Noël Joyeux à tous (avec Geneanet)

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joyeux noël généanetAprès avoir souhaité en 2016 un joyeux Noël désiré avec Filae, il fallait que je teste Geneanet cette année, pour savoir si ce site était aussi performant que son concurrent dans cet exercice : réaliser notre carte de vœux pour le 25 décembre. J’aurais pu profiter tout simplement des cartes postales anciennes de Noël proposées sur le site. J’ai préféré faire la recherche de personnes portant le patronyme de JOYEUX et le prénom de Noël. Petite suggestion, plutôt que de mettre un arbre feuillu en illustration pour chaque résultat, le site devrait proposer un sapin.

joyeux noël généanet - Copie
J’ai de nombreuses réponses (42). Comme certaines sont moins pertinentes (Joyeux Jean-Noël !), je me limite donc à ceux qui n’ont pas un prénom composé (je n’aurais pas cette année Joyeux Noël-Désiré). Il y a encore 22 réponses. J’élimine ensuite les doublons et enfin ceux qui ne proposent aucune date. J’arrive alors à 6 individus. Mais, comme je veux absolument avoir l’acte de naissance ou de baptême, parce que c’est toujours mieux qu’un acte de décès pour faire une carte de Noël, il ne me reste que deux possibilités. Contrairement à Filae, c’est à moi de faire les recherches dans les registres mais cela ne pose pas de difficultés particulières. Je trouve donc :
–  Noël JOYEUX, né le 23 janvier 1906 à Job (Puy-de-Dôme),  (naissance 1903-1912, vue 38/172)

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– Noël JOYEUX, baptisé le 25 septembre 1649 à Saint-Benoît-du-Sault (Indre) (BMS 1603-1685, vue 149/554)

joyeux noêl geneanet3.PNG

Merci Geneanet ! Sylvie et moi, nous n’avons plus qu’à faire notre choix. La 1ère découverte nous convient très bien pour réaliser notre carte de vœux pour Noël 2017 : nous n’avons aucun doute en terme de transcription et le tampon « République française » donne un petit côté laïc à cette fête plus habituellement connotée religieuse et commerciale.

Nous souhaitons donc à tous nos lecteurs, pour changer,
un joyeux Noël républicain ! joyeux noêl geneanet2 - CopiePS : Ces vœux ne s’adressent pas uniquement au sexe masculin !

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Un petit bonheur

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J’ai beaucoup de mal à choisir mon plus grand bonheur généalogique, comme le propose Sophie Boudarel pour son  Généathème de décembre. Je vais donc donner le dernier. C’est un tout petit bonheur de 3 ou 4 mots, mais j’en suis encore sous le charme.

alcide couverture.pngIl y a quelques jours, ma mère a retrouvé dans les papiers de famille quelques écrits qui appartenaient à mon grand-oncle Alcide. Je vous en reparlerai sans doute un jour car, parmi ceux-ci, il y a un carnet où il raconte le début de sa captivité en Allemagne durant la 1ère guerre mondiale. Mais, il y avait aussi un cahier d’écolier qui lui servait à tenir ses comptes (il était voyageur de commerce) et à noter les événements importants de ses journées. Ce cahier démarre en janvier 1956 et s’arrête en avril 59. Voici la page des 21 premiers jours du glacial mois de janvier 1957 pour vous donner une idée.

alcide janviierles_infideles

Bon ! Si j’ai choisi cette page, ce n’est pas tout à fait un hasard ! Alcide écrit qu’il est malade le jour de l’an. Il est guéri le 6 car il va voir au cinéma le film les Infidèles (celui de 1953 avec Gina Lollobrigida). Il s’achète un pyjama le 10 et il va chez le coiffeur le 12. Le dimanche 13 janvier, Alcide note une nouvelle très importante mais il n’en a pas conscience et il ne lui donne sans doute pas toute la place qu’elle mérite : « Naissance chez Jean D. » !

Jean D. c’est le neveu d’Alcide, mais c’est surtout mon père. Et la naissance chez Jean D. le 13 janvier 1957, il s’agit de la mienne ! Peut-être parce que je suis le 4ème dans la fratrie, Alcide ne développe pas vraiment l’événement, il ne donne ni mon sexe, ni mon prénom, on ne peut connaître que l’initiale de mon nom. Mais, qu’importe et même tant mieux, je suis tout à ma joie de cette découverte qui aurait été mystérieuse pour d’autres que moi. Je ne fais plus seulement ma généalogie, je suis  vraiment dans ma généalogie. Certes, je sais que c’est un petit peu le principe. Je crois cependant qu’avec cette toute petite ligne d’écriture de mon grand-oncle Alcide annonçant ma naissance, c’est devenu pour moi encore plus tangible !

Les cousins d’Argentine

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Les visites aux Archives départementales sont l’occasion de trouvailles généalogiques, au travers des actes que nous consultons, mais pas seulement. Lors de mon dernier passage aux AD79, en attendant les documents demandés, je parcourais les bulletins locaux sur les présentoirs de la salle de lecture lorsque mon regard a été attiré par un article intitulé Des Ardinois en Argentine à la fin du 19e siècle : les frères Aubrit. L’auteur de l’article, Michel Montoux, est un historien local, qui fut mon professeur d’histoire au collège, j’ai déjà eu l’occasion de citer son travail lorsque j’ai abordé les grèves des mineurs de Saint-Laurs.
Cet article, outre l’intérêt de découvrir la vie de ces jeunes gens partis des Deux-Sèvres vers l’Argentine au XIXe siècle, parle d’une famille que je peux relier à ma généalogie. La grand-mère des jeunes gens est la petite-fille de mes sosas Jean Renoux et Louise Prunier. Tous deux sont les cousins au 4e degré de mes arrières-grand-parents paternels.
Julien et Augustin Aubrit vivent au milieu du XIXe siècle dans le village d’Ardin dans les Deux-Sèvres. Comme leur père, tous 2 sont maçons (ou tailleurs de pierres ou carriers, selon les actes). Tous 2 se marient : Julien avec Marie-Victoire Pelletier, Augustin avec Marie-Victoire Neau. Des enfants naissent dans les deux familles, à Pamplie, à Ardin, à Coulonges-sur-l’Autize. Mais la vie doit être difficile et, sans doute attirés par l’espoir d’une vie meilleure, les deux frères décident de partir avec leur famille vers l’Argentine. Michel Montoux établit le moment de leur départ en 1889 (en tout cas après juin 1888), mais il n’a pas trouvé de trace de leur passage.

Il évoque la possibilité qu’un autre frère, Jean-Louis, ait choisit de partir avant eux vers l’Amérique du Sud. S’il a fait le voyage, il est de retour en France en 1893 puisque cette année là  il se marie à Ardin. Il pourrait aussi s’agir d’un autre membre de la fratrie, Louis. J’ai trouvé mention du départ d’un Louis Aubrit depuis le port du Havre sur le paquebot Paraguay à destination de La Plata en octobre 1886. L’âge (25 ans), la profession (maçon) correspondent à notre Ardinois ; cependant, son lieu d’origine est noté inconnu. Cette hypothèse me semble plausible même si aujourd’hui rien ne la confirme.

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Guide distribué aux passagers (Gallica)

Pourquoi ces familles choisissent-elles de partir au bout du monde ? Entre 1887 et 1890, l’Argentine cherche à attirer une main-d’œuvre européenne pour participer à la construction du pays. Comme pour l’immigration vers les États-Unis, les candidats reçoivent un visa et prennent un billet sur le bateau d’une compagnie, charge à celle-ci de les transporter et de les nourrir. Très souvent, les candidats au départ remboursent la compagnie au cours des années qui suivent l’arrivée dans leur nouvelle patrie. Les conditions de la traversée sont loin d’être optimales et il faut ensuite trouver un travail avec un salaire qui permet à peine de survivre ! Sans compter la barrière de la langue qui ne facilite pas les choses.

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Immigrés sur le pont d’un transatlantique

Julien et Augustin, partent donc et s’installent en Argentine. Ils sont sans doute passés par un « Conventillo », un de ces lieux d’hébergement construits sur le modèle des couvents et réservés aux immigrés lors de leur arrivée en Argentine. Ils sont à Cordoba et/ou à Mercedes (province de Buenos-Aires) en juin 1889, quand naît une fille chez Augustin et Marie-Victoire. D’autres enfants voient le jour dans les années qui suivent.

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Conventillo à Buenos-Aires vers 1900 (Wikipédia)

Julien et sa famille s’établissent dans leur nouveau pays. Mais l’Argentine n’est pas l’Eldorado que laissaient miroiter les campagnes de recrutement. Au bout de 10 ans, Augustin, contrairement à Julien, finit par revenir en France en juin 1899, avec 5 enfants : l’aîné a 18 ans et le plus jeune 4 ans. Ils s’installent à Saint-Pompain, à quelques kilomètres d’Ardin le village natal. La famille retrouve la vie qu’elle connaissait, le père reprend son travail de maçon, les enfants grandissent. En 1914, quand la guerre éclate, Arthur, le plus jeune des fils, né en 1895 à Mercedes, part au front. Quelques mois plus tard, le 27 juillet 1915, il est tué au bois de la Gruerie en Argonne, bien loin des Deux-Sèvres et encore plus de l’Argentine. Augustin, Marie-Victoire et leurs autres enfants poursuivent leur vie dans le Poitou. Sans doute ont-ils écrit à Julien et aux siens, mais aujourd’hui il ne semble plus y avoir de lien avec les cousins restés en Argentine.

Oui je vous le concède, voici une parenté fort lointaine, finalement les descendants de frères Aubrit sont mes cousins au 8e degré ! Mais pour moi qui rêve de me trouver des cousins québécois, l’Argentine m’a offert l’occasion d’un voyage que je ne pouvais manquer !

Sources : Des Ardinois en Argentine à la fin du 19e siècle : les frères Aubrit. Michel Montoux. In : Orcanye n°24 : association histoire et patrimoine de Béceleuf et des environs. Décembre 2016.

Reconstruire après la guerre

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Mon ancêtre André Deborde et son frère Alexis sont vraiment très proches. En tout cas, c’est l’impression que j’ai quand je compare leurs deux vies. Nés en 1749 et 1753, ils sont tous les deux bordiers. Ils se marient assez tard, à 47 ans pour l’un, à 37 ans pour l’autre. Ils connaissent chacun des chagrins : André perd sa 1ère épouse en 1800 et Alexis voit mourir en 1802 sa fille Jeanne âgée de 7 ans. Quand je les observe en 1811, leur situation sociale et familiale est presque identique : ils travaillent dans leur ferme de Pugny dans les Deux-Sèvres, André à La Forge et Alexis à La Coulaisière ; et ils élèvent chacun avec leur épouse (André s’est remarié) un seul enfant, un fils qu’ils ont eu tous les deux la bonne idée de prénommer Pierre.

André et Alexis ont aussi traversé aussi un autre drame, commun à tous les habitants du bocage bressuirais, celui des guerres de Vendée. Je n’ai pas trouvé trace de leur engagement dans un camp ou l’autre mais, de ce que je sais de leur mentalité, je suis persuadé que leur cœur penchait pour les Vendéens, d’ailleurs, un de leurs neveux combattait du côtés des « brigands ». Alexis et André restent sans doute suffisamment en retrait avec leur famille pour ne pas être blessés ou tués durant ce conflit, mais ils ne peuvent échapper totalement à la répression qui frappe la région : la guerre fait de nombreux morts mais elle entraîne aussi de nombreuses destructions, suite aux combats ou lors de passage des colonnes infernales. Ainsi, à Pugny, le château est victime d’un incendie dès août 1792 et de nombreuses maisons brûlent en octobre 1794. Un document d’archive m’a permis de savoir que, parmi les bâtiments détruits, il y a une ferme qui appartient aux 2 frères. Je ne sais pas s’ils y résident à l’époque : elle se composait d’une chambre basse, d’une chambre haute, d’un grenier, d’une boulangerie, d’une cave et d’un toit à bestiaux juste à côté. Elle formait alors un capital de 1440 francs et rapportait 72 francs annuels en ferme.

chateau pugny

Le porche du château de Pugny. Source : AD79

Quelques années plus tard, la paix revenue, les 2 frères entreprennent ensemble de rebâtir la ferme mais ils ne peuvent mener à terme les travaux. En 1811 donc, il reste à finir la chambre et le grenier, mettre le bouzilly (torchis de la Gâtine), le carrelage, les fenêtres et les vitres. Le capital représente maintenant 1200 francs et le fermage rapporte 60 francs. La situation pour eux est difficile car, selon leurs dires, les 2 frères ne disposent comme revenus annuels que 172 francs et « ils ont de la famille ». Heureusement pour eux, Napoléon veut achever de ramener le calme dans une région encore instable. Une politique d’aide est mise en place pour aider à la reconstruction des maisons détruites et à l’indemnisation des propriétaires. André et Alexis montent donc leur dossier qu’ils déposent en mairie en septembre 1811, comme 11 autres habitants de la commune. Sur le département des Deux-Sèvres, ce sont 799 demandes qui sont à examiner.

Ils sollicitent donc 800 francs pour des travaux qu’ils disent vouloir finir l’année suivante. Le maire de Pugny appuie leur requête. Le dossier doit apparaître solide et justifié car, le 29 octobre 1811, le sous-préfet de Parthenay « vu la présente pétition et l’avis d’incendie, considérant que les exposants ont fait preuve d’empressement à rétablir leur maison et qu’il convient de leur faciliter les moyens d’achever la construction estime qu’il y a lieu  à leur accorder une prime de 400 francs ». Finalement, la prime versée est de 100 francs, comme quoi ce n’est pas d’aujourd’hui qu’il faut demander beaucoup pour avoir un petit peu !

indemnité pugny.PNG

AD79 – 1 M 607

Il m’est difficile de savoir si les guerres de Vendée ont vraiment failli ruiner les 2 frères comme le laisse penser leur demande. Ils étaient assez aisés pour des villageois avant la Révolution, mais l’incendie de leur maison a forcément compliqué leur situation. La somme de 100 francs a peut-être été utile pour reconstituer le capital et les aider à rebondir. André décède en 1822 dans sa ferme de La Forge à Pugny à l’âge de 72 ans. Alexis, qui s’est installé dans la ferme de Villeneuve à Neuvy-Bouin, meurt en 1828, âgé de 74 ans. À leur décès, j’ai l’impression qu’ils transmettent chacun à leur fils une situation relativement solide. Pour cette nouvelle génération, les maisons étaient reconstruites, les séquelles de la guerre s’oubliaient peu à peu et une période plus paisible s’ouvrait devant eux.

Sources :
– Archives des Deux-Sèvres 1 M 600 à 1 M 608 – Guerre civile de Vendée (Maisons détruites, reconstruction : instructions, correspondance, rapports, états nominatifs)
– Le site sur le château de Pugny

P.S. 1 : la date d’octobre 1794 pour l’incendie à Pugny m’étonne un peu car elle se situe à une période plutôt pacifiée dans la région, postérieure aux exactions dues aux colonnes infernales (entre janvier et avril 1794) et au combat voisin de Chanteloup (juillet 1794).

P.S. 2 : cela n’a pas grand chose à voir mais il faut quand même que je le dise : les deux héritiers d’André et Alexis, fils uniques et cousins, ont tout fait pour me compliquer mes recherches généalogiques. Mon ancêtre Pierre Deborde (le fils d’André) a épousé Marie Grelier et ils ont eu leur fils Joseph (toujours mon ancêtre) le 29 juillet 1825 à Pugny. Son cousin Pierre Deborde (le fils d’Alexis) a épousé une autre Marie Grelier et ils ont eu un fils prénommé Joseph le 10 novembre 1825 à Pugny. Arggg ! Heureusement, les lieux-dits, entre autres, m’ont permis de les différencier.

 

D’une maison l’autre

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La maison c’est le lieu de la vie familiale, elle voit passer les joies et les peines de ses habitants. Ma famille paternelle a vécu tout le 20e siècle dans celle construite par mon arrière-grand-père Auguste Morisset. J’ai eu envie d’en savoir un peu plus sur cette maison ainsi que sur celle qui l’a précédée.
Lors du recensement de 1901 à Saint-Laurs, dans les Deux-Sèvres, Auguste vit à La Bruyère, un hameau de la commune, il a 37 ans et est propriétaire exploitant. Sa femme, Fleurentine Morisset (mes 2 arrières-grands-parents portent le même patronyme sans qu’à ce jour j’ai pu trouver un lien de parenté entre eux) a 30 ans, elle travaille avec son mari. Ils ont 2 enfants : Armand, 9 ans, (mon grand-père) et sa sœur Marie-Louise, 7 ans. Victoire Morisset, une tante célibataire de Fleurentine, âgée de 63 ans vit avec eux, elle s’occupe sans doute des petits. Ils habitent dans une modeste et très ancienne maison du hameau. Grâce aux souvenirs de mon père je peux situer cette maison qui existe toujours. On la devine (rond rouge) sur le cadastre napoléonien.
En juin 1903, Victoire, la tante, meurt. Elle n’a pas d’autre héritier que cette nièce qui a pris soin d’elle à la fin de sa vie. C’est peut-être grâce à cet héritage que, dès 1903, Auguste se lance dans la construction d’une nouvelle maison pour sa famille. Il choisit un terrain situé à l’entrée du hameau (rond bleu), à quelques 200 mètres de sa ferme. Il a l’ambition de construire une plus grande maison.
cadastre_la_bruyere_saint_laurs-2Il a prévu d’ajouter aux pièces de vie une grande étable et une grange, le tout entouré d’une vaste cour. Il fait appel à des maçons pour monter les murs, mais c’est lui qui va chercher les pierres nécessaires à la construction. Il les transporte en charrette à bœufs depuis une carrière voisine. Auguste se garde aussi une part de travail. La construction va prendre 2 ou 3 ans.
puits_st_laursEn 1905, Auguste creuse, à côté de la maison, le puits indispensable à la vie quotidienne. Armand qui a déjà 13 ans aide son père.
Au recensement de 1906, Auguste et Fleurentine ont enfin emménagé dans cette maison avec leurs 2 enfants.

Les années passent, Armand part faire son service militaire en 1913, il fera aussi les 4 années de guerre et ne rentrera qu’en 1919. Sa sœur Marie-Louise est la première à se marier. En octobre 1919, elle épouse Jules Prunier et part s’installer en Vendée, à quelques kilomètres de sa maison natale. En juin 1920, c’est au tour d’Armand. Il a 27 ans et son épouse Augustine Renoux en a 19. Le couple s’installe chez Auguste et Fleurentine, les parents d’Armand. À l’été 1923, tout la maisonnée attend la naissance du premier enfant. C’est une petite fille qui voit le jour. Hélas ! l’accouchement se passe mal, l’enfant ne survit pas et la mère frôle la mort. L’épreuve fut sans doute terrible pour les parents : au cours de mon enfance, ma grand-mère Augustine me parlait souvent de sa petite fille qui n’avait pas vécu. Trois ans après, un garçon vient au monde, mon père Jean. Il grandit en fils unique. Quand il se marie, en 1954, ses grands-parents sont décédés. Comme pour la génération précédente, sa femme Janine (ma mère) rejoint son mari et ses beaux-parents dans la maison familiale. Un peu plus tard, mon frère et moi naissons entre ces murs. Mais les temps changent, les femmes n’accouchent plus chez elles et mes 2 plus jeunes frères naîtront à la maternité de Niort.
Alors que dans la première maison de mon arrière-grand-père Auguste de très nombreux enfants ont vu le jour, nous ne sommes que 4 à être nés dans la maison qu’il a construite au tout début du 20e siècle.

NB : Dès que j’ai retrouvé la photo de la maison comme elle était au moment de sa construction, je la mets en ligne !

Mes petits soldats (5) : La Grande guerre

Aujourd’hui, 11 novembre oblige, je termine ma série sur mes ancêtres face à la conscription et au service militaire. Je finis donc avec les « poilus » de mon arbre, me limitant comme pour les épisodes précédents à mes ancêtres directs et à leur fratrie.

Mobilisation_Générale_19143 août 1914, l’Allemagne déclare la guerre à la France qui se voulait prête. L’ordre de mobilisation générale a été publié 2 jours plus tôt et concerne tous les hommes de 20 à 47 ans. Les hommes de l’active aptes à servir, de 20 à 23 ans sont déjà sous les drapeaux. Les rejoignent  les hommes de la réserve, ceux de 23 à 34 ans, puis ceux de la territoriale de 34 à 41 ans . Les moins âgés de la réserve de la territoriale  (entre 41 à 47 ans) seront aussi rappelés. Comme la guerre va durer 5 ans, les jeunes gens des classes suivantes devront servir avec 1 an d’avance pour rejoindre leurs aînés sous l’uniforme. Ce conflit a donc mobilisé quasiment 2 générations, des jeunes gens de 19 ans et d’autres qui pouvaient être leurs pères !

Ce 1er août 1914, je n’ai alors aucun petit soldat de ma famille sous les drapeaux. Quelques jours plus tard, ils sont 10, âgés de 24 à 41 ans, à devoir regagner une caserne. Ils seront rejoints un an plus tard par mon grand-père Hubert Deborde, trop jeune pour être appelé dès 1914. Dans quel état d’esprit sont-ils partis ? Je ne le sais pas, n’ayant pas retrouvé de lettres des poilus de ma famille (mais je ne désespère pas).

Les 3 aînés relèvent de la territoriale. Ce sont des cultivateurs qui, grâce à leur âge, évitent le front et les tranchées.
– Mon arrière-grand-père Gustave Turpaud âgé de 41 ans est marié et a 5 enfants de 1 à 12 ans. Il est classé inapte et peut donc retrouver sa famille.
– Mon autre arrière-grand-père du même âge, Xavier Frouin, est marié et a 2 enfants de 11 et 13 ans. Il est chargé de surveiller un dépôt d’armes à Saumur.
– Henri Goron (40 ans) est lui aussi marié, mais je ne sais pas s’il a des enfants. Il surveille sans doute aussi un dépôt d’armes à Poitiers.

Les 7 autres, plus jeunes, doivent partir pour le front. J’ai déjà raconté l’histoire de certains d’entre eux au fil d’articles sur ce blog.
– Henri Blais (36 ans, cultivateur, marié depuis 4 ans) avait pourtant été dispensé en 1898 en tant que soutien de famille. Il rejoint le 67e RI et il est blessé le 10 juin 1915, sans doute à Mouilly, dans la Meuse : éclat d’obus entraînant une rétractation des 4 doigts de la main, éventration, plaies dorsales. Invalide à 85%, il est admis à la réforme avant la fin de la guerre.
– François Goron (35 ans, boulanger, veuf, remarié depuis 3 ans) semble ne pas avoir été au front. Il est versé dans le 9e escadron territorial du train puis dans la 14e section des commis militaires. Il traverse en tout cas la guerre sans blessures !
– Lucien Blais (33 ans, cultivateur, célibataire) passe dans différents régiments d’infanterie  : 114e, 128e, 90e et a lui aussi la chance de ne pas être blessé.
– Joseph Nueil (32 ans, cultivateur, marié, 1 enfant), mobilisé dans le 3e régiment d’infanterie colonial de Rochefort, meurt « pour la France » le 5 novembre 1915 à Massiges. J’ai évoqué son tragique destin dans « Rendez-vous ancestral en Argonne ».
– Joseph Goron (31 ans, cultivateur, marié, 1 enfant) passe du régiment de cavalerie légère de Niort au 9e escadron du train de Châteauroux, puis au 33e régiment d’artillerie d’Angers, et enfin au 109e. Il échappe aux blessures mais pas aux honneurs : il reçoit une citation, la médaille commémorative de la Grande guerre et la médaille de la Victoire.
– Alcide Deborde (26 ans agriculteur, célibataire), mon grand-oncle est incorporé au 68e RI. La guerre s’arrête pour lui le 4 mai 1916 : il est fait prisonnier à Verdun. Interné au camp de prisonniers de Soltau (entre Brême et Hambourg), il est rapatrié le 22 janvier 1919.
– Auguste Blais (24 ans, boulanger, célibataire) à peine libéré des 3 ans de service militaire obligatoire, est rappelé au 32e RI de Châtellerault. La déveine le poursuit, il enchaîne blessures et maladies qui le mènent souvent à l’hôpital militaire. Blessé le 15 janvier 1915 à Zonnebeke et le 9 mai 1917 à Cauroy, il attrape aussi la scarlatine, la gale, une bronchite sévère. Il reçoit 3 citations, la croix de guerre et la médaille militaire. Pensionné à 40%, il est décoré en 1954 de la Légion d’honneur.

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Mon grand-père sous l’uniforme

Mon grand-père Hubert Deborde (18 ans, agriculteur, célibataire), trop jeune pour partir dès août 1914, est incorporé à son tour le 10 avril 1915. Il est affecté au 114e, puis au 239e RI où il est soldat signaleur. Porté disparu à Fleury-devant-Douaumont le 23 juin 1916, il est en fait prisonnier et se retrouve interné à l’hôpital de Grafenwöhr, en Bavière, pas très loin de la frontière tchèque. Il y est soigné pour une blessure à l’épaule gauche et au front (j’ai déjà raconté la guerre et la détention de mon grand-père et de son frère Alcide dans 2 articles de ce blog). Il est rapatrié le lendemain de Noël 1918 et libéré de l’armée le 20 septembre 1919.

Voilà. Avec mon grand-père paternel (1 mètre 68 sur sa fiche matricule) et avec la guerre 14-18, je termine ma série sur les petits soldats de ma famille. La variété des destins que je viens d’évoquer (blessé, médaillé, prisonnier, mort, sain et sauf…) est sans doute la même pour toutes les familles. Je me dis que, pour ce dernier chapitre au moins, le titre « les petits soldats » n’est pas tout à fait approprié. Je pense bien sûr aux soldats qui sont morts comme Joseph Nueil. Je pense à ceux qui ont été blessés ou mutilés, à ceux prisonniers, à ceux décorés, à ceux fusillés pour l’exemple… à ceux indemnes. Ils ont tous souffert pendant les combats et, pour les survivants, ils ont aussi souffert le reste de leur vie au souvenir de ces années terribles !  Et je me dis qu’ils étaient grands !

Et si vous voulez tout relire :
Mes petits soldats (1) : Le Premier Empire (1804-1815)
Mes petits soldats (2) : les monarchies constitutionnelles (1815-1848)
Mes petits soldats (3) : La Seconde République et le Second Empire (1849-1870)
Mes petits soldats (4) : Les débuts de la IIIe République (1870-1914)

Résoudre (?) une contradiction

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Pour le Généathème de ce mois-ci, Sophie Boudarel nous propose un retour aux sources, de vérifier nos premières recherches. J’ai dû le faire il y a quelques années pour résoudre une contradiction. Je vous raconte pourquoi et comment ci-dessous.

Sur la branche de Pierre Deborde, le grand-père paternel de mon grand-père paternel (ma lignée agnatique quoi !), je me pensais « confortable ». Je savais qu’il était né le 1er décembre 1799 à Pugny (Deux-Sèvres), je connaissais ses parents, André Deborde et Pélagie Baudu, je le savais fils unique, j’avais trouvé son mariage (acte filiatif) le 17 mai 1822 à Pugny avec Marie-Jeanne Grelier, j’avais les actes de naissance et de mariage de ses 3 enfants. J’avais suivi ses déménagements et sa petite ascension sociale. J’avais aussi remarqué qu’il se faisait appeler souvent François, ce qui m’avait posé bien des problèmes : il avait un cousin nommé Pierre Deborde, à peu près du même âge qui avait épousé une Françoise (dite Marie !) Grelier et ils avaient l’un et l’autre eu la bonne idée de donner à leurs enfants parfois les mêmes prénoms !!! Mais bon, tout cela était résolu, j’avais du coup le sentiment de plutôt bien connaître mon aïeul ! Il ne me restait plus pour être complet qu’à rajouter son acte de décès  que je trouvais sans difficultés : il était mort le 1er mars 1879 à Terves, Ses enfants, Joseph et François, avaient fait la déclaration en mairie : Pierre avait 80 ans, il était veuf de Marie-Jeanne Grellier (décédée 3 ans plus tôt) et il était né à Pugny. Jusqu’à présent, j’étais plutôt content, tout était conforme (même l’âge) à mes recherches. Je continuais donc ma lecture : …fils de feu Deborde André (OK) et de (ARG !!!) feue Rose Ponsard. Horreur !!! Malheur !!! Sa mère n’était pas Pélagie Baudu !!! M’étais-je trompé sur la mère de mon aïeul ? Devais-je remettre en cause toute une branche de ma généalogie ?

décès pierre deborde

Il m’a fallu donc tout revoir. Je suis parti pour refaire ma recherche d’André Deborde puisqu’il n’y a jamais de contradiction pour lui entre les actes : au baptême, mariage et décès de son fils Pierre, ce sont toujours les mêmes nom et prénom d’André Deborde qui sont donnés comme étant ceux de son père, et le risque d’homonymie est infinitésimal. J’ai donc repris les actes le concernant lui ainsi que son fils pour trouver où était le « loup » !

La relecture des actes m’a plutôt rassuré sur la justesse de mes recherches préalables. Le père, André, s’est marié 2 fois. Il a épousé, le 22 novembre 1796 à Pugny, Pélagie Baudu, avec qui il a eu un enfant Pierre (mon ancêtre ?) né le 1er décembre 1799. André n’est pas tout jeune à son mariage (47 ans) mais je n’ai pas vu de traces de mariage antérieur. S’il y avait eu des indices, je crois que je les aurais dénichés car André a toujours résidé dans la même paroisse de Pugny où les actes sont trouvables sur cette période. Pélagie décède le 14 juillet 1800. André se remarie avec Rose Turpeau 4 ans plus tard, le 2 février 1804. Celle-ci est également veuve, de Jacques Gaspard, avec qui elle a eu 2 garçons malheureusement décédés. Le couple nouvellement formé n’aura pas d’autre enfant. Ils élèvent donc ensemble Pierre, le fils unique d’André. Rose décède le 11 janvier 1821 et André le 4 août 1822. Celui-ci de toute évidence n’a donc pas eu d’autre épouse que Pélagie Baudu et Rose Turpaud. Je n’ai trouvé aucune trace de Rose Ponsard ailleurs que sur l’acte de décès de son fils. Aucune femme portant ce prénom et ce nom n’apparaît dans la base de données du Cercle généalogique des Deux-Sèvres. Le patronyme de Ponsard est même quasiment absent du département ! Pour moi, Rose Ponsard n’existe pas, la mère de Pierre Deborde ne peut donc être que Pélagie Baudu et mes premières recherches étaient donc bonnes ! Ouf !

Il me semble pourtant tout à fait improbable que le maire ait pu confondre le nom de Pélagie Baudu et de Rose Ponsard. C’est donc bien ce nom qui a été donné par Joseph et François, les fils de Pierre Deborde, déclarants de son décès. Je m’interroge sur le pourquoi de cette déclaration. L’erreur est-elle volontaire ou involontaire ? Pour le coup, je ne peux qu’émettre des hypothèses. J’ai tendance à penser qu’ils ignoraient qui était leur vraie grand-mère paternelle. Pélagie Baudu, la mère de leur père, est morte quand ce dernier n’avait que 7 mois, il n’en avait donc aucun souvenir et il avait été élevé dès l’âge de 4 ans par sa belle-mère Rose Turpaud. Il savait parfaitement que ce n’était pas sa mère (sur son acte de mariage, c’est le nom de feue Pélagie Baudu qui apparaît) mais sans doute a-t-il considéré sa belle-mère comme une mère. Les enfants de Pierre n’ont pas pu connaître leur grand-père ni son épouse Rose Turpaud, décédés avant leur naissance. Mais sans doute que Pierre leur a parlé de cette dernière comme si elle était sa mère. Cela expliquerait pour le moins le prénom de Rose donné sur l’acte de décès. Mais pourquoi le nom de Ponsard ? Un surnom ? Une explication serait une confusion avec le nom du premier mari de Rose, Jacques Gaspard. Pour ses petits-enfants, elle aurait été Rose Gaspard (Ponsard ??), la mère de leur père ?

Je n’aime pas trop en général quand on essaie de tordre les actes pour les faire coïncider avec ses propres hypothèses, mais dans le cas présent, je suis bien obligé de le faire un peu, en me disant que mes ancêtres n’étaient pas non plus infaillibles et qu’ils répétaient ce qu’on leur avait bien appris.
Ah, s’ils avaient pu aller vérifier leurs dires en mairie ou aux Archives !

Cent mots pour Madeleine

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Merci à Sophie Boudarel de remettre en avant le Généathème « 100 mots pour une vie ». Cela me permet de récidiver dans mes tentatives poétiques. Après « Sort fatal à Moncoutant », la triste complainte consacrée à Jean Talon, voici « Cent mots pour Madeleine », dédié à mon ancêtre Madeleine Robin, née en 1753 et décédée vers 1785. J’aime toujours et tellement les contraintes que je m’en rajoute encore une fois : j’ai fait un acrostiche (lues verticalement de haut en bas, les premières lettres de chaque vers reconstituent son prénom et son nom) à partir d’alexandrins coupés à l’hémistiche, avec des rimes plutôt pauvres, je dois bien le reconnaître. Me pardonnerait-elle mes vers de mirliton ?

Madeleine naquit à Pougne-Hérisson
Aimée de ses parents, Jacqu’s Robin, Jeann’ Guédon.
Dix-huit ans, mariage : François-Joseph Branchu,
Enfant de laboureur, cultivateur du cru !
Le couple a six enfants : cinq filles, uniqu’ garçon
Et exploite des champs, à Trayes, dans la région.
Il arrive ce jour maudit où Madeleine
Nous quitte pour toujours. Son mari dans la peine
Et six petits enfants qui n’avaient pas douze ans
Restent seuls à pleurer. Quand mourut leur maman ?
Où est-elle décédée ? Mystère-et-boule-de-gomme !
Bigre ! Saperlipopette ! Où trouver l’acte en somme !
Il est sûr cependant que jeunette elle était,
N‘ayant pas vu grandir ses enfants adorés.

Madeleine Robin, native de Pougne-Hérisson dans les Deux-Sèvres, aujourd’hui Nombril du Monde, est sans doute morte dans le proche village de Trayes vers 1785, âgée seulement d’environ 31 ans. Je ne pourrai pas trouver son acte de sépulture car les registres paroissiaux de cette commune antérieurs à la Révolution ont totalement disparu.
Puisse ce petit poème la faire revivre un peu !

pougne

Carte postale ancienne de Pougne-Hérisson

Mes petits soldats (4) : Les débuts de la IIIe République (1870-1914)

Sous la IIIe République, le service militaire tend à se généraliser et devient de plus en plus égalitaire. Au fur et à mesure des lois, on supprime l’exonération (possibilité de se payer un remplaçant), on abolit certaines dispenses, on met fin au tirage au sort injuste. On passe ainsi d’un service qui pouvait durer jusqu’à 5 ans pour certains en 1872, à un service de 2 ans pour tous en 1905, et de 3 ans en 1913 avec les prémices du conflit armé. Ce mouvement s’accompagne d’une acceptation de plus en plus grande du service. Finis les réfractaires ! Disparues les nombreuses réformes ! La France est cocardière. Le discours politique dominant est nationaliste : il faut récupérer l’Alsace et la Lorraine, mener une politique coloniale. En même temps, tout un folklore se met en place, censé symboliser le passage à l’âge adulte (le conseil de révision, les fêtes de conscrits, la quille, les photos en tenue militaire…).

La généralisation du service militaire se fait donc lentement mais sûrement. Ainsi, quand je considère mes 24 ancêtres et apparentés deux-sévriens en âge de servir sur cette période de 1871 à 1914, 14 ont fait leur service jusqu’au bout :
– seulement 5, sur les 12 conscrits entre 1871 et 1888, font effectivement et totalement leur service.
– 9 sur les 12 conscrits entre 1889 et 1914 le font en entier (et parmi eux, tous mes conscrits du XXe siècle).

Les motifs d’exemption ou de réforme pour raison de santé semblent se raréfier. Il est vrai que la situation sanitaire s’est améliorée tout au long du XIXe siècle. Je n’ai relevé que 5 cas et ils sont souvent malheureusement justifiés :
– Auguste Merceron est versé au service auxiliaire pour un problème de testicule en 1880. Cela l’empêche peut-être aux yeux de l’armée de se battre mais ne l’empêchera pas de se marier 4 ans plus tard.
– Eugène Nueil est réformé en 1882 pour bronchite chronique ancienne. Il décède dans l’année qui suit.
– Constant Blais et Émile Nueil sont exemptés en 1892 et 1893 pour des raisons sans doute médicales.
– Auguste Frouin est exempté en 1897 pour tuberculose, il décède peu après.

Il est parfois possible d’échapper au service pour des raisons familiales, 5 jeunes gens de ma famille en bénéficient, mais là aussi les exemptions deviennent plus rares avec le temps.
– Louis-Mary Poirier est maintenu dans ses foyers comme soutien de famille en 1879 (ses parents sont pourtant vivants, est-ce parce qu’il est l’aîné de 6 enfants ?)
-Louis Chesseron est dispensé en 1882 car fils aîné de veuve.
-Jude Frouin est dispensé en 1884 car il a un frère déjà au service.
-Pierre Blais, mon arrière-grand-père, est passé dans la réserve au bout d’une semaine en 1888 car il est le fils aîné d’une fratrie de 10 enfants.
– Son frère Henri Auguste est dispensé en 1898 comme soutien de famille (le père est décédé entre temps).

Les affectations se font le plus souvent assez près du lieu de résidence. Mes soldats des Deux-Sèvres ne partent pas très loin : à Niort (2), Poitiers (2), Châtellerault (2), Angers (1), Tours (1) et Châteauroux (1). Cependant, quelques uns sont s’éloignent davantage (Versailles, Rosny et Dôle). Mon arrière-grand-père Gustave Turpaud est même mobilisé pour participer à une campagne en Algérie de 1894 à 1897. Ils intègrent différents régiments d’infanterie (5), d’artillerie (3), de chasseurs (3), de dragons (2) de hussards (1) et de zouaves (1). Certains obtiennent du galon : Gustave Turpaud est nommé brigadier en 1895. Joseph Nueil (évoqué dans un #RDVancestral) en 1903 et Auguste Blais en 1910 sont promus au grade de caporal.

Sur cette période, mes 4 arrière-grands-pères sont concernés par la conscription.
Lucien Deborde fait un an, en 1883 et 1884, au 18e bataillon de chasseurs basé à Tours.
Xavier Frouin sert 3 ans, de 1894 à 1897 au 2e régiment de dragons d’Angers.
Gustave Turpaud, incorporé au 12e régiment d’artillerie de Bourges, fait son service en Algérie de 1894 à 1897.
Pierre Blais n’a servi qu’une semaine en 1889, au 7e régiment de hussards basé à Niort, puis il est passé dans la réserve pour raison familiale.

hussards niort

La caserne du 7e régiment de hussards à Niort, source Delcampe

Comme l’instruction est devenue obligatoire grâce aux lois de Jules Ferry, cela se remarque, même pour les premières classes qui n’en n’ont pas bénéficié : tous mes conscrits sauf un ont maintenant un degré d’instruction qui leur permet de savoir lire, écrire et compter mais aucun n’est allé plus loin que l’école primaire. J’ai toujours les renseignements physiques détaillés sur le visage de mes ancêtres. En 1878 (mais seulement cette année-là), il faut même préciser sa religion ! Et je n’oublie pas ce qui m’importe le plus, la taille de mes 14 soldats ! Sont-ils toujours petits ? Leur taille varie de 1m57 à 1m73 et j’obtiens une moyenne de 1m64 ! Ce ne sont pas encore des géants mais ils ont un tout petit peu grandi, sans doute suite aux progrès de la médecine et à une meilleure alimentation.

Ce ne sont pas des géants mais la France va pourtant avoir besoin d’eux ! Nous arrivons en 1914. La 1ère Guerre mondiale va bientôt éclater et les hommes, à partir de la classe 1887, vont être rappelés pour combattre l’Allemagne. 12 parmi les « petits soldats » de la IIIe République que je viens d’évoquer vont être concernés ! Je vous raconterai leur destin très prochainement, avec le 5ème et dernier épisode intitulé « Mes petits soldats et la grande Guerre ».

Et si vous voulez lire ou relire le début, cliquez sur les liens : 1 Le Ier Empire2 Les monarchies constitutionnelles3 La Seconde République et le Second Empire

À Soutiers, dans la Gâtine poitevine

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Avec Raymond, nous envisageons de faire des balades à vélo sur les traces de nos ancêtres. Nous avons la chance d’avoir un périmètre de recherches généalogiques proche de notre lieu de résidence. Aujourd’hui, c’est encore à l’état de projet. Cependant, en septembre, nous avons fait une sortie vélo qui passait par le village de Soutiers où vécurent des ancêtres. Cela m’a donné envie de revenir sur leur histoire.

C’est à Soutiers que se marient Marguerite-Suzanne Boureau et Charles-Antoine Nicolas, seigneur de la Mitoisière et de la Valentinière. Les noces sont célébrées le 20 février 1727 dans l’église Saint-Martin à Soutiers en présence de leurs pères. L’épouse, comme son mari, signe.
N°495-BoureauMarguerite Suzanne Charles-Antoine est issu de la petite noblesse. Il est né à Parthenay et est l’aîné des enfants de Charles Nicolas et de Renée Périgord. Si je connais bien la famille de Charles-Antoine, je sais peu de choses de celle de Marguerite-Suzanne. Les Nicolas sont originaires de Parthenay et de Poitiers. C’est la famille de l’épouse qui vit à Soutiers. Ses parents, Louis Boureau et Jeanne Conneau, sont mes ancêtres à la 10e génération. D’eux, je sais seulement que la mère Jeanne Conneau décède en ces lieux à peine 3 mois après le mariage de sa fille. Elle est enterrée le 24 mai 1727 dans le cimetière de Soutiers en présence de son mari Louis, ainsi que de son beau-fils Louis, né d’un précédant mariage de son époux. Quant à Marguerite-Suzanne, son nom figure sur l’acte mais a été rayé par le prêtre, ce qui me fait douter de sa présence à Soutiers ce jour-là.
Après son mariage, Marguerite-Suzanne suit son époux dans les diverses demeures des Nicolas : à Gourgé, Beaulieu-sous-Parthenay et Saint-Lin. Mais en 1732, moins de 6 ans après le mariage, Charles-Antoine décède. Il a 28 ans et laisse une jeune veuve avec une petite fille de 3 ans, mon ancêtre Marguerite. Marguerite-Suzanne ne le sait peut-être pas encore mais elle est enceinte. Un enfant naît 8 mois plus tard, mais il ne vit que 3 mois. La voilà sans héritier mâle, autant dire qu’elle a peu de droits. Elle se remarie très vite et épouse René Billaud en août 1733. J’ai déjà évoqué Marguerite-Suzanne dans Grandeur et décadence en Poitou.
Cependant, Marguerite-Suzanne a dû garder des liens avec Soutiers tout comme sa fille Marguerite puisque c’est ici que cette dernière décède quelques années plus tard, le 17 mai 1767. Marguerite Nicolas meurt dans ce village à l’âge de 36 ans, peut-être en couches, en laissant son mari René Goudeau seul avec 3 enfants en bas âge. Le couple ne vit pourtant pas dans cette paroisse, mais dans celle de la Chapelle-Bertrand. D’ailleurs l’époux ne semble pas présent lors de l’enterrement. Parmi les témoins on trouve une cousine, Marie Conneau, preuve que des liens ont perduré avec la famille de sa grand-mère maternelle.

Au début du 18e siècle, Soutiers est une petite paroisse au sud de Parthenay qui compte 43 feux en 1716. Aujourd’hui, avec ses 270 habitants la commune n’a guère changé.
soutiers_eglise
Cette balade à vélo m’a donné l’occasion de traverser la Gâtine vallonnée (mes mollets peuvent en témoigner !) et de découvrir un joli petit village bien caché, loin des axes de circulation.
3 femmes, 3 générations et 3 actes, voilà tout ce dont je disposais pour imaginer la vie de mes ancêtres à Soutiers. Mais, en attendant que je trouve de nouvelles pistes, profiter d’une pause dans ce village et découvrir ses petites maisons basses accolées à l’église Saint-Martin m’ont permis d’imaginer le hameau d’autrefois où vécurent mes 3 aïeules et leur famille.