pierre Hivert, époux de Louise Forgeard et Augustin Berthelot, époux de Marie-Jeanne Bironneau, sont sans doute morts au combat et les veuves, indigentes, demandent une aide financière ; Pierre Baudouin, époux de Jeanne Caillaud, a été « arrêté sur la commune de Courlay par la troupe républicaine dans le courant de l’année 1793 et conduit à Bressuire là où il fut massacré » ; Pierre Dieumegard, époux de Marie Pitaut « a été blessé d’un coup de feu dans la poitrine à l’affaire du camp de Largeasse en 1794 dont il est mort ».vendee-heitz-2La dernière méthode est sans doute la plus efficace pour trouver des décès pendant les guerres de Vendée. Elle consiste à rechercher les actes de mariage quelques années plus tard, entre 1803 et 1840. L’état civil oblige alors à renseigner sur les parents des mariés, (nom, prénom, profession, et éventuel décès). Étudier ces actes permet de se rendre compte que de très nombreuses familles des zones insurgées ont connu le deuil. Quand un des conjoints est orphelin de père, de mère ou des deux, on retrouve sur l’acte de mariage des formules variées qui renseignent sur la date approximative et la cause du décès du parent. Voici quelques exemples puisés dans mon arbre. Dans ces actes, ce sont majoritairement des hommes, certains morts au combat :
Jacques Giraud, bordier, décédé pendant la guerre civile (mariages Noirterre 1809)
Jean Servant de cette commune décédé pendant la très malheureuse guerre de la Vendée (mariages Chiché 1809)
Jean-François Paynot décédé pendant les troubles civils de la  guerre de la Vendée (mariages Largeasse 1810)
Pierre Guibert, décédé à Chanteloup au commencement de mil sept cent quatre vingt quatorze ayant été tué pendant les troubles de la guerre de Vendée (mariages Chanteloup 1813)
Louis Fradin, décédé à Thou[a]r, il y a 25 ans (mariages Terves 1818). Il est mort sans doute lors de la prise de Thouars par les Vendéens le 5 mai 1793.
André Bonnin, sabotier de son vivant, décédé en l’armée de l’autre côté de la Loire (mariages  La Ronde 1819). Il est donc mort pendant la virée de Galerne fin 1793. Il s’agit de mon SOSA 252.
Louis Poussard décédé pendant la guerre de la Révolution (mariages La Chapelle-Saint-Laurent 1830)
Mais il y a aussi des femmes :
– Marie-Jeanne Violleau décédée aussi à Terves il y a 20 ans,du temps de la guerre civile (mariages Terves 1813)
– Marie-Jeanne Badet, pendant les troubles de la guerre de Vendée (mariages La Chapelle-Seguin 1813).
Et parfois, les 2 parents sont morts :
Jean Fouillet et Louise Goron, tous les deux morts dans les guerres civiles (mariages Beaulieu-sous-Bressuire 1813)
Pierre-Jacques Giret  et Marie-Jeanne Pasquet, tous deux décédés dans le courant de la guerre civile de la Vendée il y a à peu près dix-huit ans (mariages Cerizay 1815). Pierre-Jacques Giret est le 4ème frère des réfugiés de Poitiers.

Ces actes de mariage permettent de trouver le décès de jeunes parents au moment des guerres de Vendée. Il s’agit donc d’une source de renseignement parcellaire puisqu’on n’y trouvera pas le décès des enfants, des célibataires ou des personnes âgées. Il n’en demeure pas moins que c’est dans ces registres que j’ai trouvé le plus de renseignements. Je n’en ai pas le courage, mais une recherche exhaustive sur les communes des Deux-Sèvres et des autres départements concernés apporterait sans doute une vision plus précise (en terme géographique, social et démographique) des victimes de ce conflit. Peut-être existe-t-elle déjà ?
Enfin, il existe certainement des sources que je n’ai pas exploitées (Où chercher les décès des Républicains, civils ou militaires ? Les actes notariés peuvent-ils aider ?) À n’en pas douter, il me reste encore à découvrir de nombreuses informations sur la très malheureuse guerre de Vendée.

vendee-4Illustrations : L’histoire de France en BD de Bruno Heitz et Dominique Joly (éd. Casterman). Je ne suis pas spécialement fan des BD didactiques destinées aux enfants, mais il faut reconnaître que cette série est plutôt bien faite, que les dessins de Bruno Heitz sont très lisibles et permettent d’aborder une Histoire de France parfois violente sans traumatiser nos chers petits.

Meuniers le long de la Sèvre Niortaise 3ème partie : d’Échiré à La Crèche

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Pour cette 3e partie de ma balade le long de la Sèvre Niortaise, je rejoins le #RDVAncestral initié il a quelques mois par Guillaume.
Meuniers le long de la Sèvre : 1ère partie
Meuniers le long de la Sèvre : 2ème partie

En cette belle journée de mai 1759, ma « piate » continue sa progression sur la Sèvre. Je quitte Échiré pour arriver à Saint-Gelais. C’est à Chalusson que je retrouve mes ancêtres. Madeleine Chantecaille a 59 ans. Depuis le décès de son second mari Pierre Guéry, elle vit seule avec ses enfants. De son premier lit, Madeleine n’a eu qu’un fils, Pierre Ingrand. Ce dernier a maintenant 40 ans et il travaille au moulin d’Anne à Sainte-Pezenne. Les enfants nés de son 2e mariage vivent avec elle. Le fils aîné, François Guéry, a 38 ans il est marié et travaille ici avec son épouse Madeleine Rimbault. C’est lui qui organise le travail et il peut aussi compter sur l’aide de ses plus jeunes frères. Jacques qui a 22 ans, Louis 20 ans et Pierre-Louis 18 ans (mon aïeul), demeurent encore à Chalusson ; bientôt ils se marieront et partiront vers d’autres moulins. Madeleine Chantecaille et Pierre Guéry n’ont eu qu’une fille, Marie. En 1749 elle a épousé un meunier voisin du moulin de Rhé, mais elle est morte en couches la même année. Un grand chagrin pour Madeleine après le décès de Pierre, son époux. Madeleine et ses enfants souffrent de la mauvaise réputation de leur profession. Partout on soupçonne les meuniers de frauder sur la quantité de farine obtenue. Ils restitueraient une trop faible part aux fermiers. Mais la vie est dure pour eux aussi ! Et la concurrence des moulins tout proches se fait sentir chaque jour.
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Outre Chalusson, Saint-Gelais en compte 3 autres moulins : Saint-Gelais, Rhé et le Moulin-Neuf. Rhé est l’un des plus importants sur cette partie de la Sèvre. Il dispose de 3 roues, fait assez rare sur cette partie de la Sèvre, et peut moudre jusqu’à 1 200 kilos de farine chaque jour.

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Moulin de Rhé, carte postale ancienne

Je poursuis mon navigation, je traverse les paroisses de Chauray et François où je ne connais pas les meuniers, et j’arrive à Chavagné. Les bourgs de Chavagné et Breloux (qui s’uniront pour devenir La Crèche) bénéficient d’une dizaine de moulins, souvent  importants, parfois même plus que ceux de Niort.

J’approche du moulin de Ruffigny, lequel peut produire 1 800 kilos de farine par jour. Comme partout ailleurs, la production est tributaire du débit d’eau : trop de pluie et on ne peut pas travailler, sans compter les risques d’inondation dans la salle des meules, pas assez d’eau et là encore le moulin ne fonctionne plus. Au printemps 1759, parmi les meuniers de Ruffigny, se trouve Jacques Dupeux. Avant son mariage, il était domestique. Il a épousé Louise Thomas, la fille du meunier, et est venu s’installer avec son beau-père. Dans quelques années, par son second mariage, il deviendra le beau-frère de mon ancêtre Louis Sicot que nous avons croisé à Saint-Maxire.

Un peu plus loin, j’arrive paroisse de Breloux, je passe devant un autre grand moulin, celui de Barilleau. Avec ses 2 250 kilos de farine par jour, c’est le plus grand que je croise depuis mon départ, il fournit plus de farine qu’aucun des moulins de Niort ! Du bateau, j’entend le bruit de la salle de meules, à l’intérieur cela doit être assourdissant. La farine est inflammable et la quantité présente au moulin augmente encore les risques d’incendie. Heureusement, l’été est encore loin et les meuniers ne vivent pas constamment avec cette peur. Le moulin de Barilleau a besoin d’une main-d’œuvre nombreuse, plusieurs familles y vivent pour le faire tourner.

Enfin, j’aperçois le moulin des Estrées. Ici ont vécu mes ancêtres Daniel Chantecaille et sa seconde épouse Madeleine Dutoy, les parents de Madeleine Chantecaille que nous venons de croiser à Chalusson.

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Aujourd’hui, ils sont décédés depuis longtemps et aucun de leurs enfants n’est resté au moulin. La plupart des familles que j’ai croisées dans ma balade étaient d’origine protestante (les Couraud, les Chenu, les Favreau…), était-ce le cas de Daniel et Madeleine ? Nous sommes en terre protestante, du moulin on aperçoit le temple, et Daniel est un prénom classique de la religion réformée. Je n’ai aucune certitude mais ils sont peut-être enterrés tout près, dans l’un des nombreux cimetières familiaux du village, à l’ombre d’un pin parasol.
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C’est ici aux Estrées que se termine ma balade sur la Sèvre à la rencontre de mes meuniers. Il me suffit maintenant de quitter ma barque, de mettre pied à terre et de revenir en 2017. Je n’ai plus que quelques centaines de mètres à parcourir pour rejoindre ma maison. Il y a plus de 25 ans quand, avec Raymond, nous nous sommes installés à La Crèche, je ne savais pas que je serais si près de la rivière qui a connu mes ancêtres.

Sources :
Annie Marchais, Bernard Haury. Se souvenir de La Crèche. Geste éditions, 2006

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Meuniers le long de la Sèvre Niortaise 2ème partie : de Sciecq à Échiré

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Meuniers le long de la Sèvre : 1ère partie

Il est temps de repartir. En cette belle journée de mai 1759, la barque remonte le courant et je laisse Pierre Chenu et Marie Nigot. Bientôt, je quitte Sainte-Pezenne pour entrer dans la paroisse de Sciecq. Au bout d’une longue ligne droite, juste à l’entrée d’une grande courbe de la Sèvre, se trouve le moulin des Loups. Situé à l’est du village, au fond d’un ravin, c’est un moulin comparable à ceux qui nous avons déjà croisés. Il a aussi 2 roues et produit jusqu’à 600 kilos de farine. Sans doute tient-il son nom de la présence de cet animal à un moment de son histoire. La bête, comme partout en France, a vécu dans la campagne deux-sévrienne.

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Daumier. Le meunier, son fils et l’âne

Mes ancêtres Louis Rimbault et sa seconde épouse Catherine Bouhet ont habité ici et ils y sont morts il y a une vingtaine d’année. Aujourd’hui, presque tous leurs enfants demeurent dans les moulins tous proches. L’aîné, Louis, n’est pas encore marié à 43 ans, il est farinier. Jean, le second fils a 41 ans et il est meunier. Il a épousé Catherine Cathelineau et le couple a 5 garçons. Marie-Madeleine est plus jeune, elle a 30 ans et s’est unie avec François Cathelineau, le frère de Catherine, un meunier bien sûr ! Le couple a déjà 3 enfants. Et je croiserai bientôt leur autre fille, Marie, mon ancêtre. Difficile de savoir lequel, ou lesquels, vivent aux Loups en ce printemps 1759.

Plus loin, j’aperçois, assis sur un promontoire, le bourg de Sciecq, groupé autour de son église. Il s’est développé à l’intérieur d’une large boucle de la Sèvre Niortaise. À cette époque, on recense environ 54 feux dans cette petite paroisse qui dispose de 2 autres moulins à eau : Salboeuf et celui qu’on nomme le moulin de Sciecq.sciecq_moulin

Sur l’autre rive de la rivière, se trouve le moulin de Mursay, qui appartient à la paroisse d’Echiré. Il est là, à côté du château du même nom où plane encore l’ombre d’Agrippa d’Aubigné et de sa petite-fille Madame de Maintenon. Autrefois, c’est là qu’habitait Louise Chenu, une des 4 filles de Pierre Chenu et Marie Nigot de Compéré à Sainte-Pezenne.  Hélas ! Louise est morte en couches en 1751. Aujourd’hui, Charles Favreau s’est remarié avec Marie Thomas, ils vivent et travaillent au moulin et s’occupent de leurs 6 enfants.

Je continue ma balade et quitte Sciecq pour aborder la paroisse de Saint-Maxire, laquelle possède le moulin à vent des Habites et 7 moulins à eau : Croisette, Périgné, Martin, Courençay, Saint-Maxire, Les Habites et Guémoreau. Plus de 700 âmes vivent à Saint-Maxire qui se déploie tout le long de la rive droite de la Sèvre. Très vite, je devine Croisette où demeure Marie Rimbault, la seconde fille de Louis, l’ancien meunier des Loups. Elle a épousé Jean Couraud  dont le père était un drapier protestant. n236-couraudjean1743Je les aperçois à côté du moulin. Jean a plus de 40 ans et Marie 36. Ils se sont mariés 15 ans plus tôt à Saint-Maxire car Jean travaillait déjà à Croisette. Aujourd’hui, ils ont 9 enfants vivants et Marie est à nouveau enceinte. Cette grossesse la fatigue plus que les autres et elle éprouve déjà beaucoup de difficultés à assumer toute sa part du travail. Il faut dire qu’elle attend des jumeaux et, malgré sa déjà longue expérience des maternités, sans doute ne le sait-elle pas. Le couple a perdu un fils il y a 4 ans, Jean. Outre la mortalité infantile commune à tous les milieux de l’époque, les enfants de meuniers risquent aussi la noyade. Un instant d’inattention suffit pour que la chute soir fatale, d’autant que personne ne sait nager. C’est peut-être ce qui est arrivé au petit Jean.
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Dans ce moulin travaillent plusieurs familles. Outre mes ancêtres Jean Couraud et Marie Rimbault, y réside aussi mon autre aïeul Charles Favreau qui a plus de 70 ans. Sa deuxième épouse est décédée au début de l’année précédente, mais lui est toujours à Croisette avec son fils aîné, René Favreau. Charles Favreau de Croisette est l’oncle de Charles Favreau de Mursay. Les deux moulins sont tout proches et les liens familiaux se sont encore resserrés depuis que les 2 cousins, René Favreau de Croisette et Charles Favreau de Mursay, ont épousé 2 sœurs, Élisabeth et Marie Thomas, des filles de meunier évidement ! Dès que le travail le permet, on se voit et les enfants en profitent : les 2 aînées, Marie-Marthe et Marie-Renée, ont 7 et 6 ans, et s’occupent des plus jeunes.

Un peu plus loin, dans un autre moulin de Saint-Maxire, a vécu le second fils de Charles Favreau, mon aïeul Louis Favreau. Louis est mort en 1747, il n’avait que 31 ans, laissant sa femme Marie Soulice seule avec 2 enfants en bas âge. L’acte de décès de Louis ne nous éclaire pas sur les circonstances de sa mort, mais les risques sont nombreux pour un meunier. Les doigts broyés entre les meules sont fréquents. Parfois, et c’est peut-être le cas de Louis, un vêtement se coince et le meunier est entraîné, sans que personne n’ait le temps d’intervenir… Aujourd’hui, après un long veuvage, Marie s’est remariée avec Jean Godillon. Ils viennent d’avoir un fils, mais je ne sais pas s’ils résident dans l’un des moulins ou au village.

Un autre de mes ancêtres, Louis Sicot, est aussi l’un des meuniers de la paroisse, mais je ne sais pas dans quel moulin. Il a épousé en premières noces Jeanne Tavard. Louis est né à Saint-Maxire. Avant son mariage il a passé quelques années à Échiré où il était farinier. N’étant pas issu d’une famille de meunier, il a dû tout apprendre. Le métier est dur et demande beaucoup de connaissances : il faut connaître les diverses céréales qu’apportent les fermiers et en deviner la qualité, mais aussi être capable d’entretenir le moulin et les meules. Après ses années d’apprentissage, à 30 ans, il est revenu dans sa paroisse natale pour épouser Louise. Aujourd’hui, Louis et Jeanne ont 50 ans et ils ont un fils de 10 ans, Pierre.

Je passe devant le moulin des Habites et quitte la paroisse de Saint-Maxire. Bientôt, je longe le bourg d’Échiré.
echire_pont_cp  La paroisse compte 252 feux, et l’on n’y parle pas encore du beurre qui fera sa renommée mondiale… Outre Mursay que j’ai déjà évoqué, Échiré possède 5 autres moulins : Roche, Échiré, Tortigny, Mauzé et Mouin-Neuf. Je ne m’y attarde pas car je ne connais pas les meuniers qui y vivent. Et puis le temps presse, il me faut poursuivre mon excursion. Je vous propose de nous retrouver très bientôt pour terminer cette balade sur la Sèvre Niortaise.

Sources :

Jean-Paul Taillé. Le chemin communal de Niort raconte… Geste éditions, 2009
Wiki-Niort

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Carte de Vœu envoyée à chacun

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Sylvie et moi n’avons pas trouvé dans les bases de données de quoi nous inspirer une carte de vœu pour la nouvelle année. Il en fallait plus pour nous décourager et il existe heureusement de nombreuses autres ressources. Parmi celles-ci, il en est une qui est particulièrement appréciée par les généalogistes, c’est la carte de Cassini. Cette série de cartes anciennes et très détaillées de la France nous sert régulièrement à illustrer des articles. C’est en fouillant dans la feuille 48 (Bourges) que nous avons trouvé enfin notre carte de Vœu pour l’année 2017.

carte-de-voeu-cassini

Carte de Vœu de Cassini

Le hameau de Vœu appartient aujourd’hui à la commune de Paudy, dans l’Indre, le même département où nous avions trouvé il y a quelques jours de quoi souhaiter un joyeux Noël désiré ! Attention, il s’agit d’une carte de Vœu et non d’une carte de Vœux ! Vous n’avez donc droit qu’à un seul ! Réfléchissez bien à celui que vous allez faire et ne vous trompez pas !

Noël Joyeux à tous

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Il a été beaucoup disserté de l’utilité de Filae. Pour apporter notre petite contribution au débat, Sylvie et moi avons trouvé un usage non prévu par ce site : la possibilité d’offrir nos vœux pour Noël à tous nos amis lecteurs de ce blog.

Nous avons cherché toutes les naissances de personnes s’appelant Noël JOYEUX  sur la base de Filae (parce que les décès, ça fait moins Noël). Il y a 17 résultats dont 8 avec l’image de l’acte de naissance. Malheureusement, les réponses donnent toujours des prénoms composés (Jean-Noël, Louis-Noël, Noël-Vincent…)

Heureusement, il y a un Noël-Désiré qui nait à Sauzelles dans l’Indre et, de plus, le 25 décembre, en 1865. Nous allons donc pouvoir vous souhaiter un joyeux Noël désiré.

joyeux-noel-2

Filae a quand même ses limites. Pour vous souhaiter la bonne année dans quelques jours, il faudra que nous cherchions ailleurs : nous n’avons trouvé aucune personne nommée Bonne ANNÉE dans les actes mis en ligne (à moins que nous ne souhaitions une Berthe Année ?)

Meuniers le long de la Sèvre Niortaise : 1ère partie Niort Sainte-Pezenne

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Je compte pas moins de 19 meuniers parmi mes ancêtres, la plupart ont vécu le long de la Sèvre Niortaise durant le XVIIIe siècle. Depuis le moulin d’Anne à Sainte-Pezenne (aujourd’hui un quartier de Niort), jusqu’au moulin des Estrées à Breloux (aujourd’hui La Crèche), en passant par le moulin de Compéré, le moulin des Loups à Sciecq, le moulin de Croisette à Saint-Maxire et le moulin des Habites toujours à Saint-Maxire (seul moulin à vent), mes aïeux ont travaillé à moudre le blé et à produire la farine qui approvisionnait les campagnes environnantes et la ville toute proche.
moulins_sevre_cassini

La carte de Cassini montre bien le nombre important de moulins le long de la Sèvre et, si je trouve mes aïeux uniquement dans ceux que je viens de citer, leurs familles ont travaillé dans presque tous ceux qui bordent la Sèvre entre Niort et La Crèche.
Il suffit de revenir quelques siècles en arrière, de remonter le cours de la rivière, je pourrais facilement croiser certains de mes ancêtres. Que diriez-vous de m’accompagner sur une de ces barques du marais poitevin appelées « piates » pour un voyage au fil de l’eau.

Le soleil brille en cette matinée de mai 1759. Louis XV règne sur la France en paix. Diderot et d’Alembert œuvrent pour le progrès et la connaissance en rédigeant leur Encyclopédie, et tout est calme dans la campagne poitevine. Nous sommes en amont de Niort, à l’entrée de Sainte-Pezenne, au moulin de Grange, là où vit Catherine Chenu, la sœur de mon ancêtre Marie Chenu. Elle vient juste d’épouser Thomas Valet, le meunier de Grange dont la première épouse est décédée peu de temps auparavant. Elle ne sait pas que sa vie sera courte et qu’elle quittera cette terre prématurément, dans moins de 4 ans.
Je laisse Catherine et Thomas pour remonter le courant. La barque file sur la rivière, nous passons près de Sainte-Pezenne dont on devine le clocher. La paroisse compte plus de 1 000 habitants établis dans le bourg et le long des berges du fleuve. Puis, à la sortie d’un méandre, apparait le moulin d’Anne, juste à l’aplomb du village de Surimeau. C’est ici que vivent mes ancêtres Marie Chenu, la sœur de Catherine, et son époux François Hurtault. Le moulin d’Anne a 2 roues et, quand le courant le permet, il peut moudre jusqu’à 600 kilos de farine par jour. De mémoire d’homme, il y a toujours eu un moulin ici. Depuis 1740, il appartient à Mme de Mougon la propriétaire du château de Surimeau.

NiortSurimeauMoulinDAnne3CP

Le Moulin d’Anne à Sainte-Pezenne

En 1759, François et Marie n’ont pas 30 ans, ils ont 2 petits garçons et Marie est enceinte. L’accouchement est prévu pour le début de l’été. Elle commence a être bien fatiguée, entre les 2 bambins et la maison à tenir, elle a du mal à aider au moulin. Ce sont des bras en moins pour François qui doit travailler dur. Mais, bon an mal an, la famille s’en sort.
Marie et François auront 6 enfants, et 4 atteindront l’âge adulte. Leurs 3 garçons seront meuniers : Pierre et François resteront dans la maison qui les a vu naître ; quant à Louis, il terminera sa vie au moulin de Bouzon, tout près du Donjon de Niort. Seule Marie, mon aïeule, quittera les bords de l’eau pour épouser un fermier de Sainte-Pezenne.
moulins_sevre_ste_pezeenne_cassini
Je continue à remonter la Sèvre. Juste le temps de croiser quelques maisons et déjà l’on aperçoit le moulin de Compéré. Il appartient à M. de Cresseq, qui l’afferme au meunier pour 300 livres. La légende veut qu’il soit le premier moulin construit sur la Sèvre. Ici vivent et travaillent Pierre Chenu et Marie Nigot, les parents de Catherine et Marie. Aujourd’hui, le couple a plus de 50 ans. Ils ont donné de l’instruction à leurs filles qui savent signer.chenu_catherine_1759
Elles sont maintenant parties et 3 ont épousé des meuniers. C’est là que leur fille Marie a connu François Hurtault, il était chasse-mulet* auprès de son père. Pierre Chenu est issu d’une famille protestante. Son père Jean avait 3 ans en 1681, lors de la première dragonnade en Poitou.

La matinée avance, le soleil monte dans le ciel, il fait beau mais la fatigue commence à se faire sentir. Il est temps de faire une halte sur la berge, face à Compéré, pour se reposer avant de poursuivre bientôt cette promenade sur la Sèvre Niortaise.

* On trouve indifféremment dans les actes chasseron ou chasse-mulet, le premier est un terme poitevin. Dans les deux cas, il s’agit du garçon meunier chargé de rapporter la farine chez ceux qui ont confié leur blé au moulin, en chassant (poussant devant lui) l’âne qui le porte.

Sources :
Jean-Paul Taillé. Le chemin communal de Niort raconte… Geste éditions, 2009

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Rendez-vous ancestral à La Chapelle-Saint-Laurent

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Je continue à évoquer ma toute récente découverte de l’ascendance de François Baudouin. Elle me permet de participer au rendez-vous ancestral initié par Guillaume Chaix, ce dont j’avais très envie, même si je ne suis pas sûr d’être très à l’aise dans cet exercice (la dimension fictionnelle).  Cette trouvaille toute fraîche me donne enfin l’occasion de m’y essayer.

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Samedi 17 août 1765, c’est le cœur de l’été. Louis XV règne sur la France, une bête désole le Gévaudan. J’arrive à La Chapelle-Saint-Laurent, une paroisse du Poitou, où un contrat de mariage va être signé, celui qui unira avant la cérémonie religieuse les biens de Pierre Maupilier et Renée Bordier.

Je ne connais pas bien les mariés. Celui que je cherche, c’est François Baudouin, mon ancêtre, le tisserand du village de Courlay. Je ne sais presque rien de lui et j’ai tant de question à lui poser sur sa famille. Ce matin, je suis passé chez lui. Il n’était pas là. J’ai appris que Jeanne, sa femme, était morte il y a 2 ans. L’accouchement de jumeaux qu’elle portait s’était très mal passé. À la place de Jeanne, j’ai rencontré Françoise, la nouvelle épouse de François. Elle a l’air bien gentille. Ils se sont marié l’an dernier au village et, présentement, elle garde Pierre et Marie-Jeanne, les deux enfants dont elle a maintenant la charge. Elle m’a dit que François avait mis ses plus beaux habits, qu’il était parti au village voisin parce qu’il était convié à un contrat de mariage.

Voilà pourquoi j’entre dans l’auberge du bourg de La Chapelle où l’acte va être signé. Il y a du beau linge et François va peut-être m’expliquer pourquoi il est venu ici. Encore faut-il que je le trouve ! Je le cherche dans la petite foule réunie dans ce lieu. Renée, la mariée, est là, avec sa mère, entourée de toute sa famille. Son père, décédé, était charpentier à Saint-Porchaire, juste à côté de Bressuire. Pierre, le marié a belle allure. Je le connais un peu plus. Il fait la fierté de ses parents, Marie Charbonnier et Pierre Maupilier, le recteur des petites écoles de Courlay. Il faut dire qu’il a bien réussi : il est devenu notaire. Et maintenant, il se prépare à un beau mariage. Ses frères, Jean et Jacques sont là aussi. Ils sont maîtres d’école, comme leur père. J’ai l’impression qu’ils sont un peu distants, peut-être jaloux. Marie-Madeleine, la sœur, est présente elle aussi avec son mari, François Deguil. L’auberge est pleine à craquer. Voilà Radegonde Maupilier, la tante du marié, qui arrive de Terves. Il y a même des cousins très lointains que je ne connais pas. Tout le monde s’interpelle et se bise avant de passer à la partie officielle, la rédaction de l’acte. Maître Jouyneau des Loges et maître Thibaudeau, les collègues du marié, sont déjà en place, assis à une grande table avec leur écritoire. Ils sont prêts, le silence se fait.

C’est à ce moment-là que j’aperçois celui que je recherche, François Baudouin. Il se tient un peu en retrait, avec un autre homme. Je me faufile pour m’approcher de lui, discrètement, sans gêner le travail des notaires. Je suis vraiment content de le voir. Je le salue. On se serre la main. Il me présente Étienne Talbot que je ne le connaissais pas jusqu’à aujourd’hui. C’est son beau-frère, doublement. Il est le frère de Jeanne, sa première épouse, et il est le mari de sa sœur, Marie-Françoise Baudouin. Je demande à François :
– Mais pourquoi es-tu là ? Qu’est-ce que tu fais au contrat de mariage du notaire Pierre Maupilier ? Tu le connais ?
– Comment ? Tu ne le sais pas ? Pierre est mon neveu ! Et son père Pierre, le recteur, est mon demi-frère ! Viens on va sortir d’ici et je vais pouvoir tout t’expliquer.

Samedi 17 août 1765. Je suis là, dehors, appuyé contre le mur de l’auberge du bourg de La Chapelle-Saint-Laurent. Il fait chaud et j’écoute avec attention François qui me raconte sa vie et celle de sa famille…

Obstination payante à Courlay

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À tous ceux qui désespèrent de remonter une branche difficile à escalader comme Sylvie qui cherche sur sa lignée agnatique, je veux offrir ici un peu d’espoir à l’approche de Noël.  Grâce soit rendue à mon entêtement, je viens de débloquer l’ascendance de mon Sosa 228, François Baudouin de Courlay.

francois-baudouin-228La recherche n’était pourtant pas facile dans les registres de cette paroisse : feuilles abimées, encre pâlie, écriture des curés successifs peu soignée, années disparues, actes manquant de façon erratique, rédaction souvent sommaire… tout ce à quoi nous sommes confrontés en généalogie. C’était comme lire un livre où il manquerait la moitié des mots. Pourtant je sentais bien que j’y trouverai quelque chose : il y avait beaucoup de Baudouin, presque trop, il me fallait ordonner tout cela.

J’ai bien du mal à explique ma méthode. Disons qu’il m’arrive d’être obstiné et même monomaniaque. Il m’a fallu déjouer de nombreuses fausses pistes ! De François Baudouin, je n’avais que la signature, l’acte non filiatif de son second mariage en 1764 et les actes de baptême et parfois mariage ou décès de ses enfants. Aucune trace de sa naissance, de son décès ou de son 1er mariage ! Sans vouloir expliquer tous les chemins de ma recherche (ils sont trop longs et tortueux), je peux vous dire quels points ont été décisifs pour la découverte.

– Le nom : Comme il y a de nombreux Baudouin sur Courlay, j’ai passé beaucoup de temps à faire, en parallèle à ma recherche, l’arbre de cette famille sans arriver toutefois à la  relier à François. Ce travail ne fut pourtant pas inutile.
Les dates : Comme les prénoms donnés aux enfants sont peu nombreux, il m’a fallu débroussailler les nombreux homonymies en m’aidant des dates de naissance par exemple. J’ai pu éliminer ainsi plusieurs hypothèses trop évidentes qui m’auraient fait marier François à 15 ans.
– Les toponymes : Le fait de noter les lieux-dits m’a bien aidé. Il existe de nombreux hameaux, fermes et écarts à Courlay, et celui de Puy-Arnaud où habitait François Baudouin a bien été utile pour me conforter dans mes hypothèses.
Les témoins : J’étais très embêté car peu de Baudouin étaient présents aux actes concernant François Baudouin (à part un Alexis Baudouin qui m’intriguait). Par contre, je trouvais très souvent un nommé Pierre Maupilier mais je n’arrivais pas à  l’apparenter. En effet, ce Pierre Maupilier était le fils de Pierre Maupilier et de Françoise Falourd ; sa femme, Marie-Anne Charbonnier, était la fille de Jacques Charbonnier et de Marie Violeau : pas moyen de les relier au patronyme de Baudouin !
Les signatures : J’ai longtemps buté sur la fausse piste d’Alexis Baudouin, fils de Pierre Baudouin et de Jeanne Jottreau que je supposais être frère ou proche cousin de François. En reprenant toutes ses signatures, je me suis rendu compte que je pouvais les classer en 2 groupes, celle où je voyais Alexit et celles où je voyais Allexi. Il y avait en fait 2 homonymes, à l’écriture assez proche mais, heureusement, à l’orthographe différenciée. Celui qui m’intéressait était beaucoup plus rarement dans les actes, car sans doute célibataire.alexis-baudouinC’est en lisant l’acte de mariage de Pierre Maupilier, le multi-témoin, avec Marie-Anne Charbonnier, que j’ai eu le début de la solution. J’aurais dû le faire plus tôt, je m’étais contenté de faire confiance au relevé du Cercle généalogique des Deux-Sèvres. Celui-ci n’était pas faux, loin de là, mais il ne donnait pas tout. À un moment ou à un autre, quand on a tout essayé, il faut bien se frotter à des actes sur lesquels on fonde peu d’espoir. Et là, j’ai découvert que la mère de Pierre Maupilier, Françoise Falourd, était remariée avec un nommé Benoît Baudouin, présent en tant que beau-père du marié. Ce deuxième mariage avait été fécond : ils avaient eu plusieurs enfants dont  Pierre-Alexis Baudouin et j’ai pu ensuite vérifier que c’était bien lui l’Alexis, qui signait sur les actes concernant François Baudouin.
C’était pour moi maintenant bien plus qu’une intuition : Benoît Baudouin et Françoise Falourd, qui habitaient Puy-Arnaud, avaient eu un fils François, oublié ou disparu des actes de baptême. Et c’étaient Pierre-Alexis Baudouin, son frère, et Pierre Maupilier, son demi-frère, qui étaient présents aux actes concernant François et ses descendants. Mais il me manquait la preuve ultime. Et c’est là qu’interviennent les deux derniers points qui m’ont beaucoup aidé.

– L’entraide : Par acquis de conscience, j’ai recherché sur Geneanet s’il existait des arbres qui correspondaient à mon hypothèse. Je n’en ai trouvé qu’un seul qui attribuait un fils prénommé François au couple Benoît Baudouin-Françoise Falourd, mais sans autre précision. Comme cet arbre en ligne était particulièrement sérieux et fiable, je me suis permis d’interroger son auteur, Jean-François. Il m’a répondu très vite ceci : « Un des petits-fils de Françoise Falourd, de son premier mariage avec Pierre Maupilier, (…) épouse Renée Bordier, par contrat de mariage passé devant Maître François Jouyneau des Loges, notaire à La Chapelle-Saint-Laurent (Cote 3E 7332 – A.D. des Deux-Sèvres). Parmi les témoins du marié, est présent François Baudouin, son oncle. Si vous connaissez la signature de votre ancêtre François Baudouin, on peut la comparer à celle de François Baudouin qui signe au bas du contrat de mariage (…). »
– Les Archives : Comme tout n’est pas en ligne, il faut parfois se déplacer aux Archives et lire dans les vieux papiers. J’ai suivi le conseil de Jean-François et je ne le regrette pas puisque j’ai désormais l’acte notarié et signé qui valide enfin ma théorie.

francois-baudouin-oncleMaintenant que j’ai la solution, elle semble évidente, mais il m’a fallu beaucoup de temps pour que tout s’organise. L’arbre des « Baudouin » de Courlay fait en parallèle m’a servi finalement : Benoît Baudouin en faisait partie. En rajoutant le père et la mère de François Baudouin sur mon arbre, j’ai ainsi pu lui mettre aussitôt une flopée de frères et sœurs, d’oncles et tantes, de cousins-cousines, de grands-parents, de grands-oncles et de grand-tantes !
Et je suis d’autant plus content de cette trouvaille que j’ai ainsi pu trouver un recteur des petites écoles, un instituteur et un maître d’école qui officiaient à la fin du XVIIIe et au début du XIXe siècle. Ce sont les premiers de la famille de mes ancêtres ayant le même métier que moi que je viens de découvrir. Et je n’en suis pas peu fier !

Dame mystérieuse à Saint-Laurs

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À force de chercher des cartes postales pour illustrer sa généalogie, Sylvie  s’est constitué une belle collection de vues numériques sur son village natal et ses alentours. En écrivant son dernier article, elle a fini par remarquer un détail qui se retrouve sur plusieurs clichés pris à Saint-Laurs et au Busseau. Ils défilent sur le diaporama ci-dessous.

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Sur toutes ces photos, éditées au début du XXe siècle par Alix, papeterie, tabac, journaux à Niort, on voit une dame, endimanchée, coiffée d’un superbe chapeau, qui pose à côté des mineurs ou de villageois. Elle me fait la même impression que la coccinelle des albums de Gotlib (rien de tel qu’une référence BD) : c’est une présence dispensable voire décalée, mais on finit par ne plus voir qu’elle.

Qui est donc cette dame ?
– Une jolie femme pour attirer l’œil ? La mode n’est pas encore aux mannequins ou aux pin up et les habits de la dame ne semblent pas correspondre à ce style de personne.
– Une proche du photographe ? C’est ce que pense Sylvie, supposant qu’elle serait venue dans la voiture de celui-ci.
– L’épouse ou la fille d’un propriétaire ou d’un notable des mines de Saint-Laurs ? C’est plutôt mon avis car on ne voit cette personne que sur cette série. Nous ne l’avons pas trouvé dans les autres villages alentour. Il me semble bien dans l’esprit du temps de vouloir montrer sa réussite en posant dans une voiture ou près de braves mineurs ou paroissiens, mais en gardant une certaine distance (au moins 1 mètre) avec ceux-ci.les-dames-mysteres

Nous n’avons, Sylvie et moi, rien pour étayer nos hypothèses respectives. Si quelqu’un a des renseignements sur cette femme, nous les accepterons bien volontiers. Nous pourrions ainsi peut-être mettre un nom sur celle qui, en posant il y a plus de 100 ans sur toutes ces photos, anticipe la mode narcissique des selfies.

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