Je fais actuellement des recherches systématiques dans les registres de recrutement militaire, pour en savoir un peu plus sur le passé de mes ancêtres (du moins les hommes, à l’âge de 20 ans). Ce travail est devenu plus facile dans les Deux-Sèvres grâce à la mise en ligne de tableaux de conscrits (1801-1810) et de listes cantonales de tirage au sorts de conscrits (1811-1866) qui se sont ajoutés aux registres matricules militaires des conscrits (1867-1921). Les renseignements varient beaucoup selon les années, et à l’intérieur d’une même année, selon les cantons. J’ai obtenu toutefois une masse de renseignements sur mes aïeux, parmi lesquels leur taille qui m’a inspirée le titre de la série.

Premier épisode, la période napoléonienne.

soldat napoléon (2)

Scène de tournage de film (photo Clément Maurice) – Source Gallica

Du temps de la Royauté, l’armée était plus ou moins composée de volontaires. Après la Révolution, en 1798, la conscription est mise en place en France : elle rend obligatoire un service militaire de 5 ans. En 1804, sous l’Empire,  un conseil de révision est institué pour les jeunes hommes de 20 ans : il permet d’en réformer certains (handicap, taille inférieure à 1m54), d’en exempter d’autres (mariés…). Un tirage au sort est également mis en place : environ un tiers de la classe devait servir sous les drapeaux. Les plus fortunés pouvaient échapper au mauvais sort en payant un remplaçant. Avec les guerres napoléoniennes, beaucoup ont sans doute essayé de se faire remplacer, exempter ou réformer. C’est d’autant plus vrai dans ma région du nord des Deux-Sèvres qui était à peine remise des guerres de Vendée.

Pour les toutes premières années où j’ai trouvé des ancêtres et collatéraux (en gras mes SOSA), ces registres ne me donnent que peu de renseignements : dates de naissance, profession, commune de domicile dans le meilleur des cas. Je ne sais même pas s’ils ont servi ou pas :
an XIII – René François Frouin : 1m733, de Largeasse
an XIII – Jacques François Nueil : 1m571, domestique à Terves
an XIII – Jacques Bertrand : 1m652, domestique à Terves
an XIII – Pierre Blais : 1m625, métayer à Courlay
an XIII – Michel Frogier : 1m652, tisserand à Terves
an XV – Joseph Blais : 1m612, métayer à Courlay.

Je pourrais être déçu mais j’ai quand même la confirmation d’une date de naissance à peine lisible trouvée sur un registre abîmé et je découvre la taille très précise, au millimètre près, des conscrits. Maintenant, je peux un peu mieux les imaginer.
Les années suivantes m’en apprennent davantage. J’ai les noms et prénoms du père et de la mère de 6 conscrits (ce qui ôte tout risque d’homonymie), j’ai parfois ce qui motive leur demande de réforme, et je sais enfin la décision du conseil de révision :
1807 – Louis Monneau : 1m713, domestique à Terves – réformé gratuitement
1808 – Jean Blais  : 1m550, métayer à Courlay – réformé gratuitement
1809 – Mathurin Bernier : 1m625, cultivateur à Nueil – réformé gratuitement
1809 – François Christophe Turpault : 1m556, cultivateur à Nueil – au dépôt
1809 – Étienne Antoine Dieumegard : 1m705, bordier à Largeasse – réformé gratuitement
1811 – André Biardeau  : 1m600, laboureur à Pierrefitte. Pour lui j’ai beaucoup plus de renseignements. Son visage tout d’abord (cheveux et sourcils noirs, yeux roux, front étroit, nez gros, bouche moyenne, menton rond, visage rond, teint brun). Il demande à être réformé pour mauvaise conformation des pieds. En vain. Il est versé dans la réserve, puis au 34ème régiment d’infanterie de ligne. J’ai pu par ailleurs retrouver sa fiche matricule sur Mémoire des Hommes : il a fait la campagne d’Espagne et a été blessé à la cuisse gauche près de Burgos, le 20 août 1812. Il est congédié avec retraite le 20 janvier 1813. Il a reçu la médaille de Sainte-Hélène après 1857.

Je pourrais me dire, au vu de mes rares trouvailles, que mes ancêtres ont eu de la chance. Les guerres napoléoniennes ont quand même fait 800 000 morts, rien que pour la France. Pour ce qui concerne mes aïeux, 4 ont un tirage au sort heureux (si j’ai bien compris) et 2 autres sont partis mais ils sont revenus vivants : François Christophe Turpault et André Biardeau, ont même vécu plutôt longtemps, le premier 61 ans et le second 76 ans.
Malheureusement, je suis loin d’avoir trouvé tous les jeunes gens qui m’intéressent. Je n’ai cherché que ceux dont la date de naissance était sûre et certaines recherches sont restées vaines. Pourtant, je sais par d’autres sources (les registres d’état civil) qu’au moins 2 ne sont pas revenus de l’aventure napoléonienne.
Jean Ménard, conscrit de l’an XIII, sans doute 23 ans, fusilier au 79ème régiment d’infanterie de ligne, fils de bordier, est décédé, après 4 mois de soins, de fièvre à l’hôpital militaire ambulant de Raguse (aujourd’hui Dubrovnik en Croatie).
Jean-Baptiste Day, conscrit de 1809, soldat au 66ème régiment d’infanterie de ligne, 21 ans, fils de boulanger, est décédé de fièvre à l’hôpital de Salamanque.

Même si, sous Napoléon Ier, les renseignements sont rares pour mes ancêtres, j’ai quand même pu vérifier que leur destin est identique à celui des autres jeunes Français. Certains sont exemptés, d’autres partent à la guerre (campagne de Dalmatie, campagne d’Espagne…) et quelques uns, hélas, ne reviennent pas.
Et le terme petit soldat (1m556 pour François Christophe Turpault, 1m600 pour André Biardeau) leur va plutôt bien, en tout cas mieux qu’à mes « réformés gratuitement » qui mesurent en moyenne 1m642, soyons précis).

J’ai trouvé beaucoup plus de renseignements sur mes ancêtres « petits soldats » dans la période suivante (1818-1848). Ce sera le sujet du prochain épisode.

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